Déraisonnable de Denis LACHAUD avec Florence CABARET au Théâtre de Belleville,16 passage Piver 75011 Paris. Du 5 au 21 Décembre 2023 – Mardi, Mercredi, Jeudi à 19 H 15, Dimanche à 15 H.

Interprètes / Intervenants

  • Mise en scène : Catherine Schaub
  • Interprète(s) : Florence Cabaret
  • Directrice de production : Agnès Harel
  • Régisseur : Alexis Queyrou
  • Assistante de production : Céline Pierron
  • Attachée de diffusion : Marie Barbet-Cymbler

Photo Emilie BROUCHON

Une respiration, un air frais et salutaire que ce seule en scène de Florence CABARET  ! Alors que le rôle qu’elle incarne dans la pièce Déraisonnable de Denis LACHAUD mise en scène par Catherine SCHAUB s’avère hors normes.  

Nous le savons le personnage, Florence, comédienne diagnostiquée bipolaire à 39 ans,  est en quelque sorte le double de Florence Cabaret mais pas seulement.

Denis Lachaud réussit dans un texte très aéré et cohérent à aborder un sujet tabou, la maladie psychique suffisamment handicapante pour entraver la vie professionnelle, en un mot vous exclure de la société.

Chaque cas est particulier et s’il n’est pas possible de généraliser à propos de maladies que les médecins honnêtes reconnaissent avoir du mal à cerner, la libération de la parole de ceux et celles qui les vivent au quotidien doit permettre pourtant de mieux les comprendre plutôt que de les juger sans connaissance de cause.

On se dit « Quel courage, venir sur scène pour parler de son handicap. N’est-ce point une exhibition ? ». En fait pas du tout, il s’agit du partage d’une expérience, d’un vécu difficile d’une personne avec ses congénères de façon à faire sortir de sa cachette où il est reclus un mal existant, ne serait-ce que pour le contrer.  Aujourd’hui encore bien des maladies sont tabou. On peut évoquer le Sida mais aussi des maladies psychiques ou mentales.  Bien sûr on en parle à la télévision, il y a des articles dans les médias mais dans la réalité c’est autre chose.

Avisez-vous de déclarer que vous êtes bipolaire et vous observerez le regard fuyant de votre interlocuteur.

L’expérience de Florence Cabaret traduite par Denis Lachaud rappelle curieusement, toutes proportions gardées, une nouvelle « fantastique » de Maupassant Le Horla où s’exprime la panique d’un individu en proie à un dédoublement de la personnalité.

Il y a quelque chose de fascinant quand même dans ce que nous raconte Florence Cabaret alors même qu’elle nous apparait très naturelle, en fait aux antipodes de la personne borderline qu’elle nous décrit.

Elle jouait au théâtre Marie Tudor, un rôle dans lequel elle s’était complètement investie. Un jour, elle s’est prise vraiment pour Marie Tudor, a enterré ses papiers d’identité et a erré dans la ville en plein délire durant trois jours avant d’être retrouvée.

Je est un autre disait Rimbaud. Les comédiens.nes doivent savoir qu’il y a une frontière entre sa propre personnalité au quotidien et le personnage incarné. Le savoir est une chose, le vivre en est une autre.

Dans ce seule en scène où elle interprète non seulement son propre personnage mais aussi sa mère et des médecins, elle tient les rênes de son histoire avec humour et fair play. Elle rend hommage à cet art théâtral qui permet de se dépasser en invoquant des personnages, miroirs tendus vers le public qui toujours en redemandera.

Car les spectateurs.trices savent combien ils. elles doivent aux artistes et gens de théâtre en particulier, ces moments uniques d’évasion à la rencontre « d’un  double et même plusieurs : le petit bonhomme dedans qui crie au secours, et toute une foule de sosies bien différents les uns des autres «  ( André Benedetto)  et parfois reconnaissons-le de nos fantasmes les plus enfouis. Quand cela se passe au théâtre et nulle part ailleurs !

Ce spectacle a rencontré un grand succès au festival d’Avignon 2023, je le recommande.

Article mis à jour le 30 novembre 2023

Evelyne Trân

LE JOURNAL D’UN FOU de Nikolaï Gogol – Adaptation et mise en scène de Ronan Rivière au Théâtre Lucernaire 53 Rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris du 18 octobre au 10 décembre 2023 du Mardi au Samedi à 21h, le Dimanche à 17h30.

