MACBETH de Philippe Nicaud d’après William Shakespeare, mis en scène par Philippe Nicaud. Dans le cadre du festival off d’Avignon 2024 à L’ADRESSE 2 Av. de la Trillade, 84000 Avignon du 1er au 21 Juillet 2024 à 15 H 40. Durée 1 H 10. Relâche les 2, 9, 16 Juillet.

Interprètes / intervenant⸱es

Metteur·se en scène : Sophie Bastide

Artiste interprète : Philippe NICAUD

Adaptation théâtrale : Philippe NICAUD

Voir la bande annonce

Avisez-vous de conter l’histoire de Macbeth. Un micro-trottoir serait de bon augure. Connaissez-vous Macbeth ? Et Shakespeare ? Soyons jeunes, allons-nous renseigner chez Wikipédia ou ChatGPT.

La vérité c’est que l’on peut très bien avoir entendu parler de Macbeth sans avoir jamais vu la pièce éponyme de Shakespeare.

Philippe NICAUD créateur ou recréateur d’atmosphères à l’ancienne – nous l’avons vu à l’œuvre dans les spectacles de l’Oncle Vania et Quai des brumes – qui connait bien le personnage pour l’avoir interprété une centaine de fois, lui offre un seul en scène ahurissant où il ne fait qu’un avec les autres protagonistes de la pièce, Lady Macbeth, le roi Duncan, l’ami Banco et surtout les trois sorcières de la destinée. La puissance du jeu de Philippe Nicaud autorise la confusion entre le conteur et Macbeth et donne à imaginer que c’est Macbeth lui-même dans une sorte de psychodrame qui fait le récit d’une tragédie :

La vie n’est qu’une ombre en marche, un pauvre acteur

Qui se pavane et se démène son heure durant sur la scène,

Et puis qu’on n’entend plus. C’est un récit

Conté par un idiot, plein de bruit et de fureur,

Et qui ne signifie rien. (Traduction Jean-Michel Déprats)

Un personnage foudroyé que celui de Macbeth, confronté à l’horreur de ses actes – la passion de l’ambition est un crime avant l’heure – Plus près de nous, on peut penser aux personnages du Parrain de Coppola qui ne cessent de s’entretuer. Macbeth est un homme qui porte sur ses épaules un immense malheur celui d’être enchainé au crime, au mal.

Quand les forces du mal personnifiées par les trois sorcières deviennent comiques sur scène c’est parce que l’on assiste au dérèglement d’un individu qui ne maitrise plus rien, qui ne se comprend plus lui-même et ne peut plus se regarder en face.

C’est ce que nous montre le dramaturge et avec lui le public dira de ce roi imposteur, paranoïaque et gagné par la folie meurtrière qu’il est un bouffon. Il va sans dire que Shakespeare s’intéresse au phénomène du mal qui assaillit la plupart de ses personnages.

Qui échapperait de toute façon aux démons que représentent la jalousie, la rancœur, le ressentiment, la frustration, l’ambition, l’orgueil etc. ? La psyché humaine est insondable et nous avons besoin d’exutoire pour démêler sinon le vrai du faux, enterrer la hache de guerre.

Philippe Nicaud nous livre un Macbeth magistralement théâtral, sous les traits aussi bien d’un slameur que d’un chanteur de rock désenchanté, ou d’un acteur bouffon coiffé d’une passoire en guise de couronne sachant aussi bien croasser : Roi, Roi, Roi que chanter la langue de Shakespeare : Tomorrow, and tomorrow, and tomorrow… et c’est spectaculaire !

Article mis à jour le 10 Juillet 2024

Evelyne Trân

N.B : Philippe Nicaud était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 24 juin 2023, en podcast sur le site de Radio Libertaire et ci-dessous :

N.B : Article également publié sur le site du Monde Libertaire.fr

Pour un oui ou pour un non de Nathalie Sarraute au Festival off d’Avignon 2024 AU COIN DE LA LUNE / QUARTIER LUNA 24, rue Buffon 84000 AVIGNON du 29 Juin au 21 Juillet à 16 H 20. Relâche le 11 Juillet.

