LE PRINCIPE D’INCERTITUDE de Simon STEPHENS au Théâtre MONTPARNASSE 31, rue de la Gaîté 75014 PARIS . Depuis le 22 Septembre 2022 :  jeudi, vendredi et samedi : 20 h. A partir du 1er Novembre : mercredi à 21 h. Matinées Samedi à 17 h Dimanche à 15 h. Relâche le 25 Décembre.

Avec: Jean-Pierre DARROUSSIN et Laura SMET

Pièce de: Simon STEPHENS
Traduction: Dominique HOLLIER
Mise en scène: Louis-Do de LENCQUESAING

Décors: William MORDOS
Costumes: 
Jürgen DOERING
Lumières: Joël HOURBEIGT
Musique : 
Romain ALLENDER
Assistante à la mise en scène: Margaux VALLÉ
Coiffure et maquillage: Cécile KRETSCHMAR

LE PRINCIPE D’INCERTITUDE

Le titre de la pièce est intrigant. Il a pour origine la théorie quantique d’HEISENBERG. Je préfère me rapprocher de la chanson « Les gens qui doutent » d’Anne Sylvestre. D’un point de vue sémantique, il y a un lien entre le doute et l’incertitude. Cependant ériger en principe l’incertitude, voilà qui est bien paradoxal.  

Simon STEPHENS est un auteur britannique contemporain que Jean-Paul DARROUSSIN n’hésite pas à comparer à TCHEKHOV. La pièce raconte la rencontre improbable entre 2 êtres qu’à première vue tout oppose.   

Les intellos, ceux qui ont besoin d’exprimer l’effervescence de leur terrain mental, seront peut-être déçus.  En effet, les deux personnages n’ont à exprimer que le vide de leur existence. Il s’agit d’un sentiment prégnant. Ces gens là ils n’ont pas grand-chose à quoi se raccrocher, un boulot, quelques souvenirs devenus très lointains. On voudrait dire d’eux qu’ils sont inintéressants, qu’ils ont raté leur vie, qu’ils sont banals à souhait et leur crier ouste !  Pourtant ce constat de vacuité, de pauvreté de leur vie qui ressort des échanges entre l’homme de 75 ans alpagué par une jeune quadragénaire paumée, retient l’attention parce qu’il sonne vrai grâce à l’interprétation de Jean-Paul DARROUSSIN qui compose un personnage plutôt complexe, il est boucher et il écoute de la musique classique et il continue à dialoguer avec sa sœur disparue à son enfance. Grâce aussi à celle de Laura SMET qui réussit à nous attacher à son personnage de jeune femme borderline qui vient frapper à la porte d’un vieil homme à priori résigné et sans envergure.  Au fur et à mesure, ce sont les intonations des voix qui accrochent l’oreille. Ce n’est jamais violent mais ça interpelle. Il est possible alors de se transporter au dehors, pour redevenir attentifs aux petites choses, petits dialogues de la vie, s’éblouir par exemple du spectacle d’une vieille et d’un vieux penchés sur une image « extraordinaire » collés l’un contre l’autre sur des strapontins dans le métro.

La lourdeur du décor et quelques lenteurs n’ont pas suffi à me décrocher de cette pièce qui n’est sans doute pas parfaite mais qui dégage un message de tendresse inestimable.

J’avais oublié que Jean-Paul DARROUSSIN et Laura SMET étaient des vedettes. J’ai découvert de grands interprètes.

Le 28 Octobre 2022

Evelyne Trân

N.B : Article publié également sur LE MONDE LIBERTAIRE.NET :

 Dimanche 13 Novembre | 16 H |   « Maudite soit la Guerre »  » | Récital de chansons et poésies antimilitaristes | Avec Nathalie Solence, Pascale Locquin, Monica Jornet, Marc Havet, Nicolas Duclos et Bruno Daraquy |  » Semaine Antimilitariste « « à la Librairie PUBLICO 145, rue Amelot 75011 PARIS.

