





Hamma MELIANI était l’invité de l’émission Deux Sous de Scène sur RADIO LIBERTAIRE.89.4, le samedi 29 Juin 2024 en podcast sur le site de Radio libertaire. 89.4.






Hamma MELIANI était l’invité de l’émission Deux Sous de Scène sur RADIO LIBERTAIRE.89.4, le samedi 29 Juin 2024 en podcast sur le site de Radio libertaire. 89.4.

d’après Luigi Pirandello
Traduction : Fabrice Melquiot
Adaptation : Fabrice Melquiot et Marina Hands
Mise en scène : Marina Hands
Scénographie : Chloé Bellemère
Costumes : Bethsabée Dreyfus
Lumière : Bertrand Couderc
Son : Jean-Luc Ristord
Collaboration artistique : Anne Suarez

Photo de répétitions © Christophe Raynaud de Lage
DISTRIBUTION :
Thierry Hancisse. Le père
Coraly Zahonero, l’assistante
Clotilde de Bayser, La mère
Guillaume Gallienne, Le metteur en scène
Adeline d’Hermy la Belle-fille
Claire de La Rüe du Can, l’actrice
Adrien Simion, le fils
Margot Desforges : le Petite Fille (en alt.) Manon Dujardin : La Petite Fille (en alt.)
Cléophée Petiot: la Petite Fille (en alt.)

Eprouver comme un pincement au coeur à l’issue d’une représentation de Six personnages en quête d’auteur de PIRANDELLO, cela réveille une spectatrice souvent passive qui s’estime interpellée extraordinairement.
Le public se retrouve face à face comme dans un miroir en raison d’un dispositif bi-frontal. Il n’y a pas de décor donc pas de mur et de rideau mais les acteurs.trices et les personnages n’en ont cure. Donc le public est là pour assister à une répétition difficile d’une pièce de Pirandello avec un metteur en scène mal embouché, un régisseur, une assistante et les interprètes. C’est alors que surgissent de façon intempestive, les membres d’une famille qui demandent au metteur en scène de monter leur drame familial. Ce dernier après avoir refusé, finit par accepter et son équipe est chargée de jouer l’histoire de cette famille. A noter que les membres se sont présentés comme des personnages et non des personnes réelles. Lesdits personnages décus par le jeu des interprètes décident d’incarner eux mêmes leurs propres rôles. Mais c’est trop sans doute car la pièce se termine par une débandade générale.
Lors de sa première, le 9 mai 1921, la pièce a fait scandale puis s’en est suivi le succès qui a rendu célèbre Pirandello.
Pirandello, grand travestisseur de la réalité prétend avoir tiré de son imagination ces personnages en quête d’auteur (la préface de la pièce est incroyable). Or voilà des personnages dont les drames révèlent des comportements particulèrement immoraux : le père couche avec sa belle fille prostituée, il a abandonné femme et enfants etc. (On pense à Dostoievski) . Voilà donc des tourments, des conflits familiaux qui veulent s’exprimer au grand jour, mais sont censurés par la bourgeoisie. Ces personnages n’en peuvent plus en somme d’être effacés et ils le crient à la face des comédiens.nes incapables selon eux d’interpréter leur drame.
S’il s’agit d’individus condamnés à être des personnages c’est parce qu’il serait impossible, voire insoutenable de se les représenter autrement d’où la nécessité de les exprimer par le biais de l’art ou de l’illusion.
Il faudrait donc accepter l’idée de personnages dans lesquels peuvent se transférer les émotions et souvenirs les plus pénibles.
Pirandello en a conscience, il y a une différence entre la réalité et la fiction, entre un personnage et une personne réelle, mais la perception parfois se brouille . C’est ce conflit qu’il met en scène, non sans humour, dans Six personnages en quête d’auteur. Pirandello donne le sentiment de jouer avec le feu avec cette épée de Damoclès, la folie qui guette et qui le menace au premier plan (elle fait partie de son expérience intime puisque son épouse a dû être internée).
En résumé, il y a véritablement des personnages tels ceux de la rue, anonymes en quête d’auteur qui ne seront jamais représentés. Ce qui crève les yeux dans la réalité est-il représentable ? Les témoins se sentent impuissants. Les artistes, le metteur en scène et l’auteur n’ont plus les beaux rôles, ils sont en passe d’être détrônés de la scène par des personnages qui font irruption sans crier gare.
Les comédiens.nes sont garants du spectacle mais leurs prestations s’avèrent peu convaincantes face aux revendications de personnages qui d’après Pirandello sortent tout droit de son imagination mais au fond doivent bien à voir quelque chose avec la réalité car les psychodrames familiaux dont ils sont porteurs dépassent justement notre imagination.
Remise en question des comédien.nes, du metteur en scène, de l’auteur mais aussi du public. Que vient-il chercher au théâtre ? Les personnages joueraient-ils le rôle de leur inconscient ?
La mise en scène de Marina HANDS est particulièrement sensible, on y croit à ces personnages totalement possédés, les interprétations de Thierry HANCISSE (le Père) et Adeline d’HERMY (la belle-fille) sont saisissantes.
Dans cette pièce, la comédie et le drame se côtoient et la metteure en scène avec une équipe de comédiens.nes formidable, opère la balance si subtilement que l’on finit par songer que cette pièce est un rêve éveillé où se rejoignent pêle-mêle aussi bien les gens de théâtre que les personnages, l’auteur et le public qui ne mettraient pied à terre que sur scène.
Le 1er Juillet 2024
Evelyne Trân
N.B : Article également publié dans le Monde Libertaire.fr :

