DRAGON ZEN, un conte vietnamien d’Evelyne Trân.

Il était une fois un dragon que l’on prenait pour une sorte de mage, de monstre ou d’interprète impénitent des humains. Il enregistrait tout ce brave dragon, le pire et le meilleur comme une boîte de pandore. Mais un jour, il n’en puis plus et se mit dire n’importe quoi à l’adresse des humains. En somme, il était devenu fou, les hommes avaient réussi à le rendre fou. Du moins, c’est que je pense après avoir analysé une page de son journal intime que je vous fais grâce de vous lire :

« N’en jetez plus, n’en jetez plus, cessez de jeter vos détritus par dessus ma tête. L’usine de recyclage est en panne, l’appareil de digestion est saturé. Je ne suis pas une machine et même si j’en étais une, je finirai par devenir monstrueuse. L’apôtre Saint-Jean a dansé sur un billet de banque. Nous avons décapsulé toutes les bouteilles de cervelles de moineaux empoisonnées. Nous sommes devenus fous. Les pieds dans la boue, nous jouions de la guitare. L’eau venait de la forêt. L’eau était devenue magique car il y en avait très peu. Nous avions des esclaves qui fabriquaient des problèmes qui faisaient des bruits de chaises musicales qui chuchotaient dans les miroirs. Ils tissaient, nos grands esclaves, des problèmes qui faisaient des kilomètres de queue. Après on les embauchait pour la danse du dragon et ça nous inspirait nous les vaillants musiciens. »

Ces inepties ne sont pas de nature à engorger les annales de la mémoire humaine. Cependant j’ai voulu me renseigner sur ce dragon et j’ai ouvert la bible des dragons qui se lit à l’envers dans un miroir avec un grand verre d’eau glacée. Voici ce qu’il y est écrit :

Le grand dragon s’est réveillé, il a dit : J’ai bouffé du temps, trop de temps, je risque l’implosion. Je vais devoir me faire opérer. Et comme les musiciens ne l’écoutaient plus, il a quitté le terrain en douce pendant qu’ils continuaient à jouer. Il a balancé sa grande queue dans l’étang et il a péché une vieille horloge rouillée, toute bosselée et toute cassée. Son rêve au vieux dragon, c’était de la réparer l’horloge toute rouillée pour entendre son tic tac, son tic tac si merveilleux qui, il avait ouï-dire, avait le pouvoir d’endormir toutes les machines de guerre. Il en avait assez de danser pour les hommes et de supporter sur chacune de ses écailles, toutes leurs prières, leurs problèmes en forme de feuilles de cactus, leurs peurs, leurs sueurs, leurs jérémiades, leurs « j’en ai marre ».

Mais le vieux dragon n’était pas horloger , il était innocent, voire naïf. Devant la vieille horloge toute cassée, il s’est mis à pleurer, des larmes géantes de grand dragon. Et il s’est endormi. Il est entré en rêve dans la chambre d’un petit enfant où il a vu un petit réveil rose en forme d’oreilles de bébé qui faisait tic tac, tic tac de façon si délicieuse qu’il s’est mis à lécher les joues de l’enfant. A son réveil, le dragon eut une merveilleuse idée : il s’inspira de l’horloge cassée pour bâtir un radeau avec deux rames qui rappelaient les aiguilles de l’horloge. Et puis, il grimpa sur le radeau et depuis il rame à perte de vue sur l’étang.

Et les hommes qui le voient de loin confondent les éclaboussures du soleil sur les rames avec sa danse fabuleuse. Quand il revient sur terre, le dragon, une fois par an, qu’il danse et se trémousse devant les hommes, c’est dans l’espoir que ces humains créateurs de problèmes recueillent quelques petits tic tac de son horloge ensoleillée sur l’eau, de son radeau de fortune. A lui seul, il représente pour les hommes un tic tac géant qui accueillerait majestueusement la poussière du monde sur un simple sourire de Bouddha.

Ah si d’amour tranquille et aventureux, le petit tic tac retrouvé du dragon pouvait rendre les humains plus humains, nous ne ramerions plus sur terre mais sur l’eau comme des poissons dans l’eau.

Evelyne Trân

LA LEGENDE DE BETEL, un conte vietnamien de Mireille TRAN.


