COME BACH – Mise en scène de Gérard Rauber au Théâtre Le Lucernaire 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS du 20 Mars au 26 Mai 2024 du Mercredi au Samedi à 19 H, le Dimanche à 16 H.

  • Avec Anne Baquet (voix) Claude Collet (piano), Amandine Dehant (contrebasse) , Anne Regnier ou Ariane Bacquet (Hautbois à cor anglais)
  • Production Le Renard
  • Partenaire Pianos Hanlet
  • Photos Michel Nguyen

 Nous les avons connues et applaudies, Anne BAQUET, Claude COLLET, Amandine DEHANT et Anne REGNIER  dans ABC D’AIRS leur premier opus, les voici qui récidivent dans un quatuor women show en hommage à l’imagination fertile de Bach. Maître absolu de la fugue, son œuvre comporte plus de 1000 compositions. Il a influencé et influence toujours un nombre considérable de compositeurs

Oui, c’est vraiment un concert pas comme les autres où l’immersion dans l’univers musical de Bach se veut prioritairement joyeuse et poétique.

Adieu les partitions et les chaises, sous l’œil avisé de Gérard RAUBER, les musiciennes donnent libre cours à leur fantaisie. Elles s’expriment cœur et corps à l’unisson, aussi mobiles que les notes de Bach qui se chevauchent, elles gambadent, allant jusqu’à danser sur le piano.

Et c’est un bonheur que d’écouter chanter Anne BAQUET  Ma plus courte chanson  de François MOREL et le 1.2.3.4.5. de Marie-Paule BELLE et Isabelle MAYEREAU sur des airs de Bach, sans oublier les morceaux de bravoure, les solos des musiciennes.

Un véritable animal musical que cette contrebasse qui grogne et gémit sous les doigts d’Amandine DEHANT. Le hautbois, l’instrument d’Anne REGNIER ou Ariane BACQUET a des accents champêtres bien évidemment et la pianiste Claude COLLET fait montre d’une vivacité à toute épreuve.

Cat il faut souligner le caractère festif de ce spectacle où la badinerie, le canon sans fin de Bach et la chanson Just a time, standard de jazz, font jouir heureusement l’oreille.

Et cerise sur le gâteau, le public découvre un medley hors du commun, un feu d’artifice Come Bach où même Claude François fait irruption, de quoi écarquiller vos oreilles.

Après ce concert tout public (à partir de 7 ans) décidément insolite, croyez-moi vous pourrez siffloter ou chantonner gaiement sur des suites de Bach, celles-là mêmes qui ont bercé la voix d’Anne BAQUET !

Le 8 Mai 2024

Evelyne Trân

LE PROGRAMME

Bach Forever (Damien Nédonchelle, d’après le concerto en mi majeur de J.S. Bach) Just in time (Betty Comden, Adolph Green – Jule Styne, J.S Bach – arrgt: Leonard Bernstein) Badinerie (J.S. Bach) La petite fugue (Maxime Leforestier) Menuet 1 de la 3e suite pour violoncelle (J.S. Bach) Bacchanales (Saint-Saëns) Ma plus courte Chanson (François Morel – J.S. Bach, Damien Nédonchelle) Musette (Anna-Magdalena Bach) Contre, tout contre, Bach (Jean-Philippe Viret) 12345 (Isabelle Mayereau – Marie Paule Belle) Ça rame (Philippe Decamp – J.S. Bach, François Rauber) Adagio (J.S. Bach, Marcello) Eine Kanone (domaine public) Toccata en ré mineur (J.S. Bach) B-A-C-H (Arvo Part) Si j’avais un marteau (Hays Lee, Peter Seeger adapt : Buggy vline – J.S. Bach) Circus Waltz (Nino Rota) D’abord ton Bach (Bernard Joyet – J.S. Bach) Menuet 2 de la 3e suite pour violoncelle (J.S. Bach) Toccatina (Nicolaï Kapoustin) Piano Bartok (Philippe Decamp -Claude Collet) Zapping alphabétique (Arrangement Gabriel Phillipot).

N.B : Anne BAQUET et Gérard RAUBER étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4. lors de l’émission du Samedi 30 Mars 2024 en podcast sur le site de Radio Libertaire.

UNE SAISON DE MACHETTES. Récits recueillis par Jean HATZFELD – mise en scène de Dominique LURCEL – Du 25 Avril au 12 Mai 2024 du jeudi au samedi à 21 H, samedi et dimanche à 16 H 30 au Théâtre de l’Epée de Bois à la Cartoucherie de Vincennes, route du Champ de Manœuvre 75012 PARIS.

