Nos corps empoisonnés de Marine Bachelot Nguyen en tournée en France et au Vietnam à partir du 26 Septembre 2024.

CALENDRIER

saison 24-25

26 septembre, Théâtre Romain Rolland,
18, rue Eugène-Varlin
94800 Villejuif à 20 H.

À l’issue du spectacle, la médaille de citoyenne d’honneur de Villejuif sera remise à Madame Tran To Nga. La Ville salue ainsi son combat pour la reconnaissance de l’écocide vietnamien et œuvre au devoir de mémoire des victimes de la Guerre du Vietnam. Une façon aussi de changer notre relation à la nature en appelant à l’inscription du crime d’écocide dans le droit international. 

Photo AVI

Une soirée vraiment exceptionnelle que celle de la remise de la médaille de citoyenne d’honneur de Villejuif à Madame Tran To Nga au cours de laquelle nous avons assisté à une représentation très épurée et dense de Nos corps empoisonnés avec Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné, qui incarne de façon admirable Tran To Nga jeune.

Le discours du maire Pierre GARZON ainsi que celui de l’ambassadeur du Vietnam Dinh Toàn Thang, ont exprimé leur solidarité avec Tran To Nga qui, très applaudie, n’a pu cacher son émotion lors de sa prise de parole, déclarant qu’elle combattrait jusqu’à son dernier souffle. Elle s’est adressée aussi à l’ambassadeur l’enjoignant à appuyer son combat auprès des autorités vietnamiennes. Désormais dans son cœur règnent aussi bien Ho Chi Mich Ville que Villejuif.

Il faut souligner que Tran To Nga est la 3ème citoyenne d’honneur de Villejuif. L’ont précédée à ce titre Nelson Mandela, il y a 31 ans et en 1999, Mumia Abu-Jamal, l’un des plus vieux prisonniers américains, innocenté mais toujours incarcéré.

Bertrand Repolt, l’avocat de Tran To Nga a confirmé que la procédure de pourvoi en cassation était engagée et devrait durer de 18 à 24 mois.

A souligner également la présence à cette soirée du Collectif Vietnam-Dioxine, du comité de soutien de Villejuif, des membres de l’Association d’amitié France-Vietnam et des centaines d’habitants de Villejuif.

Un membre du Conseil municipal des enfants a tenu à s’exprimer pour déclarer que Tran To Nga œuvrait pour la paix.

Texte et mise en scène Marine Bachelot Nguyen
Avec Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné
Scénographie et vidéo Julie Pareau      
Création lumière et régie générale Alice Gill-Kahn
Régie générale Alice Gill-Kahn ou Clément Salomon Longueville
Diffusion En Votre Compagnie / Olivier Talpaert
Presse Maison Message

Tout le monde ne connait pas l’histoire de TRAN TO NGA qui a pourtant fait parler d’elle tout récemment lors du procès du 25 Janvier 2021 intenté aux multinationales responsables de l’épandage de l’agent sur la terre du Vietnam. Ledit procès a fait l’objet d’un appel le 7 Mai 2024, lequel a été rejeté par décision de la Cour d’appel rendue le 22 Août 2024.

Cette femme aujourd’hui âgée de 82 ans et en mauvaise santé a le courage et la force morale de continuer son combat alors qu’après plusieurs années de procédure, le Tribunal vient de déclarer ses demandes irrecevables. Elle va donc se pourvoir en cassation.

L’initiative de Marine BACHELOT NGUYEN de porter au théâtre le récit de sa vie est particulièrement bienvenue.

Il ne s’agissait pas de faire un biopic hagiographique mais de faire entendre la voix de Tran To Nga à plusieurs âges de sa vie marquée par la guerre du Vietnam (1/11/1955 au 30/04/1975) pendant laquelle elle fut résistante dans le maquis et fut victime de l’épandage de l’agent orange.

Nous pourrions croire que la guerre du Vietnam est terminée mais la vérité c’est que le peuple vietnamien en subit toujours les séquelles puisqu’actuellement, c’est la 4ème génération d’enfants qui naissent victimes du poison de la dioxine.

