CANDIDE de VOLTAIRE – MISE EN SCENE d’ARNAUD MEUNIER au THEATRE NATIONAL DE NICE – SALLE PIERRE BRASSEUR – Promenades des arts 06360 NICE – du 5 au 8 Février 2020 – Tournée Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine | 6 mars 2020 Les Scènes du Jura, Scène nationale | 11 et 12 mars 2020 Comédie de Colmar, CDN d’Alsace | 18 au 20 mars 2020 Théâtre du Gymnase, Marseille | 24 au 26 mars 2020 Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale | 1er et 2 avril 2020 Théâtre de Villefranche, Scène conventionnée | 8 et 9 avril 2020 Théâtre de Montbéliard | 16 avril 2020 Théâtre de la Ville, Paris | 21 avril au 7 mai 2020.

avec Tamara Al Saadi, Cécile Bournay*, Philippe Durand, Gabriel F., Romain Fauroux*, Nathalie Matter, Stéphane Piveteau, Frederico Semedo les musiciens Matthieu Desbordes, Matthieu Naulleau participation vidéo Emmanuel Vérité

candide

collaboration artistique Elsa Imbert version scénique, dramaturgie et assistante à la Mise en scène Parelle Gervasoni composition musicale Matthieu Desbordes, Matthieu Naulleau scénographie & vidéo Pierre Nouvel lumière Aurélien Guettard costumes Anne Autran perruques & maquillage Cécile Kretschmar stagiaire perruques & maquillage Enrique Medrano Feliu regard chorégraphique Jean-Charles Di Zazzo régie générale Thomas Chazalon accessoires Hubert Blanchet construction décor & costumes Ateliers de La Comédie de Saint-Étienne
remerciements à Djamil Mohamed, de l’Opéra de Saint-Étienne
production La Comédie de Saint-Étienne, CDN avec le soutien du DIESE # Auvergne – Rhône-Alpes | dispositif d’insertion de L’École de la Comédie de Saint-Étienne, du Fonds d’Insertion pour Jeunes Artistes Dramatiques, de la DRAC PACA, de la Région SUD PACA et de la SPEDIDAM

*issus de L’École de la Comédie
Création à la Comédie de Saint-Étienne le 2 octobre 2019

TOURNEE 2019 – 2020

Création à La Comédie de Saint-Étienne | 2 au 11 octobre 2019
Théâtre National de Nice, CDN Nice Côte d’Azur | 5 au 8 février 2020
Théâtre d’Angoulême, Scène nationale | 12 au 14 février 2020
Théâtre de l’Union, CDN du Limousin | 18 au 20 février 2020
Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine | 6 mars 2020
Les Scènes du Jura, Scène nationale | 11 et 12 mars 2020
Comédie de Colmar, CDN d’Alsace | 18 au 20 mars 2020
Théâtre du Gymnase, Marseille | 24 au 26 mars 2020
Théâtre du Beauvaisis, Scène nationale | 1er et 2 avril 2020
Théâtre de Villefranche, Scène conventionnée | 8 et 9 avril 2020
Théâtre de Montbéliard | 16 avril 2020
Théâtre de la Ville, Paris | 21 avril au 7 mai 2020

Devenu une œuvre culte, Candide de Voltaire tout d’abord publié sous un nom d’emprunt, le docteur Ralph, l’an de grâce 1759, puis interdit à plusieurs reprises, fut ce qu’on appelle aujourd’hui un best-seller.

 Il ne s’agit donc pas de ce qu’on appelle communément « une tempête dans un verre d’eau ».

 L’idéal est de se plonger dans la lecture de cette œuvre le plus librement possible c’est-à-dire en oubliant que ce conte fait l’objet d’innombrables commentaires. Candide aurait-il inspiré à Hergé le personnage de Tintin ? En littérature comme au théâtre tout est possible.

 Qui est Candide sinon le lecteur lui-même, embarqué dans un récit fleuve où s’engouffre une kyrielle de personnages qui sans comprendre ce qui leur arrive comme le dénommé Candide, un brave garçon chassé du paradis, vont expérimenter l’ignominieuse distance entre le monde des idées et la réalité, à travers des mésaventures rocambolesques où ils braveront tous les maux possibles et imaginables en provenance de l’homme lui-même ou de la nature.