Photo E.T.


Mise en scène
Dominique Lurcel
AvecCéline Bothorel, Maïa Laiter, Omar Mounir Alaoui, Tadié Tuéné
Musique et contrebasseYves Rousseau
LumièresPhilippe Lacombe
DécorsGérald Ascargorta, Jérôme Cochet
ProductionPasseurs de Mémoires

Le 7 avril dernier a eu lieu la journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsies au Rwanda, il y a 30 ans en 1994.

Pour mémoire entre avril et juillet 1994, 800 000 à 1 000 000 Tutsies ont été massacrés par les extrémistes Tutus. L’élément déclencheur, l’assassinat du Président rwandais le 6 avril 1994, provoqua un déchainement de violence aveugle, alimenté depuis des décennies (les 1er massacres datant de 1959) contre l’ethnie Tutsie désignée comme race inférieure.

Les récits d’une dizaine de tueurs recueillis par Jean HATZFELD dans « Une saison de machettes » fait l’objet d’un spectacle en ce moment à l’Epée de Bois.

Comment faire un spectacle d’un évènement atroce, le massacre de Tutsies dans l’indifférence internationale, à fortiori lorsqu’il s’agit de donner la parole aux bourreaux ?

Le metteur en scène Dominique LURCEL semble avoir trouvé la bonne distance pour rendre audible l’horreur par la voix même de ceux qui y ont participé.

Exit le sensationnel. Comme le souligne le metteur en scène, il y a un décalage entre l’acte et le dire. Les auditeurs plus que spectateurs dans la belle salle en pierre de l’épée de Bois, s’ils ne peuvent se représenter la réalité des massacres par l’image, peuvent être choqués par la crudité des récits où l’émotion ne passe plus, laissant la place à une sorte de ligne blanche comme si les tueurs ligotés par l’énormité de leurs actes avaient déposé leur conscience et ne pouvaient se regarder en face.

Ce que l’on comprend, c’est que la plupart ont massacré des Tutsies qui étaient auparavant leurs voisins comme s’ils étaient des animaux sauvages, et pour leur défense, déclarent avoir été enrôlés et avoir obéi à des ordres.  

Suffit-il d’appuyer sur un bouton (on pense au bouton d’une radio) pour enclencher un mouvement de masse d’une population contre une autre ? Suffit-il qu’un gouvernement décrète que les juifs doivent porter l’étoile jaune pour qu’en tant que citoyen l’on puisse s’éprouver complice par son silence de la Shoah ?

Il semble bien que les bourreaux étaient également victimes car ils ont été manipulés par des discours racistes si bien incrustés dans leurs cervelles que « les braves cultivateurs ou instituteurs » qu’il étaient se sont transformés en tueurs.

Lors d’un débat après la représentation du 27 avril 2024, l’historienne Annette BECKER a indiqué que les tueurs n’utilisaient pas que des machettes. Elles auraient été utilisées parce qu’elles coûtaient moins cher que les armes à feu. Les Africains ont été si souvent assimilés à des sauvages par les Blancs qu’il importe aussi de ne pas passer sous silence le fait que la machette renvoie à la primitivité supposée des rwandais. Dans ce cas, les nazis et les responsables du génocide arménien sont également primitifs.

Elle a précisé également que ce qui distingue le génocide d’une guerre c’est la volonté des belligérants de tuer d’abord les femmes pour éradiquer toute reproduction.

Deux comédiennes, deux comédiens, une contrebasse, un mur et quelques lumières s’exposent en public pour exprimer l’effroi face à la catastrophe d’un génocide.

Les victimes, les rescapés sont aussi là pour nous rappeler que cela n’arrive pas qu’aux autres. Impossible de les oublier quand la froideur des récits des tueurs vous glace le sang.

Le 2 mai 2024

Evelyne Trân

Article également publié dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR

Bords de scène et rencontres
Le vendredi 26 avrilLaurent Larcher (La Croix/ auteur de Rwanda, ils parlent et de Papa, qu’est-ce qu’on a fait au Rwanda ?) -14 h 30 (représentation scolaire).

Le samedi 27 avrilAnnette Becker, historienne (les deux guerres mondiales, les violences de masse contre les civils, leurs mémoires et leurs oublis) – à l’issue de la représentation de 16 h 30.

Le dimanche 28 avrilStéphane Audoin-Rouzeau, historien (Première guerre mondiale et génocide des Tutsi) – à l’issue de la représentation de 16 h 30.

