UNE LABORIEUSE ENTREPRISE de Hanokh Levin , mis en scène par Véronique Widock – Au Studio-Théâtre d’Asnières 3, rue Edmond Fantin , 92600 Asnières sur seine – Du 8 au 11 Mars 2018 –

Auteur Hanokh Levin
Texte français de Laurence Sendrowicz
Une laborieuse entreprise, in Théâtre choisi I – Comédies (2001). Editions Théâtrales, éditeur et agent de l’auteur
Mise en scène Véronique Widock
Avec Geneviève de Kermabon, Yves Ferry et Jean-Marie Perez
Travail chorégraphique Sylvie Cavé
Scénographie Charlotte Villermet
Costumes Myriam Drosne
Lumières Maurice Fouilhé
Production Compagnie Les Héliades
Construction décors Eric Mariette

Ouvrir le placard d’un couple usé jusqu’à la corde par trente années de vie commune et laisser choir tous les vêtements moisis, les ressentiments repassés, les rêves fanés, enfin toute une vie qui n’a plus que l’apparence d’un cadavre en décomposition, est-ce possible ?

Comment se regarder en face, comment accepter de vieillir, lorsqu’on a encore l’âme pleine de rêves de jeunesse ? Yona ne supporte plus la vue de sa femme qu’il traite de charogne. Une nuit il la jette hors de son lit et lui annonce qu’il va la quitter.

Peut-être son épouse Léviva a-t-elle l’intention de laisser passer l’orage, elle qui, semble-t-il, est satisfaite de sa vie et s’honore d’avoir toujours été honnête, d’avoir élevé les enfants etc. « Donne-moi une chance » lance-t-elle désespérée à son époux qui continue à l’accabler d’injures.

De toute évidence, Léviva sert de punching ball à Yona incapable de se regarder lui-même vieux et probablement impuissant.

Le spectacle de cette scène de ménage serait insoutenable sans l’ironie qui perce sous le regard Hanokh LEVIN.

La metteure en scène Véronique WIDOCK dilue le cauchemar manifestement exagéré de Yona en offrant quelques ailes à Leviva qui se met à danser comme un oiseau en cage.

Léviva répond vainement par la douceur à la violence de Yona. Survient un évènement majeur, l’apparition d’un voisin déjanté, presque fou, qui donne le spectacle de sa déréliction. Yona comprend alors que c’est le sort qui l’attend s’il quitte sa femme, mourir seul, vaincu par une atroce solitude.

L’une continue à rêver, l’autre cauchemardise, cette vision d’un couple en fin de vie est furieusement réaliste. En contrepoint de la trivialité de Yona qui prétend n’aspirer qu’à la pureté et la spiritualité, il y a la féminité de Léviva qui s’exprime par la danse.

Geneviève de KERMABON interprète avec beaucoup de grâce une Léviva capable de glisser à travers le flot de haine avec candeur en répondant « Si mon univers n’était qu’une flaque d’eau, j’aurais tout à mes pieds ».

Yves FERRY réussit à rendre humain l’odieux Yona. Quant à Jean-Marie PEREZ, il excelle dans le rôle du solitaire maudit.

Véronique WIDOCK, très impressionnée par la puissance dramatique de cette pièce, assure une mise en scène inventive faisant intervenir la féerie au sein même d’une situation sordide. Perles ou serpents, tout se tient dans la langue de Hanokh LEVIN, tour à tour crue ou poétique, toujours ardente !

Paris, le 5 Avril 2018

Evelyne Trân

La Maladie de la Famille M. – Anatomie d’un western en famille – de Fausto Paravidino – Mise en scène de Simon Fraud au THEATRE 13 /JARDIN – 103 Bis Bd Blanqui 75013 PARIS du 6 Mars au 15 Avril 2018 – du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h – relâche le lundi –

LA MALADIE DE LA FAMILLE M de Fausto Paravidino
Traduction Caroline Michel
Le texte de la pièce est édité chez l’Arche Editeur

Mise en scène Simon Fraud
Scénographie Suzanne Barbaud
Création Lumière Cédric Le Ru
Création sonore Eskazed

Avec
Gianni / Justin Blanckaert
Fulvio / Antoine Berry-Roger
Docteur Cristofolini / Clément Bernot
Marta / Andréa Brusque
Maria / Laura Chétrit
Fabrizio / Victor Veyron
Luigi / Boris Ventura Diaz

Le thème de la famille a toujours inspiré les dramaturges classiques ou modernes, et parmi les plus connus, Molière, Shakespeare, Tchekhov, Koltès, Lagarce.

La famille c’est en quelque sorte la voix intérieure d’une société. Il faudrait dire les familles, leurs eaux vives souterraines appelées à rejoindre le grand fleuve, la mer, à se mélanger aussi.

Première peau sociétale pour un individu, sa famille, et combien de peaux mortes pour donner naissance à d’autres !

Une famille nucléaire réduite à sa peau de chagrin ? Celle à laquelle s’attache l’auteur contemporain italien Fausto Paravidino a la forme d’un arbre d’une centaine d’années peut-être. L’une de ses branches penche misérablement, c’est le vieux patriarche en train de perdre la tête, trois autres laissent éclater leurs bourgeons au milieu d’une autre desséchée, ce sont les trois enfants sans leur mère.