 Et c’est drôle, épouvantablement drôle comme dans un théâtre de marionnettes où l’impitoyable marionnettiste Voltaire manipule avec un certain sadisme ses créatures et ce dans un rythme effréné de péripéties mais le synopsis en vérité c’est juste le filet dans lequel va se trémousser le candide lecteur car c’est l’idéale condition pour prêter l’oreille aux discussions philosophiques des personnages porte pensées de Voltaire, comme ce savant qu’interroge Candide :

  « Monsieur, vous pensez sans doute que tout est au mieux dans le monde physique et dans le moral, et que rien ne pouvait être autrement ? –  Moi, monsieur, lui répondit le savant, je ne pense rien de tout cela : je trouve que tout va de travers chez nous ; que personne ne sait ni quel est son rang, ni quelle est sa charge, ni ce qu’il fait, ni ce qu’il doit faire, et qu’excepté le souper, qui est assez gai et où il paraît assez d’union, tout le reste du temps se passe en querelles impertinentes : jansénistes contre molinistes, gens du parlement contre gens d’église, gens de lettres contre gens de lettres, courtisans contre courtisans, financiers contre le peuple, femmes contre maris, parents contre parents ; c’est une guerre éternelle. »

 Voltaire commentateur de notre époque, de nos journaux télévisés ? Il se régalerait !  

 Adapter Candide  au théâtre voilà qui est ambitieux ! Arnaud MEUNIER rompu à la discipline du théâtre-récit, mouvemente ce conte fleuve « Dans un univers scénique qui emprunte à la fois aux illustrations impertinentes de Candide qu’en a fait Joann Sfar dans sa Petite bibliothèque philosophique, qu’à l’imaginaire de l’artiste contemporain Pierre Nouvel ». Il met en scène une belle équipe d’acteurs-conteurs – accompagnés de deux musiciens – qui endossent tous plusieurs personnages et semblent se déplacer sur une bande dessinée géante.

 Le spectacle tout à fait attractif  fait ressortir l’aspect « bon enfant » humaniste et truculent du conte, mais nous ne sommes pas si candides, derrière le conteur affable où perce une certaine tendresse pour ces pauvres humains, c’est le lanceur d’alerte Voltaire qui s’exprime avec une bienveillante férocité !

Nice le 27 Février 2020

 Evelyne Trân

 

UN TRAMWAY NOMME DESIR de TENNESSEE WILLIAMS AU THEATRE LA SCENE PARISIENNE 34, rue Richer 75009 PARIS – Du 14 Janvier au 12 Avril 2020 – Du mardi au samedi à 21 H, le dimanche à 19 H.

TRAMWAY

Mise en scène : Manuel OLINGER
Adaptation : Pierre LAVILLE
Lumière : Théo Guirmand

 Avec : Julie DELAURENTI, Manuel OLINGER, Tiffany HOFSTETTER ou Murielle HUET DES AUNAY, Philipp WEISSERT ou Gilles Vincent KAPPS, Jean-Pierre OLINGER

Nous aurions tendance à oublier qu’un Tramway nommé désir est avant tout une pièce de théâtre créée en 1947 dans un théâtre de Broadway tant son adaptation au cinéma en 1951 par Elia Kazan est restée dans les mémoires.

C’est sous une lumière crue que s’exposent les protagonistes de la pièce. Cette lumière accuse la promiscuité inconfortable que subissent les personnages.

Curieux lieu de vie que cet appartement « minable » de 2 pièces à la Nouvelle Orléans. Avec le recul, son décor devient exotique avec le rappel d’éléments représentatifs : balcon en fer forgé, murs en lames de bois, ventilateur au plafond, réverbères.

La frugalité du mobilier qui se limite à une table et des chaises et surtout le grand lit du couple qui envahit la pièce de vie tandis que la 2ème pièce est juste bornée par un paravent, en dit long sur la précarité sociale des occupants.

 En résumé, il s’agit d’un drame social et intime de facture réaliste qui explore le mal être existentiel inhérent aux contraintes qu’impose la cohabitation.

 En dépit de leur misère, Stanley un jeune ouvrier d’origine polonaise et sa femme Stella paraissent vivre le parfait amour. L’irruption dans leur appartement de la sœur de Stella, Blanche va déranger profondément Stanley qui manifestera violemment son hostilité à l’encontre de sa belle-sœur. Il profitera de sa faiblesse pour l’expulser de chez lui en lui assénant le coup de grâce, l’enfermement dans un asile d’aliénés malgré le désaveu de Stella.

 Blanche est un personnage complexe plus au moins mythomane, une femme-enfant qui n’assume pas le décalage entre ses rêves auxquels elle continue à s’accrocher et la brutalité de la réalité que représente le viril Stanley qui méprise ostensiblement les minauderies de Blanche et ses postures de femme fatale.