 

Interprètes / intervenant⸱es

Graphiste : Marwan Belaïd

Directeur·rice de production : Andrea Berki

Comédien·ne : Bernard Bollet, Gabriel Le Doze

Éclairagiste : Christophe Grelié

Scénographe : Morgane Le Doze

Metteur·se en scène : Tristan Le Doze

Diffusion : Claire Ramiro

Quels amis aurions-nous si nous attendions d’eux qu’ils nous ressemblent ou tout simplement qu’ils nous comprennent ? Bien qu’ils se sachent opposés par tempérament, deux amis – on se croirait dans une fable de la Fontaine – se prennent au mot. Puisqu’ils sont amis de longue date, ils doivent être capables de tout se dire, jusqu’à l’indicible pour sonder justement ce que signifie ce mot amitié, cette aura qui les stimule affectivement mais aussi spirituellement.

Nous n’en aurons jamais fini avec les mots nous suggère Nathalie SARRAUTE parce qu’ils servent de parapets à nos inconscients et ce sont des outils après tout, des habits. Qu’est que c’est que ça ?  Personnellement, je me souviens d’avoir saisi l’horreur du ça qui désignait l’innommable, une chose ou une personne avant de découvrir qu’un psychanalyste avait développé le concept du ça.

Un ça qui pendouille comme un collier de mouches mortes que dût porter la petite Sophie dans les malheurs de Sophie. Un ça qui devient inouï lorsqu’il éclaire la figure de celui qui le prononce et trahit son mépris pour l’autre, pour l’ami.

Se découvrir morveux sous le regard d’un autre, voilà qui est désagréable, mais lorsque cet autre est votre ami, il y a de quoi tomber en dépression ou en plein délire métaphysique.

C’est cette dimension métaphysique qui éblouit chez Nathalie Sarraute, à charge pour ses interprètes de mouiller la chemise, d’incarner ce oui et non. A notre sens les deux amis ennemis ne scient pas la branche sur laquelle ils sont posés, ils s’y balancent pour un oui ou pour un non.

Il y a de la parade amoureuse chez ces deux compères. Ils s’affrontent pour mieux s’atteindre et cela va justement au-delà des mots, juste une impression, une émotion communiquée par les comédiens, excellents.

Article mis à jour le 10 Juillet 2024

Evelyne Trân

Le journal d’un fou de Nikolaï Gogol. Adaptation théâtrale de Ronan RIVIERE au Festival off d’Avignon 2024. Au théâtre du Balcon 38 rue Guillaume Puy 84000 AVIGNON du 29 juin au 21 juillet à 11 H 45. Durée 1 H 10. Relâche les 4, 11, 18 juillet.

Adaptation et mise en scène Ronan Rivière

Avec Amélie Vignaux, Ronan Rivière et Olivier Mazal (piano)

Musique Sergueï prokofiev

Scénographe : Antoine Milian

Lumière Marc Augustin-Viguier

C’est un fou iconoclaste qui attend le public de la salle du Paradis au Lucernaire. Il est vrai que Gogol n’avait que 25 ans lorsqu’il écrivit la nouvelle Le Journal d’un fou, probablement inspirée de sa propre expérience de médiocre employé dans un ministère.  

Le texte qui a la forme d’un monologue se prête généralement à un seul en scène. Cette fois-ci la nouvelle mise en scène de Ronan RIVIERE permet de s’affranchir du monologue grâce à l’introduction sur scène d’un personnage évoqué dans le journal, la servante du fou, Mavra et également grâce à la présence musicale de Prokoviev qui illustre joyeusement les délires ou les incohérences des propos du fou dénommé Poprichtchine.

La mise en scène de Ronan RIVIERE a une saveur toute particulière qui tient principalement à l’interprétation du comédien qui fait ressortir physiquement l’étrangeté ou l’originalité du personnage dont les mouvements du facies semblent découler naturellement de ses propos.

