APRES LA NEIGE – TOUT PUBLIC – TEXTE ET MISE EN SCENE D’AURELIE NAMUR – Cie Les Nuits Claires – Festival off Avignon -du 5 au 25 juillet à 10h ( relâches les 11 et 18 Juillet) à la Manufacture, La Patinoire – Accessible uniquement en navette, départ 2 rue des écoles Avignon.

Photo Gabrielle BAILLE

Assistanat mise en scène : Anna Zamore

Dramaturgie & collaboration artistique: Félicie Artaud

Interprétation : Julie Méjean, Brice Carayol,

 Brunelle Damond et Chloé Marty-Ané (en alternance)

Scénographie : Claire Farah

Construction décor : Bernard Caumel

Création et régie sonore : Antoine Blanquart

Création lumière : Claire Eloy

Régie lumière: Claire Eloy et Bruno Matalon

Chargée de production : Laure Desmet
Administration de production : Elisa Cornillac

Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima, nous en avons tous entendu parler et à vrai dire nous préférerions ne pas y penser, il y a tellement d’autres urgences à régler au jour le jour au quotidien.

 Aurélie NAMUR justement s’est saisie de cette notion du quotidien de façon très perméable pour écrire une pièce qui mobilise à la fois notre imaginaire et notre conscience.

 Elle entend faire partager l’émotion qu’elle a ressenti lors de la réception d’un documentaire « Le monde après Fukushima » de Kénichi WATANABE et une scène en particulier où l’on voit une mère exhorter sa fille de 6 ans « à ne jouer dehors qu’une heure seulement, et à ne pas toucher le sol… ».

 Une perspective de fin du monde en quelque sorte où tout ce qui fait partie de l’ordinaire, est soudain remis en question, requiert une vigilance, une attention de tous les instants parce que le sol se trouve contaminé et qu’il n’est plus possible de se déplacer sans un dosimètre mesurant la radioactivité.

 La pièce met en scène une famille juste composée du père, de la mère et de leur petite fille, réfugiés dans un préfabriqué à quelques kilomètres du lieu de la catastrophe.

 Il faut pourtant continuer à vivre, supporter le sentiment de se trouver en quarantaine, coupés du monde par le malheur. Les parents composent avec leurs angoisses car crier au secours devient dérisoire.

 Vivre au jour le jour désormais prend tout son sens. Il n’y a plus de place pour les futilités extérieures. Il faut reprendre possession de soi, de l’essentiel, ses rêves, ses sentiments. Dans une telle situation, lever les yeux vers la lune, lui parler comme fait la mère c’est du bonheur.

 Et puis il y a l’être enfant, la petite fille qui dispose d’un tel capital de vie qu’il est impossible d’oublier son rayonnement. Comme si l’enfant avait d’autres antennes que celles des adultes.

La petite fille prénommée Alice comprend le danger mais il ne lui fait pas peur. Elle réussit à communiquer avec les animaux dont elle capte la présence souvent invisible mais irrésistiblement prégnante. Une biche qu’elle poursuit jusque dans un terrain très éloigné de son gite, devient son interlocutrice fantastique et magique.

 Mais que vient donc faire le rêve dans la réalité ?  Le rêve nous parle de vie possible, de lutte pour la vie, d’instinct de vie qui bataille contre l’instinct de mort.

 La pièce d’Aurélie NAMUR, de facture très poétique questionne notre présence au monde. Puisque nous ne pouvons pas nous mettre à la place des irradiés de Fukushima, elle a transposé l’histoire dans un pays imaginaire où il est juste question d’humains dont les expériences tragiques interrogent notre avenir, celui primordial de nos enfants.

 Elle plonge le noyau dur, celui d’une situation extrême, dans le courant d’un rêve qui permet d’entrer dans les têtes des personnages de façon fluide, d’intercepter leurs mouvements, leurs sensibilités de l’intérieur. Tout devient langage dans le sable mouvant de la pensée, tous les sens sont sollicités.

 A la fois dépouillée et onirique, la mise en scène réussit de façon surprenante à nous parler d’un sujet particulièrement difficile, les catastrophes nucléaires, par le prisme du rêve, du fantastique.

 Il s’agit d’un spectacle merveilleusement sensible, interprété par des comédiens particulièrement réceptifs, sans d’autre prétention que de nous parler doucement, en s’adressant aussi bien à l’enfant qui est en nous qu’à l’adulte responsable, de l’avenir du genre humain, ici et maintenant.

 Paris, le 25 Décembre 2018

Mise à jour le 14 Juin 2019

 Evelyne Trân

APRES LA NEIGE – CREATION 2018 – TOUT PUBLIC – TEXTE ET MISE EN SCENE D’AURELIE NAMUR – AU THEATRE POPULAIRE D’UZES – Cour de l’Ancien Évêché 30700 UZES le 4 AVRIL 2019 –

 

TOURNEE 2019

• 6 avril au centre culturel d’Alénya à 20 H 30

• les 17 & 18 AVRIL à L’Illustre Théâtre à Pézenas (34) à 20h45 dans le cadre de la saison culturelle du Théâtre de Pézenas avec SortieOuest-EPIC Hérault Culture et le Théâtre Le Sillon-Scène conventionnée d’intérêt national Art en Territoire.