Pour clore provisoirement ce moment fort de la campagne ( car les animations y continuent dés la semaine prochaine ) , une « mauvaise » troupe de chanteuses et chanteurs , de poétesses et poètes se réunira pour crier en chansons et poèmes  » Maudite soit la Guerre et ses militaires  » et vive la vie !

Ce récital s’intègre dans un ensemble d’animations, participant à la campagne fédérale décidée après l’adoption de la motion  » Non aux guerres, non aux impérialismes – Activons la résistance internationaliste  » https://www.federation-anarchiste.org/?g=FA_motions

Nathalie SOLENCE

Nathalie Solence, auteure compositrice, interprète et comédienne écrit et compose avec les mots du peuple et l’élégance du style. Une manière pertinente de surprendre, de convaincre et d’émouvoir http://nathaliesolence.fr/

Pascale LOCQUIN

Pascale Locquin écrit comme elle crie, sa fine plume se joue des mots en inventant un langage et déjoue les messages du  » temps qui trépasse  » http://pascalelocquin.com/

Monica JORNET

Monica Jornet, militante anarchiste ( membre du Groupe Gaston Couté de la Fédération Anarchiste ) et libre penseuse, renoue, dans ces poèmes, avec la tradition d’un art engagé et milicien, bien sûr, mais pas soldat et encore moins militaire . Elle est venue en septembre nous présenter un premier recueil et reviendra présenter le second en 2023 . http://www.librairie-publico.info/?p=6968 https://editions-libertaires.org/produit/libres-pensees-sous-licence-poetique/

Marc HAVET

Marc Havet est un artiste chantant non identifié qui armé de son piano dispense avec fougue des chansons folles incorrectes et attachantes. Chez Havet,  » l’utopie est au bout de la rue  » et si ses propos sont parfois violents, ils restent toujours jubilatoires. https://www.facebook.com/marc.havet/

Nicolas DUCLOS

Nicolas Duclos parle dans ses chansons de ceux qu’il rencontre et de ce qui l’étonne. On croise un voisin un peu cinglé, un loup solitaire et un amoureux qui écrit et jette à la mer  » la dernière chanson  » avant le grand déluge. Un éventail d’émotions et d’histoires vécues ou imaginaires. http://nicolasduclos.fr/WordPress3/

Bruno DARAQUY

Pour Laurent Gharibian dans la revue   Je chante   : D’entrée de jeu, Bruno Daraquy installe un charme puissant, fait de grâce, de magnétisme. Un regard qui vous happe, une gestuelle sobre, fruit d’une grande intelligence théâtrale… Bruno Daraquy est un interprète de grande classe .

Accès libre

Participation Libre au Chapeau

Dessine-moi un piano de Jean-Paul Farré au Studio Hébertot – 78 bis Boulevard des Batignolles 75017 Paris Du 29 septembre au 12 novembre 2022. Jeudi, Vendredi, Samedi à 19 H.

Mis en scène par Stéphane Cottin
Avec Jean-Paul Farré

.

Je n’avais pas entendu dire que Jean-Paul FARRE était un poète et pourtant c’en est un. Est-ce à dire que la poésie a mauvaise presse et qu’on n’ose même pas prononcer son nom ! Ah s’il avait pu accoucher d’un piano cet animal-là, il l’eut fait. C’est un personnage et un personnage a tous les droits. Souvenons-nous de Rabelais que diable !

Est-ce le piano qui est en train de rêver Jean-Paul Farré ou inversement est-ce ce comédien qualifié de burlesque qui chevauche cet instrument épique dans ses rêves.

