CHANSON PLUS BIFLUORÉE…SPÉCIAL FÊTES au Théâtre de LA BRUYERE – 5, rue de la Bruyère 7500 PARIS – 12 représentations exceptionnelles du 21 Décembre 2019 au 5 Janvier 2020 – 21, 28, 31 décembre et 4 janvier : 18h45 – 22, 25, 29 décembre, 1er et 5 janvier : 16h – 23, 30 décembre : 20h3 – 24 décembre : 19h

Chanson Plus Bifluoré 2016 - Théâtre de la Bruyère - ©www.pallages.com

Mise en scène Marinette MAIGNAN

avec Sylvain RICHARDOT : piano, guitare, chant (baryton léger), Michel PUYAU : guitare, chant (ténor), Xavier CHERRIER : chant (baryton)

Si vous souhaitez vraiment faire plaisir à l’un de vos proches pour les fêtes de Noël, offrez lui sur le champ une place au Théâtre de la Bruyère où se produit actuellement pour 30 représentations exceptionnelles, le groupe CHANSON PLUS BIFLUOREE, mis en scène par l’excellente Marinette MAIGNAN.

On trouve de tout dans leur spectacle comme à la Samaritaine qui va rouvrir ses portes ! Le groupe vient de célébrer ses vingt cinq ans et se porte comme un charme . C’est un véritable ovni qui réussit à déverser aussi bien sur nos chères têtes blondes que nos têtes devenues blanches, sans oublier les noires, une sorte de bazar collectif, haut de gamme puisqu’il fait partie du patrimoine français ou gaulois – on ne sait plus – , aussi démonté qu’un bateau ivre qui maîtrise l’art de l’enflure pour faire craquer ces vieux paquebots si bien nommés Brel, Ferré, Trenet, Luis Mariano, Tino Rossi, Barbara, Frédéric François etc.

Le public se tient véritablement les côtes en écoutant une chanson de Barbara interprétée par Michel PUYAU au visage étrangement élastique, il se rince les oreilles de rire et d’étonnement en entendant Xavier CHERRIER interpréter Avec le temps de FERRE sur la musique de Y‘a D’la Joie de Trénet. Il tangue véritablement secoué par le shaker aux chansons, créateur de couples inattendus notamment celui de Barbara et Yves Duteil.

La groupe possède l’art de faire exploser chacune de ses goupilles avec le sourire effronté de l’enfance. Y’a de la joie à gogo certes mais aussi cet esprit frondeur qui ne désemplit pas, un véritable puits de mémoire qui tout à coup laisse remonter à la surface la Marseillaise de la paix créée par les enfants d’un orphelinat en 1893, un poème de Victor Hugo écrit après une visite au bagne, magnifiquement interprété par Sylvain RICHARDOT «Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne  »– ou le sketch de marionnette Pat et Marconi, jubilatoire.

Cette cuvée spéciale où les fans retrouveront leurs chansons phares  – Grosse chignole de mes amours, Oui je fais la vaisselle, Avoir du sopalin, Voilà la voix, Bon public, Pelez les noix, L’informatique etc. – a le toupet de remettre au diapason nos montres folles avec le tact et l’art d’horlogers hors pair, ciselant cet indispensable tic tac du cœur et du rire aphrodisiaque !

Paris, le 18 Décembre 2016  

Mis à jour le 10 Décembre 2019

Évelyne Trân

CHANSON PLUS BIFLUORÉE…SPÉCIAL FÊTES au Théâtre de LA BRUYERE – 5, rue de la Bruyère 7500 PARIS – 12 représentations exceptionnelles du 21 Décembre 2019 au 5 Janvier 2020 – 21, 28, 31 décembre et 4 janvier : 18h45 – 22, 25, 29 décembre, 1er et 5 janvier : 16h – 23, 30 décembre : 20h3 – 24 décembre : 19h

AFFICHE-SPECIAL-FETES_LA-BRUYERE-2019_SITE-MARILU

Mise en scène

Marinette Maignan

Avec

Sylvain Richardot (piano, guitare, chant – baryton léger), Michel Puyau (guitare, chant – ténor), Xavier Cherrier (Chant – baryton)

GOURMANDISES VOCALES

 « CHANSONS PLUS BIFLUOREE…SPECIAL FETES », le spectacle du fameux trio vocal, poursuit son aventure parisienne au THEATRE LA BRUYERE avant de partir en tournée dans toute la France et bien au-delà. Fondé en 1985, le quartette devient trio en 2001. Longévité exceptionnelle pour ces comédiens-vocalistes hors pair à la gestuelle drôlatique et, par ailleurs, experts…en grimaces.

