POUR UN OUI OU POUR UN NON De Nathalie Sarraute – Mise en scène et scénographie Sylvain Maurice – Au Théâtre LUCERNAIRE 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris du 22 janvier au 16 mars 2025 – Théâtre Noir – du Mardi au samedi à 18 H 30. Dimanche à 15 H.

Mise en scène et scénographie Sylvain Maurice
Avec Christophe Brault, Scali Delpeyrat et Élodie Gandy
Lumières Rodolphe Martin
Son Jean De Almeida
Costumes Amélie Hagnerel
Production Compagnie Titre Provisoire
Coproduction Théâtre Montansier – Versailles
Avec la participation artistique du jeune théâtre national, la compagnie Titre Provisoire est conventionnée par le ministère de la culture – drac Bretagne.

Il serait dommage de bouder la nouvelle mise en scène de la pièce de Nathalie SARRAUTE Pour un oui ou un pour un non actuellement au Lucernaire jusqu’au 16 mars 2025 parce qu’elle s’éloignerait quelque peu des intentions de l’auteure en pleine exploration des tropismes au moment de sa création en 1986.

Quatre décennies se sont écoulées et il faut imaginer que la réception de l’œuvre a pu évoluer.  Mais qu’est-ce donc que ces fameux tropismes.  Selon Nathalie Sarraute, le terme tropismes renvoie à des sentiments fugaces, brefs, intenses mais inexpliqués : phrases stéréotypées, conventions sociales. (Source Wikipédia).

Dans le cas de l’ami H2, le tropisme c’est une intonation de mépris qu’il a perçue dans une réponse de l’ami H1.

De la même façon que l’on peut s’émerveiller devant les jolis ongles vernis d’une jeune femme, l’on pourrait s’émerveiller du temps passé par deux amis pour en découdre avec leurs complexes ou leur mal être, réveillés inopportunément par une sensation de malaise qui brouillerait leur communication.

Mauvaises et bonnes pensées se chevauchent et s’il fallait balayer devant sa porte ou celle de ses proches combien de vilaines pensées nous interdiraient l’entrée. Donc il vaut mieux les taire, voire même les oublier.

Nonobstant le fait que le mot « merde » soit tabou, il est possible d’avancer que pour avancer, il faut parfois être fouille-merde. Dans la vie courante, qui a vraiment envie de s’appesantir sur l’inexprimable et les désagréables sensations qu’il a éprouvées dans la journée. D’ailleurs la plupart des individus sont dans leurs bulles et n’ont guère envie d’échanger avec leurs congénères dans les transports en commun, ils préfèrent se pencher sur leurs téléphones portables. Où vont donc se nicher alors les tropismes de Nathalie Sarraute ?

La pièce à la lecture se passe de mise en scène, les mots qui dansent sous les yeux en font office On a l’impression d’un jeu entre les deux amis lesquels se chercheraient des poux pour un oui ou pour un non et somme toute leur démarche est amusante. Comment prendre au sérieux une rupture entre deux amis dans ce contexte, pour un oui ou pour un non ?

Mais au-delà du jeu, c’est de sentiment qu’il est question, celui de l’amitié et c’est un enjeu vital. Si les deux amis s’agrippent aux mots, il doit bien y avoir une raison.

Dans la mise en scène de Sylvain Maurice, il est intéressant de ressentir combien les deux discoureurs sont physiques. Ils pourraient pratiquement mimer leurs paroles. C’est cette présence des personnages interprétés par Christophe BRAULT et Scali DELPEYRAT, impossible à percevoir à la lecture, qui est bouleversante. On les voit sortir de leurs gonds, blessés aussi bien dans leur amour propre qu’affectivement.

S’ils y mettent de la chair c’est qu’il en faut ! La substantifique moelle de la pièce de Nathalie Sarraute ne s’en porte pas plus mal !

Evelyne Trân

Le 28 Février 2025

LES CAPRICES DE MARIANNE d’Alfred de Musset au Théâtre des Gémeaux Parisiens 15 Rue du Retrait 75020 PARIS du 8 Janvier 2025 au 30 Mars 2025 du mercredi au samedi à 19 H. Le dimanche à 15 H.