• APRES LA NEIGE sera au festival d’Avignon off 2019 à La Manufacture 

le 10 OCTOBRE à la Scène Nationale d’Alençon (61) – (Horaire défini ultérieurement)

 
  

Assistanat mise en scène Anna Zamore
Collaboration artistique
Félicie Artaud
Scénographie
Claire Farah
Construction décor
Bernard Caumel
Création sonore et

régie générale
Antoine Blanquart
Création lumière
Claire Eloy
Régie lumière
Bruno Matalon

Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima, nous en avons tous entendu parler et à vrai dire nous préférerions ne pas y penser, il y a tellement d’autres urgences à régler au jour le jour au quotidien.

 Aurélie NAMUR justement s’est saisie de cette notion du quotidien de façon très perméable pour écrire une pièce qui mobilise à la fois notre imaginaire et notre conscience.

 Elle entend faire partager l’émotion qu’elle a ressenti lors de la réception d’un documentaire « Le monde après Fukushima » de Kénichi WATANABE et une scène en particulier où l’on voit une mère exhorter sa fille de 6 ans « à ne jouer dehors qu’une heure seulement, et à ne pas toucher le sol… ».

 Une perspective de fin du monde en quelque sorte où tout ce qui fait partie de l’ordinaire, est soudain remis en question, requiert une vigilance, une attention de tous les instants parce que le sol se trouve contaminé et qu’il n’est plus possible de se déplacer sans un dosimètre mesurant la radioactivité.

 La pièce met en scène une famille juste composée du père, de la mère et de leur petite fille, réfugiés dans un préfabriqué à quelques kilomètres du lieu de la catastrophe.

 Il faut pourtant continuer à vivre, supporter le sentiment de se trouver en quarantaine, coupés du monde par le malheur. Les parents composent avec leurs angoisses car crier au secours devient dérisoire.

 Vivre au jour le jour désormais prend tout son sens. Il n’y a plus de place pour les futilités extérieures. Il faut reprendre possession de soi, de l’essentiel, ses rêves, ses sentiments. Dans une telle situation, lever les yeux vers la lune, lui parler comme fait la mère c’est du bonheur.

 Et puis il y a l’être enfant, la petite fille qui dispose d’un tel capital de vie qu’il est impossible d’oublier son rayonnement. Comme si l’enfant avait d’autres antennes que celles des adultes.

La petite fille prénommée Alice comprend le danger mais il ne lui fait pas peur. Elle réussit à communiquer avec les animaux dont elle capte la présence souvent invisible mais irrésistiblement prégnante. Une biche qu’elle poursuit jusque dans un terrain très éloigné de son gite, devient son interlocutrice fantastique et magique.

 Mais que vient donc faire le rêve dans la réalité ?  Le rêve nous parle de vie possible, de lutte pour la vie, d’instinct de vie qui bataille contre l’instinct de mort.

 La pièce d’Aurélie NAMUR, de facture très poétique questionne notre présence au monde. Puisque nous ne pouvons pas nous mettre à la place des irradiés de Fukushima, elle a transposé l’histoire dans un pays imaginaire où il est juste question d’humains dont les expériences tragiques interrogent notre avenir, celui primordial de nos enfants.

 Elle plonge le noyau dur, celui d’une situation extrême, dans le courant d’un rêve qui permet d’entrer dans les têtes des personnages de façon fluide, d’intercepter leurs mouvements, leurs sensibilités de l’intérieur. Tout devient langage dans le sable mouvant de la pensée, tous les sens sont sollicités.

 A la fois dépouillée et onirique, la mise en scène réussit de façon surprenante à nous parler d’un sujet particulièrement difficile, les catastrophes nucléaires, par le prisme du rêve, du fantastique.

 Il s’agit d’un spectacle merveilleusement sensible, interprété par des comédiens particulièrement réceptifs, sans d’autre prétention que de nous parler doucement, en s’adressant aussi bien à l’enfant qui est en nous qu’à l’adulte responsable, de l’avenir du genre humain, ici et maintenant.

 Paris, le 25 Décembre 2018

Mise à jour le 29 Mars 2019

 Evelyne Trân

VIVE DEMAIN ! Michèle BERNIER – ONE WOMAN SHOW au Théâtre des Variétés 7 Bd Montmartre 75002 PARIS – A partir du 17 Janvier 2019 -• Durée : 90 min – • Horaires: Du mercredi au samedi à 20h30 et matinées le samedi et dimanche à 17h00 –

 Créateurs

Auteure : Marie Pascale OSTERRIETH et Michèle BERNIER
Metteuse en scène : Marie Pascale OSTERRIETH assistée de Hélène CHRYSOCHOOS
Décors et Images : Pierre-François LIMBOSCH
Lumières : Laurent CASTAINGT
Musique : Jacques DAVIDOVICI
Costumes : Charlotte DAVID

Impressionnante Michèle BERNIER, virtuose du coq à l’âne ! Sauf que chez elle, la césure n’est pas brusque, elle est invisible, ce qui lui permet de surfer intelligemment sur toute une mine de sujets qui orientent de nos jours nos conversations, stigmatisés par les médias, la crise climatique, la robotisation grandissante, la fin du monde, projetant sur l’avenir de l’homme une ombre décidément monstrueuse.

Qu’à ne cela ne tienne, Michèle BERNIER n’est pas du genre à se laisser abattre et puis elle dispose de cette qualité hors normes, l’humour qui suggère de ne jamais se prendre au sérieux.