Il importe que la branche de la mère soit présente, même morte, parce qu’elle participe à l’esprit de famille.

Est-ce la vie qui appelle la mort ? Plusieurs courants contraires vont mettre à mal l’arbre familial. Il suffira d’un accident, la mort du fils, pour précipiter la fin de l’arbre.

Photo Lucie SASSIAT

Le tableau de Fausto Paradivino est très vivant, quasi impressionniste. Il y faut décrypter les chemins de lumière pour comprendre qu’ils sont balisés par de grandes ombres. Il montre de jeunes êtres en quête d’amour, de sensations fortes, qui doivent se délivrer de l’image du père en train de sombrer.

Photo Lucie SASSIAT

De cette famille, le portraitiste entend surtout exprimer les gestes, les attentions, les profils, les ombres, les éclaboussements de voix qui font rayonner l’arbre.

Histoire de conjurer la fatalité, d’avoir à l’esprit, une feuille de mémoire riche de tous ses crépitements, tragiques ou heureux, vivante quoiqu’il en soit !

Les comédiens interprètent avec beaucoup de justesse cette belle pièce dont la profondeur n’a pas échappé au regard du metteur en scène Simon FRAUD.

Une véritable atmosphère intimiste s’y dégage qui remue sensiblement l’âme.

Paris, le 4 Avril 2018

Evelyne Trân

LE MONTE-PLATS DE HAROLD PINTER – MISE EN SCÈNE ÉTIENNE LAUNAY au THEATRE DU LUCERNAIRE 53, Rue Notre-Dame-Des Champs 75006 PARIS – DU 28 MARS AU 20 MAI 2018 – DU MARDI AU SAMEDI A 18 H 30 – DIMANCHE A 15 HEURES –

MISE EN SCÈNE ÉTIENNE LAUNAY
AS S I S TA NT M I S E E N S C È N E PIERRE-LOUIS LAUGÉRIAS
TRADUCTION MITCH HOOPER, ANATOLE DE BODINAT ET ALEXIS VICTOR
AVEC
BENJAMIN KÜHN  (BEN 1)
SIMON LARVARON  (GUS 1)
BOB LEVASSEUR  (BEN 2)
MATHIAS MINNE  (GUS 2)
CRÉATEUR LUMIÈRE : KEVIN HERMEN
CO M P O S I T E U R : A D R I A N E D E L I N E

Ils sont tueurs à gage comme d’autres seraient facteurs. A vrai dire rien dans leur apparence ne les distingue de quelconques employés. Dans une chambre miteuse, lugubre, deux hommes attendent leur ordre de mission. Ils doivent se tenir prêts à tuer un individu qui leur sera désigné au dernier moment.

Rompus à l’exercice, les deux compères qui ont l’habitude de travailler ensemble, occupent leur temps comme ils peuvent. L’un lit le journal, il semble dominer l’autre qui s’ennuie et erre lamentablement entre la cuisine et les toilettes. Soudain, un bruit tonitruant les sort de leur torpeur, les deux hommes découvrent un monte-plats avec des consignes de menus. Croyant alors être dans le sous-sol d’un restaurant, paniqués, ils se croient obligés de glisser dans le monte-plats le peu d’aliments dont ils disposent.

L’ignorance dans laquelle sont tenus les deux employés qui n’ont d’autre objectif que leur paie prend une dimension catastrophique.
Quelle réponse donner à des ordres absurdes, en l’occurrence, celui de préparer des plats alors qu’ils n’en ont pas les moyens pour un restaurateur inconnu.

Cauchemar, trou noir, il n’y a guère d’issue pour deux aveugles manipulés, confinés dans l’obscurité.

Deux individus pris au piège comme des mouches à l’intérieur d’une immense toile d’araignée, qui se débattent pour rester en équilibre, alors même que les fils invisibles se resserrent de plus en plus, quelle cruelle sensation !

Quel employé n’a pas éprouvé un jour que son travail n’avait pas de sens parce qu’il n’était qu’un maillon d’une chaîne impossible à remonter, parce que conditionné pour obéir, accomplir ses taches, il n’avait pas le droit de penser, de s’interroger sur des ordres venus d’ailleurs, d’une hiérarchie invisible. En prime de son silence, une paie mais aussi un vaste sentiment de frustration.

Quatre comédiens interprètent les rôles de Gus 1, Gus 2, Ben 1, Ben 2 qui apparaissent et disparaissent de la scène divisée en deux plateaux, créant un effet de miroir, de distanciation.

Cette mise en scène originale souligne un sentiment diffus, celui de la précarité de l’existence. A peine le spectateur a-t-il eu le temps de s’intéresser à Gus 1 qu’il disparaît pour faire place à Ben 1 ou plus tard à Gus 2 qui poursuit sa conversation avec Ben 2.