 La démonstration est évidente. Les forts écraseront toujours les faibles par égoïsme assumé pour garantir leur territoire. Stanley n’a pas d’état d’âme – ou du moins s’il en a c’est uniquement vis-à-vis à de lui-même – contrairement aux autres protagonistes, Stella qui aime sincèrement sa sœur et le prétendant de Blanche qui aurait souhaité la présenter à sa mère mourante avant de se dédire après avoir découvert le passé sulfureux de Blanche.

 Evidemment, il s’agit d’un point de vue extérieur, à l’état brut. Il appartient aux comédiens de suggérer l’ambivalence de chacun des personnages au-delà de leurs apparences.

 La violence de Stanley, alcoolique, qui en vient à donner des coups à sa femme bien aimée, est un signal de faiblesse, de désarroi, ce même désarroi qu’il devine chez Blanche. Mais il ne veut surtout pas perdre la face vis-à-vis de Stella qui l’adule. Ce qui réagit en lui, c’est « le sauve qui peut » et tant pis pour Blanche.

 Une telle pièce est criante d’actualité sur la condition des femmes, les ravages de l’alcool, les femmes battues, la folie, la dépression…

 Mais au-delà de l’évidence qui étiquette chaque personnage, il y a cette angoisse, sortilège de l’inquiétude qui embarrasse le quotidien des protagonistes, leurs non-dits. Difficile de saisir le mal qui les ronge puisqu’il est impératif de faire bonne figure, de tenir bon, de se cramponner à l’essentiel en passant sous silence ses états d’âme.

 Le comportement des personnages – il n’est pas difficile de cerner chez eux ce qui les mobilise, l’attente d’un enfant pour Stella, le désir d’évolution sociale pour Stanley, l’émigré, la quête éperdue d’amour pour Blanche – ne cesse d’abuser le spectateur.

 Une menace gronde que personne ne voit venir, une sorte d’incendie qui provoquera l’effondrement de Blanche. Qui a allumé la mèche ? Était-ce inévitable ? 

 Nous comprendrons peut-être que Stanley se fout du sort réservé à sa belle-sœur et que sa vie avec Stella va reprendre son cours comme si de rien n’était, rien n’avait eu lieu. Exit Blanche, n’en parlons plus.

 D’un point de vue réaliste, la mise en scène de Manuel OLINGER se révèle très efficace. La tension est perceptible tout au long de la pièce mais le mal qui rôde, qui chaloupe tous les agissements des personnages reste extérieur.

 Cela dit, l’ambiance « moite et chaude » de la Nouvelle-Orléans est fort bien restituée, la scénographie épatante, l’interprétation des comédiens très juste et les interventions des musiciens de jazz tout à fait bienvenues.

 C’est à notre sens le charme de cette représentation d’un Tramway nommé désir, de nous replonger dans l’atmosphère fébrile de la Nouvelle-Orléans, celle qu’a connue Tennessee Williams, qui dans cette pièce, remue les cendres de sa propre tragédie familiale, notamment, la lobotomie de sa sœur internée dans un asile.

 Paris, le 22 Février 2020

 Evelyne Trân

 

 

Dernier carton d’Olivier Balu – Mise en scène par Laurent Ziveri – Avec Patrice Laffont, Michaël Msihid au Théâtre du Gymnase – 38 Bd Bonne Nouvelle 75010 PARIS – Salle : Petit Gymnase Dates : Du 13 janvier au 1er avril 2020 – Horaires : Lundi, mardi et mercredi à 20h00 Durée : 1h15

affiche-dernier-carton

Qui ne se souvient dans un cauchemar s’être trouvé dans la position de celui qui tire souvent en vain une corde pour débrouiller le nœud qui l’immobilise ?

 Si le rêveur a l’impression de pas trouver d’issue et de tourner en rond dans sa tête c’est que probablement il s’est ligoté lui-même et qu’il lui manque ce courage ou cette perche lui permettant d’accepter l’aide d’une main étrangère justement secourable.

La vérité c’est que le rêveur est son propre metteur en scène. Sachant qu’il a affaire à des complexes de longue date, il ne peut faire intervenir n’importe quel sauveur.  Appelons le sauveur à défaut d’autre qualificatif, généralement il a la figure d’un sage, d’un témoin quasi indifférent qui assiste aux mésaventures du rêveur sans manifester une quelconque émotion. Cette impassibilité a pour résultat d’énerver au plus au point le rêveur qui rumine à haute voix, sort de ses gonds et commence à interpeller quelques personnes réelles qui l’ont dérangé profondément. Le voilà face à face à ces personnes qui sont la cause de ses ressentiments. Mais en vérité il ne les perçoit qu’en surface, ce sont juste des idées de personnes, des fantômes éloignés, incapables de saisir les accusations du rêveur.

 Le rêveur vient de faire un scandale et il entend autour de lui les murmures des témoins qui assistent à son coup de gueule.