Songeons que les esprits d’Aristophane, Rabelais, Molière, Socrate et toute une constellation de philosophes ont survécu aux guerres, aux annonces d’apocalypse.

Donc, la bonne humeur, le système D, notre capacité d’adaptation la méthode Coué, peuvent en découdre avec cette épée de Damoclès brandie par les Cassandre de tous bords.

Michèle BERNIER n’a pas besoin de beaucoup d’artifices pour oser imposer sur scène sa présence, somme toute vulnérable, mais bouillonnante.

Avec cette niaque qui la caractérise, Michèle BERNIER suscite l’empathie du public ravi de cette belle opportunité de s’entendre dire : Vive demain !

Paris, le 28 Mars 2019

Evelyne Trân

 

BONHOMME Un spectacle de Julien Tauber (conteur) et Vincent Godeau (illustrateur) – Un conte visuel et farfelu – Un spectacle tout public dès 7 ans – Le 20 mars à 19h30, 21 mars à 10h et 14h30 Théâtre A Malraux – Chevilly Larue (94) et Théâtre d’ETAMPES (91) le mardi 2 avril à 10h et 14h30 et le mercredi 3 avril à 15h –

Texte de Julien Tauber

Avec Julien Tauber conteur

Décors : Vincent Godeau assisté d’Arnaud Finix

Mise en scène : Sylvie Faivre

Création musicale : Linda Edsjö

Conception sonore : Pierrick Le Rille

Création lumières : Colas Reydellet

Teaser : Marie Cogné

Photos : Stéphanie Gutierrez-Ortega

Avec le coup d’œil avisé et le soutien logistique de Floriane Soyer, avec le regard bienveillant d’Abbi Patrix et le soutien de Marina Tullio et de la compagnie du cercle.

TOURNEE

AVRIL 2019 –

Théâtre d’Etampes (91)
 mardi 2 avril à 10h et 14h30 et le mercredi 3 avril à 15h  

Grande Halle de la Villette – Salle B Vian – Paris

16 avril à 10h, 17 avril à 10h et 15h
18 avril à 10h et 14h30
19 avril à 10h et 19h
20 avril à 15h

MAI 2019 –

22 mai à 10h et 15h
Espace 600 – Grenoble (38) dans le cadre du
festival des arts du récit en Isère.

 

« Tout peut sortir d’un mot » disait Victor Hugo. Tout peut sortir d’une image de nos jours. Julien TAUBER et Vincent GODEAU se sont donné la main pour créer l’univers de Bonhomme un personnage pas plus haut qu’un pouce, digne héritier de Tom Pouce.

 Un paysage en carton-pâte, luxuriant de couleurs, aussi mobile qu’un jeu de construction géant qui affiche tantôt des visages, des immeubles, des portes, des corps, qui pourraient nous rappeler ces immenses placards publicitaires qui surgissent de tous côtés à la sortie des villes.

 Julien TAUBER s’inspire de quelques grappes de notre environnement quotidien, notamment de cet ogre, le Centre commercial qui « envahit tout l’espace » telle une ville tentaculaire, pour imaginer le parcours de Bonhomme qui n’a pour seul moteur que son imagination renversant les balises de notre perception.

 Juste le pouce d’une main qui court, court, nage à contre-courant pour devenir le héros d’un conte invraisemblable où une choucroute garnie devient un palais doré qui brille au soleil.

Sans complexes, Julien TAUBER déménage les motifs des contes traditionnels, faisant débarquer les personnages de Roi, de Princesse sur l’image gourmande d’une choucroute (invisible) mais superbement bien décrite, pour redorer le blason d’un héros qui a le pouvoir, lui, de tout voir. Il est d’ailleurs appelé le Regardant.

 Julien TAUBER est un conteur magicien très inspiré qui jongle aussi bien avec les aventures de Bonhomme aussi filandreuses qu’une choucroute qu’avec les cartons aux dessins joyeusement épurés de Vincent GODEAU, dans une ambiance musicale très suggestive émanant des sons émis par les cartons et du marimba, un xylophone africain.

 Il nous vient à l’esprit la chanson de Prévert » En sortant de l‘école ». Ici, hypnotisé par l’œil d’une affiche, notre héros Bonhomme auquel tous les enfants peuvent s’identifier, arpente debout tous les wagons d’un train imaginaire, muni du seul fouet de son imagination débridée.

 Nul doute que les enfants qui découvriront le spectacle auront envie d’écrire ou d’oraliser leurs propres contes à partir, qui sait, juste un bateau en papier qu’ils colorieront eux-mêmes.

 Julien TAUBER s’adresse directement à l’enfant « Imagine que chaque brin d’herbe est plus haut que toi » et la magie opère car le conteur mêle si bien le geste à la parole que Bonhomme sort véritablement de sa bouche. Sacré Bonhomme !

Paris, le 26 Mars 2019

Evelyne Trân

LE SOURIRE AU PIED DE L’ECHELLE D’APRES LA NOUVELLE D’HENRY MILLER – ADAPTATION DE IVAN MORANE – MISE EN SCENE DE BENEDICTE NECAILLE AVEC DENIS LAVANT AU THEATRE DU LUCERNAIRE 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS -1H10 / DU 27 MARS AU 14 AVRIL 2019 DU MARDI AU SAMEDI À 19 H ET LE DIMANCHE À 16 H

 

Photo D.R.

