LA CONTRAINTE de Stefan Zweig au Festival off d’Avignon 2024 au Théâtre de la Bourse 8, rue de la Campane 84000 AVIGNON du 3 au 20 Juillet 2024. à 16 H 00. Durée 1 H 10. Relâche les 8, 15 juillet 2024. Le spectacle fera l’objet d’une tournée en 2025.

interprètes / intervenant⸱es

Diffusion : D. Ceccato

Interprète : Stéphanie Chamot (musique live), Anne Conti, Cédric Duhem

Créateur·rice lumière : J-M Daleux

Attaché·e presse : Catherine Guizard

Adaptation théâtrale : Anne-Marie Storme

Metteur·se en scène : AM Storme

mondes en ruine.

La contrainte est une nouvelle forte et méconnue de Stefan ZWEIG, quasi autobiographique, publiée au lendemain de la grande guerre en 1920. Stefan ZWEIG n’avait pas 30 ans.  

En tant qu’Autrichien ZWEIG a applaudi les victoires des Allemands. Il est mobilisé au service littéraire des archives de la guerre. Mais il est rapidement gagné par l’idéal pacifiste de son ami Romain ROLLAND. Parti en mission spéciale en 1915 dans d’anciens territoires occupés par l’armée du tsar, il prend la mesure de l’horreur (cf. Sabine DULLIN préface dans le Monde sans sommeil éditions Petite biblio Payot). En 1917, il a une permission pour se rendre en Suisse et finit par obtenir d’y demeurer sans être démobilisé. Il avoue à Romain ROLLAND « Je suis en train de terminer un petit récit qui résulte d’un conflit intérieur – celui qui, depuis des mois, me tourmente et m’éprouve : la question de savoir s’il faut ou non rentrer, le cas échéant. J’espère au fond que pour moi cette question ne se posera pas aussi rapidement, mais elle taraude ma conscience, et ce petit récit est une sorte de confession ».

L’adaptation théâtrale de cette nouvelle et la mise en scène de Anne-Marie STORME plongent le public d’emblée dans une sorte de huis clos où le monde intérieur d’un homme est confronté cruellement au monde extérieur, celui d’un monde en guerre, sa propre épouse, Paula, exprimant farouchement son désir de liberté et de paix.

Mais au plus profond de cet homme on entend la solitude, celle d’un individu acculé à faire un choix celui de répondre ou ne pas répondre à la lettre de mobilisation l’enjoignant à rejoindre sans tarder son pays natal et donc de quitter un havre de paix et de bonheur où il s’est réfugié avec sa femme.

Stefan ZWEIG écrit dans son journal « J’envie ceux qui ont toujours vécu dans un cercle étroit, leur sentiment national entêté et épais comme un cou de taureau ».

Son personnage Ferdinand « fut pris d’une infinie compassion… pour les gens de son monde natal… et un désir infini d’être allié à eux et à leur destin ».

Et pourtant, il le sait « Sa patrie, ce n’était plus désormais pour lui que prison et contrainte. L’étranger, l’Europe, l’humanité, tel était sa patrie, son monde… ».

Tandis que son épouse l’exhorte violemment à ne pas obéir à l’ordre de mobilisation, il apparait terrassé. Tous les arguments de sa femme, il les entend : « Ces mots avec lesquels on veut maintenant chloroformer les gens, ensuite la patrie, le devoir, l’héroïsme, tout cela n’est plus que phrases creuses qui puent le sang, le sang humain chaud et vivant ».

Ferdinand se rendra à la convocation. Comment ne pas le comprendre ? Se représente-t-il vraiment cette injonction venue d’en haut, « la grande machine à bousiller les gens » selon sa femme. Ou est-ce ce sentiment qu’il ne peut faire abstraction de la réalité de la guerre dans son pays d’origine et se consacrer uniquement à son bonheur personnel, qui le contraindrait à remiser son idéal de paix et de liberté ?

L’adaptation de la nouvelle, atemporelle est fidèle au texte de ZWEIG dont les dialogues entre les époux particulièrement vifs ont une portée théâtrale. On pense à un thriller psychologique qui tient en haleine le public jusqu’au bout.

La musique électro rock très suggestive de Stéphanie CHAMOT également narratrice, fait partie prenante du spectacle.

Elle traduit ce sentiment particulièrement anxiogène de la guerre qui bouleverse la vie d’un couple pourtant réuni par le même idéal de paix et de liberté.