De fait l’agitation du personnage, sa nervosité s’accordent aux bizarreries de ses propos. Tout au cours de son récit, nous apprenons que ce dernier est un fonctionnaire, fort mal vu de sa hiérarchie, employé à tailler les plumes d’un gradé, tâche dont il s’enorgueillit. Laissé pour compte, il s’isole dans ses rêveries qui finissent par être hallucinatoires puisque suite à un transport amoureux, il entend des voix celles de deux chiennes…

Des individus tels que Poprichtchine ne se rencontreraient-ils qu’en littérature, voie royale des explorations psychiques ? Gogol ne manque pas de discernement pour exprimer les vagabondages d’une pensée qui déraille. Elle déraille certes mais par certains aspects, elle se révèle critique de la société pétersbourgeoise et elle témoigne d’un esprit exalté qui s’intéresse à beaucoup de choses, notamment à la politique.

Si Poprichtchine devient fou ne serait-ce pas aussi parce que la société dans laquelle il baigne est porteuse de folie.

Il y a folie et folie, celle dont est atteint Poprichtchine est plutôt douce, voir comique.

Et puis ce fou inspire la sympathie parce qu’il exprime des fantasmes, des désirs, des frustrations, somme toute très humains.

Grâce à un décor frugal qui consiste à un plancher penché en accordéon, l’attention du public peut se focaliser essentiellement sur les interprètes. Amélie Vignaux incarne avec belle énergie la pauvre servante stupéfiée par la folie de son maître. Quant à Ronan RIVIERE, il fait de ce fou, un être réellement fascinant.

Les partitions de Prokofiev alertes et souvent joyeuses joue le rôle d’un ruisseau musical qui relie ces deux mondes, celui de l’imaginaire et celui de la réalité qui en se frôlant s’étincellent.

Gogol donne la parole à un fou qui ne nous est pas si étranger. C’est le sentiment qui nous submerge à travers l’éclaboussante mise en scène de Ronan RIVIERE.

Article mis à jour le 7 Juillet 2024

Evelyne Trân

N.B : Amélie VIGNAUX était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio libertaire 89.4 le samedi 4 novembre 2023, en podcast sur le site de Radio Libertaire.

N.B Article également publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR : https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=7589&article=Fou_le_brigadier_?

CLIMAX – SPECTACLE BURLESQUE MUSICAL par la Compagnie ZYGOMATIC au festival off d’Avignon – du 2 au 21 Juillet 2024 à 21 H 00, durée 1 H 05. Au Théâtre des LUCIOLES : Salle Fleuve 10 Rue du Rempart Saint Lazare 84000 AVIGNON.

Auteur : Ludovic PITORINI

Interprètes / intervenant⸱es

Artiste dramatique : Aline Barré, Matthieu Gambier, Mathilde Modde, Xavier Pierre, Ludovic Pitorin, Benjamin Scampini, Hugo Tejero

Artiste interprète : Fabian Hellou

Assistant·e de diffusion : Marlène Pitorin

Le monde s’agite et n’a pas fini de s’agiter ! Réchauffement climatique ou réchauffement des cervelles ? Qu’est ce qui fait courir le genre humain ? Croyez vous que l’humain ait tellement changé depuis l’ère préhistorique ? Ah ce bon temps où il n’était pas encore question de pollution quand nos ancêtres avaient pour seule occupation la chasse et pour se divertir la peinture dans les cavernes !

Le bon temps, vous dis-je; pour sûr il était encore possible de bailler aux corneilles sans être dérangé par une sonnerie de téléphone. Mais on n’arrête pas le progrès, alors, alors ? Bien que la sonnette d’alarme ait été actionnée depuis des décennies par les scientifiques, psychologiquement ne sommes nous pas dans la même situation que nos ancêtres qui craignaient, parait-il, que le ciel leur tombe sur la tête. Tempêtes, ouragans, typhons, tsunamis sont à l’ordre du jour et ont même leurs prénoms. Sauve qui peut ? Oui par le rire, l’humain n’a rien inventé de mieux que le rire pour tordre le cou à nos angoisses.