Idées farfelues, délire joyeux, la construction de ce parcours scénique doit beaucoup à Marinette Maignan qui ne mérite que des éloges : mise en espace fluide, rythmée, inventive. En un mot, épicée. Nos trois larrons Xavier Cherrier, baryton, les deux ténors Sylvain Richardot (au piano) et Michel Puyau impressionnent tout au long de leur roborative prestation.

 Nombreuses créations originales où le thème de la gastronomie est ici un prétexte inégalé à la convivialité, à l’échange avec un public ravi. Les titres donnés aux chansons sont déjà très parlants : » Repas Boogie Wouah-Vive le vin », « Les rostis », « Spaghettis bolo », « Le chocolat ». Mais le trio se fait allègrement philosophe avec « Je suis vegan », « La vaisselle », « Les micros-ondes », « Sopalin », »Label bio ». On appréciera l’ode à « L’ami Mélenchon », diversion haute en couleurs…

Focus sur d’étonnants détournements de tubes immortels : »Quand on n’a que l’humour », « Grosse chignole de mes amours » ou « L’OGM », respectivement Brel, Luis Mariano et Aznavour. Du lourd. Façon virtuose. 

 Dérision et insolence pimentent les textes que relève aussi un parfum de poésie libertaire. De même, le trio réinvente les brillances oubliées du music-hall. Il confère à ce maelström pantagruélique un aspect jouissif, totalement abouti.  Entre truculence et fine réflexion sur notre monde légèrement déjanté.

 Il faut se précipiter pour vivre ce moment de folie capable de réunir  toutes les générations. Alertez vite vos amis, ils vous le rendront au centuple. 

 Paris, le 2 Mars 2019

Mis à jour, le 10 Décembre 2020

Laurent Gharibian

BERLIN 33 – CRÉATION Théâtre La Reine Blanche — Scène des Arts et des Sciences 2 bis passage Ruelle, 75018 Paris- du 20 nov. au 29 déc. 2019 mercredi, vendredi, dimanche : 19h Relâches les 08 & 25 décembre 2019.

berlin33_photonathervieux03-680x476TEXTE – Sebastian Haffner

TRADUCTION – Brigitte Hébert

ADAPTATION – René Loyon

CONCEPTION – Laurence Campet , Olivia Kryger, René Loyon

JEU : René Loyon

SON : Hervé Le Dorlot

LUMIÈRES :François LuberneE

 

Le livre témoignage de Sebastian HAFFNER  » Histoire d’un Allemand, souvenirs 1914 -1933 –  » dont est tirée l’adaptation en monologue par René LOYON de la 2ème partie, consacrée à l‘année 1933 et l’accession au pouvoir d’Hitler, a bien failli sombrer dans les oubliettes.

 Ecrit en 1938 à Londres où l’auteur fuyant le nazisme s’était exilé, le livre ne fut pas publié. Ce sont ses héritiers découvrant le manuscrit après sa mort qui décidèrent sa publication en 2000.

 A travers ce témoignage, nous découvrons avec effroi la terrible solitude d’une majorité silencieuse allemande complètement dépassée par la montée du nazisme, littéralement prise au piège par l’idéologie fasciste.

 Sebastian Haffner était à l’époque un jeune étudiant en magistrature, aussi insouciant que l’on peut l’être à son âge. Issu d’une famille bourgeoise, il n’avait pas de souci matériel et il n’avait pas de raison de s’inquiéter des discours antisémitiques – monnaie courante – qui ne le concernaient pas, n’étant pas juif lui-même.

La vérité c’est que comme nombre de ses concitoyens, il n’avait pas pris au sérieux la possibilité de la venue au pouvoir d’Hitler. « Je vivais dans la même apathie que des millions d’autres personnes, je laissais venir les choses. Elles sont venues » confesse t-il. 

 L’araignée tueuse a d’abord inoculé son venin sourdement, puis elle a resserré sa toile de façon stratégique, étouffant au fur et à mesure et impudemment toute velléité de résistance.

 Tous les individus étaient fichés à partir de questionnaires auxquels ils devaient obligatoirement répondre. Sebastian Haffner raconte comment son propre père a dû se soumettre au questionnaire, pour éviter le pire. Il était âgé, il n’avait pas le choix, mais il n’a pas survécu à la dépression morale qu’a entraîné l’effondrement de toutes ses valeurs.