Cependant la vitalité de la femme interprétée par Anne CONTI, et la douceur pleine d’humilité de Ferdinand incarné par Cédric DUHEM dégagent une telle humanité qu’elle en devient réconfortante.

C’est tragique mais une force de vie transcende cette  nouvelle d’une acuité renversante, adaptée et mise en scène remarquablement par Anne-Marie STORME.

Est-ce cela la liberté ? Le droit que tout individu s’octroie de continuer à penser et ressentir librement malgré tout ordre d’où qu’il vienne.

Evelyne Trân

Le 6 Août 2024

TOURNEE 2025

Le Palace, Montataire 4 représentations les 25 et 26 février à 10h et 14h30

Centre culturel François Mitterrand, Tergnier 2 représentations le 28 février

Espace culturel Jean Ferrat, Avion 2 représentations le 28 mars

L’Escapade, Hénin-Beaumont 1 représentation (date à déterminer)

N.B ; Article également publié dans le Monde Libertaire.fr

Entrée des artistes de Ahmed Madani au Festival off d’Avignon 2024 au Théâtre des Halles rue du Roi René 84000 AVIGNON du 29 Juin au 21 Juillet 2024, relâche les 3, 10, 17 Juillet 2024 à 11 H . Durée 1 H. 20.

interprètes / intervenant⸱es

Interprète : Dolo Andaloro, Aurélien Batondor, Jeanne Matthey, Rita Moreira, Côme Veber, Igäelle Venegas, Lisa Wallinger

Chargé·e de diffusion : Rachel Barrier

Vidéaste : Nicolas Clauss

Régie générale : José Havard

Administrateur·rice : Marion Humeau

Création lumière : Damien Klein

Création son : Christophe Séchet

Chargé·e de production : Adrienne Villiers-Moriamé

Assistant·e de mise en scène : Coralie Vollichard

Le texte est disponible aux éditions Actes Sud-Papiers.

Entrée des artistes s’inscrit en préambule du nouveau cycle artistique de MADANI Compagnie, Nous sommes vous, qui s’appuiera sur une recherche élaborée à partir de l’intimité des protagonistes, leurs histoires étant les clefs de voûte des œuvres qui seront réalisées, dans la continuité du cycle précédent, Face à leur destin.

Pourquoi voulez-vous faire du théâtre ? Est-elle sensée, juste, naturelle ou intrusive cette question que pose Ahmed MADANI aux quatre filles et trois garçons, dernière promotion de l’école supérieure de théâtre des Teintureries de Lausanne qui depuis a définitivement fermé ses portes… 

Ahmed MADANI considère qu’il s’agit d’une question – on ne peut plus intime –

Et vous, à brûle-pourpoint, que répondriez-vous si l’on vous demandait « Pourquoi allez-vous au théâtre » ? Une envie, une passion, un besoin ne s’expliquent pas si facilement.

Les sept élèves comédiens.nes la prennent à bras le corps la question d’Ahmed MADANI et ce faisant témoignent de leurs histoires intimes.

Il ressort de leurs confessions que faire du théâtre ce n’est pas un métier comme les autres parce qu’il faut se servir de son corps, de ses propres histoires, de ses sentiments, ses pensées, etc. pour seulement se tenir debout sur scène. C’est tout le contraire de ce qu’on vous demande dans un bureau où vous devez abandonner tout ce qui forge votre personnalité pour devenir un numéro et afficher le profil réclamé par l’entreprise.

Chaque protagoniste a sa partition, quelque chose à dire qui a à voir avec son identité, sa place dans la société, la famille, le regard des autres, quelque chose à dire qui fait partie des non-dits, cette barrière de béton qui écrase l’être fragile au profit d’une société dominante et glorieuse.

Je est un autre. Faire du théâtre c’est peut-être déborder de soi, en quête d’un autre interlocuteur capable de répondre à ce petit moi enfoui qui crie « Au secours » souvent en vain.

On ne peut pas accoucher que d’idées reçues, il importe de ne pas se contenter des évidences, il faut creuser, donc mettre les pieds dans le plat, partir à l’aventure, s’engager dans un chemin hors des sentiers battus.

Le théâtre, lieu de résistance, toujours. Et puis il y a cette révélation, le partage avec le public :

« L’éphémère est le fondement de l’acte qui nous réunit, le seul endroit où cela est possible. »

Faire du théâtre ? « C’est ma manière à moi d’être un colibri » explique un comédien. Une comédienne raconte la guerre qu’elle subit contre l’imagination, le plaisir, la fantaisie dans son environnement.