Le jeudi 2 maiPierre Lépidi (Grand reporter/ Le Monde). Auteur de Murabeho – à l’issue de la représentation de 21h.

Le vendredi 10 maiJean-François Dupaquier, historien du génocide des Tutsi – à l’issue de la représentation de 21h.

Le samedi 11 maiMaria Malagardis, journaliste (Libération), documentariste (Rwanda, vers l’apocalypse, actuellement sur F5) et romancière (Avant la nuit) – à l’issue de la représentation de 16 h 30.

Le Dimanche 12 maiCatherine Coquio, universitaire et historienne, études sur les génocides – à l’issue de la représentation de 16 h 30.

Représentations scolaires
Vendredi 26 avril à 14h30
Vendredi 03 mai à 14h30

Lettre d’une inconnue de Stefan ZWEIG – Jeu et adaptation de Betty PELISSOU- Mise en scène de William MESGUICH au Théâtre LE LUCERNAIRE – 53 Rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS – du 20 Mars au 12 Mai 2024 du mardi au samedi à 19 H, le dimanche à 15 H 30.

  • Musique et design sonore Thomas Déborde
  • Lumières William Mesguich
  • Costumes Marie-Caroline Behue
  • Production La Compagnie Poqueline

Imaginez une fleur que vous n’osez pas toucher car vous craignez d’attenter à sa fraicheur. Observez son cœur que vous ne voulez pas non plus presser de crainte de l’écraser et soudain un fantasme vous envahit, vous vous souvenez d’une femme qui aurait toutes les qualités de cette fleur à la fois vaporeuse et délicate, fragile et violente, armée de sa seule beauté, exposée au vent et au soleil, qui consentirait dans un souffle unique de vous prendre à témoin, de vous parler d’un secret infini, qui va perdurer grâce à votre écoute et devenir une sorte de rêve tangible et obstinément présent, une histoire d’amour.

Elle est plus que délicate cette lettre qu’une femme adresse à un homme avant de mourir. C’est la confession d’une femme amoureuse à un homme qui ne l’a jamais aimée. Un amour impossible en somme qu’il faut entendre comme un mystère, ne pas chercher à le juger, seulement l’écouter s’exprimer.

Le public s’éprouve privilégié d’entendre cette femme nous raconter son histoire. Comment ne pas être reconnaissant envers la comédienne Betty PELISSOU puisque nous l’entendons exister sur scène cet amour, nous le partageons, nous nous y abandonnons sans honte. Nous nous y identifions, acceptant cruellement de nous découvrir pathétiques, pitoyables mais heureux avec une flamme dans le regard.

Nous entrons dans un rêve qui prend toute sa force au théâtre car il est palpable, l’auteur Stefan ZWEIG, le metteur en scène William MESGUICH et naturellement Betty PELISSOU se sont donné la main pour orchestrer cette rêverie amoureuse que ne renieraient ni Baudelaire, ni Verlaine ni les âmes sensibles.

Le 30 Avril 2024

Evelyne Trân

Article également publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR :

https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=7831&article=Le_brigadier_messager

N.B : Betty PELISSOU était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4  le 20 Avril 2024, en podcast sur le site de Radio Libertaire.  

Reprise des Crabes de Roland DUBILLARD à LA SCALA 13, Bd de Strasbourg 75010 PARIS du 14 Avril au 26 Mai 2024 à 17 H 30 ou 21 H 30.

Avec Denis Lavant, Maria Machado, Samuel Mercer & Nèle Lavant

Scénographie Christoph Rasche

Visuels & Costumes Maya Mercer

Lumières Daniel Sestak

Musique René Nuss

Dramaturgie Charlotte Escamez / Florian Hirsch

Ingénieur son Guillaume Tiger
Montage vidéo Jean Ridereau

Assistante mise en scène Eugénie Divry

Je fais partie de ceux ou celles qui attendent du théâtre une sorte d’électrochoc. Mais cela se passe très rarement, peut-être heureusement d’ailleurs.

Ah cette envie d’être transportée dans un ailleurs qui ne soit pas aseptisé comme celui des publicités ou des échanges sur les réseaux sociaux !

Non, la pièce Les crabes que j’ai vue à Avignon en 2023 n’a pas été un électrochoc. Mais je m’en souviens parce qu’elle m’a dérangée comme une sorte de cauchemar que je n’aurai pas osé décliner moi-même. Car la langue de Dubillard est méchante. Elle parle du mal qui se cramponne à l’humain et de sa bêtise également.