Il faut entendre le témoignage de Tran To Nga qui fut moqué lors de son audience au Tribunal : « Etes-vous déjà allés au Vietnam ? Avez-vous vu le musée des vestiges de la guerre à Saigon. On l’appelait auparavant galerie des atrocités américaines. Chaque salarié de nos multinationales, chaque être humain devrait y faire une visite… Dans la maternité de Saigon, j’ai vu conservés sur des étagères des bocaux, dans ces bocaux des fœtus de nouveaux nés, un cimetière de bébés déformés par la dioxine. »

Habilement Marine BACHELOT NGUYEN crée des ponts entre la jeune Tran To Nga incarnée ardemment par Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné et Tran To Nga, grand-mère. Par l’entremise d’images vidéo, elles se rejoignent et dialoguent en quelque sorte.

Angélica Kiyomi Tisseyre-Sékiné à travers le monologue de la jeune résistante, avec tout l’éclat de sa jeunesse, nous parle d’aujourd’hui et de l’avenir de la planète. Elle est la voix aussi des avocats au Tribunal.

Très instructif et poignant, le spectacle a la forme d’un théâtre-récit ancré dans la réalité, qui a vocation de sensibiliser le public à la cause de Tran To Nga défendue par le Collectif dioxine.

Le spectacle émeut profondément tel un porte-flamme des jeunes appelés à prendre le relais du combat de Tran To Nga . Sa voix toujours très douce résonne :

« Je suis reliée à tous les morts, reliée à tous les vivants et pour que les vivants et les morts soient comptés, il faut simplement de la réparation, il faut simplement de la justice « .

Article mis à jour le 20 Novembre 2024

Evelyne Trân

CAP AU PIRE de SAMUEL BECKETT – MISE EN SCENE Jacques OSINSKI avec Denis LAVANT – Au THEATRE 14 – 20, av. Marc Sangnier 75014 PARIS – Du 24/9 au 19/10/2024 : les Mardi, Mercredi et Vendredi à 20h00, le Jeudi à 19h00, le Samedi à 16h00. Durée 1h20.

Texte Samuel Beckett
Texte publié aux Éditions de Minuit
Mise en scène Jacques Osinski
Avec Denis Lavant

Les mots pourraient-ils vous clouer au sol ? Symbiose mots/corps.

Foutue manne cérébrale ! Evidemment, il y a cette effervescence mentale qui s’empare du langage avec ce désir toujours, plus dévorant de comprendre, expliquer, donner un sens à toutes choses…

Si l’on ne saisit pas que les mots peuvent vous poursuivre comme du bruit vidé de son sens immédiat, sucré, malléable, jouissif, le pourquoi de l’épreuve que s’inflige un homme assigné à résidence par les mots qu’il prononce va vous paraître vain.

Mais imaginons que ce pourquoi soit juste la réponse d’un homme qui vient d’être pincé, bousculé, touché au collet par un flic ou bien la parole d’un enfant, la fiente d’un pigeon sur son chapeau, le « qu’est-ce que c’est que ça » d’un quidam furieux d’avoir été dérangé sur son passage par votre présence importune dans un couloir de métro « Poussez-vous, laissez-moi passer, connard ! » Et voici le connard poussé dans le vide, le néant tandis que vous poursuivez votre route car après tout vous pouvez jouer les 2 rôles, celui de l’homme pressé et celui qui vous barre la route.

 L’homme de Cap au pire met au pas les mots qui le pressent d’aller on ne sait où sinon vers un néant insubmersible. Stop là ! Ecoutez le ce stop-là ! Mémorisez-le, répétez-le, essayez de découvrir qui a prononcé cette parole ! Mais, il y a encore pire, il y a le « Ferme ta gueule ». C’est vulgaire et alors, mais quand ça passe le mur du son, soudain c’est raz de marée.

 L’homme de Cap au pire va jusqu’à dire ce qu’il peut dire et pas davantage sur un rebord de fenêtre. L’espace s’est concentré qui va du corps aux mots et vice et versa, d’où l’apparente immobilité du locuteur.

 « D’abord le corps » dit-il non pas pour signifier un corps particulier mais le creuset, l’enveloppe, l’habitacle, corps cosmique vaisseau qui se déplace dans l’invisible ou bien l’obscurité.