N. B : Denis Lavant, Bénédicte Nécaille et Ivan Morane étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur RADIO LIBERTAIRE 89.4  le samedi 2 Février 2019, en podcast sur le site  https://media.radio-libertaire.org/

Interprétation Denis LAVANT

Mise en scène Bénédicte Nécaille
Scénographie, lumière Ivan Morane
Son Dominique Bataille
Ombres Philippe Beau
Costume Géraldine Ingremeau
Production : REALITES / CIE IVAN MORANE et ID PRODUCTION

« Le sourire au pied de l’échelle », quel joli titre pour ce spectacle adapté de la nouvelle éponyme d’Henry MILLER, une commande de Fernand Léger pour illustrer ses dessins de clown. Disons-le d’emblée, la mise en scène onirique de Bénédicte NECAILLE, la scénographie et lumière d’Ivan MORANE et l’interprétation de Denis LAVANT concourent à faire de cette création une pépite de cette rentrée théâtrale.      

 Auguste a le vertige ! L’homme qui parle n’a pas besoin de s’appeler, il s’assimilerait volontiers à un animal, peut-être bien à un chien errant, une fourmi sur le dos de la main. Ceux qui le nomment, le reconnaissent, ceux sont les spectateurs, pour eux, il est Auguste, un clown génial qui les fait tordre de rire. Mais un jour, pourtant l’homme qui ne s’appelle pas, oublie qu’il est Auguste, il est envahi par une autre sensation d’être qui l’éblouit, une joie indéfinissable.

 Exit Auguste. La gloire, les rires, c’était trop et pas assez ! Comme si Auguste lui avait volé son identité d’homme simple, amoureux des choses simples, en quête d’émotions plus timides, plus rares. L’homme n’a pas besoin de s’appeler mais quelque chose l’appelle qui doit redonner un sens à sa vie.

 Le doute qui submerge l’artiste engagé dans la création, Henry MILLER l’a sûrement éprouvé, lui qui a connu la misère et est devenu célèbre à la suite de la publication de son roman « Le Tropique du cancer ».

 Dans ce texte d’une certaine façon l’auteur ordonne au clown de sortir du tableau dans lequel il s’est figé pour ne renvoyer au public que ce qu’il attend de lui, des pitreries qui déclenchent le rire.

 Mais être clown, cela fait partie de sa vie. Qu’il le veuille ou non, il est clown et en est conscient. Il lui suffirait alors de retrouver l’anonymat pour exercer son métier librement, sans la charge de la célébrité.

 Il reprend du service en se faisant passer pour un autre clown malade, il est une nouvelle fois applaudi. Mais refusant de vivre ce qu’il a déjà vécu, il quitte définitivement le cirque pour embrasser un autre rêve, celui du bonheur, celui de l’extase impérissable.

 Le titre de la nouvelle suffit à rendre compte de sa dimension poétique et fantastique.

 Sur scène, nous avons le privilège de voir un clown qui rêve, qui grimpe sur l’échelle d’un rêve pour attraper la lune et tombe plusieurs fois. Denis Lavant le représente, il réussit à le faire vivre enfin ce clown heureux et humain, débarrassé de ses grimaces, tel un poète lunaire, un Pierrot « au pied de l’échelle tendue vers la lune ».

 Nous ne ferons pas tomber ce clown sous un tonnerre d’applaudissements. Nous lui réservons notre sourire, notre infinie reconnaissance pour ce moment de grâce !

 Paris, le 17 Janvier 2019

Mise à jour le 24 Mars 2019 

 Evelyne Trân

LES CHAISES D’Eugène IONESCO – Mise en scène Bernard Levy – Théâtre de l’Aquarium La Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre 75012 Paris du 19 mars au 14 avril 2019 –

texte d’Eugène Ionesco (Ed. Gallimard – collection Folio théâtre), mise en scène Bernard Levy

 collaboration artistique Jean-Luc Vincent, scénographie Alain Lagarde, lumière Christian Pinaud, son Xavier Jacquot, costumes Claudia Jenatsch, maquillage/coiffure Agnès Gourin Fayn, construction du décor Atelier MC2 : Grenoble

 avec Thierry Bosc, Emmanuelle Grangé, Michel Fouquet

L’irruption de l’intrusif, ce quelque chose qui vous frappe parce qu’il ne repose sur rien sinon un vague sentiment, qui ne l’a pas éprouvé par exemple lorsque égaré dans un couloir, il ouvre au hasard une porte et se retrouve devant une salle vide avec cette sensation que ce vide le soulage de l’angoisse d’avoir à affronter quelques visages curieux. Dans la posture de l’intrus avoir affaire au vide, à l’absence, n’est ce point bouleversant ?  

 Non l’irruption de l’intrusif, ce n’est pas encore cela, ce serait plutôt le détail qui choque qui touche les rêveurs dont fait partir Eugène IONESCO, qui raconte comment à force d’avoir sous les yeux une immense bâche recouvrant sa multitude de livres, il crut avoir affaire à un cadavre qui ne cessait d’enfler. De cette impression naquit sa pièce Amédée ou comment s’en débarrasser, postérieure aux Chaises, où l’on voit un couple résister tant bien que mal à l’envahissement progressif de leur logement étroit par un cadavre en pleine croissance. Dans la réalisation télévisée de la pièce en 1968, interprétée par Alice Sapritch et Jean-Marie Serreau, un plan permet de saisir les chaussures énormes du mort faisant éclater l’armoire.

