Mois : juillet 2018
HUMOUR ET EAU SALEE – UN CARNAVAL D’ANIMAUX, TRES SPORTIF AU 33EME FESTIVAL D’HUMOURS TOUS AZIMUTS DEDANS-DEHORS du 28 JUILLET AU 3 AOUT 2018 – Saint-Georges-de-Didonne (17) –

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C’est à un formidable carnaval des animaux, très sportif, que nous convie cette année pour sa 33ème édition, le Festival HUMOUR ET EAU SALEE de Saint-Georges-de-Didonne. Les animaux sont à l’honneur de la programmation éclectique et abracadabrante des organisateurs.
Histoire de se rafraîchir les idées et le corps dès l’aube, au sortir de la plage ou encore dans la soirée à l’aune des spectacles, la plupart gratuits, qui affichent sans complexes, leur inspiration animalière. Citons notamment :
– L’envol de la fourmi / Cie Au fil du vent :
– Cow love / Société Protectrice des Petites Idées
– Concours d’éloquence sur le thème « Sport et animaux, mais pas forcément ensemble »
– Cabaret philosophique sur les animaux / Cie Le Nom du Titre
– Rigodon sur le sable
– Y’a d’la rouille dans le potage / grande soupe de poissons
– Conférences d’ Olaph Nichte / Cie Spectralex, Arnaud Aymard
– Macadam vacher
– Pitt poule/parole prod, hip hop manouche
– Zoologie / LMZG (L’amuz’Gueule) électro swing hop
Sans oublier les seuls en scène de Servane Deschamps, Yohan Métay et de Tano ainsi que le concours international d’Air feu d’artifice.
D’ores et déjà annoncé par Mélodie Fontaine avec son spectacle, le 3 juillet « ON N’EST PAS DES BETES ! » sur sa lancée, le festival promet d’authentiques surprises. N’est-elle point explosive cette idée de donner enfin la parole aux animaux qui alertent et font bondir l’imagination des artistes, humoristes, circassiens, clowns, musiciens et mêmes philosophes.
Le Projet Dakota de CIE 3 POINTS DE SUSPENSION exprime cette géante ambition d’instaurer un dialogue inter-espèce affirmant que « les animaux communiquent, prennent du plaisir, ont accès à des émotions complexes, et surtout que les animaux nous transforment, et nous font agir »
Un tel projet réclame évidemment une sacrée dose d’humour et d’ahurissantes rencontres. Fourmis, vaches, escargots, chiens, poissons – la liste n’est pas exhaustive – font partie du carnaval avec en tête du cortège, l’homme avec son bonnet d’âne ou bonnet d’âme, enfin comme vous l’entendrez. Que les festivaliers viennent nombreux témoigner de cet évènement si rare, l’arrivée sur la plage de Saint-Georges-de-Didonne d’une arche de Noé fantastique à l’enseigne de ce 33ème Festival d’HUMOUR ET EAU SALEE !
Paris, le 27 Juillet 2018
Evelyne Trân
LES CARNETS D’UN ACTEUR – D’après DOSTOIEVSKI, Les carnets du sous-sol et le rêve d’un homme ridicule, SHAKESPEARE, extraits, LES PSAUMES (livre 1, 1 à 41) et le QOHELET (livre 1 à 5) – Adaptation, mise en scène, scénographie : Alain Timár – ◾Interprète : Charles Gonzales – FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 – THEATRE DES HALLES Rue du Roi René 84000 AVIGNON – À 17H00 : DU 6 AU 29 JUILLET – RELÂCHES : 9, 16, 23 JUILLET 2018 –

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Interprète : Charles Gonzalès
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Adaptation, mise en scène, scénographie : Alain Timár
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Assistance à la mise en scène : So Hee Han
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Création lumière : Richard Rozenbaum
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Création vidéo, et régie : Quentin Bonami
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Assistance technique et régie plateau : Éric Gil
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Décor et accessoires : TDH
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Costumes : Pascale Richy, Sophie Mangin
Toutes ces prières, ces lamentations, ces cris, ces larmes qui se brouillent souvent coincées au fond de la gorge avant d’éclater en sanglots amers et ridicules.
Disons que c’est le raz de marée humain, cela qui croupit sous la sangle et ne peut se repêcher que sous forme de lambeaux, lambeaux de phrases, branches décharnées, pourries ou malodorantes.
Pourtant cette eau stagnante où grouille la misère humaine, engendre des monstres tels que Shakespeare ou Dostoïevski.