 L’homme qui parle manie bien les mots comme des outils qui sont là pour décrire ses tâtonnements d’homme aveugle ou invisible. Curieux voyage ! L’homme qui s’achemine vers une faible lueur, peut-il imaginer qu’il y aurait une lumière inatteignable qui tournerait à vide, en tout cas pour lui ? Peut-il ralentir sa course et imaginer faire coïncider ce qu’il y a de plus mince, de plus concret avec le virtuel ?

 Les mots qu’il prononce repoussent le vide, permettent d’imaginer les suintements de cette grotte préhistorique qui a accouché de notre langage familier ou autre. Les mots qui peuvent résonner aussi bien dans la foule que dans le désert deviennent témoins de nos errements, agitations et vaines émotions.

 Stalagmites de mots, de mémoire d’homme passé et à venir !

 Denis LAVANT incarne cet homme préhistorique qui hante nos cavernes. Donner du corps aux mots même dans la pénombre – comme c’est bizarre – suffit à jalonner nos silences qui crient peut-être sous le poids des mots. Forge d’écrivain, forge pour son magnifique interprète et son zélé metteur en scène, la feuille de route de Cap au pire ardue et pointilleuse n’en est pas moins captivante !

 Article mis à jour le 23 Août 2024   

 Evelyne Trân

N. B : Le 10 Octobre 2024 à partir de 19 H 30, la représentation sera suivie d’un débat avec Denis Lavant, Jacques Osinski, David Rofé-Sarfati et Alain Vanier.

Article publié également dans le Monde Libertaire.fr

Le Prince à la tête de coton de Nicolas PORCHER – Succès reprise au Théâtre LA FLECHE – 77 Rue de Charonne 75011 PARIS – Mise en scène de Eloïse Bloch – Du 2 au 6 Septembre 2024 à 19 H.

AVEC Marie-Béatrice Dardenne, Ellen Huynh Thien Duc, Stéphane Ly-Cuong, Nicolas Porcher et Quentin Raymond

Lumières : Tom Lefort

Affiche : Matthieu Truffinet

Durée 1H 10

Le Prince à la tête de coton ! Quel joli titre pour un conte et une pièce de théâtre, à la fois poétique et énigmatique telles de nombreuses fables où la réalité côtoie le rêve.

Son auteur Nicolas PORCHER dont c’est la première pièce est un instrumentiste de talent qui compose aussi bien avec la cithare vietnamienne que la guitare ou la musique assistée par ordinateur.

Avec ses armes que sont la poésie et la musique, Nicolas PORCHER qui a su réunir autour de lui une équipe artistique épatante met en scène une famille bouleversée par la maladie du père, un professeur retraité atteint d’aphasie primaire progressive ou plus exactement de dégénérescence lobaire fronto-temporale.

Cette maladie est cruelle car celui qui en est affecté se sent petit à petit diminué. Perdre ses mots pour un lettré quelle tristesse !

L’importance du langage, l’auteur la souligne d’emblée avec un joli texte sur le dictionnaire. Importance cependant toute relative car le père qui a perdu ses mots devient alors ce Prince à la tête de coton qu’il faut accompagner et soutenir.

Il est difficile pour le fils adolescent d’accepter l’état de son père, faut-il que ce dernier ne soit plus qu’un animal : une âme brute qui mange, baise et dort dans un corps incapable de nouer un lacet.

La mère et la fille se montrent plus compréhensives à l‘égard du père et puis c’est toute la famille qui s’adapte au comportement du père qui n’a plus pour s’exprimer que le refuge de la cuisine où pour lui, pétrir une pâte est une façon de dire « Je t’aime ».

La pièce ne dure qu’une heure 10 mais elle parait beaucoup plus longue, irriguée par des mélodies qui résonnent encore dans l’oreille à l’issue de la représentation, notamment, celle fascinante de Nono/fragment 2Extérieur/jour *qui jaillit telle une vague musicale censée réunir le père et le fils.

Une histoire de famille où chaque membre s’exprime aussi solitairement. Monologues et dialogues se succèdent, accompagnés discrètement des compositions de Nicolas PORCHER.

La mise en scène très aérée d’Eloïse BLOCH s’accorde vraiment à l’ambiance musicale de la pièce qui bénéficie d’excellents interprètes. Ce spectacle réussit sans pathos, avec pudeur et délicatesse à témoigner sur l’épreuve de la maladie dont aussi bien les victimes que les accompagnants ne sortent pas indemnes.