Illustration d’Adama TRAN

Il y avait une fois deux frères jumeaux. L’un s’appelait Son. L’autre Giang.

Leur ressemblance était telle que lorsqu’ils se regardaient, c’était comme l’arbre au bord de la rivière qui voit son reflet dans l’eau. Et lorsqu’ils se parlaient, comme le loriot qui entend son chant répété par l’écho de la montagne.

Ils grandirent, toujours pareils, comme les deux joues d’un visage dessiné parfaitement.

Tous deux aimaient les mêmes fruits, les mêmes fleurs. Jamais ils ne se quittaient.

Chaque jour, dès le lever du soleil, jusqu’au crépuscule, ils travaillaient sur la colline où, proches comme les deux ailes d’un oiseau, ils chantaient en jouant du luth ou du tambour de riz.

Un soir, ils croisèrent une jeune fille couronnée de fleurs.

Elle se nommait Tuyet-Nga et elle était très belle. A sa vue, les deux frères cessèrent de chanter. Il leur semble soudain que leur cœur était devenu fragile comme un tissu de soie qu’un moindre souffle froisse. Ils comprirent qu’ils aimaient. Giang ne cacha point sa passion, mais Son, par respect pour son frère, étouffa les cris de son cœur.

Giang demanda la main de la jeune fille, et il y eut une grande fête pour célébrer son mariage avec Tuyet-Nga.

Lorsque les derniers invités se furent retirés, Son vint trouver Giang et lui dit : « A présent il me faut partir. Mon frère n’a plus besoin de son frère ».

_ Que deviendrait le ciel sans ses oiseaux ? Que deviendrait le fleuve sans la montagne ? Que deviendrai-je, si mon frère me quitte ? s’écria Giang, et tendrement il obligea Son à demeurer chez lui.

Mais ils n’allèrent plus travailler ensemble à la rizière, car Giang s’attardait avec sa femme et il montait seul avec elle, sur la colline, respirer la nuit.

Son évitait de rencontrer Tuyet-Nga et vivait à l’écart. Il pensait que sa souffrance avait pris la forme du feu et que son cœur flambait comme une forêt de bambous devenue la proie du soleil. Il gardait les yeux baissés, pour que personne ne put y lire sa douleur.

Un jour, au retour des champs, Tuyet-Nga courut à lui et lui donna un baiser. Son comprit que, trompée par la ressemblance, elle croyait embrasser son époux.

_Quelle sera sa confusion si je la désabuse ! se dit le jeune homme et par délicatesse, il se tut.

Mais bientôt il eut honte et remord car il découvrit en lui l’espoir secret que Tuyet-Nga se tromperait encore.

Alors il résolut de quitter la maison de Giang et dès que tout le monde fut couché, il prit la route.

Or la nuit s’était faite douce comme une fourrure pour que Hang-Nga, la princesse de Lune eût plaisir à la caresser. Celle-ci vint s’accouder au balcon de son palais et aperçut Son marchant solitaire et sans but, et le cœur déchiré.

Emue, elle fit un signe et soudain par milliers, des yeux d’or s’ouvrirent dans le ciel et regardèrent le jeune homme. Son reconnut les étoiles qu’il aimait. Il vit aussi Chim-Hac, l’oiseau blanc des fées, qui volait vers les hauteurs du ciel.

_Qui vas-tu rejoindre ? lui cria Son.

Et l’oiseau répondit : « J’essaie de dépasser la souffrance en m’élevant vers la pureté ».

J’aurai ton courage ! s’écria Son et il résolut de marcher sans cesse et sans fin vers un but de lumière dans l’espoir de dépasser sa douleur.

Hélas, il ne lui restait plus assez de force pour accomplir

un si pénible voyage. Bientôt il tomba de lassitude au bord du chemin.

Avant de mourir il supplia Lieu-Hanh, déesse de l’amour.

_Que mon cœur devienne pierre, puisque ma faiblesse ne me permet pas de dépasser ma peine.

_Soit, dit Lieu-Hanh, je te change en pierre de chaux.

_Curieuse idée ! dit un nuage de passage ; j’aurais choisi du marbre, c’est aussi pur et plus beau !

