Liberté ! (avec un point d’exclamation) de Gauthier FOURCADE au Studio HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – Mise en scène de William MESGUICH du 20 Octobre 2018 au 27 Avril 2019 le Mercredi à 19 Heures, le Samedi à 15 Heures –

Il a une tête de Gribouille incoiffable. Gribouille, c’était un personnage de bande dessinée à l’époque des images d’Epinal. Il lui arrivait beaucoup de mésaventures car il avait toujours le nez en l’air.

Mais le patatras chez Gauthier FOURCADE, c’est de l’art pas du lard. Mauvais jeu de mots, bien sûr, car on ne tire pas sur les bretelles du langage, du jour au lendemain. Faut le déclic de quelques petites expériences malheureuses, par exemple avoir eu affaire à un morceau de chewing-gum qui s’est collé à votre chaussure, ridicule n’est ce pas ? Mais pas plus ridicule que le cri d’Archimède en sortant de son bain  » Eurêka » !

Gauthier FOURCADE c’est Eurêka en personne, un savant dans les nuages qui évolue dans une tempête de mots qui font boule de neige dans sa tête. Oui parce que sa tête n’est pas forcément la nôtre. D’abord, il perçoit les mots comme de véritables injonctions, il n’en piétine pas le sens, il s’en submerge jusqu’à l’ultime éblouissement. On pourrait dire qu’il s’en parfume pour partir dans des délires qui n’appartiennent qu’à lui . Celui qui lui pique une fesse devient le piqueur de fesses et ça fonctionne dans l’imaginaire. Pourquoi, parce que tous les chemins mènent à Rome, que le personnage est sympathique et que nous avons compris que tel un bateleur royal, il donnera sa chance à l’épine d’une rose, à la trace d’un pneu dans le désert, à une écuelle renversée ou à un cil tombé dans la soupe.

Jusqu’au bout du monde, juste affrété par son imagination, Gauthier FOURCADE dispose d’une liberté sans bornes puisque dit-il « la liberté ce n’est pas de choisir, c’est de créer » et il a cette pensée magnifique « Est magique quelque chose qui n’a pas de passé qui est un pur commencement ».

La scénographie très concrète de William MESGUICH fait penser à un jardin de récréation où quelques pancartes de mots dans un arbre et une malle suffisent à dégourdir les rêves du magicien.

Juché sur son âne de Buridan, Gauthier FOURCADE va au devant de la poésie qui respire chez les êtres, même ceux qui font la moue, c’est un croyant en quelque sorte, un valeureux chevalier de la liberté en pleine création !

Paris, le 31 Août 2017    

Mis à jour le 6 Novembre 2018

Evelyne Trân

OUT OF PLACE de et avec Guérassim DICHLIEV – Mise en scène Edouard DEDESSUS LEMOUTIER – au Studio Hébertot 78 Bis Bd des Batignolles 75018 PARIS – du 11 Octobre au 11 Novembre 2018 – Du jeudi au samedi à 19 Heures, le dimanche à 17 Heures –

 

C’est probablement parce qu’il ne tient pas en place et qu’il se projette toujours ailleurs où qu’il se trouve, assiégé par une imagination débordante, que l’homme clown se reproduit sans cesse.

Qui oserait lui assigner une place ? Une chaise est pourtant là sur la scène, gracieuse et solitaire qui n’attend qu’une chose, servir de siège. Il faut croire que dans l’esprit du personnage qui sait si bien rouler des yeux, elle est devenue récif, rocher ou falaise ou même montagne à escalader. Il lui faut une cloison imaginaire, le parapet d’une bouche cousue pour exprimer ses turbulences.

A la fois taureau et toréador, homme et femme, gentil et méchant,  humble et fanfaron, il s’estime prêt à affronter toutes les situations, prêtant le flanc et l’oreille aux musiques de films du bout du monde qui merveilleusement enrichissent son périple, son parcours de combattant.

C’est un bolide à réaction que cet homme-là, toujours léché par quelque bruit, quelque sensation, qui avec le temps a dû apprendre à composer avec l’autre homme contemplatif, celui-là, capable d’avancer transi devant une fleur muette.

 

Doté d’un visage très expressif, l’énergumène crève l’écran d’un film sans paroles, il ourle ses petites vagues vers la haute mer, l’œil derrière le hublot toujours éclaboussé.

Héritier du mime MARCEAU, Guérassim DICHLIEV a beaucoup voyagé, son bâton de pèlerin porte donc l’empreinte d’un voyageur infatigable, le vagabondage délirant auquel il convie les spectateurs est à son image, surprenant, imprévisible, terriblement attendrissant.

A découvrir séance tenante !