Le rêveur se réveille en larmes, il a la sensation de s’être défoulé, il est allé au bout de lui-même, croit-il, mais il comprend que sa révolte prend trop de place, que sa colère l’emmure. Il s’est trouvé acculé dans sa position de victime, une position qui le révulse parce qu’elle ne lui permet pas d’avoir la tête haute alors qu’il est toujours le metteur en scène, le malheureux protagoniste de son propre rêve en proie à des leurres qu’il a lui-même allumés.

 Quel complexe trimballe -t-il ? Celui de n’être pas à la hauteur, celui de se trouver propulsé au milieu d’une foule indifférente où quelques connaissances interviennent généralement pour souligner ses manques, le désapprouver ou se moquer de lui. Il va falloir qu’il prononce son propre mal qu’il défie en attendant la torche qui puisse l’éclairer.

 Les psychanalystes parlent de blessure narcissique. Il est possible qu’elle soit à l’origine de nos difficultés relationnelles, de nos névroses, de nos défenses vis-à-vis d’autrui.

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La pièce le dernier carton nous incite à imaginer deux rêveurs qui circuleraient sur deux rives parallèles lesquelles finiraient par fusionner parce que les propos de l’un et l’autre se font écho, qu’ils parlent au fond de la même chose, ce sentiment irrationnel d’être à terre, ligoté, sans d’autre issue que d’appeler à l’aide.

 La pièce d’Olivier BALU, efficacement mise en scène par Laurent ZIVERI, expose un véritable rêve éveillé où l’inconscient, ici bienveillant, fait irruption. Chacun des protagonistes – un animateur de télévision connu mais désabusé qui vient d’être quitté par une femme de trente ans sa cadette et un déménageur miné par le sentiment que socialement il n’est « rien » et qui nourrit une certaine hostilité vis-à-vis du riche bourgeois que représente l’animateur en question – pourra mettre en scène de façon fantasmatique cette pénible sensation d’être prisonnier en laissant l’autre jouer le rôle de bourreau. L’altérité permet d’inverser les rôles jusqu’à un certain point, celui du desserrement des lianes. Les deux personnages confinés dans une pièce vide où ne subsiste qu’un dernier carton, ne sont-ils pas condamnés à respirer le même air.  

 Il s’agit d’un thriller psychologique qui conduit deux personnes profondément opposées par leur situation sociale, leur culture, à se rencontrer sur la même lisière, celle de la blessure narcissique qui les pousse à s’affronter sans perdre la face.

 Les comédiens Patrice LAFFONT et Michaël MSIHID, vraiment épatants, sont impressionnants de vérité. Ils interprètent des personnages quelque peu insaisissables, singulièrement touchants  et vulnérables qui la ramènent mais profondément doutent d’eux-mêmes et il n’y a pas d’esquive possible dans ce huis clos sauf à retourner le couteau contre soi-même. L’expression du doute est centrale dans ce psychodrame. Prisonniers de leurs propres complexes, les deux hommes finissent par comprendre qu’ils ont tout intérêt à être solidaires de leurs infortunes. A l’enseigne, ce n’est plus « Aide-toi, le ciel t’aidera » mais « Aide toi, l’autre t’aidera ». Peut-être pas par charité mais pour se sauver lui-même.

 Paris le 21 Février 2020

 Evelyne Trân

ROI DU SILENCE – Un spectacle de et avec GEOFFREY ROUGE-CARRASSAT – Les Déchargeurs 3 rue des Déchargeurs 75001 PARIS – SALLE VICKY MESSICA 4 au 22 février, mardi au samedi à 21h –

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Lumières

Assistant mise en scène

Crédit Photo Visuel

Exorciser le mal de mère, un mal dont on ne peut jamais se débarrasser qui fait partie de ses miroirs renversants qui au lieu de vous renvoyer votre propre image la double, l’ombre, la dénature, la subvertit. Présence absence de la mère vécue comme une imposture, une défragmentation de soi. Au demeurant le sentiment infernal de ne pas correspondre à l’image au désir d’une mère qui trône comme une reine :

 « Dieu a la tête de ma mère, il m’attend derrière la porte avec un martinet ».

 Une mère ogresse qui engloutirait tout sur son passage dont on ne peut nier l’existence sauf à se nier soi-même, sauf à s’oublier. Comment accoucher de sa mère sinon en l’extirpant de soi-même. C’est aux forceps et le plus virilement possible que l’enfant incarne ce membre viril qui frappe sur le tambour. Est-il en train d’apostropher sa mère, c’est notre interprétation :  Tu me voulais homme à ta place mais il ne suffit pas de vouloir et de décréter « tu seras un homme mon fils ». Sans doute parce qu’avant d’être défini par son genre féminin ou masculin, un être ne serait ni homme ni femme, juste une personne.