L’équipe artistique

  • De Nikolaï Gogol
  • Adaptation et mise en scène Ronan Rivière
  • Avec Amélie Vignaux, Ronan Rivière et Olivier Mazal (piano)
  • Musique Sergueï prokofiev
  • Lumière Marc Augustin-Viguier
  • Décor Antoine Milian
  • Production Collectif Voix des Plumes
  • Soutiens Ville de Versaille, Mois Molière

C’est un fou iconoclaste qui attend le public de la salle du Paradis au Lucernaire. Il est vrai que Gogol n’avait que 25 ans lorsqu’il écrivit la nouvelle Le Journal d’un fou, probablement inspirée de sa propre expérience de médiocre employé dans un ministère.  

Le texte qui a la forme d’un monologue se prête généralement à un seul en scène. Cette fois-ci la nouvelle mise en scène de Ronan RIVIERE permet de s’affranchir du monologue grâce à l’introduction sur scène d’un personnage évoqué dans le journal, la servante du fou, Mavra et également grâce à la présence musicale de Prokoviev qui illustre joyeusement les délires ou les incohérences des propos du fou dénommé Poprichtchine.

La mise en scène de Ronan RIVIERE a une saveur toute particulière qui tient principalement à l’interprétation du comédien qui fait ressortir physiquement l’étrangeté ou l’originalité du personnage dont les mouvements du facies semblent découler naturellement de ses propos.

De fait l’agitation du personnage, sa nervosité s’accordent aux bizarreries de ses propos. Tout au cours de son récit, nous apprenons que ce dernier est un fonctionnaire, fort mal vu de sa hiérarchie, employé à tailler les plumes d’un gradé, tâche dont il s’enorgueillit. Laissé pour compte, il s’isole dans ses rêveries qui finissent par être hallucinatoires puisque suite à un transport amoureux, il entend des voix celles de deux chiennes…

Des individus tels que Poprichtchine ne se rencontreraient-ils qu’en littérature, voie royale des explorations psychiques ? Gogol ne manque pas de discernement pour exprimer les vagabondages d’une pensée qui déraille. Elle déraille certes mais par certains aspects, elle se révèle critique de la société pétersbourgeoise et elle témoigne d’un esprit exalté qui s’intéresse à beaucoup de choses, notamment à la politique.

Si Poprichtchine devient fou ne serait-ce pas aussi parce que la société dans laquelle il baigne est porteuse de folie.

Il y a folie et folie, celle dont est atteint Poprichtchine est plutôt douce, voir comique.

Et puis ce fou inspire la sympathie parce qu’il exprime des fantasmes, des désirs, des frustrations, somme toute très humains.

Grâce à un décor frugal qui consiste à un plancher penché en accordéon, l’attention du public peut se focaliser essentiellement sur les interprètes. Amélie Vignaux incarne avec belle énergie la pauvre servante stupéfiée par la folie de son maître. Quant à Ronan RIVIERE, il fait de ce fou, un être réellement fascinant.

Les partitions de Prokofiev alertes et souvent joyeuses joue le rôle d’un ruisseau musical qui relie ces deux mondes, celui de l’imaginaire et celui de la réalité qui en se frôlant s’étincellent.

Gogol donne la parole à un fou qui ne nous est pas si étranger. C’est le sentiment qui nous submerge à travers l’éclaboussante mise en scène de Ronan RIVIERE.

Le 13 novembre 2023

Evelyne Trân

N.B : Amélie VIGNAUX était l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio libertaire 89.4 le samedi 4 novembre 2023, en podcast sur le site de Radio Libertaire.

N.B Article également publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR : https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=7589&article=Fou_le_brigadier_?

POPECK: FINI DE RIRE, ON FERME !14 représentations du 24/09/2023 au 31/12/2023 le dimanche à 17h au Théâtre de Passy 95, rue de Passy 75016 PARIS –

Auteur  Popeck — Avec Popeck

Auteur Popeck avec Popeck

Ah Monsieur Popeck qui chambre ma prose « On ne le voit jamais venir » ! Je comprends aujourd’hui pourquoi ; ce diable d’homme dispose d’une logique tire-bouchonnée qui lui permet de damer le pion à tous.tes auditeurs, auditrices. Il parle dans sa barbe – bien qu’il n’en ait pas – ou sous cape, avec un accent yiddish incomparable, hérité de son père. Depuis des décennies, il a su faire du râle et du grognement que déclenchent chez lui les incongruités de l’existence, le foyer de toutes nos ruminations intempestives.

En somme, Popeck ce n’est pas le penseur de Rodin mais il mériterait une statue, Popeck c’est celui qui fait sortir de ses gonds le râleur qui sommeille en chacun de nous, avec ses lettres de noblesse, des sketches dotés d’une partition musicale aussi grinçante que celle délivrée par son archet sur le violon. Car ne l’oublions pas Popeck vient de tchepeck en polonais qui signifie « violon grinçant ».