Mais la troupe fait rire de bon cœur le public parce que ces jeunes disent tout haut ce qu’il n’est pas convenable de confesser. Nous saluons leur courage, leur audace d’ouvrir leur cœur là où ça fait mal mais là aussi où nous saisissons la raison irraisonnée, indéfectible de leur présence sur scène.

Le 28 Juillet 2024

Evelyne Trân

N.B : Article également publié dans LE MONDE LIBERTAIRE. FR

Les Théâtrales d’EZE du 2 au 6 Août 2024 à l’Oppidum du Col d’Eze – Grande corniche – 5 pièces de théâtre contemporaines – David Brécourt, Directeur artistique – Francis Huster, parrain d’honneur – Véronique Jannot, marraine de l’édition 2024.

2 Août 2024 : PAPASSS

Ludmila 41 ans, 5 enfants, a trois papas dont elle
ignorait encore l’existence 4 ans auparavant.
S’ils n’ont pas été là pendant son enfance, ils
comptent bien rattraper le temps perdu, et
prennent leur rôle de père très au sérieux.
Alors, quand elle leur annonce qu’elle se marie
avec un homme de leur âge qu’elle ne connaît
que depuis 2 mois, l’accueil réservé à ce futur
«gendre» va être des plus mitigé.
Mais se retrouver en garde à vue… ça, ils ne
l’avaient pas prévu…

3 Août 2024 : Je m’appelle Georges

Parce qu’un prénom, c’est important !
Un beau matin, Georges découvre que toutes les
résidences autour de chez lui portent les prénoms
de ses ex-compagnes : Villa Christine, Villa
Adriana, Villa Clémentine… À peine cherche-t-il à
éclaircir ce mystère qu’une nouvelle construction
s’annonce : « Villa Emilie ». Serait-ce un présage ?
Le prénom de son prochain amour ?
Je m’appelle Georges ; une comédie romantique
qui déménage !

4 août : Philippe Lellouche avec Stand Alone

Seul en scène pour la première fois, retrouvez Philippe Lellouche dans un rapport intime avec le public. Un spectacle drôle et réconfortant de nostalgie heureuse où il partage avec autodérision ses souvenirs d’enfance, ses émois amoureux et bien sûr, ses névroses.
Après 15 ans de triomphe au théâtre, Philippe Lellouche vous propose un voyage dans le temps dans « Stand Alone ». Un moment de bonheur assumé dont nous avons tous besoin.

5 Août 2024 : En ce temps-là, l’amour

Parce que c’est un devoir de mémoire. Parce que personne ne doit oublier. Parce que la transmission et l’amour sont plus fort que tout.
Z. vient tout juste d’être grand-père. Il se décide à enregistrer pour son fils, sur bandes magnétiques, un souvenir gravé à jamais dans sa mémoire. Sa rencontre avec un père et son jeune garçon dans le train qui les conduisait aux camps de la mort. Le temps du trajet, ignorant le chaos qui s’installe de jour en jour dans le wagon, ce père va profiter de chaque instant pour transmettre à son fils l’essentiel de ce qui aurait pu faire de lui un homme.

6 août : Chers Parents

Pierre, Jules et Louise Gauthier s’adorent et aiment profondément leurs parents.
Alors, lorsque ces derniers leur demandent de venir les rejoindre d’urgence – ils ont quelque
chose de très important à leur annoncer – les trois enfants bouleversés se précipitent craignant le pire. Mais le pire n’a pas lieu, du moins pas tout de suite, et la merveilleuse nouvelle que leur annoncent Jeanne et Vincent va faire voler en éclats la belle unité familiale… Faisant ardemment souhaiter aux trois rejetons ce qu’ils redoutaient le plus en arrivant quelques heures plus tôt !

« En ce temps-là, l’amour » de Gilles SEGAL – Mise en scène de Christophe GAND avec David BRECOURT – Le Vendredi 5 Août 2024 à 21 H 00 – Dans le cadre des Théâtrales d’Eze – A l’OPPIDUM du Col d’EZE – GRANDE CORNICHE –

« Comme j’ai envié ce père capable de susciter un tel regard d’admiration dans les yeux de son fils » Ce cri du cœur émane d’un individu qui sait faire partie du commun des mortels avec cette particularité cependant, celle d’avoir connu l’enfer, un enfer justement inimaginable pour le commun des mortels.