Adaptation et mise en scène :  Philippe Calvario

Avec :  Zoé Adjani, Philippe Calvario, Mikaël Mittelstadt  en alternance avec Pierre Hurel (les 9 et 23 janvier 2025) , Hameza El Omari, Delphine Rich, Christof Veillon

Collaboration artistique : Sophie Tellier
Scénographie : Roland Fontaine
Costumes : Aurore Popineau
Création musicale : Christian Kiappe
Création lumière : Christian Pinaud

Régie générale : Sébastien Alves

Administrateur de la cie : Daniel Rouland 
Dramaturgie : Modestine Pelle

​​Résumé :

Le jeune Cœlio rêve de conquérir Marianne, épouse du juge Claudio. N’osant l’aborder, il tente d’abord d’utiliser l’implication de la vieille Ciuta, qui n’obtient rien de la jeune femme que l’affirmation de sa fidélité conjugale. 
Cœlio se tourne vers un autre entremetteur, son ami Octave, bon-vivant et libertin et cousin du mari de Marianne, Claudio. Marianne reste indifférente à Cœlio, mais tombe amoureuse d’Octave ; elle lui dévoile son amour à mots couverts et lui fixe un rendez-vous. Octave, d’abord indécis, choisit la loyauté et envoie Cœlio au rendez-vous obtenu. 
Cependant, Claudio soupçonne l’infidélité de sa femme et engage des spadassins pour tuer tout amant qui s’approcherait de la maison. Cœlio tombe dans le guet-apens et, mourant, peut croire à la trahison de son ami en entendant Marianne, trompée par l’obscurité, l’accueille du nom d’Octave.  Octave, accablé, renonce à sa vie de plaisirs et repousse sèchement l’amour que lui déclare Marianne.

C’était avant tout me plonger dans cette écriture profonde et pleine de désirs contrariés qui m’a fasciné. Découvrez une nouvelle langue pleine de poésie qui pourrait sembler parfois abstraite, mais qui est en fait très organique. Les personnages, qui se débattent entre désirs fantasmés et désirs forcés, sont engagés dans une ronde troublante. Comme s’ils courraient tous vers le pire dans une sorte d’urgence, sans pourtant le vouloir.

Philippe Calvario, metteur en scène

1830, c’est la révolution de Juillet déclenchée par la politique réactionnaire de Charles X, le frère de Louis XVI et Louis XVIII. Un vent nouveau souffle sur les esprits, il y a de l’électricité dans l’air. Cela sent le soufre et la jeunesse y est particulièrement sensible.

Musset n’a que 20 ans en en 1830. Sa pièce La Nuit vénitienne représentée à l’Odéon en décembre 1830 est un échec. Deux ans plus tard, il récidive et écrit en deux semaines Les Caprices de Marianne mais cette pièce publiée dans la Revue des Deux mondes n’est alors destinée qu’à la lecture. Elle ne sera représentée qu’en 1851 à la Comédie Française après avoir été plusieurs fois remaniée pour ne pas heurter le public.

C’est évident, le jeune Musset aspire à un monde nouveau, il veut croire à l’amour mais pressent, disons-le vulgairement, que les dés sont pipés…

L’intrigue de sa pièce au fond est assez banale. Deux amis que leurs tempéraments opposent sont amoureux de la même femme qui devient un appât malgré elle. Et c’est ce dont se défend la belle Marianne.

Qu’on y songe, à cet obscur objet de désir qui se focalise sur Marianne qui n’a jamais encore connu l’amour.

La belle Marianne a-t-elle la liberté de dire oui ou non à l’homme qui la harcelle de sa flamme ou à celui qui au contraire voile son inclination à son égard.

Marianne veut se croire libre de ses sentiments alors qu’elle est vierge sentimentalement, son mariage ayant été arrangé avec un homme assis socialement mais âgé.

Les deux jeunes hommes Cœlio et Octave sont égoïstes, ils pensent à l’amour comme à quelque chose qui leur ai dû, le mari barbon agit de même. 

Les caprices de Marianne ne sont pas des caprices.  Par ses propos Marianne montre qu’elle se réveille femme et qu’elle n’entend pas se laisser faire. Il.ne lui suffit pas d’être flattée par les hommages sur sa beauté, elle entend s’affirmer.

Musset est tout à la fois Marianne, Octave et Cœlio. Une vérité de la Palisse pour créer ses personnages comment ne pas se mettre à leur place.

Mais évidemment en essayant de décrypter rationnellement cette malheureuse histoire d’amour, on échappe à la résonance cruelle des derniers mots d’Octave à Marianne tentée de lui avouer son amour : Je ne vous aime pas Marianne c’est Cœlio qui vous aimait.

Ces seuls mots  » je ne vous aime pas » suffisent à blesser mortellement l’être éconduit.

Les poètes tels Musset, Apollinaire et tant d’autres utilisent leurs larmes pour écrire leurs meilleurs poèmes. Gageons que Marianne saura rebondir pour jouir de sa liberté.