Nous disposons aujourd’hui d’une belle équipe de médecins, ce sont les zigotos de la compagnie Zygomatic. Grâce à leurs piqures de rappel sur le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources, la disparition de la biodiversité etc, c’est la larme à l’œil que vous assisterez à la 34ème Cop, conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, à une épreuve de patinage artistique aux jeux olympiques, sur la banquise au Groenland – ainsi fond fond la banquise – à une animation dans une maison de retraite sous une chaleur de 40 degrés. Vous vous transporterez en forêt amazonienne, transformée en forêt de steaks hachés. Vous visualiserez effarés sur un diagramme l’accélération incroyable depuis le Big Bang du phénomène de la vie sur terre laquelle a accueilli par ordre chronologique les vertébrés, les plantes, les poissons, les insectes, les dinosaures, les oiseaux et enfin cette sacrée espèce humaine qui ne figure qu’à la dernière minute de cette arborescence !

Voilà un spectacle qui devrait réjouir un optimiste astrophysicien écolo – je pense à Hubert Reeves qui n’entend pas adhérer aux théories de la collapsologie qui préconise la fin du monde – car il y a une conscience collective écologique qui progresse de jour en jour et entend résister.

L’humour est aussi une arme de résistance. Avec des parodies plus saillantes les unes que les autres de ce pauvre humain qui n’arrête pas de se donner en spectacle pour le pire et le meilleur, la compagnie Zygomatic prend aux tripes les spectateurs par le rire tout en décillant leur regard sur ce réchauffement climatique qui nous échauffe les oreilles et par là même notre entendement !

Article mis à jour, le 6 Juillet 2024

Précédemment publié sur Le Monde Libertaire. Net le 12 Juillet 2021

https://www.monde-libertaire.fr/?article=Le_brigadier_toujours_en_Avignon

Evelyne Trân

Rimbaud, cavalcades ! Un seul en scène de Romain PUYUELO au Festival off d’AVIGNON 2024 au Théâtre de la TACHE D’ENCRE : Salle du Coq 1 Rue de la Tarasque 84000 AVIGNON du 3 au 21 Juillet 2024 à 17 H. Durée 1 h 15.

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Mise en scène : Nicolas Vallée

Création musicale : Carlos Bernardo

Création lumière : Nicolas Laprun

Rimbaud en cavalcades ! Quelle bonne idée en ce début d’année 2023 ! C’est ce que nous propose Romain PUYUELO qui assure un spectacle, seul en scène, tout à fait trépidant et drôle pour évoquer le parcours du poète voyageur.

A bas la poésie académicienne, aux orties la notion de « poète maudit » ! Rimbaud adolescent incarne la poésie en marche, chevillée au corps, aux émotions ; elle doit être périple, courir vers l’inconnu pour le meilleur et pour le pire. La soif de vivre, libre, enfin libre, transpire dans ses poèmes. Rimbaud est un poète musicien, iconoclaste. Crise d’adolescent ou crise de la poésie ? Une chose est sûre Rimbaud bouscule quiconque sur son passage. Et Romain Puyuelo a imaginé un personnage dénommé Romuald, graphiste empêtré dans une usine de yaourt (on pense à Charlot) qui à la faveur d’un burn out claque la porte en déclarant « Je vais acheter un cheval et m’en aller ».

Il se trouve que cette phrase, elle avait déjà été écrite par Rimbaud en 1881 dans une lettre à sa famille. Cette coïncidence fulgurante pousse le jeune Romuald sur les traces du poète, en vélo jusqu’à Charleville-Mézières. Pour nous conter les péripéties du poète, il recrée son entourage en endossant divers personnages :  la mère, Verlaine, Izambard le prof, et l’ami d’enfance Ernest Delahaye.

La mise en scène de Nicolas VALLEE sans temps mort, la création musicale de Carlos BERNARDO, la présence de Romain PUYUELO, font de ce spectacle un road movie rimbaldien qui pète la soif de vivre la poésie.  

Romain Puyuelo s’est inspiré du livre » Œuvre-vie » d’Alain BORER et de la biographie de Jean-Jacques LEFRERE.

Pourquoi Rimbaud a-t-il cessé d’écrire de la poésie à 20 ans ? Pourquoi est-il devenu aventurier, négociant en Afrique et même trafiquant d’armes ? Rimbaud parlait déjà du pire dans ses écrits. Voulait-il toucher le fond et connaitre adulte les dérives décrites dans son « Bateau ivre » ? Il est probable que ces questions percutent quiconque s’intéresse au mystère Rimbaud.