Les monstres ne font que montrer ce que l’on ne voit pas à l’œil nu. Tous les personnages de Shakespeare sont des monstres, ils s’avancent vers cette gorge profonde que représente le théâtre, pour ainsi dire à poil.
Car c’est toute de même la magie du verbe qui permet à tout être de se désigner, de se dire, hors champ de sa physionomie, en balançant ses pensées vers l’inconnu.
L’acteur a pour interlocuteur cet inconnu. C’est un fou car il entend des voix qu’il croit être les siennes. Celles que nous entendons manifestement le décrivent, sans gloire, désabusé, désenchanté et pourtant elles le portent.
Il y a probablement ce bonheur de contenir, ne serait-ce que l’espace d’une représentation, toute une foule de personnages grâce, nous l’avons déjà dit, la magie du verbe.
A-t-il encore besoin de se demander qui il est, cet acteur. Il est ces personnages qui soudain occupent son propre espace, qui doivent se contenter de sa voix d’acteur solitaire, inconnu, mais qui leur offre tout de même sa flamme, avec cette ambition, d’être lui-même un personnage au bord de l’inconscience, juste drapé d’un merveilleux fantasme, un rideau rouge fabuleux.
Le spectacle conçu par Alain TIMAR est à la mesure de son interprète Charles GONZALES, magnifique, notamment dans la dernière tirade qui énumère toutes les actions d’un homme pour s’atteindre, juste s’atteindre.
Paris, le 25 Juillet 2018
Evelyne Trân
MUSIC HALL de Jean-Luc LAGARCE – FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 – ARTEPHILE – 7, rue du Bourg Neuf 84000 AVIGNON – À 17H35 : DU 6 AU 27 JUILLET – RELÂCHES : 8, 15, 22 JUILLET 2018 –

- Metteur en scène : Florian Simon
- Interprète(s) : Héléna Vautrin
- Scénographie : Léa Mathé
- Création Lumière : Fabien Colin
- Création Musicale : Seb Lanz
- Voix : Bertrand Beillot, Etienne Delfini-Michel
- Costumes : Les costumes de Lie
- Diffusion : Elodie Couraud
Elle fait penser à un bel insecte de nuit, une cigale sans doute, collée à un abat-jour que l’on n’ose bouger de crainte de le voir s’échapper.
Elle est là pour un récital dont elle connait par cœur la partition. Cette partition est devenue de la cire que le temps a cristallisée et qui habille désormais sa voix quelque peu désenchantée.
L’ombre vagit tout de même, projette sa fine silhouette qui ne peut se détacher du projecteur de la scène.
Il n’y a pas d’autre public qu’elle-même, ce jour-là et tant d’autres, mais une diva a-t-elle vraiment besoin de spectateurs pour exister ?
Avant d’échoir dans des théâtres mal lunés, d’enchainer sur des tournées la contraignant à composer avec le manque d’accessoires, l’absence même de musique, elle a certainement connu le succès, sa prestance, son allure le prouvent.
Jean-Luc LAGARCE, l’auteur de cet étrange monologue, pour une musique intérieure de la voix autonome et sensuelle, précisément explorée par Florian SIMON, a connu lui-même nombre de mésaventures lors de ses tournées théâtrales.
Cette Fille qu’il imagine avec un F majuscule, fait figure d’une illustre diva inconnue.
Héléna VAUTRIN nous fait penser à ces vers de Mallarmé :
Ses purs ongles très-haut dédiant leur onyx…
Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l’oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.
Le personnage qu’elle incarne devient une cigale à sa fenêtre qui observe avec une feinte désinvolture tous les mouvements de sa vie d’artiste, elle en devient l’aiguille ardente et précieuse capable d’affronter la nuit en la chantant comme une diva.
Les voix off des boys qui l’accompagnent, les extraits de chansons suaves et surannées qu’elle entonne « Ne me dis pas que tu m’adores, embrasse-moi de temps en temps » l’encouragent à s’oublier pour n’être que l’apparition qu’exige le Music-Hall. Bravo l’artiste !