_ Je sais ce que je fais ! répliqua Lieu-Hanh, je vais te le prouver. Et pour qu’il fut témoin de la fin du conte elle l’immobilisa au-dessus de la pierre de chaux. Le nuage se morfondit trois jours et trois nuits, sans rien voir venir de nouveau.

C’était Giang qui cherchait Son.

Il tomba de lassitude au bord du chemin, mais avant de mourir, il supplia Lieu-Hanh : « Puisque ma faiblesse ne me permet point de de rejoindre mon frère, fais de moi un arbre, plus haut que tous les arbres, afin que je puisse regarder au loin, sans cesse et sans fin, si je ne vois pas Son mon bien-aimé ».

_ Soit, dit Lieu-Hanh, tu seras un aréquier.

Et soudain l’aréquier se dressa près de la pierre de chaux.

_ Pourquoi ce nouvel arbre ? Il en pousse de plus majestueux et de parfumés ! se demanda le nuage. Il attendit encore trois jours et trois nuits sans rien voir de nouveau.

Cependant, au quatrième matin, apparut au détour de la route une femme ployée en deux par la fatigue et la souffrance.

Sa chevelure était tout ensablée et ses pieds ensanglantés. C’était Tuyet-Nga qui cherchait son époux.

Elle tomba de lassitude au pie d de l’aréquier, mais avant de mourir, elle supplia Lieu-Hang.

_ Puisque ma faiblesse ne me permet pas de retrouver mon époux, fais de moi une plante grimpante qui s’enroule autour de l’aréquier. J’ai besoin de son aide pour monter très haut et regarder au loin, sans cesse et sans fin, si je ne vois pas mon mari bien-aimé.

_ Soit, dit Lieu-Hanh, tu seras la plante de bétel.

_ Les voilà tous les trois réunis, pensa le nuage, mais, à quoi bon, puisqu’ils ne le savent pas.

Il attendit encore trois jours et trois nuits, sans rien voir venir de nouveau.

Quand au quatrième matin, survint un voyageur à pied, le visage baigné de sueur.

Il se reposa à l’ombre de l’aréquier, cueillit un de ses fruits et une feuille de bétel qu’il macha pour apaiser sa soif. Puis il cracha sur la pierre de chaux. Celle-ci se colora en rouge vermeil.

_ Oh ! s’écria le nuage émerveillé, la pierre de chaux, l’aréquier et le bétel ont le même sang !

Et il comprit que Son, Giang et Tuyet-Nga s’étaient enfin retrouvés.

Mireille TRAN

La légende de Hải Phòng, un conte vietnamien de Mireille TRAN.

Le buffle au Vietnam est le symbole du Bonheur, la Bravoure et la Prospérité

Illustration d’Adama TRAN

Chu-Song-Tu, le père et Chu-Song-Lu, le fils, étaient deux pêcheurs du Nord-Vietnam.

Lorsqu’ils descendaient au bord de la mer, emportant à bout de bras leur barque légère, la plage se faisait plus légère encore que de coutume. Elle demandait aux coquillages de sortir de leurs niches et au vent de déployer les algues. Elle disait à la mer de chanter la bienvenue aux deux pêcheurs.

Celle-ci laissait volontiers pêcher ses poissons, sauf les jours de folie, quand le vent la prenait dans ses bras. Hélas ! c’était fort souvent. Alors Chu-Song-Tu et Chu-Song-Lu avaient faim, mais ne lui en voulaient pas. Entre deux rochers, dans une jolie paillote faite de lianes et de lichens, ils vivaient solitaires, sans songer autemps qui passe.

Chu-Song-Lu, le fils, avait vu se lever vingt fois l’aurore du commencement.

« Tu es mince et léger comme le génie des airs », disaient les Chim-Yeu.

« Tu es musclé comme l’un de nos enfants » remarquaient les pins de la falaise. Et les rochers trouvaient que ses yeux noirs leur ressemblaient.

« Sommes-nous pauvres ? » demanda un jour Chu-Song-Lu, le fils, à Chu-Song-Tu, le père.