L’imagination de Farré ne doit pas avoir de bornes. Il nous rappelle Raymond Devos parlant à son chien. Avec Farré on l’a bien compris, le piano il a une âme. En tout cas c’est ce qu’il veut exprimer dans ce spectacle avec du rêve par-dessus la tête sans rechigner à quelques emprunts. Comment ne pas penser à Charlot lorsque ce comique d’un coup de tête joue avec la grosse sphère effleurant son sacré piano. Et le piano devenu radeau au milieu des vagues ! Oui, on a déjà vu cà. Mais on adore parce que l’interprète est inimitable et qu’il est visiblement fasciné par cet organe musical dont il sait tire le meilleur. Farré ne l’oublions pas est un talentueux pianiste.

Il y a cette séquence fabuleuse qui est en soi un formidable dessin animé : en fond de scène, l’image vidéo d’une partition trône avec ses portées, ces do, fa, mi etc… et ça bouge et l’on voit Farré se hisser comme aimanté par ladite partition, cueillir une portée telle une grappe de raisin.

L’homme fait de la luge avec sa trottinette. Une certaine ivresse gagne la scène. Le metteur en scène réussit avec doigté à visualiser les fantasmes du phénomène. Mais ce qui touche profondément, c’est l’élégance de la rêverie et cette belle pensée adressée au public « Dessine-moi un piano » C ’est ainsi qu’une chose qu’elle soit piano, chaise, maison, que sais-je, acquiert une âme, en passant par la main d’un peintre, d’un pianiste bien sûr et l’imagination d’un rêveur impénitent tel que Jean-Paul Farré !

Le 24 octobre 2022

Evelyne TRAN

N.B : Article publié également dans le Monde Libertaire.fr

GUERRES ET PAIX par ISABELLE SPRUNG au CONNETABLE 55 Rue des Archives 75003 PARIS le jeudi 17 Novembre et le Jeudi 15 Décembre 2022 à 19 H 30.

Auteur : Isabelle Sprung
Artistes : Isabelle SprungPatrick Langlade
Metteur en scène : Isabelle Sprung

Après avoir foulé les grandes scènes telles l’Olympia, Bobino, le Splendid, Isabelle Sprung se tourne vers les petites scènes pour chanter.

En robe noire, accompagnée d’un pianiste, Patrick Langlade, aux arrangements minutieux et mélodieux, elle revisite le répertoire des grandes chansons de notre répertoire, aux textes et mélodies finement ciselé.e.s. Lors du spectacle De Fréhel à nos jours, elle chantait Marie Dubas, Edith Piaf, Fréhel.

Cette fois, à l’occasion du nouveau spectacle Guerres et Paix, elle élargit le champ des possibles, et invite Barbara, Boris Vian, Edith Piaf, Fréhel, Marlène Dietrich, Jeanne Moreau, Ray Ventura … qui restent si vivants dans notre mémoire !

Nouveau spectacle ! Toujours réaliste, reprenant les chansons des chanteuses qui n’ont pas arrêté de dispenser leur art, pendant la guerre comme pendant la paix retrouvée, et les mettant à l’honneur.
Une chanteuse contralto, Isabelle Sprung, accompagnée de son talentueux pianiste, Patrick Langlade.

En temps de guerres et paix, Isabelle nous livre une très belle interprétation de chansons devenues intemporelles.

Avec participation libre à la sortie

N. B : Isabelle SPRUNG est l’invitée de l’émission DEUX SOUS DE SCENE de 15 H 30 à 17 H sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 22 Octobre 2022 . En podcast sur le site de Radio libertaire.


A LA LIBRAIRIE PUBLICO – 145 Rue Amelot 75011 PARIS – Samedi 29 Octobre | 16H30 | Fanchon Daemers accompagnée par Jacques-Ivan Duchesne| Concert :   » Les Oiseaux de passage « 

Accès libre

Participation Libre au Chapeau

Chansons avec les oiseaux pour vol conducteur…
Des oiseaux qui survolent, migrent, se posent sur des terroirs sans frontières d’où remontent les chants d’une Vie à vivre… ensemble, solidaires et libres.
Des compositions originales de Fanchon DAEMERS et de Jacques-Ivan DUCHESNE mais aussi les plumes chansonnières, d’ici ou de là, du passé ou du présent.