L’impression de fantastique et de terrifiant se double d’une certaine drôlerie parce que l’objet de la terreur n’est en réalité qu’un objet banal en soi, insignifiant.

La mise en scène de Bernard LEVY nous procure une émotion semblable, celle d’éprouver que l’irruption d’un rêve, d’un souvenir, d’un fantasme ne dépend que de nous-mêmes, d’un claquement de doigts pour renverser la réalité. Allons-nous faire abstraction de la distance, une baie vitrée qui nous sépare de ce couple dont la vieillesse nous saute aux yeux ? Progressivement en observant leur affairement, nous découvrons que ce que vient de dire la vieille « Alors, c’est vraiment pour ce soir ? Au moins, les as-tu tous convoqués, tous les personnages, tous les propriétaires et tous les savants ? » se réalise.   

 Elles sont là pour de vrai ces chaises qu’ils transportent pour accueillir leurs invités, elles finissent par former une forêt invraisemblable. Ce sont elles les principaux personnages, ce sont elles qui mobilisent cette course contre le temps que jouent follement ensemble ces deux vieillards.

 Ces chaises ont une âme comme le rappelle le vieux parce qu’elles ont été construites par des artisans, qu’elles ont une histoire, et surtout qu’elles focalisent une intention de bienveillance, elles sont là pour répondre au désir de n’importe qui de s’y asseoir et pourquoi pas des fantômes.

 Cette bienveillance des chaises est compromise par leur grand nombre, il ne peut y avoir de place pour tous les invités des deux vieux qui se retrouvent séparés un moment. Le trop plein de leurs rêves, leurs désirs, leurs souvenirs, leurs oublis, tout cela pèle mêle, le couple l’invoque ou le convoque une dernière fois. Leur vie a été bien remplie remarque après tout la vieille, y mettre fin cela fait partie du jeu.

 Faites venir les chaises et aussitôt arriveront avec elles, toutes les personnes que privilégie notre mémoire. Car une chaise n’est jamais vide, seulement parfois nue, ou simplement en attente d’un visiteur, rayon de soleil, chat, de passage.

 Les deux vieux n’ont pas perdu leur capacité d’émerveillement, leur imagination est aussi galopante que celle de jeunes enfants, c’est ce qui ressort de l’interprétation lumineuse de Thierry BOSC et Emmanuelle GRANGE qui transforment leur appartement en cour de récréation. Nous confondons volontiers les comédiens avec leurs personnages. De cette vieillesse qui nous rit au nez comme une passerelle, une dernière route vers la mort, nous apprécions qu’elle s’exprime inondée d’un sourire malicieux, avec ce puit de tendresse manifeste et ce rayonnement indicible, ce regard tendu vers la lumière, étonné toujours étonné !

 Impossible de s’enliser dans tous les commentaires dont a fait l’objet  Les Chaises de IONESCO. L’essentiel pour nous, c’est l’émotion primaire, irréversible, subjective évidemment qui nous gâte comme des vieux enfants. Ne manquez pas cette nouvelle mise en scène qui rajeunira votre regard !

Paris, le 23 Mars 2019

Evelyne Trân

 

 

VOYAGE EN ITALIE – Adaptation de Michel Didym, d’après le Journal de voyage de Michel Eyquem De Montaigne , Les Essais de Michel Eyquem De Montaigne – Mise en scène Michel Didym du mardi 12/03/19 au vendredi 22/03/19 à La Manufacture CDN Nancy-Lorraine Centre dramatique national Nancy-Lorraine –

Photo Eric DIDYM

Distribution

Avec
Luc-Antoine Diquéro (Montaigne)
Bruno Ricci (Secrétaire de Montaigne)
Loïc Godec (Le palefrenier)
le cheval Réal
et les deux poules Aliénor et Barcelonnette
Adaptation : Michel Didym
Scénographie : Jacques Gabel
Lumière : Joël Hourbeigt
Musique : Marie-Jeanne Séréro
Dramaturgie : François Rodinson
Costumes : Christine Brottes
Assistant à la mise en scène Yves Storper
Production
Centre Dramatique National Nancy Lorraine, La Manufacture
Coproduction
Théâtre de l’Union – CDN du Limousin I La Comète – Scène Nationale de Châlons-enChampagne I Le Volcan – Scène Nationale du Havre I MC2: – Scène Nationale de Grenoble

Tournée  :

Du 26/03/2019 au 30/03/2019  à Bordeaux (33) | TNBA

Du 02/04/2019 au 03/04/2019 à Châlons-en-Champagne (51) | La Comète

Du 14/05/2019 au 15/05/2019 à Angoulême (16) | Théâtre d’Angoulême

Le 06/06/2019 à Palaiseau (91) | Théâtre de la Passerelle

Un journal de voyage qui ne soit pas carte postale ni trop bavard, comme une bouteille à la mer pour attiser la curiosité de ses découvreurs, bien plus inspiré qu’un guide touristique, c’est ainsi que nous imaginons celui de Montaigne.