« Nous sommes riches, répondit Chu-Song-Tu, nous avons le ciel, le soleil, la mer, la plage et les rochers, sans compter les poissons. »

« Oui, père ! dit Chu-Song-Lu, mais nous ne possédons qu’une seule culotte pour deux. »

Chu-Song-Tu hocha la tête. « A ma mort, je te la léguerai, dit-il, je suis très vieux. Ce sera peut-être pour aujourd’hui, peut-être pour demain. »

La mort choisit la nuit pour emporter le vieillard afin que cela lui soit moins pénible de quitter le soleil et la plage blonde comme le miel.

La mer rampa jusqu’à ses pieds. Les oiseaux lui jetèrent des fleurs.

Alors Chu-Song-Lu creusa un lit dans le sable et y coucha le vieil homme. Mais il ne voulut pas prendre la culotte, par respect pour son père.

Ainsi donc, Chu-Song-Lu demeura nu, comme les plantes, les oiseaux, les poissons et les nouveau-nés de la première heure.

Un jour, la fille du roi Hung-Voong vint se promener sur la falaise, ce qu’elle n’avait jamais fait.

« Je vais me baigner, dit-elle, et toute sa cour dégringola les rochers à sa suite, en sautant, trébuchant, maugréant et perdant ses pantoufles.

« Pas si vite ! criait le vieux lettré, chargé d’apprendre à la princesse la morale de Confucius, pas si vite ! Vous ne me laissez pas le temps de regarder pour m’éclairer. »

« Qu’est-ce que c’est que ça, demanda Chu-Song-Lu, tout étonné de voir s’abattre sur sa plage cette farandole de seigneurs et de belles dames.

« Oh rien, dit un rossignol qui fréquentait les jardins royaux, rien vraiment ! La fille du Roi Hung Voong qui mène sa cour au bain.

« La fille du Roi ! se dit Chu-Song-Lu, mon père ne m’en avait jamais parlé. Que dois-je faire pour bien la recevoir ? ».

Alors il se souvient qu’il était nu comme les plantes, les oiseaux et les poissons et les nouveau-nés de la première heure.

« Je crois qu’il vaut mieux te cacher sous mon sable. Il est justement tout chaud, ce ne sera pas désagréable, lui conseilla la plage.

Soit, dit Chu-Song-Lu et vite il se cacha sous le sable, car il n’avait pas le temps d’aller plus loin.

« Dressez ma tante ! ordonna la princesse. Et les serviteurs installèrent la tente au beau milieu de la plage, comme il sied pour la fille du roi.

« Tiens, dit l’un d’entre eux, le sable ne fait-il pas gros dos ?

« Qu’importe, dirent les autres, c’est l’emplacement qui compte. »

Cependant, la cour se retira sur les rochers, conduite par le vieux lettré.

« Diable ! il fait chaud ! souffla Chu-Song-Lu dans le sable, et comme il n’entendait plus rien, il risqua sa tête hors de sa cachette.

Il fut très surpris de se trouver sous la tente de la princesse.

« Un poisson ! s’écria la fille du roi, effrayée.

« Je ne crois pas, répondit Chu-Song-Lu, très ennuyé. Que faire ? »

En conséquence, pour expliquer pourquoi il était nu comme les plantes, les oiseaux, les poissons et les nouveau-nés de la première heure, il raconté l’histoire de son père qui était aussi la sienne.

« Voilà de la piété filiale ou je ne m’y connais pas, dit la princesse attendrie. Voulez-vous m’épouser ? Notre rencontre si extraordinaire doit être voulue par Bouddha.

« Je n’ai rien à vous offrir, avoua Chu-Song-Lu humblement.

« Nous aurons le ciel, le soleil, la mer, la plage et les rochers, et notre amour dit-elle avec simplicité.

Phung-Hoang, l’oiseau des amoureux, annonça le mariage de la princesse avec le jeune pêcheur.

Et le lettré, suivi de toute la cour, retourna tête basse auprès du roi Hung-Voong, lequel se mit très en colère en apprenant la nouvelle.

« Je ne veux plus revoir ma fille ! cria-t-il. Qu’elle reste vivre auprès de son pêcheur.

Chu-Song-Lu et son épouse furent très heureux et la plage se félicita d’avoir fait ce mariage.

Chu-Song-Lu pêchait, la fille du roi réparait les filets.