Romain PUYUELO à travers le personnage fantasque de Romuald a choisi la face ensoleillée de Rimbaud. Il en résulte un spectacle au charme fou en harmonie avec cette célèbre citation du poète :

« C’est quoi l’éternité, c’est la mer allée avec le soleil ».

Article mis à jour le 6 Juillet 2024

Evelyne Trân

Les maux bleus de Chrystelle Canals et Milouchka au Théâtre BARRETTA 14 Place Saint Didier 84000 AVIGNON du 3 au 20 Juillet 2024 à 18 H 25 . Durée 1 H 15. Relâche les 7, 14 juillet.

interprètes / intervenant⸱es

Chorégraphe : Brian Ca

Comédien·ne : Chrystelle Canals, Milouchka

Compositeur·rice : Remi Chaillan

Régisseur·se : Armelle Chevreau

Metteur·se en scène : Hervé Lavigne

Chargé·e de diffusion : Aliénor Simon-Guschemann

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Les Maux bleus comme c’est étrange m’évoque en sourdine ce poème d’Eluard « La terre est bleue comme une orange ». Cela n‘a rien à voir évidemment sauf peut-être cette infuse poésie qui se dégage du spectacle de Chrystelle CANALS et MILOUCHKA qui parle des violences faites aux femmes.

Les deux comédiennes qui ont rejoint l’Association SYNERGIE FAMILY à Marseille, une startup d’innovation éducative et inclusive et recueilli en amont un grand nombre de témoignages proposent un spectacle composé de plusieurs tableaux mettant en scène à la fois les victimes, les bourreaux, les témoins face aux violences tant physiques que psychologiques qui polluent aussi bien la vie sociale que la vie intime.

En les regardant sur scène, nous les spectatrices, spectateurs, voyeuses ou voyeurs en quelque sorte, comprenons qu’elles ne jouent pas, que les textes qu’elles ont écrits à quatre mains, elles les revivent à chaque représentation. Il ne s’agit pas de tables de multiplication qu’elles auraient apprises par cœur. Elles attaquent le mal par la parole pour le circonscrire, le déloger à la racine. L’ennemi, la plupart du temps, est invisible, inaudible, et quand il faut le dénoncer, les femmes victimes vont devoir rassembler tout leur courage parce que prisonnières souvent de leurs émotions elles savent qu’elles se trouvent en position de faiblesse, face à des murs, des dénis, des refus.

« Tais-toi, tu mens » dira une mère à sa fille qui lui révèle le viol commis par son frère. De la même façon une juge impitoyable, sans empathie pour la jeune femme qui porte plainte pour viol contre son ex petit ami, au lieu de l’écouter, choisit de l’enfoncer en pointant le doigt sur ses failles.  C’est ce « Taisez- vous ! » qu’il faut combattre, c’est ce « Ferme ta gueule ! » qui leur fait barrage qui est à l’origine de ce besoin viscéral de libération de paroles de victimes.

Grâce à leur talent, celui du musicien Rémy CHAILLAN et à celui du metteur en scène Hervé LAVIGNE qui a cette belle idée d’installer une corde à linge – symbolique « d’une lessive qui n’a ni trêve ni fin » renvoyant au combat incessant des femmes contre l’archaïsme des maux dénoncés – autour de laquelle s’affairent les comédiennes, le spectacle est dénué de toute espèce de lourdeur car il ne s’agit pas d’apitoyer le public. Le fait de prendre la parole libère les énergies, l’espoir aussi. MILOUCHKA qui témoigne des conditions de vie des femmes en surpoids soudain se met à danser. Chrystelle CANALS qui nous conte l’histoire d’une femme « poupée » sourit de pouvoir enfin parler de sa libération.

D’un geste théâtral salvateur, Chrystelle CANALS et MILOUCHKA offrent un magnifique rayon de soleil à toutes celles, tous ceux qui luttent vaillamment, courageusement contre ces maux bleus.

Nous ne pouvons que les soutenir en allant sans délai applaudir leur spectacle !

