MADAME VAN GOGH de Cliff Paillé – Mise en scène de Cliff Paillé – Au Studio Hébertot 78 bis Boulevard des Batignolles – 75017 Paris – DU 15 OCTOBRE AU 16 DECEMBRE 2019 – LUNDI A 19 HEURES DIMANCHE 19 H TRENTE –

van gogh

De Cliff Paillé

Mise en scène de Cliff Paillé

Avec Lyne Lebreton et Romain Arnaud-Kneisky

Durée : 1h15

 

Madame VAN GOGH” Le titre de la pièce parfaitement bienvenu nous interroge puisqu’à notre connaissance Vincent VAN GOGH n’était pas marié. Oui, Madame VAN GOGH était « seulement » la veuve de Théo VAN GOGH, le frère de Vincent. Avec intelligence Cliff Paillé rend hommage à cette femme qui consacra sa vie à la reconnaissance de l’œuvre de Vincent.

A sa mort, ce dernier n’était connu que dans le petit cercle des peintres impressionnistes qu’il côtoyait et n’aurait vendu qu’une seule toile. Héritière de 200 tableaux, Johanna VAN GOGH ne fut pas tout de suite consciente de leur valeur. C’est à travers l’imposante et prolifique correspondance de Vincent avec son frère Théo, qu’elle s’attacha à comprendre l’homme qui fut une source de conflits dans sa vie de couple.

L’obstination d’Emile Bernard, un ami peintre de Vincent eut raison de son refus d’exposer les œuvres. Elle s’occupa elle-même des expositions plus tard en retournant au Pays Bas.

 Johanna en deuil de son époux Théo se retrouvait face à un héritage colossal. La pièce qui met en scène Emile Bernard et la jeune veuve permet d’appréhender toute la force et le courage qu’il fallut à Johanna pour accepter moralement cet héritage en mémoire du peintre et également de son frère.

La publication de la correspondance de Vincent avec Emile Bernard,  tout d’abord puis avec Théo Van Gogh contribua à la découverte du peintre.

La démarche de Johanna était désintéressée. Son fils également prénommé Vincent le prouva en léguant au musée d’Amsterdam la majeure partie de l’œuvre.

Interprétée avec vivacité sur le mode mineur de la conversation par Lyne Lebreton et Romain Arnaud-Kneisky, la pièce fait le portrait d’une femme ordinaire, sans présomption artistique à qui l’on doit grâce à son intuition et sa sensibilité, la reconnaissance de Van Gogh.

La mise en scène est toute en ambiance sensible et volontairement légère, elle  bénéficie, il faut le dire, du charme de la comédienne Lyne Lebreton. Quelques projections des toiles sur fond de scène permettent d’imaginer comment Johanna petite fée des deux frères s’y promène enchantée et rêveuse, amoureuse !

Paris, le 4 Novembre 2019

Evelyne Trân

Léo et lui – Textes de Léo Ferré – Adaptation de Jean Pétrement – ESSAÏON THEATRE 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris – Du 29 novembre 2019 au 25 janvier 2020 Les vendredis et samedis à 19h30 –

  • LEO ET LUI
  • Auteur : Textes Léo Ferré

  • Adaptation Jean Pétrement

  • Mise en scène : Lucile Pétrement

  • Avec : Léonard Stéfanica, Jean Pétrement

 

Voir la bande annonce

 

L’espace d’une génération, elle n’est pas si grande la distance entre un père et un fils, elle est même bienvenue lorsqu’elle permet au père de jouer le rôle d’éclaireur sur les sentiers de la poésie perchée dans les étoiles.

Le père voudrait partager avec son fils la passion qu’il éprouve pour la poésie de Léon FERRE, il lui offre son cœur en vérité mais le fils musicien, debout sur son cheval fougueux, regarde les pierres qui se dressent sur son chemin. Il est découragé, il perçoit le gouffre entre son désir de création et le monde qui l’entoure. Il est prêt à lâcher les rênes, à renoncer. La voix de son père, trop lointaine, il l’associe à son désenchantement.

Mais le père, lui, sait bien que le doute fait partie du processus créatif de tout artiste et l’exhorte de plus belle à s’exprimer.

Etonnamment à partir des seuls textes de Léo FERRE, tirés principalement des Chants de la fureur, Jean PETREMENT réussit à instaurer le débat entre un père et un fils en quête de retrouvailles, la sensation du passé étant elle toujours à venir.

D’ailleurs, le temps pour le poète est d’ordre musical et qu’importe les ritournelles, Léo FERRE n’a cessé de piaffer mais sous les sabots du cheval au galop, nous avons tellement entendu  la terre soulevée, celle qui soupire, gémit, rote et soudain peut devenir élégiaque, lyrique, parler des larmes dans la poussière !