Au secours ! criera une partie du public. Heureusement les personnages « affreux » sont interprétés par des artistes fort sympathiques. C’est du théâtre, zut, à ne pas confondre avec la réalité à moins que cette dernière soit pire hélas.

Voici donc ci-dessous ce que j’avais écrit après la création du spectacle à Avignon :

La pièce Les Crabes de Roland DUBILLARD date de 1971 et vient de faire l’objet d’une création au Théâtre du Chêne noir au festival off d’Avignon pour célébrer le centenaire de la naissance de l’auteur.

On pourrait parler d’une parodie de l’existence ou de la condition humaine. Que l’on aime ou pas les crabes au propre ou au figuré, il est difficile de ne   pas être impressionné par l’inquiétante atmosphère qui règne dans cette pièce dont tous les protagonistes sont roulés dans la farine langagière de l’auteur dont voici quelques perles :

« Une bouche avec un peu de bonne volonté pourrait se manger toute seule »

« Qu’est-ce que la gorge d’un rossignol, un peu de soudure et silence ! »

« Il trainait les moustiques dans son regard comme une grande tour Eiffel inutile. »  

Le synopsis plutôt simple oppose un jeune couple paumé à un vieux couple excentrique dans une villa de bord de mer appelée Le Crabe, Il semblerait que tout fuit dans cette résidence : la baignoire, les crabes et la raison. Les jeunes mangent à longueur de journée ces fameux crabes et le plombier est attendu comme le messie.

Dubillard parle de cauchemar comique. On assiste à un joyeux maelstrom d’idées mal digérées : mal de mer, mal de crabes. Il y a de la défonce dans l’air, celle de la verve « apocalyptique » de Dubillard qui tourne en dérision les tentatives infructueuses des pauvres humains de claquer la porte à la mort. Et que penser de l’affreux jojo, un abruti de première classe qui mitraille sa propre épouse ? L’homme vidé de sa substance donc de son esprit tuerait simplement par réflexe ?

Mais pourquoi donc faire entrer une mitraillette dans une pièce de théâtre ? Parce que cela fait partie hélas des accessoires de l’inventaire humanoïde.

Dubillard en cuisinier théâtral offre au public une soupe fumante de crabes qui brûle la langue.

Les interprètes de cette symphonie cauchemardesque sont excellents : Samuel MERCER en jeune homme qui ne se réveillera jamais du cauchemar, Denis LAVANT qui y baigne comme un poisson dans l’eau, Marie MACHADO en matrone un brin mélancolique et Nèle LAVANT avec sa fraicheur et sa jolie voix haut perchée.

La mise en scène fort bien lestée de Frank HOFFMANN électrise l’ambiance à souhait.

Voilà du théâtre pour rire méchamment de soi-même ou des autres. Ensuite, n’allez pas vous jeter sur une assiette de crabes !

Evelyne Trân

Article mis à jour le 9 Avril 2024

Publié également dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR

Les Chaises d’Eugène IONESCO -Mise en scène Thierry Harcourt au Théâtre MONTANSIER 13, rue des Réservoirs 78000 Versailles du 26 au 28 Mars 2024 à 20 H 30.

  • Photo Fabienne Rappeneau
  • Mise en scène de Thierry Harcourt assisté de Clara Huet
  • Avec Frédérique Tirmont et Bernard Crombey
  • Musique Tasio Caputo
  • Lumière Thierry Harcourt et Pascal Araque
  • Costumes Laurent Mercier

Encore une nouvelle mise en scène des Chaises. Je connais un artiste qui peint avec amour la chaise. Pour l’œil et même pour l’esprit, c’est reposant une chaise « vide ». L’imagination s’en empare et elle acquiert une individualité propre, sans doute grâce au regard du peintre amoureux.

A propos de sa pièce Les Chaises Eugène IONESCO n’a-t-il point dit qu’elles étaient les personnages principaux ? Dans la mise en scène de Thierry HARCOURT, elles ne sont que deux avec deux petits escabeaux.

Un vieux et une vieille qui forment un couple depuis 75 ans suffisent à accaparer la scène. Ils parlent pour occuper le temps ; ils donnent l’impression d’être isolés dans leur bulle. Ont-ils peur du vide, du silence ?