Adaptation de Michel Monnereau
Création lumière : William Mesguich
Création sonore : Matthieu Rolin
Costume : Sonia Bosc
Production : François Nouel

Avez-vous lu DURAS ? Le spectacle La vie matérielle conçu par Michel MONNEREAU qui a fait un travail remarquable d’adaptation du recueil éponyme des entretiens de Marguerite Duras avec le journaliste Jérôme BEAUJOUR, paru en 1987, projette d’emblée les spectateurs dans une sorte de montagne Duras non point inaccessible mais intrigante, qui plante le décor, celui d’une solitude ivre.
C’est une femme assurée de son prestige qui s’exprime, elle a intériorisé sa notoriété, sorte de pied de nez à une petite fille qu’on imagine timide, ébahie devant sa mère « ogresse » guerrière impénitente qui s’est battue contre vents et marées pour survire avec ses 3 enfants (cf. (Un Barrage contre le Pacifique) cette mère qu’elle dit folle.
Elle est un personnage. Il n’y a pas de limites pour un personnage sauf, allez savoir, lorsque la bougie vacille sous l’influence de l‘alcool. Se serait-elle reconnue si elle s’était rencontrée par hasard ? Dans ces entretiens, elle donne toujours l’impression de se projeter dans quelque chose qui la dépasse. Et c’est ce sentiment de dépassement qui confine à l’émerveillement qui la rend terriblement touchante.
Est-il encore possible de se rappeler la parfaite petite fille inconnue, étrangère parmi les indigènes serviteurs de sa mère lorsqu’on s’appelle Duras. Parce qu’elle s’appelle Duras, des inconnus la recherchent, s’approchent d’elle et elle reconnait parmi eux Yann ANDREA.
Peut-on juger un personnage ? Nenni. Duras personnage, actrice se donne à ceux qui lui tendent la perche. Elle se donne à elle-même aussi avec une sorte d’espièglerie. C’est un jeu ; on la croirait à la marelle en train de lancer des cailloux ou des galets pour jeter un sort aux cases de souvenirs. Elle a le geste sûr ce qui lui permet ensuite de céder à l’exaltation.
Bizarrement, il semble qu’il ne soit pas nécessaire d’avoir lu Duras ou vu un de ses films pour l’entendre dans ce spectacle. Duras interprétée par Catherine ARTIGALA fait penser à une héroïne de tragédie, elle est une ogresse comme sa mère qui s’assume comme telle. N’a-t-elle point accouché au réel, au théâtre, au cinéma de tant de personnages dont elle a souligné la détresse, la folie. Quant à l’Amour toujours avec un grand A, c’est le point culminant d’une rêverie, celle de la musique d’India song.
Oui alors, il faut peut-être avoir lu Duras pour la comprendre.
William MESGUICH certainement imprégné par cet univers accueille Marguerite Duras avec une mise en scène discrète et chaleureuse.
Catherine ARTIGALA ressemble physiquement à Duras sexagénaire mais c’est surtout sa présence qui impressionne. Elle incarne justement une écrivaine pour laquelle « Le dire » importe plus que la véracité des faits. Comme si sans passion, il n’y a pas d’évocation possible. La parole travestit la réalité. Duras est bien plus romancière que journaliste. Elle ne tricote pas, elle orchestre.
Bête de scène, magnifique croqueuse de mots, croqueuse de vie, Catherine ARTIGALA livre les souvenirs de Duras, bec et ongles tendus pour en découdre avec le rideau sale de la réalité, pour chasser les nuages, retrouver devant elle et chez l’autre le bonheur d’exister.
Article mis à jour le 25 Juin 2024
Evelyne Trân
N.B : Article initialement publié sur le Monde Libertaire en ligne
https://www.monde-libertaire.fr/?article=Marguerite_et_le_brigadier