  Fanchon DAEMERS : chant, harpe celtique, guitare, bois de cerf

Jacques-Ivan DUCHESNE : guitare, accordéon.

A LA LIBRAIRIE PUBLICO -145 Rue Amelot 75011 PARIS- Samedi 22 Octobre | 16H | Concert de clôture de la  » No Border Week , Ni États ni frontières, tout ce qui est humain est nôtre » par le Groupe  » Sorajavona  » | Musique Traditionnelle Malgache. 

Fondé en 1974 par les fils du grand poète malgache DOX et resté très fier de ces traditions, le groupe Sorajavona, ou « Couleurs de nuages » chante et met en musique des « Hainteny », la poésie traditionnelle transmise oralement de génération en génération. Si Dédé SORAJAVONA et RAIVO Patricia se sont produits en duo , c’est le groupe composé également d’Andry SALOMON et HANITR’ONY qui se produira à Publico.

Avec ses instruments traditionnels et acoustiques, la formation se veut représentatrice de Madagascar, et surtout des Hauts Plateaux, d’où le groupe est originaire. Depuis 40 ans, son répertoire est basé sur la valorisation des instruments traditionnels de Madagascar que sont le Valiha (cithare en bambou), le Jejy lava, le amponga (tambour) ou le sodina (flute).


Dédé SORAJAVONA , Andry SALOMON , RAIVO Patricia et HANITR’ONY
Le groupe SORAJAVONA tel qu’il se produira à Publico

Accès libre

Participation Libre au Chapeau

Ce concert clôture la  » No Border Week « , Semaine d’animations conçue pour affirmer la motion de congrès  » Ni États ni frontières, tout ce qui est humain est nôtre  » adoptée au 80ème congrès à Merlieux le 6 juin 2022.

Édith Piaf, je me fous du passé.De Victor Guéroult. Mis en scène par Loïc Fieffé au Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris du 12 octobre au 4 décembre 2022. Mercredi 21 H, Dimanche 19 H. – Réservations 01 42 93 13 04 et www. studiohebertot.com 

 Article de Laurent GHARIBIAN

Avec Béatrice Bonnaudeau, Léa Tavarès, Lionel Losada, Gérald Cesbron, Franck Jazédé et Nicolas Soulié
Direction musicale : Lionel Losada

Le contexte : en mars 1937, elle a 22 ans, la Môme Piaf goûte au succès sur la scène de l’ABC, prestigieux music-hall. Après des ventes de disques significatives…l’année précédente.

L’argument de la pièce jouée au Studio Hébertot : tout cela donne à certains directeurs de cabaret, dans notre Capitale, l’idée d’engager des chanteuses à voix ressemblant à Piaf. Ces mêmes directeurs n’hésitant pas à faire passer leur protégée pour la vedette elle-même…C’est ainsi que la toute jeune Thérèse chante dans la rue les chansons de son idole. Elle deviendra plus tard la doublure « officielle » du mythe vivant.

  » Purement imaginaires, les aventures de Thérèse arrivent en parallèle de la vie d’Edith Piaf jusqu’à ce que les histoires se rejoignent tout à fait  » explique Victor Guéroult, auteur inspiré de ce romanesque et touffu moment théâtral autant que musical où il a voulu  » raconter une version originale et alternative du mythe Piaf « .

Thérèse jeune, incarnée par la lumineuse Léa Tavarès, croise les trajectoires de personnages hauts en couleurs. Témoin, au début, la scène des boutons de manchettes, et une Lulu pas piquée des hannetons (troublant Franck Jazédé, également protagoniste essentiel sur le chemin de Thérèse…).

Quant à Thérèse adulte, c’est Béatrice Bonnaudeau, pareillement éclatante de vérité et de talent vocal.

Loïc Fieffé met en scène avec autant d’impact les comédiens Lionel Losada (truculent en Marco, patron imaginatif et sans scrupule), Gérard Cesbron (Monsieur Louis, producteur énergique dénué de compassion) et Nicolas Soulié, toujours dans la justesse.

Texte au cordeau, intense ; scénographie rythmée aux scènes contrastées, provoquant l’émotion comme la surprise : notre attention reste en éveil. Inventivité, humour des situations pourtant rudes. Réalisme dans le plein équilibre, toutefois. 

Et ces moments de pur bonheur lorsque Thérèse – jeune ou adulte – interprète une brassée de chansons allant de 1936 à 1960.

Comme un arc-en-ciel sur cet exceptionnel parcours de vie que nos deux chanteuses restituent avec magie. Toutes deux nous interpellent : leur sincérité, proprement envoûtante, irrigue le tableau final : un sommet où règne avant tout la poésie d’une aventure humaine hors du commun.

Une aventure collective que l’on doit, à l’origine, à Béatrice Bonnaudeau, elle-même remarquée depuis une décennie dans le répertoire de la chanson dite réaliste. Une confirmation. 

Léa Tavarès ? Une révélation.

C’est, de même, le travail d’une équipe soudée, laquelle, c’est évident, a su transcender en scénario crédible un projet assez … baroque. En nous faisant rêver. Tour de force.

Le Studio Hébertot prend, là, un pari ambitieux. Sans hésitation, il faut se laisser apprivoiser par un spectacle que l’on pourrait définir d’un seul qualificatif : énergisant.

                                                     Laurent Gharibian

COULEURS GAINSBOURG par Olivier Philippson, chant. Le CONNETABLE  55, rue des Archives 75003 Paris. Métro : Rambuteau ou Hôtel de Ville . Mercredi 12 octobre, les lundis 21 novembre et 12 décembre à 19h00.

Article de Laurent GHARIBIAN

Gainsbourg réinventé.

Après l’accueil encourageant que lui a réservé le public de l’association La Cigale de Créteil, voici  » Couleurs Gainsbourg  » pour quatre dates à Paris au Connétable. Un lieu singulier, chargé d’histoire, où la chanson d’expression française reste à l’honneur depuis plusieurs décennies. Sur chacun de ses trois niveaux, le Connétable permet à un même spectacle d’être perçu sous un angle spécifique.
La cave voûtée offre, elle aussi, la possibilité de chanter sans micro. Un climat de proximité recherché par un public sensible à cette caractéristique commune aux cabarets- chanson d’autrefois.
Olivier Philippson peut ainsi moduler sa voix avec plus de nuances qu’à l’accoutumée.
Voix flûtée, tout en douceur mais assurée. Regard satiné. Sourire discret, en suavité. Physique de jeune premier.

Question apparence(s), rien qui pourrait rappeler en quoi que ce soit son illustre aîné.
Et pourtant, le charme agit d’emblée. Une puissance délicate, entièrement dédiée aux mots et aux mélodies du grand Serge dont on se surprend à redécouvrir un échantillon particulièrement représentatif de cette œuvre nourrie (650 chansons) et haute en couleurs.
Ces couleurs, Olivier Philippson les a agencées avec intelligence, sensibilité et humour dans une malicieuse science du contraste.

Au titre d’ouverture, « La chanson de Prévert », succède « Un violon, un jambon ». Quant à « La Javanaise », elle est suivie d’un titre chanté naguère par Régine et Zizi Jeanmaire, « Les bleus ». Et cet instrumental « Dieu fumeur de havanes » précédant la chanson « Les cigarillos »…Clin d’œil subtil.
Entendre sur une scène les rares « Black trombone », « Maxim’s » (a cappella) ou « Le talkie-walkie » juste avant « Les goémons « , et le curieux « Mon père, un catholique » aussi bien que « Les amours perdues », tout cela mérite déjà le respect.
Le plaisir se prolonge avec  » L’aquaboniste », « Poupée de cire, poupée de son » et « L’accordéon » qui appartiennent – en quelque sorte – respectivement à Jane, France et Juliette.
Au total, avec  » Les bleus » déjà cité, quatre chansons de femmes. Quatre points cardinaux où l’on porte un regard rêveur, admiratif.