 Il y a urgence nous dit René Loyon « à faire entendre la parole vive de Sebastian Haffner ». L’auteur ne se ménage pas lui-même. Il analyse les situations ,sur le double plan extérieur et intérieur, qui l’ont conduit à s’exiler par instinct de survie morale.

 Son témoignage a valeur de « lanceur d’alerte » aussi bien pour lui-même, car il s’agit aussi d’une introspection, que pour tous ceux qui refusent de tolérer les valeurs de l’extrême droite qui s’appuie selon LA HORDE sur 5 piliers idéologiques : le racisme, le sexisme, le nationalisme, le traditionalisme et l’autoritarisme.

 Nous le savons, l’extrême droite n’agit pas forcément à visage découvert. Elle entend aussi rassurer ses ouailles, avec des arguments sécuritaires et identitaires destinés à faire croire que l’ennemi ce sera toujours l’étranger qui vole le pain au bon français. En période de crise économique et de chômage, ce qui était le cas en Allemagne en 1933, ses discours font recette auprès d’électeurs qui n’imaginent pas le danger qu’elle représente pour la démocratie.

 La mise en scène est austère. René LOYON invite les spectateurs à se pénétrer du témoignage de Sebastian HAFFNER, d’autant plus dense et instructif qu’il est proféré d’une voix très posée et très calmement à la hauteur d’une voix intérieure, celle dont il ne faut jamais se débarrasser même à l’extérieur, notre petite lueur de conscience.

 Paris, le 8 Décembre 2019

 Evelyne Trân

G.R.A.I.N. Histoire de fous – Un spectacle de la Compagnie Mmm…. Ecrit et joué par Marie–Magdeleine – Co-écrit et mis – en – scène par Julien Marot – Durée 1H40 – Au Théâtre de la Manufacture des Abbesses 7, rue Véron 75018 Paris – Du 17 novembre au 31 décembre 2019 – Du Dimanche au Mercredi à 21H –

GRAIN

  • Texte et interprétation Marie-Magdeleine
  • Co-écriture et mise en scène Julien Marot

G.R.A.I.N. Histoire de fous – Manufacture des Abbesses – Novembre 2019 – Dossier de Presse (1)

Votre vision se trouble, votre rate vous démange, vous avez mal à l’estomac, vous voyez tout en noir ou au contraire tout en rose mais vous n’osez l’avouer. Rappelez-vous cette bonne Jeanne d’Arc qui entendait des voix, elle a fini au bûcher !

Ai-je vraiment envie de plaisanter à propos de troubles psychiques dont sont affectés les personnes diagnostiquées bipolaires.

Comme le disent les créateurs du spectacle « G.r.a.i.n histoire de fous » on est toujours la folle ou le fou de quelqu’un.

Mais nous ne pouvons évacuer la réalité de la souffrance des personnes qui s’éprouvent en marge de la norme et ont du mal à s’intégrer dans la société. Est-ce donc si difficile de vivre dans ce monde, et comment le supporter lorsqu’on a conscience de sa cruauté ? La plupart des gens tiennent le coup parce qu’ils sont soi-disant normaux, mais les autres ceux qui ne peuvent maîtriser leurs émotions parce qu’ils n’ont plus de repères, parce qu’ils sont dépassés, que leur perception est décalée par rapport à la norme, sont dits malades ou fous, faute de mieux.

Il leur faut des camisoles médicamenteuses pour survivre, disons qu’elles n’ont pas le choix ces personnes dites bipolaires pour tenter d’être acceptées ou tolérées dans ce monde.

Marie Magdeleine qui lors de son parcours de comédienne a animé un stage de théâtre dans une association accueillant des « usagers bipolaires » a l’audace de se mettre en scène parmi eux dans un « seule en scène » aussi mouvementé qu’un roman de Rabelais.

En un mot, les personnages et les situations qu’elle mime avec une virtuosité incroyable, sont désarmants par leur caractère épique, déjanté, cru et innocent.

Innocent parce que la réalité de « ces gens-là » comme dirait Brel n’est pas faussée par un quelconque jugement. Il s’agit d’une véritable entrevoyure (beau terme utilisé par Léo Ferré) théâtrale où s’engouffre une pléiade de personnages avec leurs tics, leurs grimaces, leurs incongruités, leurs pensées qui écarquillent tous les corsets de nos défenses puisque nous aussi, avouons-le, nous avons aussi nos camisoles, histoire de faire bonne figure et de passer notre chemin.