Une mère qui devient un personnage de théâtre avec qui on peut parler.  Une mère que l’on devine assez exubérante, envahissante, castratrice ?

Le spectacle conçu par Geoffrey ROUGE-CARRASSAT ne peut être qu’un hommage à sa mère, une lettre d’amour. Tout ce qui a pesé sur l’enfant de jadis, l’enfant que l’on est toujours vis-à-vis de sa mère, explose ici par la magie du théâtre.

Le psychodrame de cette relation mère/fils ou fils/mère – le comédien interprète à la fois le fils et la mère – ne peut s’exprimer que dans un espace onirique.

 A partir de sa propre expérience, l’auteur scrute ces barreaux du silence, ces petites phrases mortelles qui résonnent comme des camouflets qui peuvent écorcher une âme trop sensible, celle d’un enfant contraint malgré lui au silence.

Geoffrey ROUGE-CARRASSAT ne voulait pas dit-il « faire un énième spectacle sur l’homosexualité ».

 Nous sommes saisis par la puissance du verbe de l’auteur et sa présence sur scène qui donnent un tour surréaliste au témoignage.

 Il s’agit d’une véritable pièce qui devrait inspirer bien des auteurs et des interprètes. Chapeau l’artiste !

 Paris, le 20 Février 2020

 Evelyne Trân

ELEPHANT MAN – TEXTE ET MISE EN SCÈNE D’ANTOINE CHALARD au LUCERNAIRE -53, rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS – du 15 Janvier au 1er Mars 2020 à 20 H du mardi au samedi, dimanche à 17 H.

Elephantman1 - Brigitte BoitelleOK

Photo Brigitte BOITELLE 

AVEC
CLÉMENTINE YELNIK (MADAME KYTES, MADAME MOTHERHEAD, MADAME KENDAL)
ANTOINE CHALARD (DOCTEUR TREVES, DIRECTEUR GOMM)
FLORENT MALBURET (JOSEPH MERRICK)
COSTUMES : MARIE VERNHES
MASQUE : GALINA MOLOTOV
CRÉATION LUMIÈRE : JUDEX BOYER ET FABRICE LEGROS
PHOTOS : CHRISTIAN DELCAMBRE
PRODUCTION : THÉÂTRE DU MIDI
COPRODUCTION : COMPAGNIE LÉ LA
CORÉALISATION : LUCERNAIRE

Notre regard dépendant de nos à priori primaires peut-il évoluer ? Antoine CHALARD raconte le destin extraordinaire de Joseph MERRICK alias Elephant Man, victime de sa monstruosité physique au point de n’avoir d’autre issue pour vivre que de s’exhiber en tant que phénomène de foire.

 A la fin du 19ème siècle « l’engouement de la population pour les monstres, les freaks est à son apogée ». Il s’avère que la difformité physique de Joseph MERRICK est la manifestation d’une maladie, d’un véritable handicap qui attirera l’attention d’un jeune médecin ambitieux. Joseph Merrick deviendra à son corps défendant un objet de laboratoire médical.

 Cependant une relation d’amitié s’instaurera entre le médecin et son patient et même l’infirmière en chef qui lui exprimait au premier abord son hostilité.

 Que peut-il bien se passer dans la tête d’un homme pénétré de sa monstruosité, rejeté par sa propre famille, qui n’a d’autre choix que de s’adapter au bon vouloir de la société qui lui assigne soit le rôle de monstre de foire soit celui de cobaye de laboratoire ?

 Emprisonné par sa carcasse de monstre, l’homme envoie quelques signaux de son humanité. Resurgit dans notre mémoire l’histoire de la Belle et la bête filmée par Jean Cocteau. Aussi bien la peinture « le cri » d’Edvard Munch ou les visages torturés de Francis Bacon ou les têtes cabossées de Picasso ne bousculent-ils pas notre regard.

 Face à la violence de ces visions, nous voilà en quête d’un zeste d’humanité et de sentiment. Que ce sentiment exprime la haine, la fureur, la passion ou l’amour, il aura toujours sa place au théâtre.

 Et c’est la puissance de l’expression inattendue et spectaculaire qui stimule notre perception. Madame Kytes – interprétée par l’impressionnante Clémentine YELNIK – qui exploite sans vergogne Elephant Man n’est-elle point elle aussi un monstre ? Et le docteur n’est-il pas un monstre ambitieux qui cherche à tirer profit de cet extraordinaire objet de recherche que représente Elephant man.