Multi-instrumentiste, notre homme fait vibrer son accordéon en modeste virtuose, sachant doser les effets : avec cet instrumental sur « Je t’aime moi non plus » et une brassée de chansons dont  » Elisa « ,  » Les amours perdues « ,  » Ce mortel ennui  » et, en rappel, » Le poinçonneur des Lilas « .
Une lyre gauloise apparaît sur quatre titres dont trois assez emblématiques dans une mise en espace drolatique, légère. La guitare électrique, soyeuse, accompagne quatre des chansons déjà citées : comme une évidence. Une révélation.

Belle idée,  » La chanson de Maglia  » sur un texte de Victor Hugo autant que  » La chanson de Gainsbourg « , signée Romain Didier.
Six titres ne sont pas mentionnés ici. On les dégustera avec la même gourmandise : quelques surprises, à méditer.

 » Couleurs Gainsbourg  » scelle donc les retrouvailles avec ce mix de grands succès et d’ »anti-tubes », ces chansons moins présentes sur les ondes, parfois même un peu oubliées mais pourtant constitutives d’un univers Gainsbourg marqué du sceau d’une ironie mordante, autant que d’un humour vachard en diable ou d’un cynisme distancié. Un ensemble sous-tendu par un imaginaire débordant où la recherche de l’amour tendre se fait jour en filigrane. Immanquablement.

Voilà ce que propose, avec style, ce vocaliste-confident, sûr de ses choix, maître de ses partis pris. Un artisanat exigeant au service d’un pan irremplaçable de notre patrimoine. Une approche novatrice, moderne, sur un ton assumé, sans lyrisme aucun mais faisant naître, pourtant, une émotion cristalline.

Le flyer de ce spectacle a pour titre  » Couleurs Gainsbourg concert par Olivier Philippson « . On pourrait aussi y lire  » Olivier Philippson chante Couleurs Gainsbourg « .
Mieux que bien.

                                              Laurent Gharibian

Réservations indispensables : envoix@lavoixestlibre.fr
Entrée libre. Participation au chapeau.

THEATRE AU VENT.COM

« Qui demeure dans ce lieu vide » de et avec Meriem Menant .

Photo WAHIB- ARTCENA

En tournée :

  • le 16 septembre 2022, la Scala Paris
  • le 14 octobre 2022, Scènes du Golfe à Vannes
  • le 18 novembre 2022, avec Rufus à Muzillac (56)
  • du 8 au 11 décembre 2022, la Scala Paris
  • le 4 mars 2023, Châtelaudrun (22), avec Alice Zeniter
  • le 24 mars 2023, Centre culturel de la Ville Robert à Pordic (22) avec Albert Dupontel
  • le 12 avril 2023, Scène nationale d’Alençon
  • le 9 mai 2023, Théâtre de Saint Berthélémy d’Anjou
  • le 13 mai 2023, Villein Villefontaine (38), avec Ernst Zürcher (botaniste)

Puis au théâtre de la Reine Blanche à Paris :

  • le 31 janvier 2023, avec Jean-Philippe Uzan (astrophysique)
  • le 7 mars 2023 avec Claire Wyart (fonctionnement du cerveau)
  • le 4 avril 2023 avec Teresa Lopez-Leon (physico-chimie de la matière molle)
  • le 13 mai 2023 avec Jean Pierre Bibring (astrophysicien)
  • le 6 juin 2023 avec Renaud Tissier (médecine)

Mise en scène Kristin Hestad

Création lumière • Emmanuelle Faure
Son • Romain Beigneux-Crescent
Plateau • Yvan Bernardet
Fabrication des accessoires • Anne de Vains
Effets magiques • Abdul Alafreze
Construction • Olivier de Logivière