Ils eurent beaucoup d’enfants qui devinrent pêcheurs à leur tour, vendirent leurs poissons, et un jour un port se créa, car les barques étaient de plus en plus nombreuses.

Ce fut le port de Haiphong.

Le roi Hung-Voong à l’heure de sa mort l’apprit par la rumeur et pardonna à sa fille ainsi qu’à Chu-Song-Lu.

Ils sont maintenant au royaume des Immortels où n’existent pas les lois de préséance.

Mireille TRAN

COME BACH – Mise en scène de Gérard Rauber au Théâtre Le Lucernaire 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS du 13 Novembre 2024 au 12 Janvier 2025 du Mardi au Samedi à 20 H, le Dimanche à 17 H. Durée 1 H 15.

Relâches les 25 décembre 2024, 1er janvier 2025.

Rencontre avec l’équipe artistique le vendredi 6 décembre à l’issue de la représentation.

  • Mise en scène Gérard Rauber
  • Avec Anne Baquet (voix) Claude Collet ou Christine Fonlupt (piano), Amandine Dehant ou Jeanne Bonnet (contrebasse) , Anne Regnier ou Ariane Bacquet (Hautbois à cor anglais)
  • Production Le Renard

 

Photo Alexis RAUBER

Nous les avons connues et applaudies, Anne BAQUET, Claude COLLET, Amandine DEHANT et Anne REGNIER  dans ABC D’AIRS leur premier opus, les voici qui récidivent dans un quatuor women show en hommage à l’imagination fertile de Bach. Maître absolu de la fugue, son œuvre comporte plus de 1000 compositions. Il a influencé et influence toujours un nombre considérable de compositeurs

Oui, c’est vraiment un concert pas comme les autres où l’immersion dans l’univers musical de Bach se veut prioritairement joyeuse et poétique.

Adieu les partitions et les chaises, sous l’œil avisé de Gérard RAUBER, les musiciennes donnent libre cours à leur fantaisie. Elles s’expriment cœur et corps à l’unisson, aussi mobiles que les notes de Bach qui se chevauchent, elles gambadent, allant jusqu’à danser sur le piano.

Et c’est un bonheur que d’écouter chanter Anne BAQUET  Ma plus courte chanson  de François MOREL et le 1.2.3.4.5. de Marie-Paule BELLE et Isabelle MAYEREAU sur des airs de Bach, sans oublier les morceaux de bravoure, les solos des musiciennes.

Un véritable animal musical que cette contrebasse qui grogne et gémit sous les doigts d’Amandine DEHANT. Le hautbois, l’instrument d’Anne REGNIER ou Ariane BACQUET a des accents champêtres bien évidemment et la pianiste Claude COLLET fait montre d’une vivacité à toute épreuve.

Cat il faut souligner le caractère festif de ce spectacle où la badinerie, le canon sans fin de Bach et la chanson Just a time, standard de jazz, font jouir heureusement l’oreille.

Et cerise sur le gâteau, le public découvre un medley hors du commun, un feu d’artifice Come Bach où même Claude François fait irruption, de quoi écarquiller vos oreilles.

Après ce concert tout public (à partir de 7 ans) décidément insolite, croyez-moi vous pourrez siffloter ou chantonner gaiement sur des suites de Bach, celles-là mêmes qui ont bercé la voix d’Anne BAQUET !

Article mis à jour le 6 Octobre 2024

Evelyne Trân

LE PROGRAMME

Bach Forever (Damien Nédonchelle, d’après le concerto en mi majeur de J.S. Bach)
Just in time (Betty Comden, Adolph Green – Jule Styne, J.S Bach – arrgt: Leonard Bernstein)
Badinerie (J.S. Bach)
La petite fugue (Maxime Leforestier)
Menuet 1 de la 3e suite pour violoncelle (J.S. Bach)
Bacchanales (Saint-Saëns)
Ma plus courte Chanson (François Morel – J.S. Bach, Damien Nédonchelle)
Musette (Anna-Magdalena Bach)
Contre, tout contre, Bach (Jean-Philippe Viret)
12345 (Isabelle Mayereau – Marie Paule Belle)
Ça rame (Philippe Decamp – J.S. Bach, François Rauber)
Adagio (J.S. Bach, Marcello)
Eine Kanone (domaine public)
Toccata en ré mineur (J.S. Bach)
B-A-C-H (Arvo Part)
Si j’avais un marteau (Hays Lee, Peter Seeger adapt : Buggy vline – J.S. Bach)
Circus Waltz (Nino Rota)
D’abord ton Bach (Bernard Joyet – J.S. Bach)
Menuet 2 de la 3e suite pour violoncelle (J.S. Bach)
Toccatina (Nicolaï Kapoustin)
Piano Bartok (Philippe Decamp -Claude Collet)
Zapping alphabétique (Arrangement Gabriel Phillipot)