 Ecriture et voyage vont de pair chez Montaigne et chez beaucoup d’écrivains d’ailleurs. Comment donc mieux brider sa pensée qu’en la prenant pour guide d’une véritable aventure.

  « La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres » Montaigne s’imaginait-il pur-sang à sa façon en train de galoper pour fuir les soucis domestiques, ses charges de notable, en s’offrant cette parenthèse, un voyage, où il n’aurait de compte à rendre à personne sauf à lui-même.

 En 1580, Montaigne entreprend un circuit de 17 mois et 8 jours en traversant l’Europe pour se rendre en Italie. Son journal n’était pas destiné à la publication. Mais tel quel, il est apparu comme un phare spirituel à ses éditeurs et au metteur en scène Michel DIDYM, qui en offre une lecture théâtrale concentrée.

 Sans doute Michel DIDYM a-t-il jugé que le Boute-dehors (c’est ainsi que Montaigne appelait le langage) du journal, si riche, si vif,  pouvait tenir la distance entre les passeurs, les comédiens et les témoins, les spectateurs.

 Il appartiendra à chacun d’en jauger. Un souffle de naïveté, telle une boule à neige, fera-t-elle sourire nos écoliers, en train de bûcher sur les écrits de Montaigne ? Dans ce spectacle, ce qui tombe du ciel, c’est un magnifique cheval blanc, et une poule dont la présence indéniable a certainement pour mission de distraire les spectateurs.  Tombe également du ciel, un slam rock interprété par Maxime Keller tel un éclair foudroyant.

 Voilà que s’imprime sur notre rétine, l’idée que Montaigne n’avait besoin pour voyager que d’un cheval, quelques poules et des feuilles de papier, soit le passeport le plus prosaïque, le plus sobre, le plus propre en quelque sorte si nous nous en référons à nos propres moyens.

Les échanges entre Montaigne et son secrétaire destinés à livrer une belle anthologie d’anecdotes souvent étonnantes, et truffées de renseignements sur les mœurs de Montaigne, plutôt bon vivant et hélas accablé par la maladie de la gravelle, ne constituent pas un dialogue théâtral. Les comédiens, Luc-Antoine Diquéro (Montaigne) , Bruno Ricci (Secrétaire de Montaigne)
Loïc Godec (Le palefrenier) 
prennent en charge la lecture à la manière de conteurs ou de récitants.

 D’où l’impression statique de ce spectacle qui s’avère par ailleurs très instructif sur le climat de cette époque traversée par les guerres de religion. Il est bienvenu d’entendre le point de vue de Montaigne « Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes Périgourdins ou Bavarois » et de rire à cette boutade rapportée par un certain chancelier Olivier « Les Français ressemblent à des guenons qui grimpent au sommet d’un arbre, de branche en branche, et ne cessent de monter jusqu’au moment où elles sont arrivées à la plus haute branche et quand elles y sont, elles montrent leur cul ».

 « Voyager me semble un exercice profitable… l’âme y est continuellement portée à remarquer les choses inconnues et nouvelles. Le corps n’y est ni oisif ni fatigué, et ce mouvement modéré le met en haleine… Nulle saison ne m’est ennemie. J’aime les pluies et les crottes. »

 Ce témoignage est sans doute une des clés de la mise en scène de Michel DIDYM pour son aspect dépouillé. Il nous reste à rêver d’un Montaigne à la rencontre de Cervantes, échangeant son secrétaire avec Sancho Pança et tel un hardi Don Quichotte troquant son beau cheval pour Rossinante.

 Paris, le 20 Mars 2019

 Evelyne Trân

 

 

« Anaïs NIN – Une de ses vies » écrit et mis en scène par Wendy BECKETT – ATHENEE THEATRE LOUIS JOUVET – Square de l’Opéra Louis-Jouvet 7 rue Boudreau – 75009 Paris du 13 au 30 Mars à 20 H ( Sauf le 19 Mars à 19 H et les Lundis) –

écrit et mis en scène par Wendy Beckett

assistée de Diana Iliescu Vibert
traduction Park Krausen & Christof Veillon
avec Célia CatalifoLaurent d’OlceMathilde Libbrecht Laurent Maurel
scénographie et conception graphique Halcyon Pratt
création costumes Sylvie Skinazi
création lumières François Leneveu
création sonore Thomas Ray
création projections et création sonore adjoint Sébastien Angel
sculptures papier Li Hongbo
production Claire Merviel Production en accord avec Pascal Productions 

 

Il y a de la Joconde chez Anaïs NIN, un voile de poésie et de mystère qu’elle semble tendre à tous ceux qui s’étonnent de l’audace de cette écrivaine qui n’a pas hésité à consigner ses aventures amoureuses dans ses Journaux.

Anaïs NIN a cultivé l’Amour durant toute sa vie C’était son univers et elle ne posait le pied sur ses constellations, notamment cette étoile étrange que représentait pour elle Henry MILLER que pour devenir la proie et l’accoucheuse de sensations durables qui puissent l’accrocher à la vie.

 La pièce de Wendy BECKETT intitulée “Anaïs NIN et une de ses vies » n’a pas d’autre prétention que de nous transporter dans l’atmosphère des années 30, la fin des années folles, à Paris et à travers quelques scènes évoquer ses passions pour Henry MILLER et sa femme June, ses relations avec le psychanalyste Otto RANK et sa liaison ambiguë probablement incestueuse avec son père.