 L’individu en question « Z » dans la pièce est redevenu un homme normal sans histoires, invisible. Non certainement, il ne s’est pas épanché sur sa dramatique expérience de la shoah auprès de son fils qui a été épargné. La vie a repris son cours. Ce fils est loin désormais qui lui envoie d’Amérique, une photo de son petit-fils.

 Bien sûr, il songe aux rapports entre père et fils qui à distance peuvent devenir conventionnels, distraits, banaux. C’est implicite, il n’en dit mot à ce fils, mais il y a ce déclic que représente, tombée du ciel une photo de son petit-fils. Et lui revient en boomerang, le souvenir d’une rencontre dans un train en partance pour Auschwitz, avec un père et un fils, extraordinaires.

 Qui ne s’est pas plu à observer dans les transports en commun ces relations intimes entre un parent et son enfant qui passent parfois juste par des regards, des attentions lesquelles peuvent éblouir l’observateur parce qu’elles ne sont pas criantes, seulement naturelles.

 Dans le train de la mort, Z a décidé de ne plus penser, ne plus penser à lui ; durant les 7 jours du voyage, il va vivre d’une certaine façon par procuration, à travers un père et son fils d’une douzaine d’années.

 Le récit de ce voyage qu’il enregistre pour son fils, devient en quelque sorte anachronique. Qui parle, le père qu’il aurait voulu être, le père qu’il a rencontré ? Et le fils, celui d’Amérique n’aurait-il pas pu être celui du train de l’enfer ? Qui parle, le vieil homme ou le jeune homme qu’était Z à l’époque ?

 Les réactions de Z sont sans fard, il ne comprend pas tout d’abord, comment le père peut faire abstraction de la situation insupportable à laquelle sont confrontés les voyageurs, la promiscuité, l’odeur des excréments, la mort des plus faibles, les cris des survivants. Le père durant tout le voyage déploiera toute son énergie à occuper l’esprit de son enfant, un peu comme Shéhérazade des Mille et Une Nuits, pour l’étourdir, le faire sourire, le voir heureux jusqu’au bout de la nuit et de la mort …

 Alors étonnamment, le récit qui aurait pu prendre la tournure d’une oraison funèbre, devient un hymne à la vie, à sa poésie, à l’amour simplement entre un père et son fils.

 David Brécourt rayonne dans ce rôle de conteur. Nous oublions complètement qu’il s’agit d’un seul en scène tant son interprétation est vivante et l’histoire captivante.

 Gille Ségal, comédien et dramaturge, d’origine juive romaine a certainement puisé dans son histoire personnelle. Il signe avec cette pièce, un bijou de tendresse et d’humanité, en donnant la parole à Z, un commun des mortels par défaut, auquel nous pouvons tous nous identifier, face à son double « extraordinaire ».

 Que ceux qui viennent au théâtre avant tout pour se distraire et se changer les idées, ne soient pas rebutés par le thème de la shoah.

La pièce, mise en scène par Christophe Gand diffuse une lumière intimiste impressionnante, mettant en valeur son interprète David Brécourt, tout juste fascinant.

 Article mis à jour le 28 Juillet 2024

Evelyne Trân

Le monde selon Albert Einstein de Brigitte Kernel et Sylvia Roux au Festival off d’Avignon 2024 au 3 S – 4 Rue Buffon 84000 AVIGNON du 29 Juin au 21 Juillet 2024 à 15 H 15. Durée 1 H 15. Relâche les 1, 8, 15 Juillet.

Interprètes / intervenant⸱es

Metteuse en scène : Josiane Pinson

Comédienne : Sylvia Roux

Description

« Je m’appelle Albert Einstein.
J’ai 9 ans 3/4 depuis 3 jours 5 heures et 46 minutes… »
Albert joue avec les chiffres, il jongle avec les racines carrées et les hyperboles à la vitesse de l’éclair !

Mais à l’école, ses camarades se moquent de lui : ses mots arrivent dans le désordre…
Dysphasique, le jeune Albert est en réalité un surdoué que personne ne sait diagnostiquer. Il souffre de son trouble du langage et de son hyperactivité.
Grâce à l’amour de sa famille et de son chien trouillard, il va peu à peu prendre confiance en lui et développer son incroyable don.

En 1921, il deviendra l’un des plus grands savants de la planète et recevra le prix Nobel de physique.

Il fallait oser nous parler de EINSTEIN enfant ! Ce génie prix Nobel de physique en 1921 s’est affiché en train de tirer la langue comme un gosse ! Eh oui, Einstein a été enfant et le vilain petit canard d’Andersen. Son enfance fut loin d’être un conte de fées. Incompris de sa mère, victime des moqueries de ses camarades parce qu’il était dysphasique, rondouillard, moche et par-dessus le marché juif, il trouva son refuge et son bonheur dans les mathématiques.