N.B : Anne BAQUET et Gérard RAUBER étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4. lors de l’émission du Samedi 30 Mars 2024 en podcast sur le site de Radio Libertaire.

Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig. Adaptation de Betty PELISSOU. Mise en scène de William MESGUICH au Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris – Du 02 novembre au 28 décembre 2024 le samedi à 14 H 30.

De Stefan Zweig
Adapté par Betty Pelissou
Mis en scène par William Mesguich
Avec Betty Pelissou
Costumes : Marie-Caroline Behue
Musique : Thomas Débordes
Production : La Poqueline

Imaginez une fleur que vous n’osez pas toucher car vous craignez d’attenter à sa fraicheur. Observez son cœur que vous ne voulez pas non plus presser de crainte de l’écraser et soudain un fantasme vous envahit, vous vous souvenez d’une femme qui aurait toutes les qualités de cette fleur à la fois vaporeuse et délicate, fragile et violente, armée de sa seule beauté, exposée au vent et au soleil, qui consentirait dans un souffle unique de vous prendre à témoin, de vous parler d’un secret infini, qui va perdurer grâce à votre écoute et devenir une sorte de rêve tangible et obstinément présent, une histoire d’amour.

Elle est plus que délicate cette lettre qu’une femme adresse à un homme avant de mourir. C’est la confession d’une femme amoureuse à un homme qui ne l’a jamais aimée. Un amour impossible en somme qu’il faut entendre comme un mystère, ne pas chercher à le juger, seulement l’écouter s’exprimer.

Le public s’éprouve privilégié d’entendre cette femme nous raconter son histoire. Comment ne pas être reconnaissant envers la comédienne Betty PELISSOU puisque nous l’entendons exister sur scène cet amour, nous le partageons, nous nous y abandonnons sans honte. Nous nous y identifions, acceptant cruellement de nous découvrir pathétiques, pitoyables mais heureux avec une flamme dans le regard.

Nous entrons dans un rêve qui prend toute sa force au théâtre car il est palpable, l’auteur Stefan ZWEIG, le metteur en scène William MESGUICH et naturellement Betty PELISSOU se sont donné la main pour orchestrer cette rêverie amoureuse que ne renieraient ni Baudelaire, ni Verlaine ni les âmes sensibles.

Article mis à jour le 6 Octobre 2024

Evelyne Trân

Article également publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR :

N.B : Betty PELISSOU était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4  le 20 Avril 2024, en podcast sur le site de Radio Libertaire.  

Le Souper de Jean-Claude BRISVILLE du 30 Septembre au 30 Décembre 2024, les lundis ► 19h. Adaptation, mise en scène de Daniel et William MESGUICH au Théâtre des Gémeaux Parisiens 15, rue du Retrait 75020 PARIS

Daniel MESGUICH – Talleyrand
William MESGUICH – Fouché
Costumes Dominique LOUIS

La politique «spectacle» a depuis longtemps envahi le petit écran avec ses talk-shows, ses combats de coqs et même, il n’y a pas si longtemps, le guignol de l’info.

Dans les greniers de l’histoire se trouvent deux célébrités, FOUCHE et TALLEYRAND qui n’ont rien à envier à nos politiciens actuels. En tout cas Jean-Claude BRISVILLE se fait fort de relever leurs qualités communes, un certain art de la rhétorique, de la dissimulation et des effets de manche, à travers la retransmission fictive d’une conversation privée, le soir du 6 Juillet 1815.

Après la défaite de Waterloo et l’exil de Napoléon, personne ne sait encore qui va gouverner la France. Talleyrand ouvre le jeu, il a déjà pris son parti, celui du retour des Bourbons, et Fouché celui de l’avènement de la République.

