Collaboration artistique : Estelle Andrea Adaptation Charlotte Escamez Mise en scène et jeu William Mesguich Son : Maxime Richelme Lumières : Richard Arselin Scénographie : Grégoire Lemoine
Comment se transporter du Boulevard du Montparnasse aux forêts de Sibérie ? Si la question vous aiguillonne, rendez vous au Théâtre de Poche Montparnasse !
Vous serez accueillis par un guide fort sympathique, William Mesguich qui prête sa fougue et sa chaleur à l’écriture de Sylvain Tesson.
Bien entendu nous savons que Sylvain Tesson est célèbre, décoré de plusieurs prix. Mais en entrant dans le théâtre, nous oublions sa renommée, nous avons juste envie de nous laisser emporter et pénétrer pat l’histoire d’un homme qui a choisi les mots comme rempart à la libéralité de nos émotions, à cet aléatoire, ce rien confus qui parfois nous trouble. Le narrateur raconte sa curieuse confrontation avec la solitude et une nature difficile, voire hostile ; il fait affreusement froid là-bas en Sibérie, non sans se départir d’un certain humour il déclare « Je vais enfin savoir si j’ai une vie intérieure ».
Donc rassurez-vous Sylvain Tesson ne se prend pas pour Thérèse d’Avila mais nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’il prête de l’esprit aux montagnes, à la banquise, au soleil et plus largement à la nature d’une présence d’autant plus prégnante que l’homme qui l’éprouve a pour partenaire cette étrange maîtresse, la solitude.
Pourquoi donc raconter cette aventure qui a duré six mois, pour avoir suffisamment de matière pour écrire un livre ? Nous pensons que Sylvain Tesson poète dans l’âme, a écrit ce livre pour fixer une véritable histoire d’amour avec un paysage, une nature foisonnante de mystère devenue sa compagne.
William Mesguich tour à tour émouvant, drôle, lyrique, laisse fuser toute cette sensualité propre aux mots qui fondent dans la bouche et suggèrent toutes sortes de sensations qui vont bien au-delà de la pensée. Car il faut quelque peu la faire exploser cette intériorité de la pensée qui épouse l’austère nature et se rêver animal homme pour faire battre son cœur !
Chroniqueur chanson pour le petit écran, écrivain, comédien / conférencier et historien, Frédéric Zeitoun nous cultive. Il cultive aussi son jardin de moins en moins secret : écrire ses propres textes de chansons, les mettre parfois en musique ou faire appel à des compositeurs, souvent eux-mêmes chanteurs ou instrumentistes…et pas des moindres. Sorti au début de l’été, « J’aimerais » contient ce qui se fait de mieux pour l’heure. Et pour longtemps, semble-t-il…Exigeant envers lui-même, ce sacré bonhomme sait s’entourer. Son premier album » Duos en solitaire » lui avait déjà permis, en 2019, de se présenter sous un jour inattendu. Et de belle manière : qualité des textes et présence vocale, elles-mêmes reconnues par quelques pointures qui avaient accepté de poser leur voix près de la sienne : Charles Aznavour, Linda Lemay, Marie-Paule Belle, Yves Duteil, Michel Fugain, Manu Dibango, Enrico Macias ou Sanseverino entre autres…Moments de vrai partage. Aujourd’hui chanteur en solitaire, Frédéric Zeitoun n’en est pas moins fort bien épaulé, côté compositeurs ou musiciens. Voire les deux : pour trois réalisations, dont les excellentes » J’aimerais » et » En mieux » (celle-ci judicieusement placée) et » La chanson sans chanteur » si bien tournée, citons d’emblée le pianiste-concertiste Eric Berchot. Un immense interprète de Chopin et l’un des derniers accompagnateurs d’Aznavour. Zeitoun / Berchot ? Ils se sont compris. A l’instar des tandems qu’a formés, ici, le chanteur avec d’autres mélodistes d’envergure : l’accordéoniste Marc Berthoumieux ( « Apprends à désobéir » ) ou Michel Fugain pour le titre » Parenthèse » dans lequel Frédéric Zeitoun écrit en conclusion :
« Alors ouvrir une parenthèse
A marcher tout au long des falaises
J’ai vaincu ma peur du vertige
C’est mon cœur battant seul qui me dirige « .
Mélodiste toujours inspiré, Yves Duteil, lui aussi, a saisi la portée de » La vie sur son visage « . Ce texte, empli de tendresse pour un ami véritable, situe la dimension d’un auteur. L’ami, c’est Gérard Davoust, l’éditeur de renom. Une personnalité hors du commun » sans qui rien de tout cela n’aurait été possible » tient à préciser Frédéric Zeitoun au dos du livret.
« Il est mon tout, il est mon sage
C’est ma boussole et mon repère
Je l’aime chaque jour davantage
Moins que demain et plus qu’hier «
En ouverture et en clôture de l’album (13 plages au total ), un même titre : « J’aime tout le monde » signé – paroles et musique – Frédéric Zeitoun. Un clin d’œil ironiquement désabusé, très second degré comme l’illustre à bon escient Gérard Capaldi, déjà présent sur l’album précédent pour la réalisation et la plupart des arrangements. Idem sur cet opus dont il assure aussi enregistrement et mixage et auquel il participe avec Gérard Salmieri pour la composition de deux chansons faussement désinvoltes : » Les pires mensonges » et » Science exacte « .Une fois de plus, Frédéric Zeitoun confirme sa place de compositeur avec le superbe » Tant que tu es là » : émotion brute.
Ce disque permet de retrouver, outre cet art consommé de la chute et une certaine dose d’humour, le style d’une écriture serrée, précise, exempte de tout pathos mais pourtant empreinte d’une sensibilité à fleur de peau. Cet écorché vif chante, l’urgence chevillée au corps : sur la mélodie de Jean-Claude Ghrenassia (1) écoutez » Vivre vivre « . Pour titre, deux mots identiques, sans ponctuation. Le rythme. La pertinence avant tout. Comme un résumé de ce voyage à l’air libre en forme d’autoportrait sans concession. De cet homme de vigilance, de ce veilleur habité par l’introspection mais fraternel et ouvert sur l’Autre, les mots nous parlent. A un moment ou à un autre on s’y reconnaît. Immanquablement. Beaucoup d’humanité dans ce constat lucide en diable où se font jour, tout ensemble, espoirs, rêves et désillusions. On y ressent cette recherche éperdue du meilleur, cette conscience de la fragilité des acquis et, pareillement, la force du doute. Subtil (r)assembleur de sensations vécues cartes sur table, voici un artiste occupé à dire l’essentiel. Tel un artisan du beau. Du vrai. De cette voix limpide et sûre, émerge avec pudeur – entre apparente légèreté et maîtrise du propos – un monde en équilibre où partout perce l’amour. En filigrane. Au total, un rendez-vous vivifiant. Comme le sourire d’un cœur battant. Encore et encore…
Laurent Gharibian
(1) Il a mis en musique » J’ai appris » interprété avec Yves Duteil sur l’album » Duos en solitaire « .Titre phare de cette galette, elle aussi, à écouter d’urgence. Réédition… espérée. CD » J’ AIMERAIS » – Roy Music. Distribution : DS Distribution. Disque physique disponible dans tous les points de vente.
N.B : Frédéric Zeitoun était l’invité avec Frédéric Régent de l’émission Juste une chanson animée par Laurent GHARIBIAN le 22 Juillet 2021 en podcast sur le site de Radio libertaire 89.4.