Les va-et-vient constants des personnages, la rapidité de leurs mouvements peuvent soit distraire le spectateur soit produire un sentiment de panique. Il s’agit d’un parti pris du metteur en scène de décrire un état de confusion général. Ce sont les situations – un lit défait, une chasse d’eau qui coule, la coupure de gaz etc.- qui retiennent l’attention du metteur en scène Etienne LAUNAY, plus que la définition des personnages.

Comme si les situations sujettes à l’effet de miroir étaient condamnées à se reproduire mais pas nécessairement de la même façon. Nous voyons trouble, nous nous mettons à douter, et cette idée que nous nous sommes fourré le doigt dans l’œil – ce qui fait mal – nous invite à relever la tête. Combien du Gus et de Ben sommes nous pour faire face à l’ordonnateur invisible ?

Les 4 comédiens qui se partagent les 2 rôles de la pièce, ont la gageure d’accorder leurs gestes, d’être synchro avec leurs partenaires tout en incarnant des personnages qui ne soient pas seulement des silhouettes retranchées dans l’ombre.

Servie par une jeune équipe de comédiens, très dynamique, la pièce d’Harold PINTER offre une brassée d’espérance à une armée de Gus ou de Ben. Quoiqu’il arrive, chacun appelle l’autre.

Paris le 3 Avril 2018

Evelyne Trân

Sandre – Confession d’une Médée moderne -Solenn Denis / Erwan Daouphars / Collectif Denisyak – A LA MAISON DES METALLOS – 94 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11e – Du 27 Mars au 8 Avril 2018 – Mardi → 20h Mercredi → 20h Jeudi → 19h Vendredi 30 mars → 19h – Vendredi 6 avril → 20h – Samedi → 19h – Dimanche → 16h – Durée 1 heure –

texte Solenn Denis (Editions Lansman)
interprétation Erwan Daouphars
mise en scène Collectif Denisyak
conception lumière Yannick Anché
conception scénographique Philippe Casaban et Eric Charbeau
costumière Muriel Leriche
construction décor Nicolas Brun
diffusion Drôles de Dames

Ces solitudes qui hurlent et que nous n’entendons pas. Nous passons à côté comme le mari de cette femme qui tue son nouveau-né.

Quels mots, quelles phrases pour exprimer ce que l’on entend que de l’intérieur ?

Denis SOLENN a choisi la simplicité, des phrases courtes, une langue sans fioritures, sans effet littéraire.

Le personnage qu’il convoque dans son imaginaire n’a pas le physique impérial de la mythique Médée, mais celui d’un homme. Assis, replié sur un fauteuil qui fait penser à un trône, le personnage parle doucement lorsqu’il dit « J’ai tué quelqu’un même si je ne suis pas folle ». Le flux des pensées est lent, entrecoupé de silences et parfois saisi par des cris de révoltes « On ne fait pas semblant d’aimer ».

C’est la voix intérieure qui sort du ventre qui s’exprime, celle qui n’a pas grand-chose à voir avec l’apparence, celle qu’utilise les ventriloques pour donner vie à une créature qui n’a pas la langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de parler à notre place.

La voix raconte l’histoire d’une femme néonaticide déchue du rôle de bonne épouse et de bonne mère qui lui collait à la peau, une femme qui a pris au mot de la lettre la déclaration d’amour de son mari, qui y a tellement cru qu’elle s’effondre le jour où elle apprend que son mari l’abandonne.

Mais elle ne dit rien, « elle est engourdie comme une tarte renversée ». Et c’est son silence qui petit à petit l’engloutit jusqu’à l’amener au geste fatal de l’infanticide.

Le silence a rejoint celui des meubles, celui du tic-tac de l’horloge, parce qu’hélas, il arrive que vaincus par la routine, le quotidien, nous n’avons plus besoin de regarder les autres pour savoir qu’ils existent. Sauf que pour Monsieur X, Madame X était devenue un meuble fané, sans attraits, ce genre de meuble dont on se débarrasse lorsqu’on a décidé de changer de décor.

Madame X l’a compris, elle peut continuer à vaquer à ses occupations en attendant que son mari se tire, elle peut continuer aussi à être enceinte. La vie suit son cours, il n’y a pas eu de cris, pas de révolte, « C’est calme comme un précipice ».

Et puis, il y a eu le déclic comme une éventration, le jour où l’enfant est venu au monde. Madame X avait devant elle le fruit d’un amour disparu, saccagé. C’était là aussi bien un morceau de sa propre chair que celle de son mari.

Comment comprendre puisque nous ne connaissons par cette langue du ventre, qu’ordinairement elle ne passe pas par les mots, qu’elle rumine dans le silence, qu’elle aurait le plus souvent le souffle coupé…

En écrivant Sandre, Denis SOLENN entend offrir un espace de parole à une femme néonaticide. Mais à travers cette femme, osons le dire, nous pouvons également entendre nos propres démons intérieurs, nos pulsions les plus primaires.

Erwan DAOUPHARS interprète cette Médée moderne de façon magistrale.

Paris, le 2 Avril 2018

Evelyne Trân

TOURNÉE 2018 – 2019

27 mars > 8 avril : Paris – Maison des métallos 25 > 28 octobre (à confirmer) : La Roche-sur-Foron – Festival éclats de scène. