Femmes en luttes, la longue histoire de l’émancipation par JUSTHOM et Patrick SCHINDLER avec la participation d’Hèlène HERNANDEZ et Monica JORNET. aux Editions du Monde Libertaire.

À propos

Le féminisme commence bien avant l’invention du terme à proprement parler. À travers les siècles, les femmes n’ont eu de cesse de lutter pour conquérir des droits et une place dans les sociétés. Cet ouvrage s’est donné pour ambition de retracer ces combats, de les rappeler à nos mémoires contemporaines de façon précise et documentée. Pour que la liberté advienne aujourd’hui, il est important de se souvenir de l’engagement des femmes d’hier. L’étude de nos luttes est nécessaire pour engager la révolution sociale libertaire qui seule permettra la véritable émancipation de tous les individus ! 

Pascale Locquin chante le samedi 17 juin 2023 à 16 heures à la libraire Publico 145 Rue Amelot 75011 PARIS – Métro RÉPUBLIQUE OU FILLES DU CALVAIRE. Participation libre

Pascale Locquin présente
 » Entendre le temps qui pousse… « , son dernier disque.

Auteure, compositeure, interprète. Dans ce troisième opus, un mélange de classicisme et d’influences celtiques. « Au-delà des mots et de leur asso-nance, coule une belle mélodie. L’écriture sur les cordes de sa guitare prend un envol agréable à la lecture » Thierry Sajat.

Pascale Locquin était l’invitée de l’émission Femmes libres sur Radio libertaire 89.4, le mercredi 31 mai 2023 de 18 H 30 à 20 H 30.

Voici le lien

https://pascalelocquin.com/En-scene.htm

Que du bleu

Le radeau des méduses

Amie vois-tu-venir

LE VILLAGE DES SOURDS au Théâtre du Rond Point 2bis avenue Franklin D. Roosevelt Paris 8e du 4 au 23 Avril 2023.

Texte : Léonore Confino
Mise en scène : Catherine Schaub
Avec : Jérôme KircherAriana-Suelen Rivoire
Interprète LSF : Frédéric Baron
Assistanat à la mise en scène : Clara Urosevic
Scénographie : Emmanuel Clolus
Régie générale : Guillaume Michalska
Lumières : Thierry Morin
Création sonore : R.Jericho
Costumes : Julia Allègre
Directrice de production : Agnès Harel

Diffusion : Cie Productions du Sillon / Daz Production

Adapté du livre éponyme de Léonore CONFINO et mis en scène par Catherine SCHAUB, le Village des sourds embarque le public dans une région polaire du globe aux antipodes de nos modes de vie urbains

Une jeune fille sourde, Youma, accompagnée de son interprète Gurven, de village en village entend rapporter le récit épique d’une catastrophe survenue à 0kionouk son lieu de naissance, suite à l’arrivée d’un marchand vendeur d’objets indispensables ou inutiles. Les habitants n’ayant pas d’argent, contraints de payer en mots les objets qu’ils convoitaient, ont assisté à la désintégration de leur langue, si bien que réduits à la plus simple expression, ils ne pouvaient plus communiquer que par des grognements. Les biens de consommation en envahissant les demeures, avaient attiré les voleurs puis les caméras de surveillance chargées de prendre sur le fait les rebelles qui prononçaient des mots qu’ils avaient vendus, pour les châtier cruellement. Seuls quelques rares connaisseurs de la langue des signes dont Youma, étaient en mesure de résister à l’horrible marchand.  

Cette création met en scène une comédienne sourde et un comédien interprète qui s’entendent à merveille pour distiller une histoire fabuleuse voire extravagante. Il règne sur le plateau une atmosphère onirique grâce à une scénographie sobre aux couleurs lunaires et un bel igloo d’une blancheur renversante. La création sonore de R. JERICHO est charmante. Ariana-Suelen RIVOIRE incarne gracieusement Youma qui fait « danser des poèmes entiers dans les airs » tandis que Jérôme KIRCHER avec son phrasé toujours doux mais très suggestif est suspendu à ses gestes.

Youma fait figure de lanceuse d’alerte. Son récit sous couvert de la fable humaniste nous interpelle sérieusement.

La langue des signes fascine Léonore CONFINO. Reconnaissons qu’elle a cet avantage de focaliser l’attention sur les mains, le visage et le corps d’une personne. La langue des signes pourrait-elle devenir la langue de nos rêves, pacifiques de préférence ? Léonore imagine qu’elle puisse être celle de la résistance à une époque où le vocabulaire s’appauvrit. En langue des signes (celle connue par Youma, car il y a de nombreuses langues des signes dans le monde mais la communication est possible entre deux personnes maitrisant des langues différentes) il y aurait 18 synonymes du mot joyeux. Il est possible qu’elle ait à l’esprit ces moyens de communication que sont les emails, les sms, les réseaux sociaux. Finies nos belles cartes postales, nos correspondances timbrées ! Bonjour la disparition de tous les mots soi-disant compliqués et vive ChatGPT !

Qui n’utilise pas internet et les réseaux sociaux ? Ignorons-nous que ce sont des milliardaires, des mastodontes financiers qui sont à leurs têtes ?

Le conte de Léonore CONFINO n’est pas sans rappeler Big Brother dans 1984 de Georges ORWELL ou encore Fahrenheit 451 de Ray BRADBURY.

Langue des signes quelque peu révolutionnaire, riche de mots non prononcés mais porteurs de pensées, d’intentions qui se propagent par des gestes, des regards, des sourires qui vous effleurent. Une langue pour la paix que célèbre dans ce spectacle les 2 héros du Village des sourds, Gurven qui parle avec sa voix, Youma qui signe avec son corps !

Le 26 Mai 2023

Evelyne Trân

N.B : Représentation prévue Le mardi 10 octobre 2023, Grande scène du Chesnay à CHESNAY

Le Village des sourds suivi de l’enfant miroir est publié aux Editions ACTE SUD.  

Article initialement publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR

C’est bizarre l’écriture de Christiane ROCHEFORT au Théâtre de l’ESSAION 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS du 10 Avril au 30 Mai 2023, les lundis et mardis à 21 H 15. Au Festival off d’Avignon : Théâtre transversal 10, rue d’Amphoux 84000 Avignon du 7 au 25 Juillet 2023 à 14 H 30, relâche les mercredis 12 et 19 Juillet.

Au Festival Off d’Avignon :

Théâtre Transversal 

10, rue d’Amphoux 84000 Avignon

Du 7 au 25 juillet 2023 à 14h30, relâche les mercredis 12 et 19 juillet.

Au Festival Off d’Avignon :

Théâtre Transversal 

10, rue d’Amphoux 84000 Avignon

Du 7 au 25 juillet 2023 à 14h30, relâche les mercredis 12 et 19 juillet.

  • Voir la bande annonce
  • https://www.youtube.com/embed/zXDHG9ufJwU
  • Auteur : Christiane Rochefort
  • (d’après des écrits de Christiane Rochefort édités aux Éditions Grasset, Stock, iXe)
  • Mise en scène : Orit Mizrahi
  • Distribution :Orit Mizrahi et Awena Burgess en alternance avec Nathalie Jeannet les 1, 2 , 15, 16 mai 2023
  • Création musicale : Awena Burgess et Daniel Mizrahi
  • Scénographie : Jean-Baptiste Manessier
  • Création lumière : Gérald Karlikow
  • Création graphique : Maryem Sidibé
  • Production : Compagnie Petite Lumière
  • avec le soutien du Pilier des Anges – Théâtre Halle Roublot à Fontenay-sous-Bois
  • et d’Avignon Festival & Compagnies pour le festival 2021

L’écriture serait aussi bizarre que l’apparition d’un escargot en-dessous d’une feuille de géranium. En-dessous, en-dessous ! Je ne connaissais pas Christiane ROCHEFORT mais cette invite, ce mot bizarre a attiré mon attention.

Les deux comédiennes, Orit MIZRAHI et Awena BURGESS ont connu dans leur enfance Christiane ROCHEFORT (1917-1998) qui était une amie de leurs mères. Si fort, si pressant se dresse chez elles le souvenir de cette écrivaine qu’il fallait qu’elles expriment leur émotion en évoquant son œuvre.

Il s’agit pour les spectatrices, spectateurs d’une véritable immersion dans son territoire, celui de l’écriture et ce par vagues successives qui suggèrent le cheminement créatif de Christiane ROCHEFORT.

Des extraits entrecroisés de ses textes avec des chansons qu’elle aimait (les Beatles, Dylan, Purcell) se dégage une atmosphère rieuse et tendre comme si le public était convié à un pique-nique joyeusement littéraire.

Sur une grande feuille blanche sont projetées des images composées d’écritures de manuscrits, photos, dessins etc. Des fleurs de pensées, de mots autour desquels les artistes donnent l’impression de butiner comme des abeilles.

Ecrivaine ? Christiane ROCHEFORT n’aimait pas ce terme, elle préférait celui d’écrevisse.

L’écriture fut certainement son arme de combat pour exprimer ses engagements, féministe au Mouvement de libération de la Femme et écologiste auprès de René DUMONT.  

Elle l’affirme dans un entretien : J’aime la littérature de révolte, de résistance, de remise au clair.

Elle devint célèbre lors de la parution en 1958 du Repos du guerrier, un livre poignant qui fit scandale à l’époque, dominé par la voix intérieure d’une femme amoureuse sous l’emprise d’un pervers narcissique, mais pas seulement, un homme bien vivant qui la fait jouir.  

La subversion par le jeu ou le « je » de l’écriture. Christiane ne cesse de s’interroger sur le processus même de l’écriture. Elle connait le « ressassement du moi-ronron » et elle entend s’y soustraire.

Son écriture lui permet d’atteindre des points de vue culminants dans son livre Les petits enfants du siècle qui met en scène les habitants des grands ensembles de Sarcelles et de parler de l’inceste dans La Porte du fond.

Dans C’est bizarre l’écriture, elle raconte comment les personnages lui échappent au point de lui imposer des situations qu’elle croyait sans issue. Et elle continue à se demander : Comment diable, cela va au papier, quoi de vous est dedans, est ce que l’inspiration ça existe ?    

Celle qui écrit « Je ne me sentais ni fille, ni garçon mais un être » est adepte des « Je m’en souviens » de Georges Pérec : Je me souviens que je ne montrais pas mes poèmes car j’aurai été une poétesse ».

Dans ce spectacle aéré et magistralement conçu, le public découvre une « écrevisse » à plusieurs visages qui respire la liberté et l’intelligence, tel un grand arbre ouvert qui nous fait signe.

Le 16 Mai 2023

Evelyne Trân

N.B : Article initialement publié dans le Monde Libertaire.fr

Huis clos de Jean-Paul Sartre à LA FOLIE THEATRE 6, rue de la Folie Méricourt 75011 PARIS du 20 Avril au 25 Juin 2023, jeudi à 19 H 30, samedi à 18 H, dimanche à 16 H 30 et au Festival d’Avignon Off du 7 au 29 Juillet 2023.

Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=VLqAoiNY-G0

Distribution

Emily Berneau
Johan Schies
Betty Pelissou
Albert Sezikeye

Mise en scène Raphaël Pelissou

Quel est l’intérêt d’assister aujourd’hui à une représentation de Huis clos – la première a eu lieu en mai 1944 – cette pièce rendue célèbre par une formule lapidaire « L’enfer c’est les autres ».

Rappelons brièvement le synopsis : Trois personnes de milieux différents se retrouvent enfermées après leur mort en Enfer.

 Jean Paul Sartre annonce tout de suite la couleur par la voix du personnage masculin Garcin qui s’étonne de ne pas voir « les pals, les grils, les entonnoirs de cuir » auxquels nous a habitués, de longue date, l’iconographie religieuse.

Voilà de quoi se moquer; l’enfer selon Jean-Paul Sartre ne peut émaner que de la conscience des individus capables de se le créer eux-mêmes sans recours à la religion.

Force est de reconnaitre que les vécus de chacun des personnages, leurs mauvaises actions ou péchés qui justifient leur présence en enfer ou en prison, ne nous touchent guère. Jean-Paul Sartre n’a pour but de faire pleurer dans les chaumières.

Il y a Garcin, un journaliste pacifiste qui vient d’être fusillé pour désertion, Ines qui se présente comme un monstre parce qu’elle a manipulé moralement sa maitresse, Estelle, une femme d’un tempérament narcissique qui a commis un infanticide.

Tous ces personnages manifestent leur odiosité pour s’affirmer les uns les autres. Ils sont infects, vaniteux, particulièrement attachés à l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes ou à celle qu’ils veulent donner aux autres. Mais ils tournent en rond et tant qu’ils sont préoccupés d’eux-mêmes, ils ne voient pas le temps passer.

Aucun n’exprime d’empathie à l’égard de l’autre. Cela dit ils sont capables de jouer au chat et à la souris en essayant, pour passer le temps, de se séduire les uns les autres.

L’humour de Jean-Paul Sartre cingle assez souvent. « Je ne suis pas un mort de bonne compagnie » annonce Garcin. Les dialogues sont brillants et si par leur situation sociale, leurs goûts, leurs postures, les personnages n’ont rien à voir entre eux, ils rivalisent d’arrogance et de cynisme.

Le metteur en scène entend apporter à cette pièce quelques touches d’ordre fantastique voire ludique : bruitage de portes infernales qui grincent, musique et voix quelque peu sépulcrales, rire sardonique…

Mon souhait indique le metteur en scène Raphaël PELISSOU « est de créer une esthétique proche de la célèbre série des années 60, « the twilight zone ». Esthétique qui a le mérite d’apporter un peu de légèreté à la teneur philosophique de cette pièce ».

Cet aspect artificiel ne peut que faire sourire. Il n’empêche, comment ne pas se dire en écoutant pérorer ces pauvres enfermés : Dieu qu’ils sont lourds !

Les comédiennes et le comédien sont très justes mais leurs personnages n’inspirent pas de compassion.

Se peut-il qu’en enfer, l‘émotion tombe à plat. Imaginons-nous en train de faire le bilan de notre vie – cela peut arriver en cas d’insomnie – Face à face avec soi-même, je est un autre qui peut te tourmenter. Mais il n’est plus question d’amour propre mais de désir de vérité. Une chose est sûre c’est que la connaissance de soi qui transite par celle des autres est toujours en mouvement.

Voici ce que déclarait Jean-Paul Sartre en 1965 à propos des personnages de Huis clos :

 Ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnages que vous entendrez dans Huis Clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes vivants et qu’ils sont morts. Bien entendu, ici » morts » symbolise quelque chose. Ce que j’ai voulu indiquer, c’est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d’habitudes, de coutumes, qu’ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu’ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts. En ce sens qu’ils ne peuvent briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes; et qu’ils restent ainsi victimes souvent des jugements qu’on a portés sur eux. A partir de là, il est bien évident qu’ils sont lâches ou méchants par exemple.

S’ils ont commencé à être lâches, rien ne vient changer le fait qu’ils étaient lâches. C’est pour cela qu’ils sont morts, c’est pour cela, c’est une manière de dire que c’est une mort vivante que d’être entouré par le souci perpétuel de jugements et d’actions que l’on ne veut pas changer. De sorte que, en vérité, comme nous sommes vivants, j’ai voulu montrer par l’absurde, l’importance chez nous de la liberté, c’est à dire l’importance de changer les actes par d’autres actes. Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils y restent, de sorte qu’ils se mettent librement en enfer.

Vous voyez donc que, rapports avec les autres, encroûtement et liberté, liberté comme l’autre face à peine suggérée, ce sont les trois thèmes de la pièce. Je voudrais qu’on se le rappelle quand vous entendrez dire : « l’enfer c’est les autres. »

Jean-Paul Sartre n’aura pas le dernier mot. D’ailleurs, il le laisse à Garcin qui a cette ultime sortie « Eh bien continuons. »

C’est au public de se faire juge de cette pièce « infernale » cela va sans dire.

Le 10 mai 2023

Evelyne Trân

N. B : Article initialement publié sur le MONDE LIBERTAIRE.FR

Samedi 13 Mai 2023 à 16 heures Concert ( Création ) de Frédérique : « Vincent, Auguste, Paul et les autres » à la Librairie PUBLICO 145 Rue Amelot 75011 PARIS

Sur un fil tendu, entre la Peinture et la Poésie nous glisserons de l’une à l’autre, comme des funambules, en compagnie de : Vincent Van Gogh, Arthur Rimbaud, Jean-Roger Caussimon, Auguste Macke, Marie Laurencin, Guillaume Apollinaire, Wim Wenders ,Paul Cézanne, Louis Aragon, Auguste Renoir, Leo Ferré……

Bretonne d’origine, Frédérique chante la Mer
L’Irlande et La Bretagne..bien sûr !

Frédérique, D’origine bretonne, Frédérique débute au théâtre en 1973. En 1978, elle rencontre Gérard Pierron en tournée avec son spectacle sur Gaston Couté, ce fut le début d’une belle histoire d’amitié avec Gérard mais aussi avec Couté…. Frédérique a par la suite chanté ce poète notamment dans un spectacle intitulé « La Chanson des Mauves » puis dans « Gaston Couté, Jour de Lessive » présenté avec Bruno Daraquy à Publico, l’année dernière.

MOTS et MUSIQUES vous invite à la présentation de ce spectacle en cours de création :

Accès libre

Participation Libre au Chapeau

Le spectacle sera suivi d’un buffet d’anniversaire Au plaisir de vous y retrouver…

« Mémoires invisibles ou la part manquante », par le collectif La Palmera, les 11 et 12 Mai 2023 à 19 H 30 : LE CELLIER 4 Bis Rue de Mars 51100 REIMS, le mercredi 17 Mai 2023 de 19 H 30 à 23 H (La représentation sera suivie d’un moment d’échange convivial) à la Maison de Quartier de Villejean 2, rue de Bourgogne 35000 RENNES et le mardi 23 Mai à 19h à L’Espace Culturel André Malraux 2 Place Victor Hugo 94270 LE KREMLIN BICETRE.

Photo Vincent BEAUME

Texte Paul Nguyen. Collaboration à l’écriture Brigitte Macadré-Nguyen. Jeu Angélique Zaini, Quentin Raymond, Paul Nguyen. Collaboration artistique Néry Catineau. Collaboration à la mise en scène Kên Higelin. Collaboration à la dramaturgie Nelson-Rafaell Madel. Lumières Romain Ratsimba. Son Pierre Tanguy.

Qui n’a jamais rêvé de remonter le passé et de partir à l’origine de son histoire ? Au cœur de cette question fondatrice, le Collectif La Palmera nous plonge dans leur quête et étire pour nous le fil du temps. 

Un homme, Paul, parle au public de sa double culture, de ses origines vietnamiennes mal connues et des recherches qu’il entreprend pour mettre des mots sur ce qu’il ne sait pas. Il croise sur sa route une autrice, Brigitte, qui décide de l’accompagner dans sa quête. Au fil de leurs rencontres, ils évoquent l’exil, le déracinement, la famille. 

Peu à peu, la quête du jeune homme le conduit sur les traces de son grand-père, personnage ambigu et romanesque ayant traversé les guerre d’Indochine et du Vietnam. Paul décide de poursuivre sa route seul, plongeant dans l’abîme d’un passé insaisissable et sans certitudes. De son côté, Brigitte entame une longue errance dans l’écriture qui va l’amener à s’interroger sur les non-dits de sa propre famille. Comment se construire sur les débris d’une mémoire fragmentée ? Mêlant enquête, conversations, journal de bord et scènes de fiction, ces récits à tiroirs nous entraînent dans les méandres de la grande et de la petite histoire, et questionnent les transmissions silencieuses qui réinventent en permanence nos identités.

Ayant assisté en Juin 2O22 à une lecture en espace de ce spectacle au Musée des Arts asiatiques de Nice, je reproduis ci-dessous la chronique que j’avais écrite le 22 juin 2022 :

Aller vers le public, se tourner vers la scène pour faire le récit d’une quête intime, celle d’un homme qui se sait aiguillonné par le passé de ses aïeux où les guerres et l’exil sont devenus « des mémoires invisibles ». Il faut se coller au mur de l’invisible, imaginer surprendre un papillon frôler l’arbre fantastique de la mémoire de tous les anonymes qui auraient à cœur de raconter leur corps d’Asie et d’Europe, ayant toujours à l’esprit cette distance géographique, 10.000 Km du Vietnam à la France à vol d’oiseau. Au siècle dernier dans les années 40, il fallait parfois un mois en paquebot pour la franchir. Cela donne le vertige…  

Il y aurait une identité d’eurasien-ne, mais elle ne s’entend guère. Par ailleurs que l’on soit issu d’un couple mixte franco-vietnamien, ou pas, la notion de double culture ne peut s’appliquer à toute personne d’origine asiatique née en France. C’est d’ailleurs là où le bât blesse, le facies ne définit pas la culture, la sensibilité ou l’intériorité d’un individu, il est posé comme un masque, un signe parmi d’autres comme la couleur de peau ou des yeux.

L’histoire que raconte Paul NGUYEN est toute personnelle, car de toute évidence c’est une aventure que celle de partir en quête de ses origines en se projetant sur la figure d’un aïeul quasi inconnu lequel, ce n’est pas un hasard, est prénommé Paul.

Dans toute histoire familiale il y a des trous, des non-dits et la transmission d’un ancêtre à ses descendants ne peut aller au-delà de la 3ème génération, à fortiori lorsque cet ancêtre a voyagé, que l’Indochine a disparu ainsi que les archives.  

Mais le personnage que Paul Nguyen met en scène ne veut pas renoncer à sa quête « impossible » et il continue à fantasmer sur cette part de Vietnam en lui.  

Le regard de l’autre l’a renvoyé à son facies qui porte les traces d’un pays effacé, le Vietnam. Paul fait penser à Hamlet quand il dit « Quelle place ici, là-bas, ni ici, ni là-bas, partout, nulle part.  Il parle de « déracinement profond, d’enracinement raté ».

Les psychologues disent que les séquelles traumatiques se transmettent de génération en génération. Paul pense que » le corps n’oublie pas, il garde les douleurs anciennes, il transmet le souvenir de la guerre à ceux qui ne l’ont pas vécue. Il maintient le lien. »

La quête d’identité qu’exprime Paul Nguyen a un rapport avec sa sensibilité et son appréhension du monde et ce qui est intéressant c’est qu’elle met le doigt sur cette part d’inconnu que tout individu peut éprouver en lui-même dès lors qu’il s’interroge. Aussi bien, on pourrait penser à CAMUS qui enquête sur son père inconnu mort à la guerre de 14/18 dans son livre posthume Le premier homme.

Dans cette lecture en espace Paul dialogue avec Brigitte, elle aussi de père vietnamien. L’un et l’autre se questionnent. A l’intériorité de Paul répond la vivacité de Brigitte.

Une très belle lecture, passionnante de bout en bout. Avec la perspective de nouvelles dates du spectacle. A suivre…

Le 4 Mai 2023

Evelyne Trân

Théorème / Je me sens un cœur à aimer toute la terre d’Amine Adjina d’après Pier Paolo Pasolini du 5 avril au 11 mai 2023,le mardi à 19 H, du mercredi au samedi à 20 H 30, le dimanche à 15 H, à la Comédie Française au Vieux- Colombier 21 Rue du Vieux-Colombier 75006 PARIS.

Mise en scène Amine Adjina et Émilie Prévosteau
avec la troupe de la Comédie-Française :

Distribution :

Coraly Zahonero la Mère
Alexandre Pavloff le Père
Danièle Lebrun la Grand-Mère
Birane Ba le Garçon0
Claïna Clavaron Nour
Marie Oppert la Fille
Adrien Simion le Fils

Librement inspirée du film éponyme de Pier Paolo PASOLINI, la pièce d’Amine ADJINA ne manque pas de souffle poétique en dépit de son aspect démonstratif qui enveloppe les personnages dans des rôles surdéterminés. Chacun aurait sa pancarte qui afficherait son âge, son identité sociale, son genre etc.

Le synopsis est le suivant : Un visiteur étranger jette le trouble dans une famille bourgeoise en réveillant chez chacun des membres leurs désirs refoulés, ceux-là même que la conscience bourgeoise a carapaçonnés et étouffés.

La résidence face à la mer où évoluent les protagonistes peut faire rêver. Qui n’a pas rêvé d’avoir pour horizon le plus proche la mer. Mais étrangement il émane de son architecture un froid glacial qui contraste avec la chaleur étouffante dont se plaignent les résidents.

Alors que le prologue met en scène un beau jeune homme qui parle comme un prophète ou un héros d’une tragédie grecque, la scène suivante entraine le public vers des situations et des dialogues qui frisent la banalité.

Que ces bourgeois sont ennuyeux a-t-on envie de soupirer. La mère désœuvrée crève d’ennui, le père falot débite ses réflexions réactionnaires. Le fils cependant tente de s’échapper du tableau sombre et désespérant que lui offre ses parents en manipulant une caméra qui filmera comme s’ils étaient des cobayes de laboratoire tous les personnages. La fille répète le rôle d’Elvire de Dom Juan. La bonne rumine une révolte intérieure contre ce monde qui ne cesse de l’humilier. La grand-mère qui se sait proche de sa fin, déroge enfin à la règle, celle de fermer la porte à tout étranger, en accueillant le beau jeune homme dans sa résidence.

PASOLINI se déclarait marxiste et freudien. Quels sont les ressorts psychiques qui recouvriraient les actions politiques peut-on se demander ? Faudrait-il asseoir sur le divan ces « affreux » bourgeois et ces pauvres qui refusent de taire leur origine sociale ? L’existence d’un individu serait-elle déterminée par sa libido empêchée ou épanouie ?

Voilà que dans leur cage dorée, les bourgeois font pitié, inspirent même de la compassion – leur solitude est criante -. C’est l’effet dévastateur du rôle social qui dicte leur comportement depuis des générations et a éteint leurs rêves et leurs fulminations intérieures.

Dans le film de Pasolini, ce qui interpelle c’est la douleur qui s’affiche sur les visages de façon circulaire. Chacun crie si fort son existence qu’on oublie son identité sociale pour se dire simplement : Voilà une femme, voilà un homme à nu !

« Je me sens un cœur à aimer toute la terre » Cette parole ne tombe pas du ciel, elle a été repéchée par Amine Adjina dans le Dom Juan de Molière.  

Un inconnu qui n’est pas Jésus, va l’appliquer en faisant l’amour avec tous les membres de la maisonnée. Faire l’amour dans le sens plein du terme.

Peace and love, n’était-ce point la devise des jeunes babas-cools des années 70/80. Il était question d’amour libre, juste avant l’arrivée du sida. Une autre époque. Mais c’est de la nôtre qu’Amine Adjina entend nous parler. Il assume les stéréotypes, les archétypes, ses références à l’actualité, le dérangement climatique, la montée de l’extrême droite. Et puis il introduit l’évènement de l’assassinat d’un poète qui naturellement rappelle celui de Pasolini.

Ces références trop crues peuvent choquer par leur radicalité mais n’importe comment elles font partie de ces nuages sombres à ne pas perdre de vue.

La pièce apparait complémentaire du film de Pasolini, telle une réponse d’aujourd’hui aux préoccupations de ce dernier. Pour rester lisible, le propos s’est éloigné des véhémences quasi mystiques de Pasolini.

Il parait vain cependant de comparer le film extraordinaire de Pasolini avec la version théâtrale d’Amine Adjina. Alors que dans le film les protagonistes parlent très peu, la pièce regorge de conversations. Mais le langage familier alterne avec le langage poétique. Leur côtoiement interroge comme s’il y avait deux espaces, celui de l’écoulement de la vie quasi transparent et de l’autre celui qui nous dépasse, nous subjugue ou nous inquiète.

Il importe de saluer l’implication de toute l’équipe artistique. Tous les artistes jouent leur partition à fond, notamment la jeune Marie OPPERT qui incarne de façon rayonnante l’adolescente qui s’éveille à l’amour et Alexandre PAVLOFF, en homme désespéré par le départ de son amant.

Souviens-toi du désir

Il surgit toujours tangentiel

Et imprime un unique point de contact qui se diffuse

Parfois quelque chose ou quelqu’un

Le réveille

Te réveille

Ces mots prononcés par le Garçon au début de la pièce seraient-ils fatidiques ?

Amine Adjina dit encore : Quelles que soient les barricades que l’on tente de construire autour de soi, le monde et le désir ne cessent de toquer à la porte.

Le public a beaucoup applaudi à l’issue de la représentation, c’est dire qu’il a été sensible à cette fable d’un visiteur étranger qui tout en bouleversant organiquement toute une famille par amour, annoncerait un nouveau monde. De quoi faire crier au scandale ceux qui se réclament de l’ancien.

Le 2 mai 2023

Evelyne Trân

N.B : L’article a été initialement publié sur Le Monde Libertaire.fr