Nous verrons que c’est évidemment par pragmatisme politique et non par conviction que Fouché, président alors du gouvernement provisoire, finira par répondre à l’invitation de Talleyrand d’aller rejoindre le Roi Louis XVIII. Il s’agit de toute façon pour l’un et l’autre de garantir leur avenir politique. Talleyrand aura d’ailleurs cette phrase lourde de sens :« Faut vous y faire, l’avenir aujourd’hui est au passé ».

Est-il vraiment possible d’imaginer que l’histoire d’un pays puisse se jouer à coups de dés dans les alcôves d’un salon avec du saumon et du foie gras au souper tandis que le peuple manifeste dans la rue.

A défaut de pouvoir mettre à nu les personnalités réputées monstrueuses de Talleyrand et Fouché, dans la soupente du langage, Jean-Claude BRISVILLE fait scintiller quelques indices évocateurs de leurs tours de chants politiques.

Talleyrand incarné par Daniel MESGUICH, assume sa nature narcissique, il est vrai qu’il est boiteux. Il ne se départit jamais d’une ironie persifleuse si utile pour désarçonner son adversaire Fouché, interprété par William MESGUICH, toujours sur la défensive et inquiet, prêt à rugir à tout moment.

Il s’agit donc bien d’une bataille de coqs où la perception esthétique, cérébrale, le beau langage, l’emportent sur les frayeurs. C’est par moments un peu trop léché, mais Jean-Claude BRISVILLE n’a pas prévu que les deux hommes s’empoignent véritablement.

Le spectacle requiert une écoute soutenue pour essayer de comprendre comment l’un va se soumettre à l’autre au gré du glissement de quelques belles saillies.

L’attrait majeur de la pièce tient à la présence de ces deux baroudeurs du théâtre, Daniel et William MESGUICH qui avancent leurs personnages, tels des pions sur le damier de la grande histoire, d’inaltérables voyous, selon Daniel !

Article mis à jour le 4 Octobre 2024

Evelyne Trân

POPECK : FINI DE RIRE, ON FERME ! A partir du 15 Septembre 2024, les dimanches à 19h15 et le mercredi 1er janvier 2025 à 16h30- Au Théâtre de Passy 95, rue de Passy 75016 PARIS.

Auteur  Popeck — Avec Popeck

Un Charlot Yiddish qui furtivement fendrait la foule…L’homme n’a pas besoin de lever la voix pour se faire entendre. De sa silhouette quelconque, il tire tous les avantages car on ne le voit jamais venir. De fait il est enveloppé d’un voile, un râle étonnamment élastique qui lui sert de passoire, de filtre, pour traduire l’incongruité de l’existence.

Champion du dialogue de sourds, il damerait le pion à tous les malentendants. Sa mauvaise foi ne peut hérisser le poil que des grands naïfs dont il fait malicieusement partie.

C’est qu’il faut leur rabattre le caquet aux grands seigneurs, aux tenants de l’ordre, aux spécialistes, aux enrôlés. « Vous ne voulez pas m’entendre » s’esclaffe le personnage qui a suffisamment d’humour pour se laisser de traiter de con et faire de la connerie générale un puissant moteur de jouissance…

Du recyclage somme toute des aspérités de l’existence, de ses incommodités toujours les mêmes, les parasites, les mauvaises humeurs qui n’épargnent personne.

S’il y a de la méchanceté dans l’air, eh bien il faut lui faire tourner la tête, quitte à prendre pour bouc émissaire la première venue, sa pauvre épouse.

Popeck joue à merveille son rôle d’antipathique sympathique. L’homme vide toujours ses poches en entrant en scène, il possède l’art d’emboiter la conversation quoiqu’il arrive, quoiqu’il lui traverse l’esprit, avec une mémoire d’escalier, pleine de farces et attrapes, en un mot diabolique. Nous ne vous révélerons pas ses sketches, certains très connus et d’autres nouveau-nés, il faut les entendre de sa propre bouche. Il y a de l’humilité chez cet homme-là, une grâce qui nous éblouit, nous pauvres types égarés dans ce drôle de monde. Continuez à vous porter bien, Monsieur POPECK, si vous n’existiez pas, il eût fallu vous inventer !

