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Auteur : Gilbert Ponté
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Mise en scène : Gilbert Ponté
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Distribution : Malyka R.Johany
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Durée (mn) : 1 h 10
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Site de la compagnie : http://www.labirba.net



La pièce SANG NEGRIER adaptée de la nouvelle éponyme de Laurent GAUDE et remarquablement mise en scène par Khadija El Mahdi,
a l’impact d’une scène primitive confinée dans l’inconscient collectif qui lorsqu’elle se rappelle à nos bons souvenirs hallucine l’humain civilisé que nous croyons être.
L’histoire se présente comme un fait divers, un événement qui a jeté le trouble dans une ville seulement préoccupée de sa tranquillité.
Le narrateur est un homme ordinaire devenu commandant d’un navire, non pas en raison de ses compétences, mais à la suite du décès de son prédécesseur. Son rôle est d’acheminer des esclaves depuis l’Ile de Gorée vers l’Amérique. Mais lors d’une escale à St MALO pour l’enterrement du capitaine, cinq esclaves s’échappent du bateau négrier. Il s’ensuit une battue dans toute la ville qui aboutira à la mort affreuse de quatre d’entre eux. Le cinquième qui ne sera jamais retrouvé continuera à narguer toute la ville en clouant un à un, ses doigts à la porte des principaux responsables de la mort de ses compagnons.
Nous ne pouvons nous empêcher de penser que c’est la banalité du mal, ce concept énoncé par d’Hannah ARENDHT qui recouvre l’innommable. Il est donc particulièrement pertinent d’essayer de pénétrer dans la conscience d’un homme ordinaire qui s’engouffre dans une traque meurtrière, sous la pression de la foule et des pouvoirs en place.
L’homme habitué à obéir est incapable de réagir à une situation extraordinaire sauf en répondant à sa première émotion celle de la peur qui agit comme un électrochoc. Imaginez des nègres décrits comme des animaux, dénués d’intelligence qui lèvent le doigt. Un doigt emblème d’une humanité partagée, un doigt qui pourrait être le sien, le nôtre, et peu importe sa couleur, un doigt d’homme, pas une patte.
Le narrateur, petit fonctionnaire de la marine, qui croyait tout maitriser voit son édifice s’écrouler simplement parce que cinq nègres dont il avait la garde se sont échappés. Il ne s’est pas imaginé que ces nègres feraient l’objet d’une battue meurtrière, il l’a vécu. Le décalage entre sa perception routinière et une réalité outrancière va le conduire à la folie.
Le récit circonstancié d’un fait divers – la traque des esclaves, il y a deux siècles était banale – doit sa couleur fantastique à la dimension émotionnelle du récit.
L’égarement du narrateur rappelle celui du Horla de Maupassant. Sans d’autre interlocuteur que lui-même, le négrier voit resurgir la bête tapie au fond de lui. Elle se rappelle à lui, elle avance masquée, elle désigne aussi bien la furie des villageois que le doigt vengeur du nègre, elle écrase le moi minuscule du narrateur.
Dans la mise en scène, les habits blancs du négrier sont défraichis, flottants, ils sentent l’amertume et la sueur. Sur scène des carcasses de palettes en bois étrangement belles et expressives, arrachées à quelque construction, évoquent le dénuement du négrier, son effondrement mental mais aussi bien. la beauté immanente d’une coque de navire.
Le comédien Bruno Bernardin est absolument saisissant. Nous assistons à une véritable mise à nu d’un homme face à lui-même, face à la mort, face à ses pulsions. Nous l’entendons courir dans les ténèbres, traqué de la même manière que les esclaves.
L’œil qui déshabille ce pauvre négrier est empreint d’humanité, celle que de toute évidence ne recherchaient pas les marchands d’esclaves.
Accompagnée d’excellents partenaires, Etienne Champion (Créateur du masque), Stephano Perroco Di Meduna (Scénographie) et Joëlle Loucif (Costumes), avec pénétration et perspicacité, la metteure en scène Khadija El Mahdi souligne les clairs obscurs de l’inconscience collective. Ne manquez pas ce spectacle !
Paris, le 4 Mars 2018
Mise à jour le 25 Juin 2019
Evelyne Trân

La pièce SANG NEGRIER adaptée de la nouvelle éponyme de Laurent GAUDE et remarquablement mise en scène par Khadija El Mahdi,
a l’impact d’une scène primitive confinée dans l’inconscient collectif qui lorsqu’elle se rappelle à nos bons souvenirs hallucine l’humain civilisé que nous croyons être.
L’histoire se présente comme un fait divers, un événement qui a jeté le trouble dans une ville seulement préoccupée de sa tranquillité.