La pièce adaptée du roman de Brigitte KERNEL s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux parents qui ont parfois toutes les peines du monde à rentrer dans les moules.

La mise en scène fort ludique de Josiane PINSON qui s’accompagne des talents de LEONARD vidéaste et de Raphaël SANCHEZ musicien, soutient un véritable plaidoyer pour la tolérance envers les enfants dits « pas comme les autres ». Le souci pédagogique n’est cependant pas didactique.

Car la pièce dispose de l’auréole solaire de Sylvia ROUX, étonnante et pleine de malice qui incarne à merveille le petit Einstein et pas seulement puisqu’elle joue aussi la mère, le père, l’oncle, le copain etc.

Qu’aurait pensé Einstein, l’ami de Charlot, de ce spectacle ? A mon sens, il aurait tiré la langue avec un grand sourire. Einstein qui s’est manifesté contre la guerre atomique aurait bien aimé ce portrait de lui, enfant car il avait choisi la paix plutôt que la guerre en véritable petit Prince.

Le 17 Juillet 2024

Evelyne Trân

LA MAISON DE POUPEE DE HENRIK IBSEN – ADAPTATION ET MISE EN SCÈNE PHILIPPE PERSON – TRADUCTION RÉGIS BOYER – Au Festival off d’AVIGNON 2024 – Théâtre des Gémeaux 10 Rue du Vieux Sextier, 84000 Avignon du 29 Juin au 21 Juillet 2024 à 13 H 20. Durée 1 H 20.

Interprètes / intervenant⸱es

Régisseur·se : Tom Bouchardon

Interprète : Philippe Calvario, Florence Le Corre, Nathalie Lucas, Philippe Person

Administrateur·rice de production : Daniel Rouland

Cette pièce écrite par IBSEN en 1879 aurait le même impact émotionnel que le « Cri » de Munch sur les spectateurs. Qu ‘est ce qui peut faire basculer le destin d’un homme ou d’une femme hors des sentiers battus ? Quel est donc le grain de sable qui peut faire dérailler un scénario immuable, qui se répète de générations en générations dans la société bourgeoise que décrit Ibsen. Nous n’avons pas de boule de cristal . S’agiterait-elle sur le sapin de Noël qui trône dans le salon de Monsieur et Madame HELMER un jeune couple plutôt banal. Nous apprenons que Torvald va devenir Directeur de Banque. Il est fêté comme il se doit par sa jeune épouse Nora tout excitée par cet événement. Très rapidement nous comprenons que Torvald la traite comme une femme-enfant destinée à le distraire, à le flatter par sa beauté, son charme. Nora, en effet, a toute l’apparence d’une jeune femme frivole, insouciante et aussi vivace qu’une alouette.

Ce n’est qu’au second acte que nous découvrons qu’un terrible secret ronge la jeune femme victime d’un maître-chanteur qui n’est autre que l’employé qu’entend limoger son mari. Voilà un synopsis qui nous rappelle les thrillers de Hitchcock. L’attention de l’auteur et ce faisant du metteur en scène se cristallise sur la personne de Nora confrontée à une solitude inouïe du fait de son secret qui la met en porte à faux avec son mari planqué dans ses valeurs conformistes et rigides.

C’est l’expérience de cette solitude terrible qui va révéler à Nora ce dont elle est capable. Tout le long de la pièce l’étau se resserre autour de Nora . L’angoisse qu’éprouve la jeune femme à l’idée d’être dénoncée à son mari par le maître chanteur, son créancier, le public la partage mais sans réaliser quelle pourrait être la réaction de Torvald.

Ce  fameux secret qui de nos jours peut paraitre bénin  est emblématique de la cagoule portée par Nora pendant ses huit ans de mariage. Dés lors que le voile aura été tiré, Nora pourra se regarder en face, voir l’horizon s’ouvrir devant elle, comprendre ce formidable appel d’air que représente la liberté.

A travers le portrait de Nora et de Torvald, c’est tout un édifice social à la fois rigide et hypocrite qu’ Ibsen dénonce parce que cet édifice qui existe toujours étouffe dans l’œuf la créativité humaine, contraignant les individus à se résigner, à subir des lois sans imaginer pouvoir les discuter.