La folie à échelle humaine, oui tout simplement, c’est ce que nous propose Marie-Magdeleine à plusieurs voix avec un talent hors normes !

Paris, le 5 Décembre 2019

Evelyne Trân

LÉONARD DE VINCI, L’ENFANCE D’UN GÉNIE CRÉATION – TOUT PUBLIC – De Brigitte Kernel et Sylvia Roux au Studio Hébertot – 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris – DU 09 NOVEMBRE 2019 AU 25 JANVIER 2020 -​ Les samedis à 17h -​ Représentations supplémentaires les 27 et 30 décembre et le 3 janvier à 17h –

leonard

De Brigitte Kernel et Sylvia Roux

Adapté du roman de Brigitte Kernel (Édition LEDUC.S)

Mise en scène Stéphane Cottin

Avec Grégory Gerreboo

leonard bis

L’enfance d’un génie ! L’autoportrait de Léonard de Vinci en auguste vieillard ne permet pas d’imaginer que cet artiste fut un enfant comme les autres.

 Mais nous pouvons renverser la donne si notre regard vacille pour s’engouffrer là-bas vers ce que Léonard nous tend comme un mystère celui de la vie elle-même qu’il traversa par monts et vaux de ses transformations.

 L’autoportrait est peu amène, voire sévère, mais au-delà de la pause, suggère que le peintre est absorbé par la contemplation de quelque chose et c’est donc là-bas au bord de ses pupilles qu’il faut imaginer ce qui accapare toute son attention.

 Il faut passer de l’autre côté de la berge semble nous dire ce rêveur et même si cela doit prendre toute une vie.

Pour les spectateurs, cela prendra juste le temps d’aller chercher l’enfant que fut Léonard avant de devenir le génie humaniste aussi célèbre pour ses peintures que ses inventions extraordinaires.

Grégory GERREBOO qui a tout à fait l’allure d’une Petit Prince jeune homme, beau, affable, généreux et surtout enthousiaste, tourne les pages d’un livre géant – très jolie mise en scène de Stéphane Cottin – pour nous conter son enfance qui a toutes les résonances d’un conte de fée qui commence mal et finit bien.

Nous apprendrons que Léonard était un enfant bâtard. Le terme « bâtard » n’est pas anodin. Cela nous porte à penser que dès la naissance Léonard a dérogé aux normes. Ce n’est pas rien de savoir que l’on est né illégitime et que son propre père n’a pas cru nécessaire de vous reconnaître parce que vous êtes le fruit d’un amour interdit en dehors du mariage. Parce que sa mère n’était qu’une pauvre paysanne, le père de Léonard, notaire de son état, a décidé de séparer l’enfant de la mère.

Léonard développa donc de bonne heure son indépendance d’esprit et son imagination pour combler un manque affectif certain. Il réalisa cet exploit de convertir l’enfant illégitime, non reconnu, en artiste célèbre.

Cette illégitimité lui permit malgré tout de n’avoir pas à suivre les traces don père en devenant notaire à son tour. Libéré de cette charge de succession, il put donner libre cours à ses talents encouragés très tôt notamment par son grand-père et par Verrochio, un ami peintre de son père.

Par la grâce du spectacle charmant et délicat conçu par Brigitte Kernel et Sylvia Roux qui partagent l’aphorisme de Baudelaire « Le génie, c’est l’enfance retrouvée à volonté », les spectateurs sont invités à passer de l’autre côté du miroir dans le pays de l’enfance de Léonard de Vinci, là-bas, là-bas de l’autre côté de la berge.

Paris, le 4 Décembre 2019

Evelyne Trân

WILDE-CHOPIN SCHUBERT, SCHUMANN, RAVEL, BACH…Lecture musicale De Profundis au Théâtre Le Ranelagh – 5, rue des Vignes 75016 Paris – 9 représentations exceptionnelles – Tous les lundis à 20h30 à partir du 7 octobre 2019 jusqu’au 9 décembre 2019. Par Laurent Gharibian.