Ils se donnent en spectacle, un peu comme des enfants, ils jouent aux maîtres d’hôtes qui accueillent une foule d’invités.es et leur tiennent la conversation. Eh bien sûr au fur et à mesure, ils apportent des chaises (invisibles). C’est un incroyable ballet avec le vide qui finit par lui donner consistance. Toute cette peine qu’ils se donnent pour de vrai a quelque chose de vraiment touchant.  Ces deux vieux sont capables de s’inventer un monde indestructible parce qu’il ne fait partie que de leur imagination. Cela agit comme un défi vis à vis de la mort, de la réalité.

Même si Ionesco parait dénoncer l’inanité de la logorrhée humaine, ses personnages dialoguant avec des invités qui n’existent pas, les interprètes Frédérique TIRMONT et Bernard CROMBEY semblent s’être concertés pour prouver le contraire. Ils témoignent d’une belle vitalité, le néant n’a qu’à aller se rhabiller !

Le 25 mars 2024

Evelyne Trân

.N.B : Le spectacle a eu lieu du 10 janvier au 10 mars 2024 au Théâtre LE LUCERNAIRE à PARIS

Article également publié dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR

LES TRAVAILLEURS DE LA MER de Victor Hugo avec Elia BIRMAN – Mise en scène de Clémentine NIEWDANSKI du 24 Janvier au 17 Mars 2024 du mardi au samedi à 19 H, le dimanche à 15 H 30 au Théâtre LE LUCERNAIRE 53 Rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris.

SEUL AU COEUR DE LA TEMPÊTE

Prodigieux chef d’oeuvre de Victor Hugo, ce seul en scène est le récit éblouissant d’un homme poussé au-delà de ses limites. Gilliatt, personnage étrange et isolé, aime en secret une jeune fille à qui il n’a jamais osé parler, et cet amour semble impossible. Un navire fait naufrage. Son propriétaire promet la main de la jeune fille à qui sauvera le bateau. Gilliatt se précipite alors en pleine mer, où la tempête fait rage, pour tenter de secourir l’épave… C’est le début d’une aventure aux périls les plus extrêmes. Véritable performance d’acteur, ce spectacle est une plongée vertigineuse au coeur de la nature humaine et des mystères du monde.

« Ils disaient personne n’ira, c’est impossible… Alors j’y suis allé. »

Suivant la formule consacrée, on ne ressort pas indemne d’un tel spectacle. Sans doute faut-il un certain courage et du temps pour s’embarquer dans la lecture des Travailleurs de la mer de Victor Hugo. Grâce à l’adaptation de ce roman foisonnant par Clémentine NIEWDANSKI pour un seul en scène interprété par un comédien si habité par son personnage que ses sueurs, ses agitations, ses douleurs passent la rampe au point que le public du premier rang peut craindre d’être éclaboussé par la tempête et transpire à son tour !

Pour se confronter au lyrisme de Victor Hugo, il faut assurément un artiste de la trempe d’Elia BIRMAN. Oui, il est possible d’être happé par la langue de Hugo qui permet de rendre compte au public de quelque chose d’inouï, une sorte de fusion entre l’homme et la nature qui fait que dans l’incommensurable, une quête de pureté ou d’absolu, c’est la beauté du geste qui l’emporte et dans le cas de Gilliatt son amour pour la belle Déruchette.

Et l’image qu’apportent les mots de Hugo dans la bouche d’Elia BIRMAN ne peut que nous éblouir !

Le 16 Mars 2024

Evelyne Trân

N.B :  Le spectacle s’achève le 17 mars 2024 mais étant donné son succès et sa qualité devrait certainement faire l’objet d’une reprise et/ou d’une tournée

La Femme à qui rien n’arrive de Léonore Chaix à La Scala Paris 13, boulevard de Strasbourg Paris, 10e du 12 au 20 Mars 2024, les mercredis à 19 H 30.

Photo Philippe DELACROIX

De et avec Léonore Chaix,

Mise en scène Anne le Guernec

DISTRIBUTION

De et avec Léonore Chaix, mise en scène Anne le Guernec

La Femme à qui rien n’arrive, un polar métaphysique déjanté destiné à nous faire dresser les cheveux sur la tête.

Elle n’a qu’un objectif : accomplir ses tâches quotidiennes incompressibles au rythme robotique dicté par la « Machine ». Prise au piège d’une publicité virtuelle, la Femme à qui rien n’arrive va être confrontée à ce qu’elle redoute le plus : qu’une chose lui arrive. Elle va basculer dans un monde de plus en plus délirant.

Ça y est, nous y sommes à l’ère de l’intelligence artificielle, chatgpt et ses rejetons, la Femme à qui rien n’arrive engluée jusqu’au cou de sa machine à laver en connait un rayon.

