Les Carnets du Sous-sol de Dostoïevski -Mise en scène et interprétation de Christophe Laparra du 10 mars au 6 mai 2025 à 21 H, au Théâtre Essaïon 6, rue Pierre au lard 75004 PARIS.

  • Auteur : Dostoïevski
  • Traduction André Markowicz
  • Éditions Actes Sud/Collection Babel
  • Mise en scène: Christophe Laparra
  • Avec: Christophe LAPARRA
  • Scénographie: Christophe LAPARRA
  • Adaptation / Dramaturgie / Direction d’acteur
  • Marie BALLET
  • Création lumière
  • Xavier BERNARD-JAOUL
  • Production
  • Théâtre de Paille
  • Coproduction
  • Comédie de Picardie-scène conventionnée à Amiens

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 «Je pense même que la meilleure définition de l’homme est la suivante : créature bipède et ingrate». In. Les Carnets du sous-sol de Dostoïevski

Dans un dispositif scénographique rectangulaire relativement indéfini (qui représente tout à la fois l’espace mental du héros, un sous-sol, une chambre…), le spectacle donne à entendre la voix du héros des Carnets du sous-sol qui a choisi de se prendre comme matière d’observation, de questionner sa pensée en établissant un dialogue avec des messieurs imaginaires. Face aux certitudes de son époque, le héros oppose son désir qu’il nomme son « caprice » et qui est, selon lui, constitutif de l’homme au point que ce dernier préférera devenir fou plutôt que renoncer à sa liberté fondamentale.

Cet homme quasiment nu qui s’introspecte avec une exaltation maladive est fascinant. Même s’il s’adresse à des messieurs imaginaires , il donne l’impression de se projeter dans une sorte d’infini cosmique qui serait aussi bien celui de la désillusion que celui du désespoir. Mais qui regarde cet homme indéfini qui ne peut pas se définir lui même sinon Dostoïevski ? Le public est pris à témoin, il est celui qui regarde et la question rebondit pour que l’on se demande qui regarde l’homme et se trouve suffisamment à distance pour le voir, le comprendre et justifier son existence ? Dieu, les étoiles, le soleil se trouvent hors champ. Il s’agit du duel d’un homme face à lui même, c’est à dire face à ses limites.

Cet homme est touchant parce qu’il pose des questions à mille années lumière . Cet homme en chair existe de la façon la plus précaire qui soit parce qu’il se désigne comme homme précaire et il devient infiniment troublant d’exister sur le fil d’une précarité brandie, acceptée, jouie. Jouissance et souffrance seraient les terrains d’introspection de cet homme.

On a envie de remercier ce personnage parce qu’il pose des questions que nous prenons rarement la peine de nous poser et oui, la plupart du temps, le « deux et deux font quatre » nous suffit amplement. Grâce à la présence de Christophe LAPARRA, magnifique interprète, la fragilité de l’homme nous saute aux yeux mais en vérité il y a aussi des étoiles dans son regard !

Un spectacle à ne pas manquer !

Le 25 Mars 2025

Evelyne Trân

N. B : Christophe LAPARRA sera l’invité de l’émission Deux sous de scène (de 15 H 30 à 17 H) sur Radio Libertaire 89.4 en 2ème partie le Samedi 19 Avril 2025 puis en podcast sur Radio Libertaire.

Article également publié dans le Monde Libertaire

ML – Les coups du Brigadier résonnent jusqu’au troisième dessous

Femmes au bord du monde de ASTAWABI DEMBELE au Théâtre LE FUNAMBULE 53, rue des Saules 75018 PARIS du 6 Février au 27 Avril 2025.

MISE EN SCÈNE ASTAWABI DEMBELE
COLLABORATION ARTISTIQUE LAETITIA GONZALBES

Création lumières Astawabi Dembele accompagnée de Marie Philippe

Costumes et scénographie création collective accompagnée de Kristina Strelkova

Son et musiques Katya Lopez et Wael Mladjao

AVEC
KRISTINA STRELKOVA
MARIE PHILIPPE
FATOUMIA MLADJAO
ET DIPTI MAHADEV

Bande annonce : https://youtu.be/LUZza-lXrrU?t=21

« La figure de la migrante – de la femme exilée – est aujourd’hui très peu représentée dans les médias tout comme dans l’art » nous dit Astawabi DEMBELE, auteure et metteure en scène du spectacle  Femmes au Bord du Monde qui se joue actuellement au Théâtre du Funambule.