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Direction musicale
Mickaël LIPARI-MAYER

Complicité musicale, Pascal AMOYEL

Avec

Michel VOLETTI récitant adaptateur

Mickaël LIPARI-MAYER au piano

« De Profundis » – ultime oeuvre en prose d’Oscar Wilde (1897) – précède le point final de son oeuvre que constitue le long poème « La Ballade de la geôle de Reading » écrit deux ans avant sa mort à Paris en 1900.

« De Profundis » est une lettre d’amour rédigée à l’intention du jeune Lord Alfred Douglas lequel n’en prit jamais connaissance…

L’écrivain et dramaturge connut deux années de travaux forcés à la suite de trois procès perdus contre le père de son amant. Dans ce contexte tragique l’homme de lettres a opéré un travail de réflexion voire d’introspection. Plus de cent soixante pages – des fragments attendraient encore leur publication – dans lesquelles Oscar Wilde se livre avec une sincérité bouleversante. La relation entre le jeune lord et son aîné, parvenu au faîte de la gloire, fut traversée des soubresauts inhérents à toute passion amoureuse. L’homme déchu en déroule le film aux scènes crépusculaires alternant avec de rares éclaircies. La musique de l’âme sonne juste; elle se déploie, pétrie d’humanité et nourrie de la grandeur éblouissante du pardon.

Voici quelques années, le comédien Michel Voletti avait adapté pour le théâtre et interprété ce texte. Il le reprend aujourd’hui « dans une forme nouvelle pour le porter plus loin ». C’est là qu’intervient en amont le magnifique pianiste Pascal Amoyel en proposant son aide à Mickaël Lipari-Mayer afin que celui-ci réalise la direction musicale de la présente lecture.

Le jeune prodige de 24 ans – disciple, notamment, d’une élève d’Emil Guilels –  aborde l’instrument dès l’âge de 5 ans avec Pascal Amoyel et obtiendra à l’unanimité du jury son Prix de fin d’études au Conservatoire National de Région de Paris. Rien d’étonnant s’il produit aujourd’hui des étincelles : de son jeu émane la lumière du coeur, tantôt irisée, tantôt palpitante. Lumière toujours inspirante à l’évidence. Eclairant un spectacle aux rythmes comme aux climats subtilement différenciés. Mais toujours en harmonie.

En guise d’ouverture : Philippe Hersant pour la bien nommée « Ephémère n°13 ». Puis, de Frédéric Chopin -qu’affectionnait grandement  Oscar Wilde – un prélude. D’autres préludes suivront, associés à deux mazurkas et une valse toutes entremêlées d’oeuvres signées César Franck, Edvard Grieg (surnommé « le Chopin du Nord »), Robert Schumann (ami proche de Chopin), Franz Schubert, Olivier Messiaen et Jean-Sébastien Bach dont on sait l’influence sur le tout jeune Frédéric. Touche finale : Franz Liszt pour une « Bénédiction de Dieu dans la solitude » qui synthétiserait à elle seule l’absolue cohérence d’un propos.

Un propos d’une extrême densité et pour lequel Michel Voletti, en respectueux « passeur », a su développer d’instinct l’humanisme que peut requérir l’acte d’adapter : les incises effectuées dans l’imposant texte original se révélant, ici, invisibles.

Portant l’émotion à son paroxysme, le comédien évite cependant toute théâtralité et captive ainsi l’auditoire au fil de l’heure et demie où résonne cet oratorio à trois voix présenté sans mise en scène et sans décor. Le récitant – par sa présence, son naturel, son implication comme sa nécessaire distance avec le texte – nous rend celui-ci infiniment proche. Nous devenons, plus que des spectateurs, les confidents de ce qui apparaît bien souvent comme une confession des plus intimes.

Au cours de cette longue lettre Oscar Wilde conserve encore, semble t-il, quelques traces infimes du bonheur perdu. Dans un état de rédemption et d’humilité. A cet égard, la spiritualité et le mysticisme – dont parfois les mots portent l’empreinte – forment un volet pour le moins inattendu dans l’oeuvre de l’écrivain.

 C’est pourquoi la dimension musicale prend ici sa place légitime.

Michel Voletti transcende le tragique. Mickaël Lipari-Mayer y concourt à part égale. Tous deux sobres et intenses à la fois. Le partage se vit sur scène. Tout comme avec le public, recueilli, subjugué. Puis infiniment reconnaissant…pour ce fascinant « moment de plénitude » voulu et obtenu par deux artistes sensibles. Pleinement conscients de l’enjeu. Tout simplement.