Paris, le 24 Juillet 2018
Evelyne Trân
CLAUDEL, KAHLO, WOOLF- UNE RENCONTRE FICTIVE LIBREMENT INSPIREE DE LA VIE DE CAMILLE CLAUDEL , FRIDA KAHLO, VIRGINIA WOOLF – FESTIVAL AVIGNON OFF 2018 – ARTEPHILE – 7, rue Bourg Neuf 84000 AVIGNON – À 22H10 : DU 6 AU 27 JUILLET – RELÂCHES : 8, 15, 22 JUILLET –

- Metteur en scène : Monica Mojica
- Interprète(s) : Jessica Hinds, Clara Rousselin, Mónica Mojica
De prime abord, cette idée de représente sur scène, Camille Claudel, Frida Kahlo, Virginia Woolf nous a paru fantasque, du domaine de l’artifice.
Pour mémoire et en résumé, Camille Claudel, élève et amante de Rodin fut une grande sculptrice qui connut l’asile psychiatrique durant 30 ans jusqu’à sa mort. Frida Kahlo, grand peintre mexicain, invalide à la suite d’un accident, était engagée dans la révolution mexicaine. Virginia Woolf grand romancière anglaise, était une militante féministe, qui se suicida à la suite d’une longue dépression.
Il s’avère que la conceptrice du spectacle a divinement réuni les voix de ces trois icônes qui arpentent de singuliers chemins ceux de la création féminine, à une époque pas si lointaine, où elle était largement minoritaire.
En vérité, ce ne sont pas des icônes qui s’expriment, ce sont juste des femmes qui doivent leur aura certes à leurs talents mais aussi à leurs destins tragiques.
Nombre de femmes peuvent se retrouver dans leurs témoignages que recouvre l’éventail de textes croisés de Camille Claudel, Frida Kahlo et Virginia Woolf.
Mais il ne s’agit pas d’une lecture de textes, traditionnelle. Ils sont réellement incarnés par des comédiennes qui s’expriment par la danse, semblent flotter en permanence dans un bain de lumière, de musique, d’images qui interagissent entre elles.
La metteure en scène de toute évidence croit à la vertu de l’imagination et des fantasmes assumés, par exemple celui de montrer Frida Kahlo embrassant Virginia Woolf.
Si les trois icônes sont toutes décédées au milieu du 20ème siècle, elles ne sont pas exactement contemporaines, c’est Camille Claudel qui fait figure d’ainée puisqu’elle est née en 1864, soit 43 ans avant Frida Kahlo née en 1907 et 18 ans avant Virginia Woolf née en 1882.
Mónica Mojica n’a cure de cette chronologie. Parce que Camille Claudel, Frida Kahlo, Virginia Woolf se trouvent réunies par la force de leur créativité combattive qui a ses racines dans le rêve sans frontières.
Original et percutant, le spectacle bouleverse par la qualité de ses interprètes. Si la présence des trois icônes est authentifiée par leurs textes, elle prend une ampleur toute particulière, celle d’être personnifiée par des femmes d’aujourd’hui, venues de différents pays, porteuses d’une flamme artistique féminine, renversante !
Paris, le 23 Juillet 2018
Evelyne Trân
LOVE AND MONEY de Dennis KELLY – FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 – 11 GILGAMESCH BELLEVILLE – 11 BD RASPAIL 84000 AVIGNON – du 6 au 27 juillet – relâche les 11, 18, 25 juillet 2018 –

- Metteur en scène : Myriam Muller
- Interprète(s) : Isabelle Bonillo, Mathieu Moro, Elsa Rauchs, Delphine Sabat, Raoul Schlechter, Serge Wolf
- Régisseur général : Antoine Colla
- Assistante : Frédérique Colling
- Lumières : Philippe Lacombe
- Musique : Emre Sevindik
- Scénographie et costumes : Christian Klein
Love and money raconte la descente aux enfers d’un couple de jeunes gens abusés par la société de marchandisation.
Bien que fragmentée en sept tableaux, la pièce donne l’impression globale d’un huis clos, d’une cage où seraient enfermés tous les protagonistes qui ne parleraient que d’argent.
Certains personnages frisent la caricature comme ce vieux couple cocasse qui défonce une tombe spectaculaire qui fait de l’ombre à celle de leur fille.
Il est évident que Dennis KELLY désire enfoncer les clous et dénonce violemment une société impitoyable où l’argent peut devenir une arme fatale pour les plus vulnérables poussés vers la sortie, c’est-à-dire le suicide.
C’est le cas de Jess qui ne peut faire face à son addiction à l’argent et que son mari David laisse mourir afin d’être débarrassé de ses dettes.