Dur, dur de ne pouvoir communiquer qu’avec un robot informatique suffisamment sot pour vous faire douter de votre humanité. Dans une seule en scène réjouissante, Eléonore CHAIX raconte la galère d’une pauvre dame qui commande sa ration de pommes de terre sur internet.

Evidemment cela ne se passe pas comme elle voudrait et le public assiste au naufrage de cet individu dévoré, deus ex machina, impitoyablement par une voix d’outre-tombe familière des consignes abracadabrantes.

Si cela n’était pas comique, ce serait désespérant. L’individu solitaire livré aux bonnes intentions, cela va de soi, d’un interlocuteur informatique serait-il condamné au suicide ?  Exagéré-je vraiment ? Faut-il regretter le bon vieux temps où vos patates étaient livrées à dos d’âne ?

La femme à qui rien n’arrive, réglée sur ses tâches ménagères incompressibles, va-t-elle devenir folle ?

Pour le savoir, rendez-vous au spectacle d’Eléonore CHAIX qui d’une voix très assurée avec tout juste une pointe d’ironie ou de malice nous raconte son histoire. En fait, ça n’existe pas une femme à qui rien n’arrive !

Le 16 Mars 2024

Evelyne Trân

L’article a également été publié dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR

https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=7739&article=Pas_de_20_pour_le_brigadier

MARCUS ET LES SIENS de Charif GHATTAS au Théâtre de la Reine Blanche 2 Bis Passage Ruelle 75018 PARIS du 7 février au 10 mars 2024.

Histoire d’amitié, de famille, de tribu

Le synopsis du spectacle :

À la demande de Marcus, metteur en scène et directeur de théâtre, une troupe de comédiens se réunit pour la première fois depuis la perte de leur amie la plus chère. Cette tragédie a fait voler en éclats leur famille artistique. La révélation imminente de Marcus pourrait définitivement rompre leur amitié. Confrontés à une situation qui nous dépasse, comment faire face au surgissement de la violence qui ébranle nos certitudes?

L

DistributionMÉLISSA BROUTIN, AUGUSTIN DE MONTS, CHARIF GHATTAS, QUENTIN PAULHIAC, AURÉLIEN RONDEAU, ANNE WERNER.

Mise en scèneCharif GHATTAS

Elle est terrible la pièce de Charif GUATTAS, Marcus et les siens. Ce titre qui laisse imaginer une histoire d’amitié n’annonce pas l’évènement tragique qui va la bouleverser . Marcus c’est le chef de troupe, un directeur de théâtre qui convoque ses membres après 2 ans de silence. On devine qu’il a été cruellement touché par l’assassinat de sa compagne Mathilde, une cinéaste engagée par un terroriste. Une grande partie de la pièce qui dure 1 H 45 permet de faire connaissance avec les comédiens.nes qui ont été également frappés par la mort de Mathilde, leur amie. Les caractères de chacun.ne sont suffisamment prononcés pour animer des discussions entre eux parfois violemment jusqu’à en venir aux mains. Cependant leur questionnement concerne surtout Marcus dont ils ne saisissent par les intentions. C’est alors que Marcus qui apparait très perturbé leur apprend qu’il a séquestré le terroriste qui se trouve dans les lieux mêmes du théâtre…

 L’auteur instaure un suspense tout le long de pièce avant le dénouement brutal. Il a choisi des artistes de sa propre compagnie, excellents interprètes, pour endosser les personnages dont les réactions sont finement exposées de façon à les rendre attachants et à mesurer la force de leur amitié en dépit de leurs différences. A contrario, le terroriste qu’on ne verra pas est fantasmé au point de n’être que la bête à abattre. Ce terroriste n’est certainement plus un humain, il a commis un acte abominable qui l’exclut du genre humain.

Ce sentiment semble partagé par l’ensemble de la troupe mais l’auteur  n’entend pas porter de jugement moral. Il s’agit plutôt d’essayer de comprendre comment la violence, la haine, l’esprit de vengeance font irruption chez des individus au point de les pousser au meurtre.

Il suffit de voir l’une des protagonistes de la pièce resurgir du fond da la salle de théâtre les mains et le visage barbouillés de sang pour éprouver l’horreur du crime.

Nous ne sommes pas chez Macbeth de Shakespeare car il ne s’agit pas d’un acte isolé mais d’un acte qui s’assume collectivement. Le terroriste en question est devenu une prise de guerre.

La pièce interpelle et suscite des réflexions au cœur de l’actualité.