Article mis à jour le 3 Octobre 2024

Evelyne Trân

N. B : Popeck était l’invité de l’émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 28 octobre 2023, en podcast sur le site de Radio libertaire.  

MALWIDA de Michel Mollard au Studio Hébertot 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – Du 29 août au 27 octobre 2024 du jeudi au samedi à 19 H. Le dimanche à 17 H.

Lorsqu’à l’été 1889, chez son maître et mentor Gabriel Monod, Romain Rolland fait la connaissance de Malwida von Meysenbug de cinquante ans son aînée, il n’imagine pas que cette rencontre va bouleverser sa vie.Aristocrate émancipée de son milieu d’origine, Malwida est devenue une apôtre de la cause féministe et a épousé les idéaux démocratiques de son temps, quitte à en payer le prix. Personnalité remarquable, elle exerce une influence sur les esprits les plus élevés de l’époque : Mazzini, Michelet, Wagner, Liszt, Nietzsche, Lou von Salomé, Suarès et bien d’autres.Pendant quatorze ans, de 1889 à sa mort, elle et Romain Rolland, qui traverse des années difficiles et connait de nombreux échecs, vont entretenir une correspondance inouïe de plus de mille cinq cents lettres. Malwida le révèle à lui-même. Il deviendra prix Nobel de littérature. Romain Rolland lui rendra hommage en des termes magnifiques : « L’ami qui vous comprend, vous crée. En ce sens, j’ai été créé par Malwida. »Après le succès de Dernières notes (Studio Hébertot, automne 2023) qui relatait la dernière soirée de Romain Rolland au crépuscule de son idéalisme, Malwida fait revivre une femme d’exception et le grand écrivain et musicien à l’aube d’une œuvre amenée à faire le tour du monde.

Mis en scène par François Michonneau
Avec Bérengère Dautun, Benoît Dugas et Ilyès Bouyenzar
Avec la voix de Jean-Claude Drouot
Costumes : Frédéric Morel
Production : MM Arts


Bande annonce

La pièce MALWIDA de Michel MOLLARD semble avoir été écrite pour Bérangère DAUTUN tant cette dernière incarne à merveille Malwida VON MEYSENBUG une figure féministe du 19ème siècle qui fréquenta parmi de nombreuses personnalités de son époque, Nietzsche et Wagner.

Malwida VON MEYSENBUG entretint pendant 14 ans jusqu’à sa mort une volumineuse correspondance avec Romain ROLLAND son cadet de 50 ans, (prix Nobel de littérature en 1915).

Cette pièce raconte l’influence de Malwida sur le jeune Romain Rolland . Elle le soutint dans ses ambitions d’artiste et d’écrivain .

Dans une lettre, il lui déclare « L’essence de l’art c’est la passion et l’action. L’art c’est l’intuition  ». Il lui confie écrire un long roman, un grand poème de la solitude qui raconte la lutte d’un jeune prince contre le monde.

Malwida et Romain Rolland, malgré leur différence d’âge sont réunis par la même passion, le même idéalisme :

« Où que vous soyez, où que je sois, vous serez toujours avec moi, une partie de moi , la meilleure » C’est une véritable déclaration d’amour spirituel de Romain à Malwida.

Rappelons que Romain Rolland, ami de son biographe Stefan Zweig, était un ardent défenseur de la paix. Il n’hésita pas à publier un roman pacifiste Au-dessus de mêlée pendant la grande guerre.

Cette pièce intimiste, mise en scène sobrement, donne envie de se replonger dans les œuvres de Romain Rolland et pourquoi pas de découvrir Les mémoires d’une idéaliste de Malwida.

La distribution est épatante et deux cerises sur le gâteau, le public aura l’agrément d’entendre la voix de Jean-Claude Drouot, et d’apprécier le jeu au piano d’ Ilyès Bouyenzar, l’interprète de Romain Rolland jeune.

Il y a aussi tout le plaisir de retrouver Bérangère DAUTUN dans un rôle qu lui sied parfaitement, celui d’une féministe et et d’une femme battante et passionnée !

Le 2 Octobre 2024

Evelyne Trân