 Eléphant man ne dit pas grand-chose, il dépend totalement des autres devenant le pôle d’intérêt d’individus dont il ne mesure pas les bonnes ou mauvaises volontés.

 Une main d’artiste, celle de Galina MOLOTOV a fabriqué le masque censé représenter la monstruosité d’Elephant man. Porté par l’excellent Florent MALBURET, il irradie d’humanité. Il n’est plus question de laideur mais d’expression. Nous avons en face de nous, un corps, un visage qui semblent supporter toute la misère du monde et nous reconnaissons chez lui les stigmates des épreuves que n’importe quel individu peut rencontrer au cours d’une vie. Sauf que Joseph Merrick est en avance, il est marqué avant même d’avoir vécu.

 Tel le portrait de Dorian Gray, il devient le réceptacle de tous les maux possibles ou imaginables mais contrairement à Dorian Gray qui incarne le mal, Joseph Merrick est innocent et son histoire est authentique.

 L’émotion est d’ordre exponentiel, elle dépasse toute conjecture réaliste. Il revient au conte, au mythe de prendre le relais.  Poétique, sans bavardage inutile, cette représentation d’Elephant Man s’adresse à notre imaginaire et à notre entendement de façon onirique et fantastique. Nous sommes émus tout simplement.

 Paris, le 20 Février 2020

 Evelyne Trân

 

LES RÉCITS DE MONSIEUR KAFKA D‘APRÈS FRANZ KAFKA – Traduction et adaptation de Sylvie BLOTNIKAS – MISE EN SCÈNE ET AVEC SYLVIE BLOTNIKAS ET JULIEN ROCHEFORT AU LUCERNAIRE 53, rue Notre-Dame-des- Champs 75006 PARIS -du 15 Janvier au 1er Mars 2020 à 19 H du mardi au samedi, dimanche à 15 H.

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Photo Fabienne Rappeneau

D’après FRANZ KAFKA
TRADUCTION ET ADAPTATION DE SYLVIE BLOTNIKAS
MISE EN SCÈNE ET AVEC SYLVIE BLOTNIKAS ET JULIEN ROCHEFORT

LUMIÈRES : LAURENT BÉAL
PRODUCTION : LA PETITE COMPAGNIE
CORÉALISATION : LUCERNAIRE
PARTENAIRE : ACTE 2

Se rendre chez Monsieur Kafka pour se distraire, quelle idée ! Il a une réputation des plus sinistres, franchement il y a mieux pour se changer les idées ! Et pourtant  un curieux pressentiment, l’intuition qu’il était possible de se réjouir en côtoyant cet homme-là par l’intermédiaire de ses récits, m’a incitée à me rendre au spectacle conçu par Sylvie BLOTNIKAS et Julien ROCHEFORT.

 Nous savons que Kafka fut un employé d’assurance pour gagner sa vie, il aurait d’ailleurs plutôt dit « pour gagner sa tombe » et il n’écrivait que la nuit ses chefs d’œuvre, le Procès et le Château etc. publiés après sa mort. Cependant de son vivant il a dispersé quelques récits ou nouvelles très savoureuses qui sont même venues aux oreilles de ses patrons.

 Quelle était donc la nature de ses relations avec la direction de son entreprise ? Plutôt cordiales si nous nous en référons aux correspondances qu’il lui a adressées et que Sylvie Blotnikas a eu la bonne idée de nous dévoiler.

 Ces lettres devraient figurer dans une anthologie destinée à tout employé qui se prend la tête pour demander une augmentation de salaire, une promotion ou un congé.

 Certes la secrétaire qui communique les précieuses lettres au Directeur est assez conventionnelle. Mais le respect des conventions n’est-il point la marque de fabrique des entreprises. Il faut jouer le jeu c’est comme ça, c’est un rôle que celui de secrétaire et c’en est un autre que celui d’être Directeur. N’importe comment cela vous permet de répondre à la sempiternelle question « Que faites-vous dans la vie ? ».

 Kafka passait pour un employé modèle, extrêmement sérieux, le jour. Mais la nuit, il s’évadait et les nouvelles récoltées par Sylvie Blotnikas sont le fruit de ses fructueuses évasions, de ses rocambolesques virées nocturnes. Kafka c’est un cambrioleur de la réalité, l’artiste invisible qui se faufile aux yeux de tous, pour aller dénicher ce qui se cache sous la table, ce qui tremble derrière un tableau que l’on finit par ne plus voir tellement il fait partie des meubles. Elle a quelque chose de figé la réalité à cause de nos habitudes, à cause par exemple de cette routine qui cloue au sol un employé de bureau.