L’argent comme une maladie qui empoisonne la tête, empêche de respirer. La vision sombre de Dennis KELLY ne laisse guère de place à l’espoir mais elle est fort démonstrative d’une dépression spirituelle qui guette les âmes sensibles sous pression en permanence dans le monde du travail. Le serpent se mord la queue car pour compenser leur stress, certains croient trouver un peu de bonheur grâce aux biens de consommation. Ils s’endettent et deviennent la proie d’une pieuvre qui les engloutit.
Cette perception cauchemardesque peut sembler primaire, elle n’en est pas moins le reflet d’une réalité vécue par un grand nombre de gens pour qui le travail se résume à l’argent qu’ils vont gagner à la fin du mois.
Il s’agit certainement pour l’auteur de traduire un état général de confusion mentale par la structure même de la pièce qui avance à rebours, ce n’est qu’à la fin que nous découvrirons que David et Jess étaient vraiment amoureux. Certains tableaux font l’effet d’électrochocs. Dès lors, la voix douce de Jess, ces rêves empreints de poésie ne nous parviennent que de façon lointaine.
La mise en scène de Myriam MULLER avec une belle distribution de comédiens, témoigne du caractère offensif de cette pièce qui n’entend pas pourtant lâcher la grappe, celle des petites voix qui osent encore parler d’amour dans un monde lui préférant l’argent.
Paris, le 23 Juillet 2018
Evelyne Trân
LA RAGE – UNE PIECE DE FANCHON TORTECH avec Léa PERRET et Vincent MARGUET – FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 – ARTEPHILE – 7, rue du Bourg neuf 84000 AVIGNON – 20 H 45 du 6 au 27 Juillet 2018 – Relâches les dimanches –
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Metteuse en scène : Louise Dudek
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Interprètes : Vincent Marguet, Léa Perret
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Scénographe : Heidi Folliet
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Dessin d’animation : Alice Saey
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Création lumières : Jérôme Bertin
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Production : Mathilde Evano
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Production et diffusion : Julie R’Bibo
Une belle gifle poétique reçue en pleine nuit, sous le soleil de la lune, voilà ce que nous inspire la pièce « La Rage » de Fanchon TORTECH.
Un vent rimbaldien souffle sur la plage déserte. Le souvenir de la gifle, celle que nous avons reçue adolescents, a-t-elle laissé des traces au bord de nos falaises ?
Il faut se remémorer cet évènement qui a pu prendre plusieurs formes.
Pour Maï, le jeune marin déserteur, c’est le sentiment de révolte et d’injustice qui l‘assaille parce qu’il ne peut pas, ne veut pas faire la guerre et qu’il n’a pas d’autre choix que l’exil et la solitude.
Pour Anna , c’est la catastrophe d’un mariage trop rapide avec un soldat qui fait d’elle, une jeune veuve de guerre, sans enfant, sans avenir alors qu’elle a toujours en elle la rage de vivre.
Ces deux âmes paumées se rencontrent. Ils ont chacun leurs chimères mais la sensation de leur solitude les rapproche. Ils ne rêvent pas d’amour mais de liberté, ce qui les différencie de Roméo et Juliette auxquels néanmoins ils peuvent faire penser puisqu’ils sont beaux et jeunes.
Ces adolescents qui ont été confrontés à la première guerre mondiale, il y a cent ans, et déjà nos ancêtres, ont-ils un message à délivrer aux jeunes d’’aujourd’hui ?
Ce qui interpelle dans ce spectacle, c’est son intemporalité comme si le fait d’être jeune et notamment dans cette pièce, avoir la rage, ce fait là pouvait être conjugué à toutes les époques, tous les continents, toutes les langues comme cette question : que faisons-nous, qu’avons-nous fait de notre jeunesse ?
Maï et Anna nous répondent qu’ils sont prêts à partir au bout du monde pour réaliser leurs rêves, guidés par un sentiment d’urgence, parce que la jeunesse, ils le savent, cela ne dure qu’un temps.
D’une texture onirique, quasi shakespearienne, relevée par la mise en scène de Louise DUDEK et enrichi d’une composition musicale électronique de Charles AMBLARD, le spectacle éblouit comme un éclair des songes de jeunesse, bellement incarnée par ses interprètes Léa PERRET et Vincent MARGUET.