Je me souviens d’une conférence d’Emma avec Catherine DOLTO auteure du livre « Rire, guérir, des clowns qui guérissent » à l’Européen en 2012. Je disais d’elle « Emma c’est la sale gosse pleine de vitalité qui rit aux éclats en se grimant dans le miroir, qui tire la langue et fait les cornes et que tente d’assagir la douce et maternelle Catherine. »

Mais elle a fait du chemin Emma et elle le peut car c’est un personnage qui ne prendra jamais une ride, une sage en quelque sorte, un être hybride pour qui l’imaginaire fait partie de la réalité et qui pour le prouver ne cesse de vouloir s’y confronter.

Emma s’est singulièrement assagie. Il semblerait qu’elle aspire à plus de douceur, plus de légèreté. Avec son phrasé inimitable, l’allure goguenarde, elle annonce d’emblée la couleur : Qui demeure dans ce lieu vide ?

Cette phrase a pour auteur Jacques LECOQ le maitre spirituel et théâtral de Meriem MENANT. Qui ne serait pas recalé d’office à l’épreuve de philosophie avec une telle question. Car c’est une épreuve que le vide. Difficile de rebondir comme un ballon qui fait pschitt au moindre écueil. Emma le clown c’est la magicienne qui joue avec sa boite d’allumettes. Mine de rien son solo requiert de l’attention d’autant que son monologue est ponctué de larges silences et qu’elle- même est très attentive aux réactions du public qui glousse avec bienveillance à toutes ses réparties.  Scruter le vide, ben alors, ne serait-ce pas être réduit à écouter les grouillements de son estomac quand il n’y a plus rien à faire, personne avec qui discuter etc. L’expérience du confinement aurait laissé des séquelles dans notre imaginaire compulsif.  

Emma tâte gentiment l’épiderme du public quasiment comme une mère poule. Elle convoque Shakespeare, Molière, Beckett pour faire plaisir certainement au public cultivé et puis parce qu’il s’agit de fantômes sympathiques et que c’est de la matière malgré tout. Que peut la matière contre le vide, contre l’ignorance ?  Emma le clown quoiqu’il arrive sait rebondir, un bébé pleure dans la salle et hop elle s’excite. Que ce bébé n’ait jamais entendu parler de Shakespeare, cela ouvre une gigantesque parenthèse et plouf, nous voilà revenus sur terre. C’est tout l’art d’Emma de nous envoyer en l’air pour nous faire redescendre aussi sec. C’est que nous sommes au cirque pour les adultes !

Nous saluons la mise en scène de Kristin HESTAD et toute l’équipe. L’éclairage notamment et les effets magiques sont généreusement oniriques.

Qui se cache derrière Emma le clown sinon sa créatrice Meriem MENANT. Bas les masques ! La vérité c’est que nous l’envions d’être Emma le clown envers et contre tous-tes car on l’imagine debout poussant la roue de cette bonne vieille terre, jouir comme une belle enfant en dégustant une banane qui ressemble comme une sœur à la lune. « Je pourrai vivre avec un bananier dit-elle » et on la croit !

Evelyne Trân

Le 10 octobre 2022

Article publié également sur Le Monde Libertaire.Net

https://www.monde-libertaire.fr/?articlen=6787&article=Le_nez_rouge_du_brigadier

DE L’AMBITION de Yann REUZEAU à la Manufacture des Abbesses 7, rue Véron 75018 PARIS – Mercredi, jeudi, vendredi, samedi 21h, dimanche 17h. A partir du 24 août. DE L’AMBITION de Yann REUZEAU à la Manufacture des Abbesses 7, rue Véron 75018 PARIS –

Texte et mise en scène Yann REUZEAU

Avec

Julian Baudoin, Clara Baumzecer, Gaia Samakh, Gabriel Valadon, Ines Weinberger.