                                                            Laurent Gharibian

 

 

Les Swinging Poules – Chansons synchronisées – Au théâtre de l’ESSAION 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris – Du 25 novembre au 6 janvier : les lundis et mardis à 21h – Relâches les 10, 17 et 24 et 31 décembre – Réservations 01 42 78 46 42 www.essaion.com. Par Laurent Gharibian

SwingingPoules-WEB

Mise en scène : Flannan Obé

Distribution : Florence Andrieu, Caroline Montier, Charlotte Baillot

en alternance avec Flannan Obé et

Philippe Brocard  au piano

Elles ont chacune une solide formation classique. Florence Andrieu, la créatrice de ce trio vocal d’exception, évolue de l’opéra à la comédie musicale et l’opérette en passant par le jazz. Charlotte Baillot chante aussi bien l’oratorio que l’opéra et fait partie d’ensemble vocaux de renom. Caroline Montier s’est formée au chant et au piano-jazz après un 1er Prix de piano et un 1er Prix de chant lyrique.

On pressent dès les premiers instants du spectacle  » Chansons synchronisées » que l’on va passer un moment délicieux. Cela se confirme jusqu’au bouquet final. Ce trio, c’est plutôt un quintette. Au piano, Philippe Brocard s’en donne à coeur joie. Et, lors d’interventions chantées, ce baryton fait montre de belles capacités de comédien, habitué qu’il fut de grandes scènes d’opéra.

Le cinquième élément de cette réussite c’est Flannan Obé, metteur en scène, accoucheur d’idées et expert à concrétiser tous les possibles dans une discipline exigeante.

 Sur les seize chansons que comporte ce show burlesque, il a réalisé l’adaptation française pour huit titres. Les originaux viennent d’outre atlantique. Deux ont pour auteur rien moins que Stephen Sondheim, deux autres Jule Styne, l’heureux compositeur de « Funny Girl » à l’affiche en ce moment dans la capitale. L’illusion est parfaite quant à ces chansons que l’on croirait appartenir… au patrimoine hexagonal.

Elles voisinent en harmonie avec nos classiques enfin entendus sous une autre forme comme « Les biaiseuses », « Il fait trop beau pour travailler » qu’avaient créé Les Parisiennes. On aime à retrouver « Ca tourne pas rond » de l’irremplaçable Francis Blanche autant que l’éternel « Syracuse » miracle de fusion entre Bernard Dimey et Henri Salvador.  Parmi d’autres perles, certaines sont respectivement signées Jean Yanne, Léo Lelièvre ou Raymond Vincy – auteur d’opérettes deux fois célébré ici – souvent éclipsé dans les mémoires au profit de l’illustre compositeur Francis Lopez.

Un travail de mise en scène époustouflant de précision permet de remettre dans la modernité un répertoire des années 50 et 60 qui saura satisfaire un public curieux de joies nouvelles.

Nos trois chanteuses se livrent avec une énergie, un aplomb et une fantaisie débridée qui forcent le respect et l’admiration. Ce brillant exercice de style, conduit avec un humour joliment féroce sur l’image de la femme, fait apparaître trois tempéraments aussi complémentaires que distincts:  gaffeuse impénitente,  fleur bleue émoustillée et fanatique nymphomane…Question actualité et pertinence, en plein dans le mille. Elles sont irrésistibles. Un must absolu. Pour un public toutes générations. Sans exclusive…

                                                      Laurent Gharibian

DOUCE d’après la nouvelle de DOSTOIEVSKI Mise en scène et adaptation : André Oumansky au Théâtre LEPIC – 1 Avenue Junot 75018 PARIS – Les vendredis et samedis à 19 H 30 – Les dimanches à 16 H.

DOUCEAvec Anna Stanic, Nicolas Natkin, Rose Noël et Maxime Gleizes

La pièce « Douce » est adaptée de la nouvelle « La Douce » de Dostoïevski publiée en 1876. Cette nouvelle fait figure de charnière dans la démarche spirituelle et politique de Dostoïevski qui dénonce le libéralisme et ne voit d’autre issue à la faillite morale et existentielle des individus que le christianisme orthodoxe.

 A vrai dire, Dostoïevski n’aura pas cessé par l’intermédiaire de ses personnages de se remettre en question comme s’il entendait utiliser sa fonction de narrateur comme celle d’un greffier sténographiant un procès.