Le spectacle réellement intense permet de découvrir le talent de Léonard STEFANICA qui interprète des chansons de Léo sur des musiques électro-acoustiques

 Jean PETREMENT quant à lui dans le rôle du père, donne toute sa dimension intérieure aux poèmes qui se déploient sur le mode de la pensée, intemporelle.

 Mise en scène avec une belle sobriété par Lucile PETREMENT, cette création originale et bouleversante immerge le spectateur dans l’univers de Léo FERRE avec une saisissante profondeur.

Nous voici en quelque sorte au cœur du bateau ivre de Rimbaud, dont la proue serait Léo FERRE lui-même.

Paris, le 15 Juillet 2018

Mis à jour le 3 Novembre 2019 

Evelyne Trân

EXIL.jpg

Avatar de Evelyne TrânTHEATRE AU VENT

Avec  Jean PETREMENT et aux violons :

Leonard STEFANICA et

Clément   WURM

 Les 44 duos pour violons de Béla BARTOK sont de véritables petites perles musicales, à l’état brut, inspirées des airs populaires de la musique paysanne hongroise s’étendant aux territoires slovaques,serbes et roumains.

 A la faveur d’une commande pour une nouvelle méthode de violon, Béla BARTOK composa ce bouquet de duos en 1931, puisant, dans le vivier des mélodies paysannes, les airs les plus représentatifs d’une musique qui renferme en quelque sorte l’âme de tous ceux qui l’ont véhiculée et qui semble rejaillir des racines mêmes de leur terre, pour devenir leur langue musicale.

 Il est possible d’écouter seulement la musique, mais il faut reconnaitre que l’on assiste aussi à une sorte de chorégraphie naturelle des archets sur les violons, ce qui plonge l’oreille dans le mouvement inouï des êtres et des choses. Etrange sollicitation de…

Voir l’article original 202 mots de plus

RIMBAUD VERLAINE – THEATRE MUSICAL DE STEPHAN ROCHE AU THÉÂTRE DU GYMNASE MARIE BELL – 38 boulevard de Bonne Nouvelle 75010 Paris / 01 42 46 79 79 – JUSQU’AU 19 JANVIER 2020 – Jeudi, Vendredi, Samedi à 19h – Dimanche à 16h (durée 1h30) –

Rimbaud-Verlaine-DEF
Livret et mise en scène : Stéphan ROCHE
Musique : Daniele MARTINI
Scénographie : Rodrigo BASILICATI CARDIN / Chorégraphie : Pascale MOE BRUDERER
Lumières : Paolo BONAPACE / Images : Samantha ORNON / Animations et projections : Sara CALIUMI
Assistante mise en scène : Camille POUGET
avec
Éric JETNER (Rimbaud)
Stéphan ROCHE (Verlaine)
Marion CADOR (Mathilde Mauté)
Éléonore BEAULIEU (Mère des deux poètes)
Henri DE VASSELOT (Le juge et Le pelletier)
Pascale MOE BRUDERER (La fée verte)

Au 19ème siècle, la poésie était-elle l’apanage des bien nés, des bourgeois cultivés qui faute de talent astiquaient précieusement leurs vers ? Il fallut le coup de sang de Rimbaud, pour bouleverser la donne. Non, la poésie n’était pas faite pour être ânonnée dans les salons galants :

« Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l’ai trouvée amère. − Et je l’ai injuriée. Je me suis armé contre la justice. Je me suis enfui. »

Rappelons que Verlaine et Rimbaud ont tous deux connu l’insurrection de la Commune (du 18 mars au 28 Mai 1871), ils ont même croisé Jules Andrieu une de ces figures marquantes. La rencontre entre les deux poètes se situe en septembre 1871 et ce n’est pas une coïncidence. Rimbaud avait besoin d’un interlocuteur à sa taille pour donner vie à son projet, faire de la poésie une messagère de la révolution.

Sans doute a-t-il été déçu, Verlaine n’avait pas vraiment de velléités révolutionnaires, c’était juste un banal fonctionnaire assujetti à son milieu petit bourgeois. Mais Verlaine tomba si violemment amoureux de Rimbaud qu’il était prêt à sacrifier femme, enfant, travail, à l’autel de son amour. Rimbaud admirait le poète Verlaine mais, semble t-il, méprisait l’homme jugé faible et sans envergure.

Les deux jeunes hommes, Rimbaud avait 17 ans, Verlaine 27, avaient en commun une figure tutélaire, celle de la mère, qui représentait une autorité faillible car terriblement solitaire. Aussi bien, Vitalie la mère de Rimbaud réputée austère que Stéphanie, la mère de Verlaine n’ont jamais abandonné leurs fils. Exit les pères dont il n’est vraiment jamais question dans les biographies des deux poètes.