Collaborateur·rice artistique : Estelle Andrea
Créateur·rice lumière : Richard Arselin
Adaptation théâtrale : Charlotte Escamez
Scénographe : Grégoire Lemoine
Metteur·se en scène : William Mesguich
Comédien·ne : William Mesguich
Assistant·e de diffusion : Pierrick Quenouille
Créateur·rice son : Maxime Richelme
Auteur·rice : Sylvain Tesson
Rendez vous au festival d’Avignon 2024 pour ces forêts de Sibérie où vous serez accueillis.es par un guide fort sympathique, William Mesguich qui prête sa fougue et sa chaleur à l’écriture de Sylvain Tesson.
Bien entendu nous savons que Sylvain Tesson est célèbre, décoré de plusieurs prix. Mais en entrant dans le théâtre, nous oublions sa renommée, nous avons juste envie de nous laisser emporter et pénétrer pat l’histoire d’un homme qui a choisi les mots comme rempart à la libéralité de nos émotions, à cet aléatoire, ce rien confus qui parfois nous trouble. Le narrateur raconte sa curieuse confrontation avec la solitude et une nature difficile, voire hostile ; il fait affreusement froid là-bas en Sibérie, non sans se départir d’un certain humour il déclare « Je vais enfin savoir si j’ai une vie intérieure ».
Donc rassurez-vous, Sylvain Tesson ne se prend pas pour Thérèse d’Avila mais nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’il prête de l’esprit aux montagnes, à la banquise, au soleil et plus largement à la nature d’une présence d’autant plus prégnante que l’homme qui l’éprouve a pour partenaire cette étrange maîtresse, la solitude.
Pourquoi donc raconter cette aventure qui a duré six mois, pour avoir suffisamment de matière pour écrire un livre ? Nous pensons que Sylvain Tesson poète dans l’âme, a écrit ce livre pour fixer une véritable histoire d’amour avec un paysage, une nature foisonnante de mystère devenue sa compagne.
William Mesguich tour à tour émouvant, drôle, lyrique, laisse fuser toute cette sensualité propre aux mots qui fondent dans la bouche et suggèrent toutes sortes de sensations qui vont bien au-delà de la pensée. Car il faut quelque peu la faire exploser cette intériorité de la pensée qui épouse l’austère nature et se rêver animal homme pour faire battre son cœur !
Paris, article mis à jour le 22 Juin 2024
Evelyne Trân