Sous l’égide d’Éros et Thanatos la pièce de Musset est plus que moderne, elle a des accents universels, ceux de la jeunesse, de ses rêves de liberté et d’amour …

A travers le personnage de Marianne avant Aragon et Jean Ferrat, Alfred de Musset semble bien signifier que l’avenir de l’homme passe par la femme.  

Philippe CALVARIO, interprète d’Octave signe une version plutôt soft des Caprices de Marianne qui privilégie le texte. De sorte que c’est la langue de Musset si fraiche dans la bouche de Marianne et Octave qui polarise toute l’attention.

 Avec beaucoup de sensibilité, Zoé ADJANI exprime bien le désarroi et le trouble de Marianne confrontée à l’éclosion de ses sentiments et son charme irradie la représentation.

Les Caprices de Marianne, une tragi-comédie qui n’a pas fini d’ameuter les cœurs et l’esprit !

Evelyne Trân

Le 21 Février 2025

GRANDE SOIRÉE THÉÂTRALE ET MUSICALE AUTOUR DE ROMAIN ROLLAND ET BEETHOVEN avec PASCAL AMOYEL pianiste et comédien et le QUATUOR TCHALIK au THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES 15 Av Montaigne Paris 8ème. Réservation : 01 49 52 50 50 www.theatrechampselysees.fr SAMEDI 22 FÉVRIER 2025 À 19H30

À l’occasion du 80e anniversaire de la disparition de Romain Rolland, une grande soirée est organisée le samedi 22 février 2025 dans le cadre prestigieux du Théâtre des Champs-Élysées. Cet évènement sera l’occasion de rendre hommage à l’œuvre et à la pensée du grand écrivain, tout en célébrant un des plus importants compositeurs de tous les temps auquel le prix Nobel de littérature a voué une immense passion et consacré une partie de son œuvre : Beethoven.

Programme :

« Dernières notes, la dernière soirée de Romain Rolland », une pièce de théâtre de Michel Mollard avec Pascal Amoyel, intimiste et émouvante, la pièce nous transporte à Vézelay, le 24 décembre 1944. Incarné par le talentueux pianiste et comédien Pascal Amoyel, Romain Rolland, seul dans sa demeure, livre ses réflexions sur son œuvre, ses engagements et son amour indéfectible pour la musique. Sentant la vie lui échapper, il réalise son vœu le plus cher, interpréter à son piano la Sonate Opus 111 de Beethoven, à qui il avait ni par s’identifier. Il s’éteint quelques jours plus tard, le 30 décembre.

Mise en scène par François Michonneau, la pièce de Michel Mollard arrive sur la scène du Théâtre des Champs-Elysées après sa création couronnée de succès à l’automne 2023.


Le Quatuor Tchalik au cœur de l’œuvre de Beethoven, enserrant la pièce, le Quatuor Tchalik interprétera deux chefs-d’œuvre de Beethoven : le 13ème quatuor et la Grande Fugue, deux des plus hautes expressions du génie du compositeur allemand. En réunissant théâtre et musique, cette soirée exceptionnelle est une invitation à découvrir ou redécouvrir l’extraordinaire lien qui unissait Romain Rolland et Beethoven,

En réunissant théâtre et musique, cette soirée exceptionnelle est une invitation à découvrir ou redécouvrir l’extraordinaire lien qui unissait Romain Rolland et Beethoven, deux figures emblématiques de la culture occidentale.

Jamon Cordado un roman de Marc-Henri LAMANDE paru aux Editions ARDAVENA.

Jamon Cordado, un personnage qui s’invente au fur et à mesure de la lecture.

Le lecteur se trouve aux antichambres des coulisses de la création, dans l’expectative, l’interrogation, la surprise et il ne va pas au bout de ses étonnures, l’impression de se mouvoir à l’intérieur d’un rêve sans début ni fin , éclaboussé par l’instant.

Extrait :

« Par terre l’imperméable est gris. Je décris clairement : j’aperçois une cravate, il fallait qu’il ait toute la panoplie. Oui, clairement, je me souviens de motifs agricoles sur cette cravate, des gerbes. Pas des tournesols non. Nous parlons une langue rudimentaire. Je repense à l’escalade. Bê. « On reprend. » Reprends. Tu reprends, il reprend. L’autre crétin galonné jette violemment une chaise du commissariat sur le carrelage d’un autre commissariat, elle rebongicle à droite et finit sa course au ralenti dans un écran d’ordinateur comme en ont les civils. Il pète un plomb, l’autre crétin. »

Marc-Henri LAMANDE était l’invité de l’émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire 89.4, le 1er Février 2025, en podcast sur le site de Radio Libertaire.