La belle idée de ce spectacle est de réunir quatre comédiennes d’horizons et cultures différentes, qui au départ ne se connaissaient pas, pour incarner des migrantes malgré elles qui se rencontrent au bord du monde, sans que l’on sache précisément s’il s’agit d’une frontière d’un camp de migrants ou la rue, « ici ou là-bas ».

Pour exprimer le choc émotionnel que représente la fuite d’un pays natal, l’auteure donne la parole à une enfant, séparée de son père et sa sœur, qui se retrouve dans une forêt hantée à ses yeux par des figures quelque peu monstrueuses qui sont l’écho de ses peurs ou ses angoisses.

A la recherche de son père, l’enfant rencontrera des femmes exilées comme elles, chacune avec sa propre histoire.

Où sont donc les frontières, se demande alors le public, bouleversé par cet échange fabuleux entre des femmes qui ont à cœur de partager leurs richesses propres à leurs cultures et de se soutenir.

Il se dégage un véritable sentiment de sororité, un mot bien moins répandu que celui de fraternité et qui dans ce spectacle est totalement mis en valeur grâce au charme et la vitalité des comédiennes.

 C’est un bonheur aussi d’entendre parle et chanter, chacune dans sa langue maternelle respective, des comédiennes venues de Russie, des îles Comores, de Colombie et d’Inde.

« Le moteur de cette création est d’explorer les notions de la frontière. » nous dit encore Astawabi DEMBELE.

 Les quatre femmes au Bord du Monde ont trop de choses à partager pour ne pas vouloir s’affranchir des frontières. Hélas, souvent en perte de repères, devenues apatrides, refoulées et incomprises par les agents de l‘immigration, leur existence est suspendue.  Pourquoi ont-elles fui ? Parce que leur vie était menacée et qu’elles avaient comme tout le monde des projets de vie. Allez comprendre !

Ce spectacle choral qui se veut à la fois conte et docu-fiction nous interpelle au plus profond de nous-mêmes. « Il s’agit d’une véritable aventure humaine pour parler de l’exil « confie dans une interview Dipti MAHADEV, l’interprète de l’enfant.

 Le public est invité à traverser des frontières, pour ne plus être au bord du monde mais dans le monde, accompagné par une équipe de comédiennes, généreuse et solaire, totalement communicative.

Evelyne Trân

Le 13 Mars 2025

N. B : L’équipe du spectacle est invitée à ‘émission DEUX SOUS DE SCENE de 15 H 30 à 17 H sur Radio Libertaire 89.4, en 2ème partie, le samedi 15 Mars 2025. En podcast sur le site de Radio Libertaire.

De la servitude volontaire de LM FORMENTIN d’après le discours éponyme d’Etienne de la BOETIE au Théâtre Essaïon (6 rue Pierre au Lard 75004 Paris). À partir du 5 février au 27 avril 2025 – Mercredi et jeudi 19h. Vendredi et samedi 21h. D- Mercredi Durée : 1H10

Sur les traces de La Boétie qui, dans son célèbre Discours sur la servitude volontaire, s’en prenait tant aux tyrans qu’aux peuples eux-mêmes, reposons-nous cette question : quelle est cette constante de l’Histoire qui veut que des millions d’hommes toujours se soumettent à un seul ?

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Avec Jean-Paul Farré

Mise en scène Jacques Connort

Décor Jean-Christophe Choblet

Costume Isabelle Deffin

Musique Raphael Elig

Lumières Arthur Deslandes Production Sea Art

Un texte éminemment politique au sens pragmatique où l’auteur LM FORMENTIN trouve le moyen de parler au pauvre animal que chacun de nous sait retrouver au fond de lui, transi de peur, démuni face à l’adversité afin de l’entretenir de « la tyrannie, depuis toujours, qui plane comme une ombre sur le destin des peuples ».

Le discours d’à peine une heure génialement incarné par Jean-Paul FARRE ne peut évidemment explorer toutes les passions humaines responsables de l’avènement de la tyrannie dans un pays et de la servitude volontaire de son peuple. Mais il donne des pistes, il est question du goût du pouvoir au cœur de l’homme, même inconsciemment et pourquoi pas de sa vanité. Une autre réponse se trouve à la fin du seul en scène de cet homme « hors du temps » qu’on éprouve étrangement blessé par le poids que représente pour sa conscience le sentiment de cette lutte sans fin pour vaincre la tyrannie et les guerres qu’elle génère.