De toute évidence, Anaïs NIN ne recherchait pas la facilité. C’était une funambule qui tissait le propre fil lui permettant de vivre plusieurs amours à la fois, sans en briser aucun.

La jeune femme que nous montre Wendy BECKETT ne s’est pas encore affirmée, elle pressent les nœuds qui pourraient la faire faillir et l’emprisonner. Quelque chose est en train de l’éblouir, la liberté du désir, à travers Henry MILLER et sa femme June. Cette liberté peut aller jusqu’à l’inceste et être rejetée par la morale. Cette liberté c’est celle aussi de la création.

Célia CATALIFO interprète une jeune femme troublée qui n’a pas encore l’assurance de l’écrivaine qui n’en est encore qu’à ses prémices.

Face à elle, les personnages d’Henry MILLER, joué par l’excellent Laurent MAUREL, June, le psychanalyste Otto RANK et son père font figure de personnages offensifs et provoquants.

Il est sans doute illusoire de se représenter les amants d’Anaïs NIN aussi exubérants. Cela dit Anaïs NIN avait la notion du vaudeville et certainement de l’humour. Peut-être ne cessait-elle pas de jouer à cache cache, toujours désireuse de déloger de leurs cachettes ses amours, les yeux bandés.

Le joli décor des années 30 facétieux qui se laisse recouvrir de l’écriture prolixe d’Anaïs NIN, les beaux costumes, offrent une vision quelque peu écervelée de cette page de vie d’Anaïs NIN.

Fort heureusement, la transparence de cette page laisse entrevoir des zones plus sombres ou plus denses, notamment la scène où Anaïs NIN se débat avec son psychanalyste.

Tel quel, le spectacle est une approche divertissante et instructive d’une des pages de vie d’Anaïs NIN, à peine sortie de son cocon, prêtant son sein aux désirs de l’étourdissant Henry MILLER.

Paris, le 18 Mars 2019

Evelyne Trân

 

DARLING d’après Darling de Jean Teulé – mise en scène Laurent Le Bras au STUDIO HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – DU 7 MARS AU 7 AVRIL 2019 – Mercredi 21 H, Jeudi, vendredi, samedi 19 H, Dimanche 17 H. Relâches les 16 et 29 Mars, les 5 et 6 Avril 2019.

Duo pour une comédienne et un guitariste électrique
Adaptation :
Claudine Van beneden, Chantal Péninon
et Laurent Le Bras
Mise en scène : Laurent Le Bras
Chansons :
Grégoire Béranger
Distribution :
Claudine Van Beneden et Simon Chomel
Scénographie :
Sophie Toussaint et Laurent Le Bras
Création lumières : Matthieu Bassahon
Lumières : Olivier Richard
Son : Magali Burdin
Création vidéo :
Stephen Vernay
Régie et conseils vidéo : Clément Marie Mathieu

 

Quel récit éclaboussant que celui de la vie de Darling, oui qui trouble profondément notre notion de la fatalité !

 Comprendre ce qui nous arrive, nous est arrivé et pourquoi un jour il y a cette pénible impression d’avoir abouti à une impasse.

Les événements collent rarement avec nos désirs et nos rêves, ils les contrarient plutôt. Il y a toujours quelqu’un pour vous dire que vous avez fait le mauvais choix alors que vous avez la terrible impression de n’avoir pas eu le choix.

 Darling est née paysanne dans un environnement familial assez rude. Le voisinage des bêtes, leur présence introduit dès le plus jeune âge une vision du monde cruelle et brutale, sans aménité. Darling qui n’a pas pourtant l’air d’être une poule mouillée a peur des vaches. Si elle ne dramatise pas la façon dont elle a vécu une scène d’horreur, celle où son frère a un jour arraché les oreilles d’un porc avant de le tuer, cette scène s’est imprimée dans sa mémoire.

 De là à penser que la cruauté fait partie du génome humain, que c’est peut-être normal puisque c’est ainsi, Darling ne s’est pas posé la question jusqu’au jour où elle a découvert que cette cruauté ordinaire, des gens pouvaient l’avoir intériorisée au point de l’exercer dans leurs rapports humains.

 C’est toute une histoire du corps, le sien que nous raconte Darling, un corps assimilé à celui d’un animal destiné à pondre, à être domestiqué, à subir les violences et les appétits sexuels d’un mari alcoolique capable de laisser violer sa femme par ses amis pour un tour de poker.

 Darling a subi tous les outrages, les humiliations d’une esclave. Son corps s’est révolté, il a pris conscience qu’il devait prendre la fuite. Darling a alors quitté son mari, ses enfants dont elle a été privée pendant 6 ans, après un divorce prononcé à ses torts.

 Darling ne s’apitoie pas sur elle-même. Son instinct de vie l’a en quelque sorte sauvée. Il faut imaginer le courage de cette femme complètement seule pour ne pas sombrer dans le désespoir ou la folie.

 C’est parce qu’elle avait le sentiment de ce que représentait cet exploit d’avoir réussi à se libérer de cette fatalité, la cruauté d’un homme qu’elle a demandé à Jean TEULE, un cousin éloigné de lui écrire son histoire.