Au delà du personnage de Nora, c’est l’individu qui est invité à se mesurer avec ses propres forces, donc ses faiblesses aussi et ses propres désirs, pour se connaître et donner un sens à cette vie qui le concerne en premier lieu, après tout. Nora choisit la solitude mais il ne s’agit pas d’un choix égoïste mais d’une véritable aventure humaine.

La rupture amoureuse entre les deux époux est violente et poignante. Nora s’arrache véritablement à  son mari comme si elle venait de faire sa mue, ne laissant à l’homme devenu un étranger, que les souvenirs artificiels d’une poupée.

Quel gâchis ! Torvald et Nora ne joueront plus ensemble la comédie du couple heureux…Nora n’a plus le temps, elle doit vivre !

Nous avons été conquis par l’interprétation de Florence LE CORRE d’une délicatesse, une justesse impressionnantes ! Cette jolie boule de cristal illumine ses partenaires, Philippe PERSON, excellent en maître-chanteur mordant et vénéneux, Philippe CALVARIO à mi-chemin entre le mari m’as-tu-vu  et le pauvre type et Nathalie LUCAS qui joue avec finesse, l’amie réfléchie et bienveillante.

Le déroulement en plans séquences des différentes situations, s’effectue sans qu’on y songe car à vrai dire, nous n’avons les yeux tournés que sur Nora. Son visage et celui de son amie si émotifs, pourraient faire penser à d’autres visages féminins filmés par le grand Bergman.

Quelle grâce tout de même que cette pièce dans ce monde de brutes . Quel miracle !

Article mis à jour le 12 Juillet 2024             Evelyne Trân

LIBERTE ! (AVEC UN POINT D’EXCLAMATION) de Gauthier FOURCADE au Festival off d’Avignon 2024 au Théâtre Essaïon Avignon 33 Rue Carreterie, 84000 Avignon du 2 au 21 Juillet 2024 à 18 H 50. Durée 1 H 05.

  • Auteur / acteur : Gauthier Fourcade
  • Metteur en scène : William Mesguich

Il a une tête de Gribouille incoiffable. Gribouille, c’était un personnage de bande dessinée à l’époque des images d’Epinal. Il lui arrivait beaucoup de mésaventures car il avait toujours le nez en l’air.

Mais le patatras chez Gauthier FOURCADE, c’est de l’art pas du lard. Mauvais jeu de mots, bien sûr, car on ne tire pas sur les bretelles du langage, du jour au lendemain. Faut le déclic de quelques petites expériences malheureuses, par exemple avoir eu affaire à un morceau de chewing-gum qui s’est collé à votre chaussure, ridicule n’est-ce pas ? Mais pas plus ridicule que le cri d’Archimède en sortant de son bain » Eurêka » !

Gauthier FOURCADE c’est Eurêka en personne, un savant dans les nuages qui évolue dans une tempête de mots qui font boule de neige dans sa tête. Oui parce que sa tête n’est pas forcément la nôtre. D’abord, il perçoit les mots comme de véritables injonctions, il n’en piétine pas le sens, il s’en submerge jusqu’à l’ultime éblouissement. On pourrait dire qu’il s’en parfume pour partir dans des délires qui n’appartiennent qu’à lui. Celui qui lui pique une fesse devient le piqueur de fesses et ça fonctionne dans l’imaginaire. Pourquoi, parce que tous les chemins mènent à Rome, que le personnage est sympathique et que nous avons compris que tel un bateleur royal, il donnera sa chance à l’épine d’une rose, à la trace d’un pneu dans le désert, à une écuelle renversée ou à un cil tombé dans la soupe.

Jusqu’au bout du monde, juste affrété par son imagination, Gauthier FOURCADE dispose d’une liberté sans bornes puisque dit-il « la liberté ce n’est pas de choisir, c’est de créer » et il a cette pensée magnifique « Est magique quelque chose qui n’a pas de passé qui est un pur commencement ».

La scénographie très concrète de William MESGUICH fait penser à un jardin de récréation où quelques pancartes de mots dans un arbre et une malle suffisent à dégourdir les rêves du magicien.

Juché sur son âne de Buridan, Gauthier FOURCADE va au-devant de la poésie qui respire chez les êtres, même ceux qui font la moue, c’est un croyant en quelque sorte, un valeureux chevalier de la liberté en pleine création !