 Lorsqu’on songe aux procès médiatiques de nos jours, il est particulièrement intéressant de se pencher sur un procédé littéraire inspiré par la lecture du journal d’un condamné à mort de Victor Hugo qui donne toute latitude à l’espace mental d’un individu mis en cause par la société, par ses proches, qui tente sinon de se justifier, de s’authentifier.

Dans la nouvelle La Douce, un homme se retrouve au pied du mur à la suite du suicide de sa jeune épouse. Au pied du mur parce qu’il n’a plus d’autre interlocuteur que lui-même pour comprendre l’acte de sa femme qui le prive dans sa chair, dans son être d’une partie de lui-même.

Il s’agit pour Dostoïevski de traduire à travers un monologue intérieur l’impuissance morale d’un homme qui s’éprouve à la fois coupable et victime prisonnier de ses idées fixes mais aussi de ses contradictions.

Si nous adoptions une lecture psychanalytique de ce monologue, nous pourrions penser assister à cette lutte intestine entre le surmoi d’un individu et son moi. De toute évidence le moi ne fait pas le poids. Pourtant la messe n’est jamais dite chez les personnages de Dostoïevski, trop complexes pour se satisfaire de leur représentation, leur rôle social ou familial.

Le héros de Douce qui n’est pas nommé sait pertinemment que seul l’amour peut faire rayonner les grilles de sa prison mentale. Il le trouve à travers une jeune personne qui est aussi pure, généreuse, pleine de vie qu’il est radin, précautionneux, ennuyeux. En l’épousant, il l’a sauvée d’un mariage forcé avec un vieil homme, il l’a sauvée aussi de la misère. Contre toute attente, Douce se rebelle contre son comportement. Elle semblait l’aimer mais un jour en totale dépression, elle tente de le tuer. Il lui pardonne mais c’est trop tard, Douce se défenestre sans qu’il puisse déterminer si son acte était prémédité.

Dans l’adaptation d’André OUMANSKY, nous assistons comme à un rêve éveillé ou un cauchemar aux scènes que se remémore le mari pour débrouiller les nœuds du drame avec juste trois personnages, celui de Douce, du faux ami indésirable et sans scrupules et de la servante.

Comment revient-on sur sa vie passée pour expliquer sa situation présente ? Tout un chacun connait ces flash-backs où il est possible de se projeter soi-même à distance de ce que l’on est devenu. Cet exercice intime requiert parfois le recours à des psychanalystes. Il ne peut être totalement raisonné puisqu’il est soumis à des émotions souvent douloureuses.

Volontairement épurée, la mise en scène suggère la décomposition latente de l’espace extérieur, projection de l’espace mental du mari qui conduira à la dépression son épouse.

La composition de Nicolas NAKTIN est remarquable qui donne à entendre un anti-héros, un homme ordinaire, peu sympathique qui s’est construit sur ses propres bassesses.

Maxime GLEIZES joue parfaitement le faux ami cynique trouble-fête et Rose NOËL la servante, témoin du drame.

Il revient à Anna STANIC, d’endosser avec toute la finesse requise, celle qui incarne à la fois la force d’âme et la douceur, la fraîcheur et la beauté.

 Cette tragique histoire d’amour impossible entre un usurier et une âme pure résonne d’autant plus qu’elle ne crie pas, elle aura traversé l’esprit d’un homme et d’une femme se regardant vivre sans se comprendre.

 La mise en scène dépouillée d’André OUMANSKY, sur le fil, rapproche pour nous Dostoïevski de Maupassant ou même de Flaubert, où l’arbre n’est pas là pour cacher la forêt mais l’insinuer et seuls les individus pris à part peuvent en parler.

 Le décor est succinct, l’essentiel est là avec cette caisse de prêt qui pourrait faire penser à un cercueil ou un poids mort qui sépare les deux époux. Elle cloue au sol les protagonistes qui ne peuvent en faire abstraction et évidemment l’usurier dont dépend le sort de pauvres gens. Ce dernier donne l’impression de jouir de son pouvoir. La scène où il s’amuse de la détresse de sa future épouse venue déposer en gage des pacotilles est particulièrement éloquente.

 Cette pièce mérite un large public. Nous avons apprécié la limpidité de la mise en scène qui s’attache à l’essentiel, c’est-à-dire aux personnages incarnés très justement par les comédiens. Même si le mouvement est encore un peu lent, nous ne pouvons que saluer cette belle mise en scène de Douce si profonde !

Paris, le 2 Décembre 2019

Evelyne Trân