Paris, le 22 Juillet 2018
Evelyne Trân
LA MÉCANIQUE DU COEUR – D’après le roman de Mathias MALZIEU – FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 – PANDORA – 3, rue Pourquery de Boisserin 84000 AVIGNON – À 10H20 : DU 6 AU 28 JUILLET – RELÂCHES : 16, 23 JUILLET _
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Metteuse en scène : Coralie Jayne
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Interprète(s) : Nicolas Avinée, Pierre-Antoine Lenfant, Clara Cirera, Mylène Crouzilles, Gabriel Clenet, Maxime Norin, Laurent Vigreux
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Musiques : Laurent Vigreux
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Décors : Maxime Norin
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Lumières : Jérôme Chaffardon
Voici un très joli spectacle susceptible de charmer aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Adapté du roman de Mathias MALZIEU le spectacle raconte l’histoire d’un étrange bonhomme Jack, né à Edimbourg en Ecosse à la fin du 19ème siècle, ce qui confère à l’histoire une ambiance à la Dickens.
Né le cœur gelé, le jour le plus froid du monde, il est sauvé par une sage-femme sorcière qui lui greffe une horloge à coucou.
Toute émotion forte qui le mettrait en danger de mort est interdite à Jack. Or, ce dernier est plutôt malmené par la vie. Ses camarades se moquent de cette horloge qui dépasse de sa poitrine et par malheur il tombe amoureux d’une petite chanteuse de rue. Avec la fougue de la jeunesse, Jack part à l’aventure poursuivre sa bien-aimée. Mais il demeurera mal aimé à cause de « son cœur détraqué ». Avant de mourir, ce n’est plus le tic-tac de l’horloge qu’il entendra mais bien son cœur de chair et de sang en train de pousser « il n’a besoin ni de Docteur ni d’horloger, il a besoin soit de l’amour soit d’une âme ».
Nous sommes en plein mélodrame poétique. La mise en scène fait penser à certains tableaux du film « Les enfants du Paradis » où l’on voit le mime DEBURAU charmer une fleuriste. Impossible de quitter des yeux l’interprète de Jack qui sous son fard blanc ne peut masquer ses émotions.
Tous les comédiens sont grimés en blanc et adoptent une gestuelle quasi chaloupée, excentrique, de marionnettes. Costumés de façon loufoque, ils font penser à des personnages du peintre Chagall circulant sur une scène de théâtre. C’est très réjouissant pour l’œil et l’imagination.
Applaudi par l’auteur lui-même, le spectacle donne toute son ampleur poétique à ce conte qui raconte comment résister au tic-tac monotone de l’existence et aussi à ses cruelles réalités.
Car ce tic-tac qui dénonce aussi un cœur qui bat trop fort, peut signifier également tous ces battements que l’on n’entend pas et qui accompagnent la vie de tout un chacun.
Il faut être à l’écoute de son cœur quoiqu’il arrive nous suggère l’auteur de ce magnifique conte qui est loin d’être du béni-oui-oui. C’est un véritable manifeste poétique !
Paris, le 18 Mai 2018
Mis à jour le 21 Juillet 2018
Evelyne Trân
MON GRAND-PERE ( PARTAIT TOUS LES ANS EN ITALIE…) de Valérie MREJEN – Mise en scène de Dag JEANNERET avec Stéphanie MARC – FESTIVAL OFF AVIGNON 2018 – ARTEPHILE – 7 Rue du bourg Neuf 84000 AVIGNON – À 16H20 : DU 6 AU 27 JUILLET – RELÂCHE 22 JUILLET –
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Metteur en scène : Dag Jeanneret
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Interprète(s) : Stéphanie Marc
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Scénographe : Cécile Marc
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Eclairagiste : Christian Pinaud
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Diffusion : Elodie Couraud
- Ce que disent les choses ! Les mots font partie des choses. Ainsi pensait Georges PEREC. Mais comment peuvent-elles trahir ou plutôt dévoiler des émotions que l’on croyait rangées dans les placards ou déborder péniblement d’un tiroir bondé de souvenirs quasi obsolètes qui n’intéressent personne, à part soi. Grands et petits fantômes, comment pourrions-nous vous évoquer ? Une porte s’ouvre, le vent entre dans la pièce. Une femme est en train de préparer une collation pour des invités qui ne sont pas encore arrivés. Elle commence à parler doucement de son grand père, presque à mi-voix. C’est un peu comme si elle dépliait délicatement du papier froissé. Ce qui a précédé sa prise de parole, nous l’ignorons mais nous imaginons qu’il s’est passé quelque chose qui la pousse à parler. C’est à cause d’elle que tous les gens qu’elle évoque existent. Son occupation n’est pas intellectuelle, elle est juste ménagère et cela laisse un peu de liberté à la pensée qui papillonne involontairement.