Distribution :
Jeu, danse et interprétation : Naïsiwon El Aniou
Musiques : Billie Holiday & Archie Shepp
Lumières : Sylvain Pielli
Scénographie : Naïsiwon El Aniou & Claire Thevenin
Costumes : Laetitia Chauveau & Alice Herbreteau
Elle est sur le fil, la voix ballotée dans le rayon d’une toile d’araignée filante suspendue aux parapets de l’infortune et des succès.
Mais pour voir poindre son petit cœur d’hirondelle, il fallait sûrement lever les yeux tant sa voix très subtile laisse transparaitre l’émotion d’un être qui, l’espace d’une chanson, jugulait tous ses doutes et ses aspirations dans un souffle, dans un rêve ; sa vision intérieure toujours dominée par les charbons ardents de la musique alors même que son corps lui refusait la plénitude.
L’auteure interprète de Sunny side sait restituer cette voix intérieure, jeune, pour une confession naturelle, capable de sonder ses jardins voilés par la violence de son environnement, et des épreuves assourdissantes : la prison à 15 ans pour prostitution, la misère, l’esclavage, la drogue.
Pas évident d’exister et de faire entendre sa propre clarté lorsqu’on a pour horizon le nuage sombre du racisme, particulièrement oppressant, qui régnait aux Etats Unis au début des années 1900.
La voix de Billie Holiday était digne de passer à travers ce nuage. Baudelaire ne disait-il pas « Tu m’as donné la boue et j’en ai fait de l’or ». Billie Holiday avait cet or à fleur de peau qui renvoyait de la lumière chaque fois qu’elle chantait.
C’est une voix capable de poursuivre, dans les moindres recoins, l’âme des musiciens de jazz et de blues, de celles qui savent passer entre les notes, qui ne trichent pas et qui ont même dans leurs altérations cette sorte de supplément enchanté, une voix toute en nuances.
Sur la scène devenue presque un jardin de récréation, l’interprète de Billie Holiday dénoue son corps de façon très imaginative, exprimant à la fois sa lutte, ses vulnérabilités, ses audaces.
Naïsiwon El Aniou signe une sensible évocation de Billie HOLIDAY, intimiste qui fait chatoyer la personnalité de Billie HOLIDAY qui dit-on avait l’âme d’un enfant, capable de s’éblouir et de s’émerveiller. Elle raconte sa vie comme il pleut sur la ville ou qu’il fait soleil. Les extraits de ses chansons qui soudain nous font fermer les yeux, sont bien choisis tout juste sur la crête des rêves de Billie HOLIDAY.
Article mis à jour le 10 juin 2024
Evelyne Trân
N.B : Article également publié dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR :

Distribution :
Comédien·ne : Arnaud Carbonnier, Olivier Hamel, Prisca Lona
Metteur·se en scène : Alexandre Tchobanoff
Il est possible de se déplacer de l’univers de Beckett à celui de la tragédie grecque. C’est le tour de force de cette pièce « Les cendres sur les mains » de Laurent GAUDE qui met en scène à la fois des personnages rappelant ceux de la pièce « En attendant Godot » de Beckett et une femme qui cumule la charge dramatique d’une Antigone ou d’une Cassandre pour exprimer l’horreur et l’absurdité de la guerre.
La pièce est bâtie sur deux oppositions de comportements, d’attitudes, de réactions par rapport à la mort et à la guerre.
D’une part une femme (le personnage aurait été inspiré du témoignage d’une réfugiée du Kosovo) à qui il incombe de faire parler la mort et les morts, d’autre part deux fossoyeurs qui n’ont pour d’autre mission que celle de faire disparaitre les cadavres comme les éboueurs enfouissent nos déchets sans états d’âme.
La mort et la guerre ne font qu’une dans l’esprit de la femme – venue de nulle part sinon de la mort, elle faisait partie d’un monceau de cadavres mais elle s’est réveillée comme le phénix renait de ses cendres – qui donne l’impression de s’adresser à une entité obscure qui vient de la plonger dans la désolation. Des réminiscences de tragédies d’Eschyle ou Sophocle nous reviennent en sursaut à travers les incantations, les lamentations de cette femme qui se dresse au milieu des morts.
Les fossoyeurs quant à eux n’ont également pour champ de vision qu’une hécatombe. Ils sont payés pour déblayer. C’est le salaire de la mort, de la guerre. S’ils font penser aux héros de Beckett, leur Godot n’a rien de spirituel et eux-mêmes sont dépourvus d’imagination, ils ne sont pas des clodos bohèmes, juste des employés abêtis par leur travail harassant et mortifère. Leur patron n’a pas de chair, il ne se manifeste que par quelques ordres élémentaires, pragmatiques. Comment auraient-ils le temps de rêver ?
Deux formes de langage s’opposent. Il y a celui familier et pauvre des employés d’une part et de l’autre celui lyrique et poétique de la femme qui telle Antigone n’a de cesse d’honorer les morts en les touchant, en les caressant ou en les embrassant.
L’opposition très marquée entre les fossoyeurs et la femme ennemie s’avère très efficace mais quelque peu manichéenne.
Le spectacle bénéficie d’une excellente distribution. L’interprétation quasi truculente des deux comédiens Arnaud Carbonnier, Olivier Hamel est très attrayante et celle dramatique de Prisca Lona, impressionnante. La mise en scène d’Alexandre Tchobanoff souffle le chaud et le froid avec une belle maitrise.
La pièce constitue une violente charge contre la bêtise humaine incarnée par ces deux fossoyeurs pitoyables et misérables, des morts-vivants qui ne peuvent se dépêtrer de la mort. Alors comment, pourquoi les humains continuent-ils à se tuer les uns les autres au mépris de la vie magicienne ? C’est la question qui nous assaille à l’issue de la représentation comme un poing levé contre la dictature de la guerre.
Article mis à jour le 11 Juin 2024
Evelyne Trân


