DANIEL BAHLOUL-DRUELLE

Photo E.T.
JE ME SUIS PERDU EN CHEMIN.
Je me suis perdu en chemin. Mes pas n’étaient pas derrière moi. Ma vue me portait au lointain de mes traces.
Je voyais la rondeur de la terre.
J’osais lui demander si elle était enceinte du reste de route qu’il me restait à faire. Pas de réponse. Ou plutôt si. Le souffle venteux d’hiver, qui slalomait entre les charmes et les merisiers de la forêt.
Je godillais mes absences. La vitesse de ma fable me faisait faire des festons qui m’entraînaient dans la descente du plaisir d’être. Il me semblait que des ailes d’ange me portaient.
J’étais loin de la chute du brillant séraphin, plutôt dans l’essor joyeux du troglodyte sortant de son trou douillet.
J’avais, m’abreuvant de crachin, imbibé de froid sec, ma force et ma vigueur. Au seuil du couchant, l’astre de vie me réchauffait d’un élan vers ses étincelants rayons. C’était la simplicité de la balade innocente qui avait oublié sa destination. Le meilleur dans la marche, en quelque sorte.
J’étais l’élève de cette fantastique professeure qui guidait mon voyage. Soudain, la mémoire de ma destination me revint. Dans l’extrême objectif d’arriver là, où je découvrirai ce lieu, aux confins des silences, qui me rappelait que peut-être, je n’avais pris aucun départ. La distance parcourue m’offrit la lumière de l’effort, après avoir dissipé les ombres où dorment les lutins.
Je ne savais plus si ma randonnée était une fièvre qui déréglait ma boussole intérieure. Heureusement, la mousse fraîche d’un hêtre pourpre m’indiquait le nord salvateur de mon épopée marcheuse.
J’étais donc arrivé, je ne sais où. Mais j’y étais.
Je comptais bien en profiter, ici et maintenant. À travers les limons, le sable, les agiles, je marchais le long d’une rivière qui était mère de toutes ces particules minérales. Cela créait un sentier féerique. Il débouchait sur un petit refuge qui fumait des nuages de cheminée.
J’imaginais déjà une bonne soupe chaude et une hôtesse bienveillante. La porte semblait me sourire de toute son âme. Bref. Allai-je heurter à la bonne porte ? Ma réflexion n’eut pas le temps de répondre que déjà, c’étaient dissipés la brumeuse vision de ce que je croyais être des nuages de cheminée. Il n’y avait plus de refuge, seulement de la ramure qui donnait l’illusion d’un abri pour randonneur. Un début de je-ne-sais-quoi devenu ruine. L’eau de la rivière semblait rire de ma confusion. Le temps me posa en amont de ce cours d’eau moqueur d’où j’étais parti. J’avais retrouvé mon chemin, un peu chanceux quand même, je reconnus l’embouchure.
Je n’étais plus perdu. Mes pas marquaient de nouveau sur le sol. Peut-être que la terre ne m’en voulait pas de lui avoir posé une question indiscrète ? Mais seulement me dire : « Sois dans le présent de l’air que tu respires, et ne t’inquiète pas des enfants de la nature ».
POÈME-MIROIR
Je me suis miré dans ton poème-miroir,
Pour t’offrir ma vision enchantée d’un soir.
Un blues d’amour et de désir, ma belle amie ;
Balade d’un rêve où je te vois endormie.
Pour t’offrir ma vision enchantée d’un soir.
Au pied de ton lit d’or, je me berce d’espoir.
Balade d’un rêve où je te vois endormie.
Ton sommeil, œuvre d’art, c’est ton portrait, ma mie.
Au pied de ton lit d’or, je me berce d’espoir.
Quand tes beaux yeux s’ouvrent, abandonnant le noir.
Ton sommeil, œuvre d’art, c’est ton portrait, ma mie.
D’un doux baiser immaculé d’hiérogamie.
Quand tes beaux yeux s’ouvrent, abandonnant le noir.
La toile éclate de lumière à te pourvoir,
D’un doux baiser immaculé d’hiérogamie.
Lèvre sur lèvre, d’un fil d’amour et d’envie.
Poème rimes-tu l’adieu ?
Poème, rimes-tu avant de dire adieu ?
- Oui, la mort s’écrit pour tous et même pour Dieu.
Le corps, bûche d’âme, voit le feu qui s’allume.
Sa braise chante l’essor d’une aile sans plume.
Le Phénix nage dans les flammes du secret.
Dans l’océan brûlant de tout esprit en paix.
Ce qui reste de pleurs, sèche ici et demeure.
Les témoins du défunt ne prient pas pour du beurre.
Mais célèbrent la fumée noire qui s’envole,
Dans l’azur de leurs yeux, sans larmes ni obole.
La tombe vide d’os et de chair, chante et danse,
Au bal du cimetière, où les spectres cadence.
Dans les cris, les hourras, où s’enrouent toutes voix,
La vie rit fort, sa délivrance, sans émoi.
Impose le silence au poème envolé,
Sur le papier sonore du cher oublié.
POÈME DANS UNE CHAPELLE DÉSAFFECTÉE
Par mon poème seul, tu me reconnaîtras,
Par ma voix, mes rimes vraies ont pris leur éclat.
Toi et moi, d’amitié, nous vivons l’un en l’autre,
Jamais chez toi, jamais ! Aucun vers ne se vautre.
Je t’ai reconnu alors, chantant. C’est ta voix !
Et moi, je t’ai entendu depuis l’abat-voix.
Oui, dans la chair désaffectée d’une chapelle…
Mes mots ont été là où l’on se rencontra.
L’écriture est en notre âme ; est la phrase belle.
Dis-moi ! Chanteras-tu, à tue-tête, là-bas ?
Non, je dois fredonner bas ; à touche nouvelle.
Ma poésie n’est pas celle d’un ancien jour ;
Elle chante au futur avec l’enfant d’amour.