Equipe Assistante Clara Leduc, Scénographie Goury, Lumières Elsa Revol, Affiche Thomas Ehretsmann, Crédit photos Xavier Cantat

Déconseillé aux moins de 14 ans

Qu’est ce que tu veux faire plus tard ? Telle est la question qui revient sans cesse en phase terminale, la dernière année de lycée juste avant de passer de l’autre côté pour humer ne serait-ce que quelques minutes une bouffée de liberté.

Quel adolescent qui sort de dix années de « captivité » scolaire n’est pas pris de vertige quand on lui parle de son avenir. S’ il répond qu’il ne sait pas ce qu’il va faire, bien sûr qu’il lui sera rétorqué «  Mais tu n’as pas d’ambition ! ».

YANN REUZEAU exprime ce sentiment de vertige en quelques mots « presque une vie entière que l’on vit à cet âge là ». Imaginez un groupe d’adolescents, avec ses quotas de forts, de faibles, de têtes brûlées, de timides, qui après une longue randonnée se retrouvent au sommet d’un plateau pour contempler un magnifique panorama, celui de leur vie future. Cordiale nature qui offre aux randonneurs plusieurs chemins, mais à l’œil nu comment voir les obstacles qu’ils recèlent. Certaines voies possèdent leurs pancartes et sont aménagées, d’autres restent mystérieuses, voire dangereuses.

Yann REUZEAU dresse un portrait quasi impressionniste d’un groupe d’adolescents. Sont-elles restées lettres mortes les déclarations d’intentions idéales ? Que sont devenus la bêcheuse, la fédératrice, chef de troupe, le taiseux, le rebelle, l’autiste de service ?

Léa a lancé sa grosse pierre peinturlurée du mot ambition sur le plateau de façon à créer un remue ménage assourdissant . C’est qu’elle veut mordre dans la vie, Léa, elle ne comprend pas l’inertie de ses amis, leurs doutes, leurs inhibitions. Seul Jonathan lui ressemble vraiment sauf qu’il a choisi le pôle négatif de la révolte sans foi ni loi, et qu’il ose dire tout haut ne penser qu’à sa gueule.

Chacun de ces jeunes témoignent à leur façon que s’ils sont tous un peu paumés, ils ont au moins cette chance de n’être pas encore blasés, d’avoir à découvrir plein de choses, l’amour notamment. Yann REUZEAU nous montre comment les deux taches du groupe, les plus gauches, les moins fières, finissent par s’apprivoiser et s’aimer.

Des jeunes encore nature qui refusent d’être étiquetés à cause de leurs religions, leur origine sociale et culturelle, leurs différences etc.

Ce bonheur de pouvoir dire « Je ne sais pas… » pour laisser venir ses propres émotions, ses propres désirs.

Dans sa mise en scène Yann REUZEAU entend aussi exprimer comment le bruit du monde extérieur ne colle pas avec le bruit intérieur, le soi intime. Il revient à la jeune mutique d’exprimer ce décalage que personne ne veut entendre. Force est de reconnaître que la sirène de l’ambition privilégie l’avoir plutôt que l’être.

L’adolescence se trouve à la charnière de ces deux pôles, de toute époque. Curieuse branche qui se distingue par sa silhouette un peu tordue et frêle, au centre de l’arbre de vie, c’est sans doute la plus éloquente. Yann REUZEAU chorégraphie ses mouvements qui balaient le sol et touchent les nuages avec une équipe de très jeunes comédiens capables de transmettre le malaise existentiel de leurs personnages qui rêvent tout haut sur un terrain parsemé de chausse-trappes . Cela s’entend ! La pièce date de quelques années et il serait intéressant de recueillir le ressenti des jeunes d’aujourd’hui.

Le 5 Octobre 2022          Evelyne Trân

N.B : Article publié également sur le site de du Monde Libertaire.Net