Le narrateur est un homme ordinaire devenu commandant d’un navire, non pas en raison de ses compétences, mais à la suite du décès de son prédécesseur. Son rôle est d’acheminer des esclaves depuis l’Ile de Gorée vers l’Amérique. Mais lors d’une escale à St MALO pour l’enterrement du capitaine, cinq esclaves s’échappent du bateau négrier. Il s’ensuit une battue dans toute la ville qui aboutira à la mort affreuse de quatre d’entre eux. Le cinquième qui ne sera jamais retrouvé continuera à narguer toute la ville en clouant un à un, ses doigts à la porte des principaux responsables de la mort de ses compagnons.
Nous ne pouvons nous empêcher de penser que c’est la banalité du mal, ce concept énoncé par d’Hannah ARENDHT qui recouvre l’innommable. Il est donc particulièrement pertinent d’essayer de pénétrer dans la conscience d’un homme ordinaire qui s’engouffre dans une traque meurtrière, sous la pression de la foule et des pouvoirs en place.
L’homme habitué à obéir est incapable de réagir à une situation extraordinaire sauf en répondant à sa première émotion celle de la peur qui agit comme un électrochoc. Imaginez des nègres décrits comme des animaux, dénués d’intelligence qui lèvent le doigt. Un doigt emblème d’une humanité partagée, un doigt qui pourrait être le sien, le nôtre, et peu importe sa couleur, un doigt d’homme, pas une patte.
Le narrateur, petit fonctionnaire de la marine, qui croyait tout maitriser voit son édifice s’écrouler simplement parce que cinq nègres dont il avait la garde se sont échappés. Il ne s’est pas imaginé que ces nègres feraient l’objet d’une battue meurtrière, il l’a vécu. Le décalage entre sa perception routinière et une réalité outrancière va le conduire à la folie.
Le récit circonstancié d’un fait divers – la traque des esclaves, il y a deux siècles était banale – doit sa couleur fantastique à la dimension émotionnelle du récit.
L’égarement du narrateur rappelle celui du Horla de Maupassant. Sans d’autre interlocuteur que lui-même, le négrier voit resurgir la bête tapie au fond de lui. Elle se rappelle à lui, elle avance masquée, elle désigne aussi bien la furie des villageois que le doigt vengeur du nègre, elle écrase le moi minuscule du narrateur.
Dans la mise en scène, les habits blancs du néegrier sont défraichis, flottants, ils sentent l’amertume et la sueur. Sur scène des carcasses de palettes en bois étrangement belles et expressives, arrachées à quelque construction, évoquent le dénuement du négrier, son effondrement mental mais aussi bien. la beauté immanente d’une coque de navire.
Le comédien Bruno Bernardin est absolument saisissant. Nous assistons à une véritable mise à nu d’un homme face à lui-même, face à la mort, face à ses pulsions. Nous l’entendons courir dans les ténèbres, traqué de la même manière que les esclaves.
L’œil qui déshabille ce pauvre négrier est empreint d’humanité, celle que de toute évidence ne recherchaient pas les marchands d’esclaves.
Accompagnée d’excellents partenaires, Etienne Champion (Créateur du masque), Stephano Perroco Di Meduna (Scénographie) et Joëlle Loucif (Costumes), avec pénétration et perspicacité, la metteure en scène Khadija El Mahdi souligne les clairs obscurs de l’inconscience collective. Ne manquez pas ce spectacle !
Paris, le 4 Mars 2018
Mise à jour le 4 Juillet 2018
Evelyne Trân

Costumes : Salvador MATEU
Scénographie : Benjamin GABRIE
Une saison en enfer d’Arthur Rimbaud fait partie de ces œuvres dont nous connaissons le titre pour les avoir parcourues en milieu scolaire. Pour ma part, j’ai le souvenir de cette déflagration de tous les sens qui ne concordait pas avec la présence rigide de l’enseignante censée nous ouvrir les portes de la poésie.Impossible d’évacuer ses émotions, impossible de les dire.
Curieuse démarche humaine que celle de vouloir tendre vers un public inconnu le fruit de ses expériences les plus intimes. Rimbaud était un communiquant, un chercheur, un découvreur et sa phrase célèbre « Je est un autre » nous permet de l’imaginer tout là haut à ce stade de pause après une longue course, se retourner, faire volte face, pour regarder ceux qui l’ont poussé à grimper si haut. Être devant et derrière, de plein fouet être saisi par cet éblouissement d’être parmi les autres.
Rimbaud avait le sentiment de sa force, de sa démesure, il l’appelle orgueil. Il y a chez lui une formidable pulsion de vie qui s’est trouvée brimée, contrainte par son environnement familial particulièrement austère, l’état d’esprit de ses contemporains.