Paris, le 17 Juin 2018

Mis à jour le 6 Novembre 2018

Evelyne Trân

 

IL Y AURA LA JEUNESSE D’AIMER DE LOUIS ARAGON ET ELSA TRIOLET- MISE EN SCÈNE DIDIER BEZACE AVEC ARIANE ASCARIDE ET DIDIER BEZACE AU THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 RUE NOTRE-DAME-DES CHAMPS 75006 PARIS – 1H15 / DU 31 OCTOBRE AU 2 DÉCEMBRE 2018 À 21 H DU MARDI AU SAMEDI, DIMANCHE À 18 H –

COLLABORATION À LA MISE EN SCÈNE,

SON ET VIDÉO : DYSSIA LOUBATIÈRE

CHOIX DES TEXTES ET DES MUSIQUES :   BERNARD VASSEUR

MONTAGE DES TEXTES : DIDIER BEZACE

 LUMIÈRE : LÉO THÉVENON

PRODUCTION : L’ENTÊTEMENT AMOUREUX,

COMPAGNIE DIDIER BEZACE, CONVENTIONNÉE PAR LE MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION

ADMINISTRATION DE PRODUCTION : KARINE MÉRAUD

SOUTIENS : MAISON ELSA TRIOLET-ARAGON

CORÉALISATION : LUCERNAIRE

 

« Car par le temps qu’il fait il est de pauvres gens

Qui ne pouvant chercher dans les dictionnaires

 Aimeraient des mots ordinaires »

Aragon (extrait du poème « Ces vers sont obscurs »)

Des mots taillés comme des diamants juste à la lueur de la nuit, pour les imaginer, les entendre avant même d’en percevoir le sens, histoire  d’une lune bercée entre les nuages, histoire d’un jeu de rôles pour se projeter quelque part toujours à cache cache derrière l’ombre de l’autre et le surprendre, en vérité la langue d’Aragon est si suave, insatiable qu’elle optimise le moindre silence, la moindre pause, qu’elle est une impatience toujours contemplative, en un mot, elle est musicienne.

 Dans le spectacle conçu par Didier BEZACE, les mots vont jouer à cache cache comme des fantômes, seuls susceptibles d’évoquer l’univers poétique et romanesque du couple que formèrent Aragon et Elsa .

 Ils partagent le même territoire, la même langue mais ne se confondent pas, ils se répondent par voie de textes, de messages. Il n’y a pas d’avant, ni d’après, il y a toujours le basculement, comme cette extraordinaire indécence des nuages qui en se déplaçant découvrent un morceau de soleil ou disparaissent.

 Nous assistons à une véritable projection de rêves et d’histoires qui s’agitent à travers un jeu d’ombres et de lumières.

 Evidemment que les mots prennent le chemin de la voix pour exister, il y a des poèmes tableaux qui respirent, qui semblent n’avoir été conçus que pour faire corps avec leurs interprètes, prendre souche à travers leurs voix.

Le choix des textes, pertinent de Bernard Vasseur et Didier Bezace permet d’appréhender la densité et la pluralité des œuvres croisées d’Aragon et d’Elsa Triolet. d’avoir accès à certaines de leurs portes secrètes, au mystère entretenu de leurs relations.

 Aragon, l’auteur de si beaux  poèmes d’amour, avait aussi beaucoup d’humour, en témoigne le texte “ça s’est passé comme au cinéma” extrait du roman “ Servitude et grandeur des français”.

Du côté d’Elsa Triolet, nous découvrons le merveilleux texte introspectif “Moi, je voudrais écrire pour plaire à un homme” issu des nouvelles “Le premier accroc coûte deux cents francs”et une lettre inédite à son époux “Il n’est pas facile de te parler”.

Le spectacle tient du sortilège poétique grâce au charisme de ces deux grands interprètes Ariane ASCARIDE et Didier BEZACE !

Paris, le 4 Novembre 2018

Evelyne Trân 

 

CAMILLE CONTRE CLAUDEL – Adaptation et mise en scène d’Hélène Zidi – Avec Lola Zidi et Hélène Zidi – A partir du 18 octobre 2018 à 19h du jeudi au samedi au Théâtre du Roi René Paris 12 rue Edouard Lockroy 75011

 

Avec Lola Zidi et Hélène Zidi la voix de Gérard Depardieu Adaptation et mise en scène d’Hélène Zidi

Assistée de Grégory Antoine Magaña

Création lumières : Denis Koransky

Décor : Francesco Passaniti

Création Son : Vincent Lustaud

Chorégraphie : Michel Richard

Costume : Marvin Marc

 

C’est une Camille à l’état brut que nous découvrons dans ce spectacle, l’artiste muselée  dont le destin déchirant ravive toute une mémoire de femmes victimes d’une société patriarcale qui leur déniait ce qui était l’apanage des hommes, le pouvoir de création, l’indépendance en dehors du carcan familial, la liberté d’esprit.

 La vérité c’est que Camille Claudel a fait les frais d’une société hypocrite qui lui a fait croire que son talent, sa beauté, sa jeunesse devaient suffire à lui ouvrir les portes du succès, de la reconnaissance artistique.

 Sa chute est à la mesure du gouffre entre la condition masculine et la condition féminine au début du 20ème siècle.

 Toute jeune, admirée aussi bien par son père que par son professeur Rodin, elle n’a pas pris conscience du précipice qui l’attendait.

 Son isolement, la misère affective et matérielle ont eu raison de la violence de ses sentiments. D’un tempérament passionné et obstiné, Camille ne pouvait faire semblant, composer avec son entourage. Dès lors ses délires de persécution manifestaient une souffrance intolérable aussi bien pour elle-même que pour ses proches.