Dans le spectacle, ces deux mères incarnées par la même actrice occupent donc une place très importante, ainsi que Mathilde, l’épouse de Verlaine, et une danseuse représentant la fée verte, l’absinthe dévastatrice.

Brossée à grands coups de pinceaux fulgurants, avec des projections quelque peu tapageuses, l’illustration opère cependant par sa sincérité, elle prend surtout du relief grâce à la présence des deux artistes, Éric JETNER et Stéphan ROCHE qui incarnent magnifiquement les poètes. La poésie telle une mer agitée s’y exprime à pleins poumons, elle est charnelle, sensuelle, véhémente, emportée tout en restant humaine telle un hymne à la jeunesse et aux orages de la passion. Le coup de feu résonne encore dans nos esprits comme le tragique désespoir d’un homme malheureux, Verlaine qui a compris que son amant, cet ange tombé du ciel, allait le quitter. Leur histoire d’amour n’aura duré que 3 ans, le temps pour Verlaine de se séparer de sa femme, le temps pour Rimbaud de solder son adolescence.

L’histoire retiendra aussi l’humiliation subie par Verlaine, dont l’intimité fut exhibée comme s’il s’agissait d’un animal de laboratoire dans le but de fustiger son homosexualité.

Pour illustrer ce drame passionnel et le dérèglement de tous les sens appelé par Rimbaud, avec juste une petite équipe d’artistes polyvalents, talentueux,

Stéphan ROCHE a donné carte blanche à ces trois muses, la danse, la musique, la peinture qui s’exhortent mutuellement pour asseoir la poésie vivante à leurs genoux, véritable flamme de ce spectacle inspiré, désiré par Pierre CARDIN.

Paris, le 3 Novembre 2019

Evelyne Trân

LES PATES A L’AIL de Bruno GACCIO, Philippe GIANGRECO, Jean-Carol LARRIVE Mise en scène JEAN-CAROL LARRIVE – au Théâtre la Scène Parisienne 34 rue Richer Paris 75009 Du 3 Octobre 2019 au 31 Décembre 2019, Jeudi, Vendredi et Samedi à 19H –

Affiche-Les_pates_a_lail

Avec Bruno GACCIO et Philippe GIANGRECO
Créateur Lumière: PHILIPPE HATTE
Scénographie : EMILY GEIRNAERT
Credit Photo : Aurore Vinot
Production : COQ HÉRON PRODUCTIONS GLG PRODUCTIONS et LA
SCENE PARISIENNE
Durée : 1H 15

Voilà un spectacle cousu main pour Bruno Gaccio et Philippe Giangreco,  deux artistes qui se connaissent de longue date. Ils jouent dans les Pâtes à l’ail deux amis qui se sont fait un point d’honneur de se donner rendez-vous une fois par mois. Philippe a une vie bien rangée, il est restaurateur, marié avec deux grands enfants, Bruno, célibataire, photographe itinérant enchaîne les aventures avec le beau sexe.  A vrai dire, leurs vies n’ont rien d’extraordinaire et n’échappent pas aux clichés. C’est bien connu le bonheur n’engendre pas d’histoire. Il importe donc que la marmite des pâtes à l’ail déborde un peu et qu’un gros nuage noir sème le trouble entre les deux amis.

Philippe annonce à Bruno qu’il est atteint d’un cancer généralisé et qu’il lui reste six mois à vivre. Désirant à tout prix s’épargner la déchéance, il prie son ami de l’euthanasier. Il a déjà prévu toute la procédure. Evidemment, c’est un choc pour Bruno qui après avoir refusé, fait semblant d’accepter, réussissant grâce à des divulgations touchant à la vie intime de Philippe, à noyer le poisson.

A la suite de ces révélations choquantes qui remettent en question sa vie maritale et filiale, Philippe comprend qu’il n’est pas encore prêt pour mourir et décide de se battre contre la maladie.

Interprétée avec finesse par les deux comédiens terriblement complices, la pièce agit comme un remontant moral vis-à-vis de ceux qui sont ou ont été confrontés à la maladie. Elle fait de l’amitié indéfectible, un point d’orgue pour lutter contre l’adversité. Les révélations grosses comme des maisons font sourire sous cape aux dépens des deux compères. Le rire étant le propre de l’homme enjoint la faucheuse à aller voir ailleurs.

Il est donc possible de parler de la mort en souriant. C’est tout le message de cette pièce qui sonne juste et est délibérément optimiste, assurément bien épicée grâce à l’ail – Aïe, aïe ! – qui embaume cette plaisante soirée !

Paris, le 1er Novembre 2019

Evelyne Trân