LA NOMAD HOUSE est un projet cofinancé par Europe Créative, une initiative de la Compagnie des Nouveaux disparus en Belgique, portée par un consortium de 5 pays européens ainsi que la Tunisie, avec l’Artistique Théâtre comme partenaire français. C’est un processus de création artistique et de recherche scientifique autour des questions des migrations. Il vise à promouvoir un dialogue interculturel et social à travers l’art et la culture, tout en abordant les questions complexes liées aux migrations.
Après la Belgique, l’Allemagne, la Grèce, l’Italie, et la Tunisie, la Nomad House s’installera à Paris, du 5 au 9 Juillet 2024, à la Cartoucherie 75012 PARIS. La Nomad House prend la forme d’un Centre Culturel Européen Itinérant qui se déplacera de pays en pays entre avril et juillet 2024. Il a vocation à faire venir les actions artistiques à des publics qui en sont souvent éloignés, et créer ainsi un lien entre les populations à travers l’art et la culture.
Du 5 au 9 Juillet 2024, la Nomad House sera présente à Paris ; il s’agit de proposer au public un ensemble d’évènements artistiques gratuits entre spectacles, conférence débat, exposition photographie et journée associative. Les actions auront lieu à la Cartoucherie, le Centre Culturel Itinérant avec son chapiteau et le spectacle Le Songe s’installera sur le parking, avec l’aide du Théâtre du Soleil. le Théâtre de l’Epée de Bois accueillera le spectacle Les filles de la Mer. L’exposition, le bar et la journée associative auront lieu autour du chapiteau.
Le spectacle Le Songe inclut un groupe de demandeur.ses d’asile, de jeunes en voie de professionnalisation et des professionnelles qui ont participé aux ateliers artistiques et culturels de la Nomad House depuis mars 2023, et qui vont rejoindre sur scène l’équipe artistique du spectacle.
LE PROGRAMME
Le programme de La Nomad House comprend une série d’évènements artistiques et culturels gratuits, dont les moments forts sont les suivants :
LE SONGE – SPECTACLE PLURIDISCIPLINAIRE
par Cie Les Nouveaux Disparus

Dans Le Songe, le public se retrouve plongé au sein d’une
troupe théâtrale sélectionnée pour l’adaptation de la
célèbre pièce de Shakespeare, Le Songe d’une nuit d’été.
D’abord sceptiques quant à l’orientation de la mise en
scène, des tensions émergent entre la metteuse en scène,
Lila, et son équipe. Elles seront vite écartées lorsque
certain·es artistes accueillent incognito dans le théâtre…
des migrant·es en détresse.
Le spectacle a été créé dans le cadre du projet La Nomad
House. Écrit et mis en scène par Jamal Youssfi.
Spectacle tout public, à partir de 9 ans.

LA CONFÉRENCE
Au Musée National de l’Histoire de l’Immigration – Palais de la Porte Dorée
Femmes en mouvement : parcours migratoires et expressions artistiques. Une rencontre autour des migrations féminines et des arts.
Cette conférence-débat réunit des intervenantes d’horizons divers afin d’échanger sur les enjeux des migrations des femmes en Europe ainsi que de la place et du rôle des arts. Cette rencontre se déroulera en deux temps. Dans un premier temps, les chercheuses Elsa Mescoli et Camille Schmoll ouvriront la matinée sur les enjeux qui entourent les parcours migratoires des femmes et le rôle de la pratique artistique pour renforcer leur inclusion sociale.
Ensuite une table ronde avec une méditation réunira Delphine Rouilleault, la directrice générale de France Terre d’Asile, Shaula Cambazzu, danseuse-chorégraphe, qui a donné les ateliers et suivi tout le processus de création et Coulibaly Traore qui a suivi les ateliers et qui fait partie du groupe qui va jouer dan le spectacle le Songe. La rencontre se poursuivra à la Cartoucherie pour un déjeuner, les spectacles et une visite guidée de l’exposition par la photojournaliste Serena Magnolia Gatti.
Samedi 6 juillet de 10h30 à 12h45
UNE EXPOSITION
Une exposition photographique et numérique sera ouverte parallèlement aux représentations du Songe. Intitulée Beyond Borders, elle a été créée par la photojournaliste sociale et environnementale Serena Magnolia Gatti, en collaboration avec Borderline-Europe. Dans le cadre de la Nomad House, elle s’est rendue dans les pays partenaires pour rencontrer les gens et recueillir leurs témoignages et également sur les bateaux qui portent secours en mer. L’exposition qui présente ses propres œuvres ainsi que celles d’autres artistes, se penche sur certains défis rencontrés à la fois le long des périlleuses frontières extérieures de l’Europe et à l’intérieur de l’Europe elle-même.
Une visite guidée de l’exposition par la photojournaliste Serena Magnolia Gatti aura lieu le Samedi 6 Juillet à 16 H.
Lucile COCITO était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE en première partie sur RADIO LIBERTAIRE 89.4, le samedi 22 Juin 2024. En podcast sur le site de RADIO LIBERTAIRE.
Entretien avec Lucile COCITO :