 Kafka ne va pas refaire le monde, il va le démonter en visiteur nocturne pour décocher ce qui grince sous la poussière, ce qui peut reprendre de l’éclat à la lumière fébrile de son imagination.  Mais ce n’est pas juste de l’imagination, Kafka ne cesse de prêter attention aux choses inopportunes, à se planquer devant le miroir gelé pour ramasser toutes ces brisures, tous ces indices, toutes ces traces humaines que laissent sur leur passage, tous ces gens que nous ignorons « dévoyés » par leur apparence.

 De ce point de vue, nous sommes tous des personnages de Kafka en quête d’identité, qui nous heurtons non pas à nos ombres mais à nos silhouettes en carton-pâte qui nous permettent de circuler sans trop d’encombre. C’est le laissez-passer de notre bonne mine qui nous empêche de sourire sur nos cartes d’identité.

 Grâce à la belle mise en scène de Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort, nous le retrouvons notre sourire !

 La douceur de Sylvie BLOTNIKAS et la drôlerie de Julien ROCHEFORT s’accordent heureusement aux récits de Kafka cocasses et pleins d’humour, pénétrants comme un charme insolite et précieux !

 Paris, le 18 Février 2020

 Evelyne Trân

 

LES CARNETS DE HARRY HALLER Extrait du roman Le Loup des Steppes de Hermann Hesse au Théâtre du Roi René – 12 Rue Edouard Lockroy 75011 PARIS jusqu’au 7 Mars 2020 – Jeudi, vendredi, samedi à 19 H 30 –

ROI RENEMise en scène : Jean-Christophe Barbaud

Interprétation : Frédéric Schmitt 

Frédéric Schmitt était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio libertaire 89.4, le samedi 15 Février 2020 en podcast sur le site de radio libertaire.  

Le Loup des steppes a élu domicile au Théâtre du Roi René qui se niche humblement dans la cour d’un immeuble au cœur du 11ème arrondissement de Paris. Vous pouvez bien sourire, ce loup-là existe bel et bien et pour vous en convaincre, nous vous invitons à pénétrer dans sa tanière, celle-là même où il gémit au jour le jour avant de sortir la nuit, se fondant dans l’obscurité, sans que personne ne soupçonne son existence.

 C’est à un écrivain allemand Hermann Hesse que nous devons sa découverte et la révélation de ses carnets intimes dans « une obscurité lumineuse » mise en scène par Jean-Christophe Barbaud.

 Curieuse mission que celle de lire à haute voix les élucubrations d’un pauvre type qui ne sait plus où il en est, qui ne comprend pas le monde qui l’attend dehors, bien qu’il soit prémuni, semble-t-il, par quelque existence antérieure et qu’il porte en lui quelques codes pour appréhender ce monde qui de toute évidence l’insupporte.

 Il faut préciser qu’il ne s’agit pas d’une lecture. Simplement, en nous projetant sur l’intimité du propos, nous retrouvons l’étrange émotion de celui qui entend lire par un autre, un instituteur par exemple, une composition personnelle.

 Englué dans la solitude, ce sentiment désespérant de n’exister pour personne, un homme, un dénommé Harry Haller découvre qu’il est habité par un loup d’une vitalité étonnante qui annonce d’emblée la couleur en ces termes : « Je sens brûler en moi un désir sauvage d’éprouver des sentiments intenses, des sensations ; une rage contre cette existence en demi-teinte, plate, uniforme et stérile ; une envie furieuse de détruire quelque chose »

 Du gite devenu trop étroit au monde de la rue, il n’y a qu’un pas et il faut tenir debout, oui, avec en tête ces grandes échasses qui allongent l’ombre du petit homme jusqu’à lui permettre d’atteindre, un peu comme Alice au pays de merveilles, ce qui remue derrière les portes muettes et aseptisées de ce monde « moderne » aussi factice qu’un décorum en carton-pâte envahi par les panneaux publicitaires.

 Nous sommes en 1927 mais aussi en 2020. Le loup des steppes ne fait pas partie de ces espèces en voie de disparition, il continue à arpenter les rues, c‘est un récolteur de sensations. Il a bien compris que grâce à des pauvres types comme Harry Haller, les ruelles de la nuit peuvent retrouver un visage humain.

 Le loup des steppes à une pêche à revendre, il est lumineusement incarné par Frédéric Schmitt, qui célèbre en quelque sorte ces petites épopées intérieures, ce trousseau de clés personnelles qu’il importe de faire tinter dans la rue en tant que citoyen du monde.