FAIRE SEMBLANT D’ÊTRE MOI écrit et interprété par Luce Mouchel au Théâtre La Flèche 77, rue de Charonne 75011 Paris du 11 Janvier au 6 Juin 2025 le vendredi à 21 H à partir de Mai.

J’aurais pu ne jamais exister, être tout le temps morte !

Les souvenirs au présent, de 5 à 18 ans, d’une future actrice, entre fin des 60’s et début des 80’s.
Le langage évolue avec le corps, la famille et les rencontres, au fil des espoirs, des déceptions, des deuils, des révélations…
Restée au plus proche de ses errances intérieures d’autrefois, la femme qui écrit en a gardé non seulement la mémoire, mais aussi l’écho palpitant en elle, le souffle vivant.

Compagnie Théâtre K

coproduction Les Rivières bleues

De & avec Luce Mouchel

Mise en scène Xavier Maurel

Collaboration artistique Pierre-Alain Chapuis

Création vidéo Véronique Caye

Chorégraphie Caroline Marcadé

Lumières Tom Bouchardon

Labellisé Rue du Conservatoire

Durée 1h15

Comment parler de ce voyage intime sinon en interrogeant l’émotion qu’il peut susciter. C’est une enfant que nous entendons pendant quasiment tout le spectacle. Plutôt que de spectacle, parlons plutôt d’une seule en scène d’une personne qui a besoin pour elle-même et pour les autres de témoigner de son parcours de vie qui l’a amenée à devenir comédienne.

Il y a le filtre de l’enfance, son innocence qui va à contre-courant de la voie délimitée des adultes d’où ce hiatus que Luce MOUCHEL exprime avec des oh, des ah, des hoquets, des onomatopées dissonantes qui font penser au cri de Munch ou à un point d exclamation venu emboutir un point d interrogation.

Décidément, l’enfant et l’adulte ne parlent pas la même langue.

Cette enfant qui parle a un côté sauve-qui-peut, elle est aussi porte bonheur malgré tout, malgré les drames, les non-dits, les silences et cette réalité  » Nul n’est prophète chez soi ».

Lulu s’est trouvée en dehors des murs d’une famille aimée, sans doute aimante mais guère à son écoute. Pour se trouver, il lui a fallu accepter la non reconnaissance de ses proches.

Comment leur expliquer que le théâtre fut sa bouée de sauvetage .

Un récit intense puisqu’il faut basculer dans l’enfance avec tout le décalage que cela implique avec notre perception d’adulte. Il y a toujours cet entrechoquement entre la voix de l’enfant et celle de l’adulte. Deux pays qui coexisteraient dans la même personne ? L’ enfant accouche d’une montagne, l’adulte. On appelle ce phénomène, la mue, l’adolescence, la puberté… Pourquoi est-ce si douloureux ?

Et si le théâtre permettait de faire glisser cette voix qui vient de très loin dans une autre peau, oui, une autre peau qui s’exagère. Comment ne pas penser à la petite sirène qui perd volontairement sa queue de poisson pour avoir des jambes.

C est vrai qu’elle souffre cette petite sirène mais elle ne se plaint pas.

C’est une petite sorcière après tout, elle est l’œil qui dérange . « Ne me regarde pas comme ça, ne pense pas si fort, fous moi la paix » dira l’autre, cet étranger; il faudrait toujours prendre la peine de l’apprivoiser dans sa tête parce qu’il craint, l’autre, il craint ! Il y a toutes ces portes qui grincent et qui gémissent dans les coulisses d’un être, d’un arbre, d’une chose.

Chouette, il y a le théâtre. Je vais pouvoir devenir cette chose qui dérange, la faire parler, lui ouvrir la porte, l’accueillir en somme sur scène et dire de cette chose, cet arbre, cet être, c’est mon personnage ?

Faire semblant d’être moi ou se prendre pour quelqu’un d’autre ou recevoir en boomerang cette remarque « Pour qui te prends tu ? »

Luce MOUCHEL a choisi la liberté d’être moi et elle n’est jamais plus elle-même qu’en étant comédienne . Artiste, c’est un métier qui vous donne des ailes, impossible dès lors de se contenter d’un moi rétréci, ce moi-là, il faut l’ouvrir aux autres, le sortir de sa gangue .

Je est un autre disait déjà Rimbaud, Luce MOUCHEL, à fleur de peau, est son écrin féminin authentique !

Evelyne Trân

Le 7 Février 2025

Article également publié sur le Monde Libertaire.fr