Jusqu’où peut-on aller au nom du collectif ? Faut-il parler de « bête » d’instinct primaire chez l’humain qui le pousserait à la guerre, au crime ? Le fait est qu’il y a une culture de la guerre et de la haine depuis l’antiquité et au-delà. Ne parle-t-on pas de héros de guerre ? Si c’est la bête qui s’exprime, faut-il qu’elle devienne l’alibi de crimes annoncés parce qu’ils ont été de tout temps valorisés ?

La question est ouverte bien entendu. Œil pour œil, dent pour dent, quand donc la loi du talion passera-t-elle à la trappe ?   

Le 8 mars 2024

Evelyne Trân

N.B : Le texte de la pièce est publié à l’Avant-scène Théâtre du 15 Mars 2022 N°1520

L’article a également été publié dans le LE MONDE LIBERTAIRE.FR

Le Prince à la tête de coton de Nicolas PORCHER au Théâtre LA FLECHE – 77 Rue de Charonne 75011 PARIS – Mise en scène de Eloïse Bloch – Du 13 Janvier au 16 Mars 2024 – Les samedis à 19 H.

AVEC Marie-Béatrice Dardenne, Ellen Huynh Thien Duc, Stéphane Ly-Cuong, Nicolas Porcher et Quentin Raymond

Lumières : Tom Lefort

Affiche : Matthieu Truffinet

Durée 1H 10

Le Prince à la tête de coton ! Quel joli titre pour un conte et une pièce de théâtre, à la fois poétique et énigmatique telles de nombreuses fables où la réalité côtoie le rêve.

Son auteur Nicolas PORCHER dont c’est la première pièce est un instrumentiste de talent qui compose aussi bien avec la cithare vietnamienne que la guitare ou la musique assistée par ordinateur.

Avec ses armes que sont la poésie et la musique, Nicolas PORCHER qui a su réunir autour de lui une équipe artistique épatante met en scène une famille bouleversée par la maladie du père, un professeur retraité atteint d’aphasie primaire progressive ou plus exactement de dégénérescence lobaire fronto-temporale.

Cette maladie est cruelle car celui qui en est affecté se sent petit à petit diminué. Perdre ses mots pour un lettré quelle tristesse !

L’importance du langage, l’auteur la souligne d’emblée avec un joli texte sur le dictionnaire. Importance cependant toute relative car le père qui a perdu ses mots devient alors ce Prince à la tête de coton qu’il faut accompagner et soutenir.

Il est difficile pour le fils adolescent d’accepter l’état de son père, faut-il que ce dernier ne soit plus qu’un animal : une âme brute qui mange, baise et dort dans un corps incapable de nouer un lacet.

La mère et la fille se montrent plus compréhensives à l‘égard du père et puis c’est toute la famille qui s’adapte au comportement du père qui n’a plus pour s’exprimer que le refuge de la cuisine où pour lui, pétrir une pâte est une façon de dire « Je t’aime ».

La pièce ne dure qu’une heure 10 mais elle parait beaucoup plus longue, irriguée par des mélodies qui résonnent encore dans l’oreille à l’issue de la représentation, notamment, celle fascinante de Nono/fragment 2, Extérieur/jour *qui jaillit telle une vague musicale censée réunir le père et le fils.

Une histoire de famille où chaque membre s’exprime aussi solitairement. Monologues et dialogues se succèdent, accompagnés discrètement des compositions de Nicolas PORCHER.

La mise en scène très aérée d’Eloïse BLOCH s’accorde vraiment à l’ambiance musicale de la pièce qui bénéficie d’excellents interprètes. Ce spectacle réussit sans pathos, avec pudeur et délicatesse à témoigner sur l’épreuve de la maladie dont aussi bien les victimes que les accompagnants ne sortent pas indemnes.

Mais Nicolas PORCHER est un artiste, il s’est nourri sciemment de cette expérience qui inspire sa créativité et suscite des interrogations pérennes : Est-on capable de penser sans mots ? Qu’est-ce qu’un humain ?

A une époque où les idées de performance, rapidité, perfectibilité et concurrence plombent les esprits, prendre conscience que tout être est vulnérable, c’est apporter sa pierre à l’édifice du mot humain.

On mange quoi ce soir ? Ce leitmotiv lancé à la cantonade par les enfants du père est le signe de ralliement d’une famille aimante.

Le Prince à la tête de coton est une pièce salutaire et une histoire d’amour qui n’a pas de fin ! C’est ça la magie de la poésie ! Un grand merci à toute l’équipe artistique pour cette belle création !