Les autres sont toujours là autour de soi, ne serait-ce que par le langage, l’intention qui le submerge. Souvenons nous que Madame Rimbaud mère qui ne comprenait pas la prose poétique de son fils a néanmoins sorti son porte- monnaie pour l’aider à publier cette saison en enfer.
Comment aller au bout de la lecture de cette œuvre qui dresse le paysage d’une âme en proie aux doutes, aux vertiges, qui parle de souffrance, mais aussi de ses extraordinaires enchantements.
La perspective que nous offre le metteur en scène Ulysse DI GREGORIO est assez étonnante. Elle fait entrer le silence, les silences dans l’œuvre de façon spectaculaire, voire déconcertante. Car il faut les soutenir ces silences, les pousser devant soi, hors de soi et les entendre. Ils configurent la nuit, celle du fameux purgatoire, qui doit permettre de laisser surgir comme des fleurs, des images, des pigments d’étoiles, de pures apparitions, les pensées du voyageur Rimbaud.

Drapé comme un antique nomade du Sahara,, Jean-Quentin CHATELAIN qui a la stature du Balzac sculpté par Rodin, l’étoffe du voyageur rupestre, donne à toucher cette main poétique qui traverse le feu avant d’écouter l’eau qui la submerge. Dans la nuit, oui, nous avons entendu le bruit infini d’une cascade d’être, intérieure et magique .
Paris, le 18 Mars 2017
Mise à jour le 4 Juillet 2018
Evelyne Trân
La plupart du temps, nous passons à côté des choses, des personnes, sans même les voir ou à travers une grille d’idées toutes faites qui surplombe notre bulle, une façon de se protéger sans doute. Nous a-t-on appris à avoir peur, peur de tout et surtout des autres, ceux qui ne sont pas passe partout, ceux qui ne sont pas transparents, ceux qui ne sont acceptables qu’au cinéma au théâtre ou dans la littérature, et zut !
Intriguons nous ! Adeline PIKETTY, elle, n’est pas passée à côté d’une clocharde qui siégeait sur un trottoir dans le quartier de la Roquette. Elle était adolescente, pas encore bardée d’à priori et s’est laissée impressionner par la présence de cette femme, une sorte de pythie des temps modernes qui dérange.
Son seul luxe à cette femme, la pauvreté ! La voilà qui dégorge son dégoût de la société de consommation, la voilà qui raconte comment elle a mis le feu à tous ses papiers, factures etc. et comment elle est partie, a tout quitté.
C’est une héroïne tragique au même titre que des personnages antiques. Abandonner sa première personnalité, celle d’un médecin psychiatre, dit-on, était-ce une façon à elle de se crever les yeux comme Œdipe pour sentir, vivre autrement.
Aller au bout de soi-même, quelle idée ! Aller au bout de sa peine, impossible !
Elle s’appelle Chantale et crie parfois son nom à tue-tête. Elle ne s’exprime plus que comme un reste, un déchet de la société. Elle ne retrouve de la force que dans l’invective, elle prétend pour elle-même qu’elle représente le chaos, le désordre dans un monde qui oublie que l’ordre pue aussi puisqu’il justifie le gaspillage et permet à des élus de chasser à coups de pieds les S.D.F qui déshonorent les belles vitrines.
Un déchet aurait-il quelque chose à dire ? Reconnaissons que cela nous fait mal de nous représenter déchet aux yeux des autres, il faut imaginer qu’il pèse des tonnes ce regard de mépris de l’autre, incapable de ressentir que derrière la loque, il se trouve un être.
Une maison s’est écroulée sur la tête de Chantale et l’a enterrée vivante. Mais elle continue à crier, à errer de la Roquette à la Bastille. Cela va faire quinze ans, vingt ans ! Est-ce que le temps compte !
Hantée par cette femme, Adeline PIKETTY a décidé de faire son portrait, tissé à partir de ses propres sensations.
Maintenant, elle l’incarne sur scène, Chantale, de façon saisissante, parce qu’elle est ses yeux à Chantale, son port de tête, sa voix cassée, sa détresse, cette alarme, cette souffrance, la vie, quoi toujours malgré tout !
Et soudain, nous nous surprenons à la considérer comme un bel arbre cette femme, cette clocharde qui a un tel pouvoir d’expression, un arbre tordu, ravagé certes, un arbre femme qui bouge, qui se promène sur les trottoirs, grâce à Adeline PIKETTY, nous l’aurons suivie, elle nous a impressionnés, voilà sa marque de noblesse !