Il suffit d’écouter les commentaires des citoyens des peuples en guerre pour prendre la mesure des affects qu’ils sous- tendent.

De fait où trouver la réponse à la servitude volontaire du peuple. Le thème est complexe, il n’y a pas une mais probablement plusieurs explications. La Boétie parlait de la coutume qui aliène les individus, LM Formentin pense qu’une manipulation de masse est exercée par les tyrans en poste. 

On peut parler de la servitude volontaire, sachant bien évidemment que le terme servitude écrase la vanité humaine et que personne n’a envie de parler pour lui-même de servitude.

En ciblant l’affect, l’auteur sur les traces de La Boétie qui écrivit son pamphlet à 18 ans (publié à titre posthume) fait mouche.

La mise en scène de Jacques CONNORT qui fait du Trône un personnage autour duquel se penche un homme « hors du temps » est magnétique.

Jean-Paul FARRE possède le charisme du rôle de l’ancien juge devenu conférencier. Certes une ironie « mordante » traverse tout le discours mais il y a aussi l’humanité du comédien qui transcende tout cynisme et en fin de compte porte le message politique de tous les protagonistes réunis faisant de ce spectacle un pôle de réflexion oh combien bienvenu !

Evelyne Trân

Le 12 Mars 2025

N. B : LM FORMENTIN et Jacques CONNORT sont les invités de l’émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire 89.4 en 1er partie le samedi 15 Mars 2025. En podcast sur le site de Radio Libertaire.

N. B Article également sur le site du Monde Libertaire.fr

Saïgon / Paris Aller Simple – Un spectacle présenté par la Cie Corossol. Auteure et interprète Eliane Lê Van Kiêm – Musique François Mosnier -Spectacle tout public Jeudi 22 Mai 2025 à 20 H. au Centre socioculturel Toussarégo 21 Avenue Claude Regaud 75013 PARIS. Accès Porte d’Ivry Métro 7. Tram T3 et Bus 83.

SAIGON/PARIS Aller simple ̋ nous interroge sur l’histoire de Vietnamiens en France, la migration en général, l’intégration et la transmission intergénérationnelle.

Spectacle tout public sur le métissage culturel franco-vietnamien.

C’est tout de même loin Saïgon de Paris, plus de 10000 Km à vol d’oiseau entre les deux villes. Si une histoire commune à Saïgon ( aujourd’hui Hô-Chi-Minh-Villeet à Paris pouvait être racontée, elle trouverait sa source dans la mémoire de quelques vietnamiens déracinés amenés à quitter leur terre natale sans jamais pouvoir y revenir.

 A une époque où les individus privilégient toutes ces informations qui leur sautent au visage grâce à leur portable et les réseaux sociaux, nous voudrions faire l’éloge de la lenteur, du silence, de l’émotion retenue, qui définit l’intériorité de quelques êtres, parle de destinée, un grand mot certes, mais qui a tout de même du sens.

 Photo de Khanh : Eliane Lê Van Kiêm tenant le manteau de son père

En nous racontant l’histoire de son père Louis, Eliane Lê Van Kiêm recouvre son intimité et la sienne propre grâce à la musique et le chant, et justes sont ces chemins qui permettent d’appréhender la présence d’un homme en évoquant ce qu’il aime, avec pudeur, sans le sortir de l’ombre qu’il a toujours souhaitée.

 Son père avait le Vietnam dans la peau, l’écorce de son enfance et adolescence. Arrivé en France en 1947 pour faire ses études, il s’est intégré professionnellement et a épousé une Française. Mais sa vie durant, il a porté en lui comme un lourd secret, la nostalgie de son pays.

 Lumineuse et poète, Eliane Lê Van Kiêm, fait penser à un Petit Poucet adulte, émerveillé par tout ce qui peut lui servir à se rapprocher de ce père trop silencieux.

 Le spectacle parlé, chanté, est à la fois ludique et bouleversant. Il dégage un charme audacieux, celui de la force des sentiments qui abolit toute frontière.

Article mis à jour le 21 Mai 2025

Evelyne Trân

N.B : Spectacle soutenu par la MCFV Mouvement des Citoyens Français d’origine Vietnamienne.

N.B : Article également publié sur le Monde Libertaire.fr