Mais Nicolas PORCHER est un artiste, il s’est nourri sciemment de cette expérience qui inspire sa créativité et suscite des interrogations pérennes : Est-on capable de penser sans mots ? Qu’est-ce qu’un humain ?

A une époque où les idées de performance, rapidité, perfectibilité et concurrence plombent les esprits, prendre conscience que tout être est vulnérable, c’est apporter sa pierre à l’édifice du mot humain.

On mange quoi ce soir ? Ce leitmotiv lancé à la cantonade par les enfants du père est le signe de ralliement d’une famille aimante.

Le Prince à la tête de coton est une pièce salutaire et une histoire d’amour qui n’a pas de fin ! C’est ça la magie de la poésie ! Un grand merci à toute l’équipe artistique pour cette belle création !

Article mis à jour le 15 Août 2024

Evelyne Trân

L’article est également publié sur le site du MONDE LIBERTAIRE.FR

N. B : Nicolas PORCHER et de Eloïse BLOCH étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE du samedi 2 mars 2024 en Podcast sur le site de Radio Libertaire.

Le texte de la pièce est publié aux Editions EX AEQUO. Editeur militant

Mémoires invisibles ou la part manquante de Paul NGUYEN par le Collectif La Palmera à la Salle de mémoire du CAFI – Cité d’accueil des Français rapatriés d’Indochine 47110 Sainte-Livrade sur Lot – Le Lundi 12 Août 2024 à 16 H 30 et le Mardi 13 Août 2024 à 15 H 30.

12 & 13 AOÛT 2024 AU CAFI 2 DATES EXCEPTIONNELLES 

Dans le camp qui a accueilli les rapatrié.es d’Indochine en 1956, dont la grand‑mère de Paul Nguyen.­Lundi 12 août 2024 • 16 h 30 – Mardi 13 août 2024 • 15 h 30 à la salle de mémoire du cafi – Cité d’Accueil des Français rapatriés d’Indochine 47110 Sainte-Livrade-sur-Lot – Voir sur google maps 
Entrée : 10 euros(5 euros pour les adhérents du CEP -CAFI)


Comment se construire, partagé entre deux cultures ?
Menant une enquête très personnelle sur sa double culture franco-vietnamienne, Paul Nguyen évoque sur scène les recherches qu’il a menées autour de ses origines. Sur son chemin, il fait la rencontre de Brigitte Macadré, auteure et elle-même d’ascendance vietnamienne. Ensemble, ils puisent dans la matière riche de leur relation : conversations, mails, sms, journal de bord, interviews et scènes de fiction issues de leur imagination. Ces récits à tiroirs tissent la trame d’une quête de soi, partagée entre la transmission familiale et les non-dits qui l’accompagnent. Mêlant anecdotes, chansons et photos d’archive, ce spectacle est une invitation à questionner la construction de nos identités plurielles, et à plonger dans les méandres de notre histoire personnelle entrelacée dans l’Histoire avec un grand H, avec en fil d’ariane l’Indochine et la décolonisation. Une quête haletante qui floute brillamment la frontière entre fiction et autobiographie pour illustrer la difficulté de se construire sur les débris d’une mémoire incomplète.
En savoir plus sur la pièce
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Générique
Texte et mise en scène : Paul Nguyen Jeu : Paul Nguyen, Quentin Raymond, Angélique Zaini Collaboration à l’écriture : Brigitte Macadré-Nguyen
Collaboration  à la mise en scène : Néry Catineau
Collaboration  à la direction d’acteurs : Kên Higelin
Création lumières : Romain Ratsimba
Création sonore : Pierre Tanguy
Régie générale : Samuel Bourdeix
Collaboration artistique : Nelson-Rafaell Madel, Celia Canning, Marine Combrade, Denis Pégaz-Blanc Diffusion : Olivier Talpaert – En votre compagnie
Design graphique : Damien Richard
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Ci-dessous reproduction d’un article publié le 20 Juin 2022 sur une lecture en espace de cette pièce au Musée des Arts asiatiques de Nice. Les représentations des 12 et 13 Août font l’objet d’une nouvelle version.

Photo E..T : Ces photos de famille forment un bel arbre !