Conception et écriture Myriam Saduis
Collaboration à la mise en scène Isabelle Pousseur
Avec Myriam Saduis et Pierre Verplancken en alternance avec Olivier Ythier
Conseillers artistiques Magali Pinglaut et Jean-Baptiste Delcourt
Création lumière Nicolas Marty
Création vidéo Joachim Thôme
Création sonore Jean-Luc Plouvier (avec des extraits musicaux de Michel Legrand, Mick Jagger / Keith Richards, Amir ElSaffar)
Ingénieur du son et régisseur vidéo Celia Naver ou Anatole Gibault
Régie lumière et direction technique Nathanaël Docquier
Mouvement Nancy Naous
Création des costumes Leila Boukhalfa
Collaboration à la dramaturgie Valérie Battaglia
Construction Virginie Strub
Maquillage et coiffure Katja Piepenstock
Diffusion Agnieszka Zgieb pour la Cie Défilé, (email – +33 6 08 28 83 76)
Le spectacle FINAL CUT (créé en 2018 dans le cadre du Festival Mouvements d’identité au Théâtre Océan Nord à Bruxelles) de Myriam SADUIS, reprend au festival off 2024 d’Avignon.
« Même si chaque histoire est singulière, toutes et tous nous partageons ce fait universel que nos secrets de famille sont tissés d’histoire jusqu’à la moëlle — tout passant à la fin au fleuve du récit collectif. »
Myriam SADUIS est le fruit de la rencontre amoureuse entre sa mère européenne et son père arabe. Elle est née en 1961 en pleine décolonisation. Les parents de sa mère, colons en Tunisie durant le protectorat français, racistes n’ont pas accepté l’union de leur fille avec un Tunisien. Il s’agissait d’une transgression insupportable. Les parents se sont séparés et la mère a rayé de sa carte le père arabe jusqu’à œuvrer pour son expulsion hors de France.
C’est une histoire terrible que raconte Myriam SADUIS. Il semble qu’elle ait labouré à l’intérieur d’une plaie immense mais ce faisant toute à la quête de son père, elle a voulu comprendre la folie de sa mère et ce qui a contribué à sa paranoïa, n’hésitant pas à y associer la paranoïa de l’empire colonial français :
« Dans FINAL CUT histoire familiale et grande histoire se trament ensemble ».
Difficile de mesurer le travail entrepris par Myriam SADUIS pour mettre à distance sa douleur et s’élever au-dessus du malheur. Il ne s’agit pas de résilience, terme trop galvaudé, mais de prise de conscience.
L’amour qu’elle porte à ses parents engage et éclaire sa parole. Sur scène, elle s’exprime avec une vitalité, une générosité communicatives qui forcent le respect.
Cette entreprise courageuse, celle d’exposer sa propre histoire loin de résonner comme l’arbre qui cache la forêt, l’histoire avec un grand H, nous la désigne avec profondeur.
Article mis à jour le 10 juin 2024
Evelyne Trân

Un texte de Jacques Prévert
Interprété par Guillaume Destrem
Mis en scène par Olivier Clément
Création lumière de Pierre Gille
En 1936, Jacques Prévert « pique une crise », une mémorable » sacrée » colère contre le plus représentatif des malentendants de l’époque : le Pape…
En 1936, le veilleur de nuit s’endort. La guerre fait rage en Espagne, Mussolini a envahi l’Ethiopie… Alors, le veilleur de nuit rêve. Il rêve qu’il va voir le Pape, dire tout ce qu’il a à dire à cet individu, aveugle aux malheurs du Monde… Un « sacré » inventaire … A la Prévert, bien sûr !