 Au moins que son histoire serve à quelque chose, qu’en l’apprenant d’autres femmes battues la rejoignent dans le même combat, libèrent leur parole pour dénoncer l’inacceptable. Il y a de la véhémence chez cette femme, une générosité, une force de vie impressionnante.

 Cette vie que l’on enferme dans un sac poubelle pour ne plus y penser, Darling lui donne un coup de pied de bonheur. C’est ce qu’expriment les deux interprètes, Simon CHOMEL à la guitare électrique qui rythme les turbulences de sa vie et Claudine VAN BENEDEN qui parle avec tout con corps, nous rappelant qu’en fin de compte, les mots lorsqu’ils jaillissent, lorsqu’ils sont expulsés du silence, ils ont les ressorts de nos tripes. Alors évidemment, cela ne sent pas le laurier mais Darling a de la gouaille comme une vendeuse au marché qui hèle les clients au milieu des cageots écrasés et des épluchures mais aussi de merveilleuses pommes.

 Nous adorons comment elle se défend de n’être qu’une femme passe partout dont la dégaine reflète impitoyablement une vie cabossée. Elle est tout un paysage à elle seule, sincère si éloigné de nos critères aseptisés de la beauté. Mais le soleil se déplace aussi sur son visage, oui il l’entend, il lui dit comme s’il venait à sa rencontre dans un bus bondé « Madame ne restez pas assise sur votre malheur, levez-vous, d’autres stations vous attendent ».

 Et nous spectateurs interloqués, nous continuons à poursuivre du regard cette personne qui vient de descendre avec sa valise usée jusqu’à la corde, les chansons qu’elle a entonnées au milieu de ses confidences tintent dans nos oreilles.

 Darling n’a pas le physique d’une belle Antigone et pourtant ! Nous savons juste que comme elle, elle a décidé de vider son sac dont Jean TEULE a tiré le meilleur, avec son flair manifeste et son humour tendre, et qu’à livre ouvert l’adaptation théâtrale et musicale de ce spectacle mis en scène par Laurent LE BRAS est formidable.

 Elle témoigne de la force du récit de Darling que les interprètes Claudine VAN BENEDEN et Simon CHOMEL ont à cœur de signifier, avec leur propre énergie minérale, un mental à toute épreuve, une pèche revigorante.

 Paris, le 17 Mars 2019

 Evelyne Trân

JEANNE PLANTE EST CHAFOUIN A L​’EUROPEEN – 5 rue Biot 75017 Paris – CONCERT LE 20 MARS à 20 HEURES – Durée du spectacle 1h15 – Première partie : Monsieur K (20 min) –

 

  • Mise en scène PATRICE THIBAUD

    Chant et comédie JEANNE PLANTE

    Guitalélé et Violoncelle PHILIPPE DESBOIS

    Casseroles JACQUES TELLITOCCI

    Claviers JEREMIE PONTIER

    Son BENOIT DESTRIAU

    Lumières ALAIN PARADIS

 

Elle a l’art de sublimer le cocasse et on l’imagine volontiers courir à travers les nuages avec un tambour en flammes. C’est en soi une déesse, une figure mythologique, chamboulée de se retrouver sur terre et de devoir se coltiner un quotidien parfois morose qu’elle a pour mission d’étourdir.

 Sa baguette magique, c’est l’humour, sa langue qu’elle n’a jamais dans sa poche et c’est plus fort qu’elle, elle dira toujours ce qu’elle pense et tant mieux car elle sait mieux que personne déclarer son amour à un Italien qu’elle décrit avachi et prétentieux.

 Elle déconcerte, Jeanne PLANTE, elle se déconcerte et ça tombe bien puisque son concert comique et sentimental s’avère une vraie bouée de sauvetage destinée aux âmes complexées de tous bords.

 Une recycleuse hors pair qui ressuscite nos bobos, les roule dans la farine et mine de rien puisqu’elle adore se travestir en bimbo, à talons aiguille, style Marylin Monroe, elle s’autorise tous les fantasmes, nous rêvons d’elle en femme à tiroirs dans un manège de foire, car elle déborde, elle n’est pas une apparition, mais plusieurs, telle Kali cette déesse indienne à huit bras, ranimant pour nous de vibrantes étoiles, Arletty en passant par Bardot avec un sourire chafouin désarmant.

 Il y a du Pierrot lunaire chez Jeanne PLANTE mais c’est pour les intimes car elle a un alibi de tonnerre celui de la bête de scène dévergondée qui fait tourner la tête de ses musiciens, des joyeux drilles visiblement heureux d’être les chevaliers servants d’un personnage imprévisible qui chante tout haut ce qu’il pense, rêve et cela le plus sensuellement du monde.

 Parmi toutes ses chansons, nous recommandons bien sûr « Je jouis » (Paroles de Jeanne PLANTE et Fred RASPAIL, musique de Fred RASPAIL) et cette irrésistible « La bouillabaise » (Paroles de Vincent ROCA et musique de Gérard BOURGEOIS)  absolument délicieuse.

 L’univers de Jeanne PLANTE est unique ou bien il est à la mode de son talent, celui d’une Diane chasseresse qui s’amuse à lancer ses fléchettes dans les nuages pour faire venir le soleil.

 Surtout ne manquez pas son prochain spectacle à l’EUROPEEN, le 20 Mars 2019, un véritable arc en ciel musical !

 Paris, le 13 Mars 2019

 Evelyne Trân