Aller vers le public, se tourner vers la scène pour faire le récit d’une quête intime, celle d’un homme qui se sait aiguillonné par le passé de ses aïeux où les guerres et l’exil sont devenus « des mémoires invisibles ». Il faut se coller au mur de l’invisible, imaginer surprendre un papillon frôler l’arbre fantastique de la mémoire de tous les anonymes qui auraient à cœur de raconter leur corps d’Asie et d’Europe, ayant toujours à l’esprit cette distance géographique, 10.000 Km du Vietnam à la France à vol d’oiseau. Au siècle dernier dans les années 40, il fallait parfois un mois en paquebot pour la franchir. Cela donne le vertige…  

Il y aurait une identité d’eurasien-ne, mais elle ne s’entend guère. Par ailleurs que l’on soit issu d’un couple mixte franco-vietnamien, ou pas, la notion de double culture ne peut s’appliquer à toute personne d’origine asiatique née en France. C’est d’ailleurs là où le bât blesse, le facies ne définit pas la culture, la sensibilité ou l’intériorité d’un individu, il est posé comme un masque, un signe parmi d’autres comme la couleur de peau ou des yeux.

L’histoire que raconte Paul NGUYEN est toute personnelle, car de toute évidence c’est une aventure que celle de partir en quête de ses origines en se projetant sur la figure d’un aïeul quasi inconnu lequel, ce n’est pas un hasard, est prénommé Paul.

Dans toute histoire familiale il y a des trous, des non-dits et la transmission d’un ancêtre à ses descendants ne peut aller au-delà de la 3ème génération, à fortiori lorsque cet ancêtre a voyagé, que l’Indochine a disparu ainsi que les archives.  

Mais le personnage que Paul Nguyen met en scène ne veut pas renoncer à sa quête « impossible » et il continue à fantasmer sur cette part de Vietnam en lui.  

Le regard de l’autre l’a renvoyé à son facies qui porte les traces d’un pays effacé, le Vietnam. Paul fait penser à Hamlet quand il dit « Quelle place ici, là-bas, ni ici, ni là-bas, partout, nulle part.  Il parle de « déracinement profond, d’enracinement raté ».

Les psychologues disent que les séquelles traumatiques se transmettent de génération en génération. Paul pense que » le corps n’oublie pas, il garde les douleurs anciennes, il transmet le souvenir de la guerre à ceux qui ne l’ont pas vécue. Il maintient le lien. »

La quête d’identité qu’exprime Paul Nguyen a un rapport avec sa sensibilité et son appréhension du monde et ce qui est intéressant c’est qu’elle met le doigt sur cette part d’inconnu que tout individu peut éprouver en lui-même dès lors qu’il s’interroge. Aussi bien, on pourrait penser à CAMUS qui enquête sur son père inconnu mort à la guerre de 14/18 dans son livre posthume Le premier homme.

Dans cette lecture en espace Paul dialogue avec Brigitte, elle aussi de père vietnamien. L’un et l’autre se questionnent. A l’intériorité de Paul répond la vivacité de Brigitte.

Une très belle lecture, passionnante de bout en bout !

Le 20 Juin 2022

Mise à jour du 7 Août 2024

Evelyne Trân

N.B : Article également publié dans Le Monde Libertaire.fr

LA CONTRAINTE de Stefan Zweig au Festival off d’Avignon 2024 au Théâtre de la Bourse 8, rue de la Campane 84000 AVIGNON du 3 au 20 Juillet 2024. à 16 H 00. Durée 1 H 10. Relâche les 8, 15 juillet 2024. Le spectacle fera l’objet d’une tournée en 2025.

interprètes / intervenant⸱es

Diffusion : D. Ceccato

Interprète : Stéphanie Chamot (musique live), Anne Conti, Cédric Duhem

Créateur·rice lumière : J-M Daleux

Attaché·e presse : Catherine Guizard

Adaptation théâtrale : Anne-Marie Storme

Metteur·se en scène : AM Storme

mondes en ruine.

La contrainte est une nouvelle forte et méconnue de Stefan ZWEIG, quasi autobiographique, publiée au lendemain de la grande guerre en 1920. Stefan ZWEIG n’avait pas 30 ans.  