 Pour la faire taire de façon définitive, sa mère l’a placée dans un asile psychiatrique avec pour consigne aux médecins l’interdiction de communication avec le monde extérieur. Trente ans de réclusion soit une condamnation à mort lente.

 La pièce d’Hélène Zidi confronte deux apparitions de Camille Claudel, celle de la jeune fille belle et naïve, amoureuse et celle de la vieille femme qui se penche sur Camille jeune comme s’il s’agissait d’une autre personne.

 Cette confrontation sur scène entre la jeune et la vieille Camille, permet aux spectateurs de saisir à vif, le destin tragique de l’artiste, éjectée de la société,  fauchée à 48 ans.

 Lola Zidi interprète une jeune Camille, frémissante et bouleversante face à Hélène Zidi, qui campe une vieille femme qui n’a plus pour miroir que sa propre caricature.

 Les deux comédiennes expriment par la danse cet amour qui a toujours manqué à Camille. La scène reproduit l’atelier de l’artiste.

 Nous ne pouvons-nous empêcher de nous reporter à cette belle sculpture de vielle femme implorante, créée par Camille au sommet de son art comme si elle avait eu le pressentiment de ce qui l’attendait. Les artistes sont toujours voyants !

 Le spectacle saisissant devient le porte flamme de l’appel de cette grande artiste qui écrivait à son frère Paul « Je réclame la liberté à grands cris ».

 Paris, le 3 Novembre 2018

 Evelyne Trân

 

SKORPIOS AU LOIN AUX BOUFFES PARISIENS – 4 rue Monsigny Paris 2e – DU 18 SEPTEMBRE 2018 AU 06 JANVIER 2019 – HORAIRES du mardi au samedi à 21h – Dimanche à 15h –

AUTEUR Isabelle LE NOUVEL

MISE EN SCÈNE Jean Louis BENOIT

AVEC Ludmila Mikaël – Niels Arestrup – Baptiste Roussillon

DÉCORS Jean Haas

LUMIÈRES Joël Hourbeigt

COSTUMES Anaïs Romand

MUSIQUES Bernard Vallery

À NOTER Durée du spectacle : 1h30

La rencontre entre Winston CHURCHILL à la fin de sa vie et Greta GARBO à la fin de sa carrière, est un sujet en or pour les magazines people. La pièce d’Isabelle LE NOUVEL, d’excellente facture, prend véritablement le large et offre un autre point de vue, celui de la symphonie en mode mineur, celle des conversations intimes de personnalités livrées à leur solitude.

 Nous voici tout à fait dans l’ambiance d’une nouvelle de Stefan SWEIG avec des personnages qui éprouvent le besoin de se mettre en danger moralement, affectivement quoiqu’il arrive.

 Cette rencontre a réellement eu lieu et la fascination de Churchill pour Greta Garbo ne nous étonne pas. Dans cette pièce, fort heureusement, les personnages semblent avoir tourné le dos à leurs légendes respectives si extérieures qu’elles les ont acculés à la solitude, au bruit sourd de leurs vies intérieures qui sonne le glas et laisse place à la fulgurante étincelle du désir enfoui sous les feuilles mortes.

 En grand stratège, car il faut être un stratège pour pousser l’être désiré hors de ses retranchements, Churchill sur son fauteuil roulant qui sait bien n’avoir plus aucun atout d’ordre physique pour plaire à une femme, utilise son flair psychologique pour sonder les failles de la diva et lui déclarer son amour.

 Quelle femme d’apparence aussi glaciale et secrète que Greta Garbo pourrait résister au bonheur d’être aimée, applaudie par un homme qui ne l’a provoquée quasi insolemment que pour déposer à ses pieds une preuve d’amour qu’elle n’était pas prête à recevoir.

 Dernier combat du personnage Churchill, celui d’éprouver la résistance d’une femme dont le parcours l’émeut profondément.

 Rendre l’âme, qui pourrait rendre l’âme c’est-à-dire laisser s’élever un sentiment d’amour, ne serait-ce que quelques secondes !

 Un amour qui s’adresse à l’être, l’être Garbo qui fascine Churchill, Garbo, symbolisée par cette île Skorpios au loin.

 Nous avons l’impression d’assister à un véritable combat moral et exigeant entre deux êtres aux abois qui n’ont pour perspective que la solitude et la mort mais qui ont encore l’audace de rêver, d’être désirables.

 Niels ARESTRUP et Ludmilla MIKAEL jouent cette partition de façon magnifique. Leurs voix intérieures résonnent avec ce temps suspendu qu’offre la croisière avec pour seul horizon la mer à perte de vue.

 Les bruits secondaires de la rumeur amoureuse d’Onassis et Maria Callas et la présence du domestique alerte interprété par Baptiste ROUSSILLON, apportent leur note d’humour à cette traversée sentimentale captivante, orchestrée par le metteur en Jean-Louis BENOIT.

 Un concerto de haute voltige magnifié par deux interprètes fascinants, Niels ARESTRUP et Ludmilla MIKAEL !

 Paris, le 1er Novembre 2018

Evelyne Trân