Paris, le 15 Février 2020          Evelyne Trân

 

Correspondance avec la mouette d’après ANTON TCHEKHOV & LIKA MIZINOVA Mise en scène NICOLAS STRUVE – Les Déchargeurs 3, rue des Déchargeurs RDC Fond Cour 75001 Paris – Date(s) : du 4 fév 2020 au 29 fév 2020 – Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 19h – Durée : 1h10

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D’après la correspondance entre Anton Tchekhov et Lika Mizinova
Traduction, adaptation, mise en scène Nicolas Struve
Geste scénographique Georges Vafias
Lumières Antoine Duris
Chorégraphie Sophie Mayer
Jeu David Gouhier, Stéphanie Schwartzbrod
Coréalisation La Reine Blanche – Les Déchargeurs & Cie l’Oubli Des Cerisers
Production Cie l’Oubli des cerisiers

Par esprit, rien que par esprit, c’est-à-dire sur le mode de l’évocation un peu comme lorsque Mallarmé dit « Une rose » et celle-ci apparaît.

 Cette légèreté est perméable dans les lettres que s’échangent Lika Mizinova et Tchekhov durant une dizaine d’années. Il y plane l’instant et le sentiment de l’éternité, celle de l’attente d’ultimes retrouvailles parce qu’il y a, c’est compréhensible à demi-mot, à la fois le désir et la crainte de cette fusion entre deux êtres qui s’appelle l’amour.

 Lika Mizinova, c’est quasiment l’âme sœur de Tchekhov. Chacun s’inquiète l’un pour l’autre et parmi leurs pensées, certaines semblent jetées comme des bouteilles à la mer, toujours dans l’espérance de leur réception, mais aussi avec la prégnance de l’incertitude, de l’écume des jours et de l’inconnue de la vie de l’autre.

 Il y a cette fulgurance de l’instant évanoui. La pensée se pose, s’éternise au bout des lèvres et puis s’envole un peu comme un oiseau, cette mouette si indépendante qu’elle ne se soucie pas d’être regardée et toujours au moment où l’on ne s’y attend pas s’élève dans le ciel.

 Ah ces mots qui ne seraient là que pour toujours retenir une âme prête à s’envoler vers une destination inconnue ou chez l’être espéré, invoqué qu’il ne faut surtout pas brusquer sinon par quelques flèches d’humour, de moquerie pour l’entendre comme s’il était vraiment là, rire et sourire tel un rayon de soleil soudain envahit une pièce solitaire. Qui est là derrière le soleil sinon l’être aimé.

 La mise en scène inspirée de Nicolas STRUVE, sobre et retenue comme sur un fil invisible, donne toute liberté aux deux comédiens de suggérer sur leur nuage, telle une partition comment ils rêvent leur amour bien au-dessus des parapets des mots.

 Rimbaud souhaitait peindre des vertiges, nous spectateurs nous les avons touchés, devinés, car l’histoire d’amour entre Lika et Tchekhov est aussi charnelle et la chair n’est pas triste si l’amour est là. Que dire de plus sinon que Stéphanie SCHWARTZBROD et David GOUHIER forment un prodigieux couple de mouettes ! Ne manquez pas ce spectacle !

Paris, le 14 Février 2020

Evelyne Trân

POINTS DE NON-RETOUR. QUAIS DE SEINE – TEXTE ET MISE EN SCENE : Alexandra BADEA – Tournée : le 3 février 2020 au Gallia Théâtre à Saintes – le 6 février 2020 à la Scène nationale d’Aubusson – du 12 au 14 mai 2020 à la Comédie de Saint-Étienne- le 1er juin 2020 au Sibiu International Théâtre Festival – Roumanie –

Avatar de Evelyne TrânTHEATRE AU VENT

quai bis
texte et mise en scène Alexandra Badea
avec Amine AdjinaAlexandra BadeaMadalina ConstantinKader Lassina TouréSophie Verbeeck
voix Corentin Koskas et Patrick Azam
scénographie et costumes Velica Panduru lumières Sébastien Lemarchand assisté de Marco Benigno création son Rémi Billardon dramaturgie Charlotte Farcet collaboration artistique Amélie Vignals assistée de Mélanie Nonotte  stagiaire à la mise en scène Mélanie Nonnotte construction du décors Ioan Moldovan / Atelier Tukuma Works direction de production, diffusion Emmanuel Magis assisté de Barbara de Casabianca et Leslie Fefeu
Dur travail de mémoire. Les jeunes d’aujourd’hui découvrent peut-être l’histoire de la colonisation française à travers les manuels scolaires, mais ils sont surtout menacés par cette chape de fond de l’oubli où se terrent en masse ceux qui ont été délibérément jetés dans la fosse commune et qu’il importe pourtant aux vivants d’invoquer pour ne pas s’éprouver malgré eux morts vivants au présent.
Les discours politiques…

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