Le 6 mars 2024

Evelyne Trân

L’article est également publié sur le site du MONDE LIBERTAIRE.FR

N. B : Nicolas PORCHER et de Eloïse BLOCH étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE du samedi 2 mars 2024 en Podcast sur le site de Radio Libertaire.

Le texte de la pièce est publié aux Editions EX AEQUO. Editeur militant

*https://www.youtube.com/watch?v=3OtT9b0uWlw

Les Bonnes de Jean GENET au THEATRE 14 – 20 avenue Marc Sangnier 75014 Paris du 27 février au 23 mars, mardi; mercredi et vendredi à 20 H, jeudi à 19 H, Samedi à 19 H.

Photo Christophe Raynaud de Lage

Texte Jean Genet © Éditions Gallimard
Mise en scène Mathieu Touzé
Avec Yuming Hey, Elizabeth Mazev, Stéphanie Pasquet
 et Thomas Dutay 

Du plaisir vous en voulez, du plaisir vous en aurez avec ces Bonnes de Jean GENET, dans la mise en scène de Mathieu TOUZE, le nouveau co-directeur du Théâtre 14.

Les Bonnes de Jean GENET, mais c’est du classique ai-je pensé en choisissant ce spectacle. Mais à la sortie avec le retournement de quelques sens, contaminée par la folie des interprètes, j’ai pensé qu’elles avaient franchi le mur du temps par effraction certainement grâce à ce voleur de Jean GENET.

Elizabeth MAZEV et Stéphanie PASQUET collent si bien aux personnages qu’elles suscitent une empathie invraisemblable.

Une histoire d’enfermement nous dit dans sa note d’intention Mathieu TOUZE, visiblement marqué par l’expérience du confinement.

Des petites lionnes dans une cage ! En vérité, il n’y a pas un animal qui n’ait le goût de la liberté. Pour ma part, j’ai vu un chien s’arracher de ses chaines, il me donnait une leçon de liberté.

Pensez-vous que l’on puisse naître bonne, esclave ?  Mais comment donc sortir de ce rôle, de cette place qui vous est assignée dans un jeu de l’oie, coquin de sort, sinon l’ai-je pensé plus haut, par effraction.

Les dire folles ; allons donc à peine ! Madame le serait tout autant sauf qu’elle n’y pense pas parce que la folie ce serait d’oublier qu’elle n’a en face d’elle que des bonnes, des outils, des employées mais sûrement pas des personnes.

C’est dans cet oubli là que le cœur de Claire et Solange va se nicher, dans ce trou qu’elles vont creuser avec obstination, qu’elles vont rebondir à partir de cette faille que représente Madame avec ses manies, sa méchanceté décortiquées par Claire qui rentre dans sa peau avec un malin plaisir.

Madame est absente et les souris dansent. Solange, la bonne la plus âgée se soumet à Claire qui enfile la robe de Madame. On apprend que son amant à cause d’une dénonciation mensongère de Solange est incarcéré.

Madame enfin apparait ; elle est interprétée par un fabuleux comédien Yuming HEY qui a défaut de la rendre sympathique séduira le public par son exubérance et ses toilettes tape à l’œil.

Cette pièce a tout l’apparat du suspense car on se prend au jeu de ces bonnes. Comment savoir si elles parlent pour de vrai ou pour de faux quand elles élaborent tout un scénario pour tuer Madame ? La frontière est si mince entre le vrai et le faux ! Jouent-elles ou ne jouent-elles pas ?

Il y a l’idée aussi d’être rattrapé par la réalité, cette réalité dont elles voulaient tordre le cou …jusqu’à s’étrangler elles-mêmes. Mais au moins, elles auront joué, elle se seront amusé, elles auront ri, chanté, dansé !

Au premier abord, le décor aux meubles tout en « sucre » peut agacer. Mais son aspect artificiel contraste avec celui des bonnes très nature. Ce côté sucre parle de Madame, il serait anodin s’il ne reflétait pas son inconsistance.

Mathieu TOUZE signe une mise en scène enlevée et intelligente. Oui, ces bonnes qui sortent de leurs gonds avec une énergie de tous les diables n’ont pas fini de nous émouvoir ! Un spectacle à ne pas manquer !

Le 1er Mars 2024                                              

Evelyne Trân

Article publié également dans le Monde libertaire.fr https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=7718&article=Le_brigadier_-_employe_de_theatre_-_et_les_employees_de_maison