Elle s’excuserait presque d’évoquer tant de souvenirs face à un étranger mais elle a un alibi, ce qu’elle dit fait partie intégrale de sa personne. Elle est, elle-même, une maison occupée par de curieux habitants qui l’accaparent, la tirent par la manche dès qu’elle leur en donne l’occasion.
Il lui faut faire face à ces drôles de fantômes. La posture qui lui ressemble le plus c’est celle de l’enfant. Oui, elle parle comme une enfant qui rapporte les faits et gestes, les paroles de ses parents sans les juger.
Il y a cette tonalité affective de la voix, elle dit » mon grand-père » comme elle dirait mon bras, mes mains, mes cheveux, mais sa démarche n’est pas narcissique. Pour ne pas parler dans le vide, il faut s’accrocher aux objets, aux choses, et les mots sont des choses qui résistent parce qu’elles peuvent se tenir en place, se poser.
Ces êtres oubliés, leurs vies pleines de rebondissements, leurs éclats, leurs peines, leurs accidents, remonteraient à la surface juste le temps de leur évocation. Il n’y a que la voix de la jeune femme pour nous assurer de leur présence. Grâce au filtre de sa mémoire sensorielle, physique, elle peut soudain les contenir, ses êtres aimés, approchés.
Oui, la voix de cette jeune femme joue le rôle de cette flamme heureuse qu’il faut apprivoiser pour comprendre qu’elle appartient aussi bien aux vivants qu’aux morts.
Il s’avère que l’auteure du texte, Valérie MREJEN a effacé les commentaires de l’adulte. D’une certaine façon, la jeune femme ne pense pas, elle est dictée par les mots qui lui viennent à la bouche, elle est occupée comme explorée à son insu par cette enfant qui parle à sa place, pour accueillir d’étranges visiteurs et la collation qu’elle prépare, qui sait, est pour eux.
Mise en scène par Dag JEANNERET, l’interprète Stéphanie MARC nous fait penser à cette musicienne du silence chantée par Mallarmé, qui absorbe les mouvements de nos pensées pour laisser venir sans les brusquer nos chers disparus !
Paris, le 21 Juillet 2018
Evelyne Trân
LA VÉRITABLE HISTOIRE DU CHEVAL DE TROIE – AUTEURS : VIRGILE ET HOMERE – Adaptation et mise en scène de Claude BROZZONI – Interprètes : Guillaume Edé, Claude Gomez à LA MANUFACTURE 2 Bis rue des Ecoles 84000 AVIGNON – À 13H25 : DU 6 AU 26 JUILLET – RELÂCHES : 12, 19 JUILLET 2018 –
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Metteur en scène : Claude Brozzoni
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Interprète(s) : Guillaume Edé, Claude Gomez
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Diffusion : Virginie Bellaïche
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Co-directrice : Dominique Vallon-Brozzoni
L’élégance de la simplicité ! Telle est la marque de ce spectacle mis en scène par Claude BROZZONI qui nous livre la véritable histoire du cheval de Troie par la voix d’un messager, le correspondant d’une guerre antique qui hélas fait écho aux guerres d’aujourd’hui.
De nombreux chroniqueurs se sont relayés pour faire du cheval de Troie, un épisode prodigieux de la Guerre de Troie. Le principal support de communication était la transmission orale, et nous pouvons imaginer que ce sont des générations de aèdes qui sont à l’origine de l’Iliade d’Homère.
Guillaume EDE incarne cet aède qui lui-même incarne un rescapé de la guerre de Troie qui a pour mission de témoigner des terribles circonstances de la chute de Troie.
Parole donc aux vaincus, aux victimes des guerres, celle que les poètes n’ont pu ensevelir alors même que le récit de cette guerre apologise le destin glorieux des Grecs.
Guillaume EDE joint toujours le geste au poème très mouvementé du récit parcouru de très beaux chants macédoniens. La composition musicale de Claude GOMEZ à l’accordéon souligne merveilleusement la portée intimiste du récit, ses coutures à vif, cette tristesse qui s’emporte pour redonner du souffle à l’espoir.
Sur leur beau tapis d’orient, l’aède et le musicien captivent les spectateurs avec une histoire d’autrefois qui parle de la nôtre, soulevant avec délicatesse les rideaux de nos mille et une nuits !
Paris, le 20 Juillet 2018
Evelyne Trân