Article mis à jour le 12 Juillet 2024

Evelyne Trân

N.B : Article également publié sur LE MONDE LIBERTAIRE.FR :

Alice Milliat et Violette Morris au micro de Brigitte kernel au Festival off d’Avignon 2024 au 3 S – 2 Rue des Écoles, 84000 Avignon du 29 Juin au 21 Juillet 2024 à 11H 45. Durée 1 H 15. Relâche les 1, 8, 15 Juillet

Interprètes / intervenant⸱es

Metteur·se en scène : Muriel Habrard

Vidéaste : Muriel Habrard

Comédien·ne : Brigitte Kernel, Sylvia Roux

Introduction

Une comédie radiophonique historico-sportive sur deux femmes aux destins exceptionnels !

Description

Une comédie radiophonique historico-sportive ! Devenez spectateur privilégié d’une émission inédite : Brigitte Kernel (pendant 29 ans animatrice littéraire sur France Inter) remonte le temps pour interviewer avec les techniques actuelles 2 femmes de 1931 au destin incroyable. Lorsqu’Alice Milliat la combative, militante infatigable pour le droit des femmes à concourir aux Jeux Olympiques, rencontre Violette Morris, la scandaleuse, championne de boxe, natation, javelot, lancer de poids et même de course automobile, la joute est explosive et savoureuse.
Un spectacle toutes générations, drôle, corrosif et émouvant, ponctué de documents historiques pour rendre hommage à ces 2 femmes exceptionnelles.
Avec la participation de Cyrielle Clair, Marina Mielczarek de RFI et Stéphane Olivié-Bisson.

 

UNE VIE RÊVÉE. Un spectacle écrit et mis en scène par Albert Arnulf et Reynold de Guenyveau au Théâtre PIXEL, salle 18 rue Guillaume Puy 84000 AVIGNON du 29 juin au 21 juillet. à 16h55. Durée 1h05. Relâche les 2, 9, 16 juillet.

Compagnie : La pilule Bleue

Interprètes / intervenant⸱es

Comédien·ne : Marine Arlen, Maud Olivieri, Dylan Perrot

Rentrer dans le moule ou suivre quoiqu’il en coûte ses aspirations ? Qui ne s’est pas posé la question avant d’entrer dans la vie active.

Les injonctions de l’entourage, la famille, l’école mettent la pression sur l’individu dès le plus jeune âge et le chemin serait tout balisé car il y aurait un seul mot d’ordre : gagner sa vie, ne pas devenir chômeur. Les dés seraient -ils donc pipés à la naissance ?

Travailler, travailler, zut, cela vous engage trop loin sur l’échiquier d’une vie jusqu’à la case sénior sans avenir. « Gagner sa vie », voilà une formule bien à terre à terre qui renvoie la plupart du temps aux calendes grecques les desiderata  personnels.

La vie rêvée met en scène en quelque sorte le cri d’alarme de nombreux jeunes qui constatent que ce que la société leur propose n’a rien à voir avec leurs aspirations.  Yvan, le personnage principal de la pièce n’en a pas tout

d’abord tout à fait conscience. Il a fait de bonnes études, cadre dans une entreprise, il est fort bien coaché par un manager qui ne cesse de le couver

et de le flatter pour obtenir de lui le meilleur rendement. Pourtant un jour, en retrouvant un carton de souvenirs d’enfance, il se souvient qu’il rêvait d’être… artiste.

On croit rêver, en effet, à plusieurs reprises dans ce spectacle mené tambour battant par une équipe de jeunes comédiens-nes – la mise en scène est vive et un brin joyeuse – qui jubile de brocarder  en quelques scènes le dilemme auquel est confronté Yvan : choisir entre une promotion professionnelle, un voyage à Mexico et une audition pour un rôle au théâtre.

Imaginez-vous en prise avec un manager sans vergogne qui ne verrait en vous que l’instrument de ses objectifs, vous le meilleur élément, choisi pour servir la sacro-sainte entreprise. Vous ne vous appartenez plus, vous appartenez à la firme. Allez-vous vous demander qui vous êtes vraiment quand vous êtes réduit à bêler comme un mouton aux moindres injonctions de votre patron ? La religion de l’entreprise, vous connaissez ?

La petite amie d’Yvan quant à elle encourage Yvan à ne pas renoncer à ses rêves. Il y a une scène désopilante où Yvan allongé sur une table d’accouchement est censé accoucher (aux forceps ?) de sa véritable vocation.  Une autre scène caricature une propriétaire horripilante qui glousse bêtement en racontant que jamais elle ne louera ses biens à des étudiants, ou des saltimbanques.