Article mis à jour, le 5 Juillet 2024

Evelyne Trân

N.B : Cet article est publié également sur le journal en ligne du MONDE LIBERTAIRE.NET

https://monde-libertaire.net/index.php?articlen=6284

DU DOMAINE DES MURMURES d’après Carole MARTINEZ au Théâtre du Roi René 4 Bis Rue Grivolas 84000 AVIGNON du 3 au 21 Juillet 2024 à 10 H. Durée 1 H 15. Relâche les 8 et 15 Juillet.

auteur⸱ices

De Carole Martinez Adaptation : Jessica Astier

interprètes / intervenant⸱es

Interprète : Jessica Astier

Scénographe : Jessica Astier

Régie générale : Patrice Hennequin

Vidéaste : Mehdi Izza

Décorateur·rice : Grégoire Lemoine

Metteur·se en scène : William Mesguich

Costumier·ière : Alice Touvet

Créateur·rice son : Tim Vine

Les amateurs de sensations fortes qui ouvrent les portes des sentiments (du plus naïf au plus mystique) devraient être séduits par l’histoire de la belle Esclarmonde joliment incarnée par la talentueuse Jessica ASTIER.

Le titre de la pièce Le domaine des murmures adaptée du roman éponyme de Carole MARTINEZ n’est pas anodin.  Qui a pu entendre le chant des carmélites, derrière leurs barreaux, résonner dans une église, pourrait vous confier la sensation qu’il a éprouvée.

Elle rejoint sans doute celle de la créatrice du personnage d’Esclarmonde qui représente les Recluses, ces femmes oubliées du Moyen Age qui décidaient de se faire emmurer pour d’adonner à la prière. Il est vrai qu’à cette époque, la religion régnait.  

Esclarmonde, une toute jeune fille décide, d’un coup de tête, sans réfléchir aux conséquences, de choisir la réclusion plutôt que le mariage s’opposant de  ce fait à la volonté paternelle.

Son histoire frise le mélodrame. Victor Hugo aurait pu s’en emparer. Violée et mise en enceinte par son propre père, sans le savoir, la belle Esclarmonde qui ne peut dénoncer son bourreau doit endosser le rôle de la vierge devenue mère par miracle.  Le Moyen Age, quelle époque barbare ! Mais les châteaux et leurs douves et leurs cachots continuent à faire rêver !

Il fallait restituer l’ambiance du roman dont la matière semble orchestrée par des motifs poétiques où le conte, la fable puisent dans le merveilleux le moyen de masquer des réalités épouvantables.

La belle mise en scène de William MESGUICH est totalement onirique. Les tableaux « contes de fée » qui ramènent à l’enfance illustrent la personnalité d’Esclarmonde, jeune femme innocente, enterrée vivante en raison des préjugés et des dogmes de son époque. Cette victime tragique fait naturellement écho au combat des féministes contraintes de dénoncer, hélas, les féminicides toujours d’actualité.

Jessica ASTIER se donne entièrement au personnage d’Esclarmonde, elle est très émouvante.

Le 5 Juillet 2024

Evelyne Trân

Stormy Weather de Thierry DELAIR au Festival off AVIGNON 2024 au Théâtre de l’ARRACHE-CŒUR : Salle Barbara : Salle Barbara, 13 Rue du 58ème Régiment d’Infanterie, 84000 Avignon du 2 au 21 Juillet 2024 à 19 H 30. Durée 1 H 15. Relâche les 9, 16 Juillet.

 

Acteur·rice : Jean-Baptiste Artigas, Renaud Cathelineau, Virgile Vaugelade

Metteur·se en scène : Svetlana de Cayron

Chargé·e de diffusion : Rayana Horowitz

Avez-vous déjà rêvé d’assister à une répétition de concert de jazz ?

Grâce au boute en train des trois artistes qui interprètent la pièce de Thierry DELAIR, le public a vraiment l’impression de découvrir les coulisses d’un laboratoire de recherche musicale.  