En tant qu’Autrichien ZWEIG a applaudi les victoires des Allemands. Il est mobilisé au service littéraire des archives de la guerre. Mais il est rapidement gagné par l’idéal pacifiste de son ami Romain ROLLAND. Parti en mission spéciale en 1915 dans d’anciens territoires occupés par l’armée du tsar, il prend la mesure de l’horreur (cf. Sabine DULLIN préface dans le Monde sans sommeil éditions Petite biblio Payot). En 1917, il a une permission pour se rendre en Suisse et finit par obtenir d’y demeurer sans être démobilisé. Il avoue à Romain ROLLAND « Je suis en train de terminer un petit récit qui résulte d’un conflit intérieur – celui qui, depuis des mois, me tourmente et m’éprouve : la question de savoir s’il faut ou non rentrer, le cas échéant. J’espère au fond que pour moi cette question ne se posera pas aussi rapidement, mais elle taraude ma conscience, et ce petit récit est une sorte de confession ».

L’adaptation théâtrale de cette nouvelle et la mise en scène de Anne-Marie STORME plongent le public d’emblée dans une sorte de huis clos où le monde intérieur d’un homme est confronté cruellement au monde extérieur, celui d’un monde en guerre, sa propre épouse, Paula, exprimant farouchement son désir de liberté et de paix.

Mais au plus profond de cet homme on entend la solitude, celle d’un individu acculé à faire un choix celui de répondre ou ne pas répondre à la lettre de mobilisation l’enjoignant à rejoindre sans tarder son pays natal et donc de quitter un havre de paix et de bonheur où il s’est réfugié avec sa femme.

Stefan ZWEIG écrit dans son journal « J’envie ceux qui ont toujours vécu dans un cercle étroit, leur sentiment national entêté et épais comme un cou de taureau ».

Son personnage Ferdinand « fut pris d’une infinie compassion… pour les gens de son monde natal… et un désir infini d’être allié à eux et à leur destin ».

Et pourtant, il le sait « Sa patrie, ce n’était plus désormais pour lui que prison et contrainte. L’étranger, l’Europe, l’humanité, tel était sa patrie, son monde… ».

Tandis que son épouse l’exhorte violemment à ne pas obéir à l’ordre de mobilisation, il apparait terrassé. Tous les arguments de sa femme, il les entend : « Ces mots avec lesquels on veut maintenant chloroformer les gens, ensuite la patrie, le devoir, l’héroïsme, tout cela n’est plus que phrases creuses qui puent le sang, le sang humain chaud et vivant ».

Ferdinand se rendra à la convocation. Comment ne pas le comprendre ? Se représente-t-il vraiment cette injonction venue d’en haut, « la grande machine à bousiller les gens » selon sa femme. Ou est-ce ce sentiment qu’il ne peut faire abstraction de la réalité de la guerre dans son pays d’origine et se consacrer uniquement à son bonheur personnel, qui le contraindrait à remiser son idéal de paix et de liberté ?

L’adaptation de la nouvelle, atemporelle est fidèle au texte de ZWEIG dont les dialogues entre les époux particulièrement vifs ont une portée théâtrale. On pense à un thriller psychologique qui tient en haleine le public jusqu’au bout.

La musique électro rock très suggestive de Stéphanie CHAMOT également narratrice, fait partie prenante du spectacle.

Elle traduit ce sentiment particulièrement anxiogène de la guerre qui bouleverse la vie d’un couple pourtant réuni par le même idéal de paix et de liberté.

Cependant la vitalité de la femme interprétée par Anne CONTI, et la douceur pleine d’humilité de Ferdinand incarné par Cédric DUHEM dégagent une telle humanité qu’elle en devient réconfortante.

C’est tragique mais une force de vie transcende cette  nouvelle d’une acuité renversante, adaptée et mise en scène remarquablement par Anne-Marie STORME.

Est-ce cela la liberté ? Le droit que tout individu s’octroie de continuer à penser et ressentir librement malgré tout ordre d’où qu’il vienne.

Evelyne Trân

Le 6 Août 2024

TOURNEE 2025

Le Palace, Montataire 4 représentations les 25 et 26 février à 10h et 14h30

Centre culturel François Mitterrand, Tergnier 2 représentations le 28 février

Espace culturel Jean Ferrat, Avion 2 représentations le 28 mars

L’Escapade, Hénin-Beaumont 1 représentation (date à déterminer)

N.B ; Article également publié dans le Monde Libertaire.fr