Mais que faisait donc le Pape Pie XI en 1936 ? Et Mussolini ?
Dans un pamphlet anticlérical féroce, Jacques PREVERT sort véritablement de ses gonds, oui le doux poète qui fait dialoguer le chat et l’oiseau blessé exprime sa rage et sa douleur alors qu’il voit avec la guerre civile en Espagne, la montée du nazisme et de l’antisémitisme, toutes ses valeurs de liberté, de paix et de justice bafouées. La résonance avec l’actualité avec frappante.
La crosse en l’air est un texte qui figure dans le recueil Paroles. Il ne semble pas être très connu, il se rattache à l’anticléricalisme de Prévert mais pas seulement. On peut dire qu’il s’agit d’un Prévert tout craché, chaviré qui n’aurait pour bouée de sauvetage que la poésie et le rêve …
Ainsi dans la Crosse en l’air, il met en scène, un évêque ivre, un chien, un veilleur de nuit, un Pape et Mussolini :
« Le veilleur de nuit…il veut crier, hurler, gueuler …mais ce n’est pas pour lui tout seul qu’il veut gueuler, c’est pour tous ses camarades du monde entier… de toutes les couleurs, de tous les pays. »
Guillaume DESTREM est génial ! Il réussit à exprimer toutes les facettes d’un texte bondissant, furieux mais aussi plein d’humour et drôle et poétique !
Le 24 Juin 2024
Evelyne Trân
Article également publié dans le Monde Libertaire.fr
https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=7921&article=le_brigadier_renverse
N.B : Guillaume DESTREM était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE en 2ème partie sur RADIO LIBERTAIRE 89.4 , le samedi 15 Juin 2024, en podcast sur le site de RADIO LIBERTAIRE.
Du merc. au sam. à 21h (juin) / à 20h (juil.)
Le dimanche à 16h
Exceptionnelles (les 11 et 18 juin)
Relâches (les 20 et 21 juin)