Un temps suspendu que celui de la création, un moment unique où les artistes se donnent à fond sans se préoccuper du public car les erreurs, les fautes d’appréciation font partie, lors d’une répétition, de l’inconnu ouvrant la voie à de futures créations, découvertes.

La musique de jazz est une langue qui permet à des individus des quatre coins du monde de se comprendre, s’apprécier et s’enrichir mutuellement.

Cependant les trois compères dont tout le sérieux repose sur leur amour du jazz, ont comme tout le monde leurs humeurs, leur égo, leurs problèmes de couple etc.

Il y a de l’orage dans l’air, ce jour de répétition. Aucun des musiciens n’est vraiment concentré. Le contrebassiste est en conflit avec sa femme qui ne cesse de l’appeler sur son portable. Les deux autres, le pianiste et le saxophoniste se disent leurs quatre vérités et finissent par en venir aux mains. Le contrebassiste les sépare avec sa contrebasse au risque de la blesser.

L’ambiance est électrique mais aussi très drôle. Ces musiciens sont de bons vivants. Entre quelques verres de whisky, des parts de lasagnes et les coups de fil à une épouse furieuse, le temps qui devait être consacré à la musique se dilue forcément. Alors que l’on croit assister à la fin du groupe, les artistes se ressaisissent, reprennent chacun leur instrument. Ils oublient tout, ils jouent et c’est un bonheur !

Et si les humeurs, les problèmes de couple, toutes les contingences matérielles entraient en jeu dans le processus créatif ? Les artistes s’en passeraient bien mais ils seraient coupés du monde. Or la musique de jazz, c’est la vie avec ses courants d’air, ses turbulences, ses surprises aussi.

Cette joie de vivre musicale exprimée par les trois artistes talentueux est fabuleuse. « Je parle Jazz » aurez-vous envie de dire en sortant du spectacle !

Article mis à jour le 4 Juillet 2024

Evelyne Trân

Article publié également sur le Monde Libertaire.fr

Juste un souvenir – Textes de Jean COCTEAU, Boris VIAN, Marcel MOULOUDJI, Lucienne BOYER, Charles TRENET, Louis ARAGON… avec Myriam BOYER et la participation de Philippe VINCENT. Mise en scène Gérard VANTAGGIOLI au Festival off d’Avignon 2024 au Théâtre Le Petit Chien 76 rue Guillaume Puy 84000 AVIGNON du 29 Juin au 21 Juillet 2024 à 19 H 30. Durée 1 H 10. Relâche 2, 9, 16 Juillet.

interprètes / intervenant⸱es

Interprètes : Myriam Boyer, Philippe Vincent

Créateur·rice lumière : F. Michallet

Régie générale : Y. Struillou

Il y a des poèmes, des chansons, des airs, des refrains qui ne vous quittent pas. Enfin, on croit les avoir oubliés mais ils se rappellent à vous de façon inopinée parfois, sans crier gare. Alors vous avez la tentation de vous retourner et soudain le souvenir de la personne qui les a chantés vous revient et vous souriez d’émotion, chic, pensez-vous, la voilà ma madeleine de Proust !

Les textes qu’elle interprète sur scène, c’est évident Myriam BOYER les connait par cœur, non pas comme une table de multiplication, non par cœur parce qu’ils sont enracinés en elle et on a même l’impression qu’ils étaient présents à tous les étages de sa vie d’artiste.

Il ne s’agit pas d’un récital, ni d’une lecture. Les textes qu’elle avait envie de dire et non de chanter, se sont présentés à elle spontanément et c’est toute une famille de poètes qui se sont donné rendez-vous chez Myriam pour le plaisir de se côtoyer et surtout de s’écouter sans décliner son identité, en se tenant la main comme dans une ronde. C’est au public de deviner quel auteur se cache derrière tel texte. Mais voilà les histoires s’enchainent si bien qu’on ne sait plus où est la fin ou le début d’un souvenir. Cocteau, Trenet, Queneau ? Au fond peu importe, les textes sont là pour être entendus, ils transitent par la voix de Myriam qui leur offre le gite et le couvert. Et elle l’annonce pour se faire plaisir aussi en s’exprimant car les mots d’un tel ou d’une telle poète deviennent les siens à chaque représentation.