Paris, le 5 Juin 2018
Mise à jour le 3 Juillet 2018
Evelyne Trân
auteure et comédienne Leïla Anis
metteur en scène et comédien Karim Hammiche
création musicale Clément Bernardeau
créatrice lumière Véronique Guidevaux
régie son Pierre-Emmanuel Jommard
production Compagnie Oeil Brun
coproduction Théâtre de Cachan, Grange Dimière-Théâtre de Fresnes, L’atelier à spectacle-scène conventionnée de l’Agglo du pays de Dreux, Ville de Dreux, Conseil départemental d’Eure-et-Loir, Région Centre-Val-de-Loire, Drac Centre-Val-de-Loire

de Mikhail Boulgakov
adaptation et mise en scene : Igor Mendjisky
scenographie : Claire Massard et Igor Mendjisky
lumières : Stephane Deschamps
Son et video : Yannick Bonnet
Costumes : May Katrem et Sandrine Gimenez
avec :
Romain Cottard : Woland
Pauline Murris : Hella
Alexandre Soulie : Behemoth
Theatre de la Tempete
Paris le 9 mai 2018
© Pascal Gely
N’était-il pas audacieux d’introduire comme personnage principal de son roman « Le Maitre et Marguerite » le Diable en personne ? Il faut croire que ce roman demeuré inachevé, écrit par Boulgakov de 1928 à 1940, sous le régime de Staline, était particulièrement subversif puisqu’il ne fut publié à titre posthume, en version non censurée qu’en 1967.
Dans ce roman prodigieux Boulgakov déplace des montagnes, celle des croyances et des mythes qui constituent les limites du genre humain dans sa perception du bien et du mal.
Le Diable représenté par le Professeur Woland, spécialiste de la magie noire prend un malin plaisir à provoquer l’intelligentsia du monde du spectacle et de la littérature ligotée par la censure comme l’était Boulgakov lui-même.
Curieux Diable tout de même qui vient à la rescousse de pauvres écrivains internés en asile psychiatrique à cause de leurs propos délirants. Ce Diable ne fait donc plus figure d’ange exterminateur mais d’ange libérateur qui entend offrir la liberté à ceux qui n’y croient plus, faute de pouvoir l’exercer.
Véritable manifeste de résistance, contre la censure qui mina la carrière de l’écrivain, ce roman constitue en quelque sorte le journal intime de Boulgakov qui sait qu’il ne dispose qu’une seule arme, son imagination pour s’extraire de la torpeur ambiante.
La fameuse scène où deux intellectuels rencontrent le Professeur Woland alias le diable, dans le parc des Etangs du Patriarche, donne le ton ironique et fantastique qui parcourt toute l’œuvre. C’est à l’occasion d’une discussion entre le professeur Berlioz et le poète Ivan sur l’existence de Jésus que le professeur Woland intervient et déclare en substance à ses interlocuteurs « Comment pouvez-vous croire gouverner le monde, vous qui n’êtes pas capable de connaitre votre avenir » Ce dernier prédit sa mort au professeur Berlioz incrédule. Puis inopinément s’ensuit une scène entre Ponce Pilate et Jésus, sujet du poème d’Ivan…
Le va et vient constant entre la réalité et la fiction devient le moteur du roman puisque ces deux dimensions forment les deux pôles du tourbillon mental qui submerge les personnages.
L’adaptation théâtrale de ce roman profus, d’emblée se situe sur la lisière du rêve, toutes les situations fictives ou réelles, se déroulant sur le même plan, le champ d’exploration de Boulgakov, hanté par un Diable capable d’effacer les frontières entre une réalité qui fige les protagonistes et leurs rêves, les fantasmes qui les habitent.
Il s’agit donc de créer l’illusion d’une fusion entre la réalité assumée par les personnages qui confine au cauchemar et leurs désirs que seul le diable pourrait réaliser.
Le Diable devient l’amant idéal qui orchestre l’orgasme onirique de ses victimes consentantes.
De ce point de vue, l’adaptation théâtrale d’Igor MENDJISKY est réussie. Elle intègre une dimension diabolique dans la mise en scène, avec un écran géant où se projettent les décors tandis que sur la scène dénudée, les personnages jouent leur vie.
Photo Antonia BOZZI
Sont-ils projetés par le regard d’un Diable, allez savoir ! Le Professeur Woland interprété par Romain COTTARD a un côté dandy, plutôt cool, il est agaçant mais jamais agressif.
L’équipe de la Compagnie Les Sans cou, offre une lecture onirique, libertaire du conte, sans débordements d’humeurs. Le cocon du rêve absorbe la cruauté. Il appartient aux spectateurs, livrés à la flamme occulte de ce Professeur Woland, d’apprécier son étonnant message de paix et de liberté.
Paris, le 21 Mai 2018
Mise à jour le 2 Juillet 2018
Evelyne Trân
Distribution Mise en scène, scénographie : Eva Vallejo
Belle vision de ce clown dont le visage s’accorde si bien avec son accordéon, qu’ils ne forment qu’un, le temps de laisser s’échapper un silence puis le cri de cœur réjoui de l’artiste.