Avec Denis Lavant (Clov), Frédéric Leidgens (Hamm), Claudine Delvaux (Nell) et Peter Bonke (Nagg)
Scénographie Yann Chapotel
Lumières Catherine Verheyde
Costumes Hélène KritikosPhotographies Pierre Grobois
Texte publié aux Éditions de Minuit
Fin de partie, fin de vie. Mais pourquoi donc aller voir une pièce de Beckett ; celle de Fin de partie, par exemple qui met en scène des situations de l’existence déprimantes, voire cauchemardesques ? Et comment s’y reconnaître ?
Vous y voyez un couple de vieux enfoncés jusqu’au cou dans deux poubelles ; vous pouffez de rire avant de vous inquiéter : ne faut-il pas être un monstre pour se moquer ainsi de la vieillesse ?
Il n’empêche et vous le savez bien, la réalité est encore plus terrible que sa représentation. La réalité, telle quelle, est mortelle. C’est pourquoi les humains rebondissent toujours, ils parlent par-dessus ce qu’ils ont vu, entendu, subi. Ils recouvrent les faits, leurs propres ressentis indicibles par des paroles, des commentaires, des on-dit, qui ont pour effet de la noyer cette réalité en lui faisant des cornes.
Quant à la vie sur l’instant, elle nous fait signe. C’est un point de mire, une flamme, une étincelle, fallacieux ou pas. Qu’importe, l’illusion est souveraine au théâtre. Se laisser bercer par des illusions, n’est-ce pas qu’on y a droit au théâtre.
Les Personnages de Fin de partie font coïncider leurs battements de cœur avec le silence qu’ils criblent de mots auxquels ils se raccrochent.
Magiques les mots, sûrement puisqu’ils étanchent la peur du noir, du silence.
Magiques comme toutes ces ombres qui conversent entre les murs au théâtre.
Ci-dessous la chronique écrite le 7 mars 2023.
Après Cap au pire en 2017, la Dernière Bande en 2019 et l’Image en 2021, Jacques OSINSKI signe une nouvelle mise d’une pièce de Samuel BECKETT qui serait la préférée de l’auteur.
Le metteur en scène dans sa note d’intention parle de voyage avec Beckett dont il cite cette pensée tirée d’une lettre à Pamela Mitchell : « C’est étrange de se sentir à la fois fort et au bord du gouffre. C’est ce que j’éprouve et j’ignore laquelle de ces deux impressions est fausse : ni l’une ni l’autre probablement ».
Avant de s’engouffrer dans les multiples considérations que peuvent susciter cette pièce en raison de ses thèmes existentiels les plus criants : la solitude, la vieillesse, la mort, la misère, il est possible de considérer tout simplement cette pièce comme un objet théâtral ou bien un vaisseau théâtral destiné de préférence à d’excellents comédiens tels que Denis LAVANT et Frédéric LEIDGENS sans oublier Claudine DELVAUX et Peter BONKE.
Tout en respectant les desdicalies du texte, Jacques Osinski crée sur le plateau une atmosphère sans artifice où les personnages donnent l’impression de vivre dans un endroit familier et vivant avec des objets signifiants que ce soient les poubelles où sont engoncés jusqu’au cou deux vieillards, l’escabeau, le chien en peluche, le fauteuil à roulettes. Quant au drap qui recouvre en début de scène le paralysé, décrit comme vieux par Beckett, il rutile d’une blancheur qui contraste avec le gris sombre de la pièce à vivre.
Il s’agit donc bien de cela, pièce à vivre et quels en sont donc les occupants ? Hamm un individu paralysé et aveugle, ses parents en fin de vie et Clov son serviteur boiteux. Que font tous ces personnages, ils parlent … Parce qu’ils sont en situation de dépendance, ils sont obligés de se parler ou s’écouter parler, même pour ne rien dire ou quoi que ce soit qui fasse avancer. Une façon de combler le vide, l’absence de véritable communication avec des mots.
On parle souvent de vide ou de néant à propos des pièces de Beckett mais ce qui frappe pourtant c’est la présence « extraordinaire » des personnages. Je me souviens d’avoir assisté adolescente à une retransmission télévisée de Oh les beaux jours avec Madeleine RENAUD qui interprétait Winnie. Elle crevait l’écran tant elle donnait l’impression de vivre intensément ce qui lui arrivait sans dramatiser la situation tragique, voire effrayante qu’elle subissait.
Cette espèce de fascination, je crois l’avoir retrouvée avec les personnages de Fin de partie, une vision qui s’imprime étrangement dans l’espace comme s’il était encore possible d’entendre converser Hamm et Clov au-delà de la représentation.
Certes il s’agit de situations impossibles, désespérantes, il n’empêche qu’on peut rire et les personnages eux-mêmes se tournent en dérision. Quand le tragique finit par devenir comique. Trop, c’est trop ! Comment lui tordre le cou à ce quotidien « infâme » sinon en le faisant sortir de ses gonds, en se moquant de lui, en lui assignant juste sa place, en le désignant ou en se désignant soi-même. : Toi Hamm, toi Clov, toi le vieux, toi la chaise, toi l’escabeau !
Le fait de désigner opère le hors soi, permet la projection et d’une certaine façon libère. Il importe de convenir de la rotation de ce qui est perçu comme immuable, les instincts de mort et de vie, la jour et la nuit…
La représentation au théâtre opérera toujours ce hors soi, ce pourquoi elle est exigeante, elle requiert l’œil du public ou du metteur en scène, elle est signifiante pour les personnages dans un univers parallèle comme chez Pirandello.
La force des personnages est une révélation. Comment ? Prendre un paralysé aveugle, un boiteux, deux vieillards pour nous parler de l’existence, c’est scandaleux !
Spectateurs, spectatrices, n’ayez crainte, grâce à la mise en scène très inspirée de Jacques OSINSKI qui fait toute confiance à ses interprètes capables de faire retentir tout le poids d’une existence malheureuse avec un indéfinissable clin d’œil de malice, vous ne ressortirez pas tristes ou déprimés.
Tout se passe et c’est probablement une illusion comme si Beckett tel Clov grimpait sur un escabeau et regardant à travers une lunette, s’écriait : Cherchez l’humain !
Le 29 mai 2024
Evelyne Trân
Article également publié dans LE MONDE LIBERTAIRE.FR
N. B : Jacques OSINSKI était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERTAIRE 89.4 en 2ème partie, le samedi 25 Février 2023.
Interview de Jacques OSINSKI sur Radio libertaire le 25 Février 2023