La vérité c’est que l’on se souvient plus des interprètes des chansons que de leurs auteurs. Myriam BOYER nous convainc que les textes peuvent vivre indépendamment des personnes qui les ont rendus célèbres. C’est cette vie des textes à l’intérieur d’elle-même dont elle témoigne dans ce spectacle avec passion.      

Vous l’aurez compris, le spectacle de Myriam BOYER est très personnel, intense, réjouissant ! C’est un baume au cœur pour les amoureux de la poésie !

Article mis à jour le 2 Juillet 2024

Evelyne Trân

N.B : Myriam BOYER était l’invitée de l’émission Deux sous de scène sur RADIO LIBERTAIRE 89.4, le samedi 23 Décembre 2023 en podcast sur le site de Radio Libertaire. Ci-dessous extrait de l’entretien.

Article également publié dans le MONDE LIBERTAIRE.FR

Zola, l’infréquentable de Didier CARON au Festival 0ff Avignon 2024 – CONDITIONS DE SOIE – Salle Juliette Drouet 13 Rue de la Croix 84000 AVIGNON du 3 au 21 Juillet 2024 à 18 H 35. Relâche les 8 et 15 Juillet . Durée 1 H 30.

interprètes / intervenant⸱es

Comédien·ne : Pierre Azéma, Bruno Paviot

Metteur·se en scène : Didier Caron

Régisseur·se : Ingrid Chevalier

Directeur·rice de production : Isabelle DECROIX

La pièce Zola l’infréquentable met en scène le face à face particulièrement virulent entre deux hommes Emile ZOLA, le romancier humaniste et Léon DAUDET, journaliste, pamphlétaire nationaliste et antisémite en pleine affaire DREYFUS (1894-1906).

La violence de leur confrontation rappelle, hélas, certains débats qui ont eu lieu pendant les présidentielle sauf qu’elle se déroule dans le cabinet de travail de chacun des protagonistes.

Photo Fabienne RAPPENEAU

Très instructif sur le fond et la forme du climat antisémitique qui régnait en France, le texte de Didier CARON se coule brillamment dans le style châtié et littéraire qu’arborent dans la pièce Zola et Daudet.

Les deux hommes parlent comme ils écrivent. Impossible d’oublier qu’ils sont écrivains et qu’ils manient la langue avec virtuosité. Il s’agit d’un duel oratoire où chaque phrase doit faire mouche et blesser l’adversaire.

Didier CARON cite d’ailleurs à plusieurs reprises des extraits d’articles de Zola et de Léon Daudet à ne pas confondre avec le cher ami de Zola, Alphonse.

C’est la lecture d’un article ignoble de Daudet qui décrit la destitution de Dreyfus qui déclenche la colère de Zola. Ce sera ensuite un autre article de Daudet qui applaudit l’acquittement du commandant Esterhazy – le véritable coupable à l’origine de l’affaire Dreyfus – qui précède la lecture du « J’accuse » de Zola dans l’Aurore le 13 Janvier 1898, article qui sera suivi d’une pétition d’intellectuels dreyfusards le 20 janvier 1898.

A la violence venimeuse de Daudet qui en somme traite Zola de « sale étranger » en raison de son origine italienne, Zola oppose sa foi humaniste. A la question de Daudet « Qui êtes-vous Zola finalement ? » ce dernier répond : « un moment de la conscience humaine ».

Les comédiens Pierre AZÉMA et Bruno PAVIOT jouent de façon magistrale. Ils ne s’expriment pas qu’en beaux parleurs, ils incarnent des hommes de chair qui lâchent en quelque sorte leurs tripes avec rage et passion.

 Comment oublier que la haine déversée par un antisémite tel que Léon Daudet a eu pour conséquence la shoah.

Un grand moment de théâtre qui donne toute sa dimension à Zola l’infréquentable et agit comme une piqûre de rappel sur les dangers de la rhétorique lorsqu’elle s’appuie sur tous les ressorts de la haine la plus primaire.

Article mis à jour le 2 Juillet 2024

Evelyne Trân

N. B : Article initialement publié dans LE MONDE LIBERTAIRE .FR

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