La pièce est le fruit de l’expérience des deux auteurs. Elle a tout l’accent d’une jeunesse qui piaffe et rue dans les brancards.  Elle a du boulot sur les planches !

Bienvenues sont ces petites ruades sur le ton alerte de la comédie. « Du cauchemar passons au rêve et réveillons-nous ! » clame-t-elle.

Article mis à jour le 10 Juillet 2024

Evelyne Trân

La comédienne Marine ARLENT était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERTAIRE 89.4, en 2ème partie, le samedi 21 janvier 2023, en podcast sur le site de Radio libertaire ou ci-dessous :

N.B : Article initialement publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR :

Le Chef-d’œuvre Inconnu d’Honoré de Balzac – Adaptation et jeu : Catherine AYMERIE au Festival off d’Avignon 2024 au Théâtre 3 S : 2 – 4 Rue Buffon 84000 AVIGNON du 3 au 21 Juillet à 10 H. Durée 1 H.10. Relâche les 8, 15 Juillet.

Interprètes / intervenant⸱es

Lumière : Constantin ASMANIS

Comédien·ne : Catherine AYMERIE

Chanteur·euse : Pascale COSTES

Diffusion : Isabelle DECROIX

Scénographe : Florence EVRARD

Metteur·se en scène : Michel FAVART

Presse : Catherine Guizard

Musicien·ne : Olivier SOUBEYRAN

Musique : Massimo TRASENTE

Le chef d’œuvre inconnu ? Il s’agit d’une des nouvelles de Balzac les plus connues.  Souvenons-nous des émerveillements de Malraux pour qui l’art était la manifestation suprême du génie humain. L’art c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme, assurait-il.  Quand nous simples spectateurs, spectatrices, admirons une toile d’un maître, oui nous pouvons être saisis par le vertige mais une chose est sûre c’est que nous sommes en quête d’une émotion rare, voire unique.

Alors mettons nous à la place de l’auteur de la toile, c’est ce que fait Balzac en donnant la parole à trois peintres réunis dans un atelier : un jeune débutant, Nicolas Poussin, un peintre reconnu mais académique Porbus, portraitiste du roi Henri IV et un vieux maître Frenhofer (personnage fictif) qui entend régner au-delà de toutes les contingences.

Les déclarations de ce dernier relèvent de la philosophie, en voici un florilège :

La mission de l’art n’est pas de copier la nature mais de l’exprimer.

Tu n’es pas un vil copiste mais un poète ! Nous avons à saisir l’âme, la physionomie des choses et des êtres.

Ni le peintre, ni le poète, ni le sculpteur ne doivent séparer l’effet de la cause qui sont invinciblement l’un dans l’autre.

Porbus et Poussin sont fascinés par ce personnage qui leur parle du portrait qu’il a fait de Catherine Lescault, une belle courtisane appelée La belle Noiseuse, une œuvre quasiment accomplie mais qu’il souhaite comparer à diverses natures.

C’est alors que le jeune Poussin propose à Frenhofer de lui donner comme modèle sa propre femme Gillette.

La façon dont Balzac fait intervenir Gillette au milieu de ces artistes seulement préoccupés par leur art, laisse augurer de son questionnement sur la condition de la femme ici sacrifiée aux desideratas et fantasmes des peintres.

Nous n’en dirons pas plus pour ne pas déflorer l’intérêt de cette nouvelle parfaitement adaptée pour le théâtre.

 Catherine AYMERIE, interprète de tous les personnages est fabuleuse. Il ne s’agit pas d’une simple lecture car sa voix suggère une infinité de sensations. Alors même que la mise en scène de Michel FAVART est très sobre, le spectateur a vraiment l’impression de pénétrer dans l’atelier du vieux maître, Quai des Augustins à Paris (situé à deux pas de l’atelier où Picasso peignit Guernica), il s’identifie au jeune Poussin intrigué etc. Mais d’emblée, dès l’apparition de Catherine Aymerie sur scène, il est ébloui par sa présence énigmatique, qui telle Sibylle prophétise le mystère et la folie qui rôde et aboutira – chaque spectateur l’espère – à la révélation de ce chef d’œuvre inconnu.

Ce que nous n’avons pas réussi à saisir par une simple lecture de la nouvelle devient grâce à son incarnation, une évidence : il n’y a pas d’œuvre qui ne soit hantée par la présence de son créateur ou de ses modèles.

Article mis à jour le 10 Juillet 2024

Evelyne Trân

N.B : Article initialement publié sur le Monde Libertaire.fr :