Grâce à Popeck, je comprends qu’il ne suffit pas de lire Baudelaire, Verlaine ou Rimbaud, il faut les imaginer rugir, se râcler la gorge, éternuer, pester etc…

Fini de rire, on ferme. On ne va pas vraiment la fermer voyez-vous. Si Popeck est en pleine forme c’est que le public au rendez-vous, trouve avantage à rire sans se ménager avec cet énergumène.

Il s’en est passé des choses depuis le spectacle de 2017 à l’Archipel, il y a eu le confinement tout de même. Je me souviens, j’étais dans le métro, masquée – pas question d’enlever mon bouclier antivirus – et j’avais faim. Je n’ai trouvé d’autre solution que de glisser avec circonspection, un bout de pain à travers la fente du masque afin d’atteindre enfin la bouche. En face de moi, une voyageuse s’étouffait de rire.

Cette anecdote pour dire que Popeck m’accompagne partout, surtout dans les transports en commun, dans la rue, dans tout commerce avec Pierre, Paul, Jacques ou Jacqueline et évidemment quand je fourre mon nez dans le porte-monnaie, allons donc !

Le 2 novembre 2023

Evelyne Trân

N.B : Article également publié dans le Monde Libertaire 89.4

https://monde-libertaire.net/?articlen=7544&article=Confidence_de_Judka_Herpstu_au_brigadier_:__Larriviste_est_celui_qui_sengage_derriere_vous_dans_une_porte_tambour_et_trouve_le_moyen_de_sortir_le_premier

N. B : Popeck était l’invité de l’émission Deux sous de scène sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 28 octobre 2023, en podcast sur le site de Radio libertaire.  

DANSER À LUGHNASA de Brian FRIEL – Mise en scène d’Eva FREITAS au Théâtre de Nesle 8, rue de Nesle 75006 PARIS – Du 5 octobre au 5 novembre 2023, le jeudi à 21h, ainsi que le vendredi à 19h et le dimanche à 18h.

Chez les sœurs Mundy, dans la campagne du cœur de l’Irlande, le narrateur, Michael, se souvient. Entre rires et larmes, il évoque ses souvenirs d’enfance aux côtés de sa mère et de ses tantes. Ces femmes solitaires et indépendantes se battent avec courage pour subsister et s’évadent grâce aux airs qu’elles écoutent sur leur TSF détraquée.

La pièce repose sur la force, la chaleur des personnages et sur la réincarnation d’un monde perdu, sur les liens qui résistent entre une société rurale et son essence primitive.

Compagnie : 

Les Âmes vagabondes

 Acteurs : 

Éva Freitas, Sidonie Gaumy, Roxanne Joucaviel, Charlotte Jouslin, Julien Orain, François Prioli et Audrey Vernet

Danser à Lughnasa ! Le titre de la pièce attise la curiosité. Mais où donc se trouve Lughanasa ? Lughnasa est une fête irlandaise célébrée depuis des siècles. Elle marque le début de la récolte et la fin de l’été en Irlande (source Wikipedia).

L’auteur Brian FRIEL (1929-2015) est un dramaturge réputé surnommé le Tchekhov irlandais.

La pièce retrace l’histoire d’une famille composée essentiellement de 5 femmes qui vont être victimes du progrès de l’industrialisation dans les années 30 et finir par connaitre la misère.

Cependant la pièce n’est pas triste bien au contraire. Il y a toujours ce cœur qui bat, qui résiste, qui s’exprime au moyen de la danse et de la musique que délivre la TSF détraquée.

Avec nostalgie, Michael, le narrateur, l’enfant d’une fille-mère déroule ses souvenirs peuplés des figures très vives de sa mère et de ses tantes et aussi de son père instable.

C’est un enchantement que cette pièce car elle nous transporte dans l’intimité d’une famille qui fait écho à celle de toute famille au quotidien, avec ce prosaïsme qui échappe à la grande histoire.

Eve FREITAS appuie justement sa mise en scène sur l’importance des choses simples comme les meubles dans la cuisine, la préparation des repas, la vivacité des rapports parfois conflictuels entre les 5 sœurs qui ont chacune leur caractère.

Ce sont mille petits détails qui mis bout à bout créent une atmosphère si attachante qu’à la fin du spectacle, on croit avoir quitté des êtres chers.

Cela évidemment grâce au talent des toutes les comédiennes et comédiens !

Nous ne pouvons que saluer aussi celui de la jeune metteure en scène Eva FREITAS qui met vraiment en valeur la tonalité poétique et si expressive de la pièce.

Il ne reste que quelques jours pour la découvrir en ce moment à Paris. Courez-y !

Le 1er novembre 2023

Evelyne Trân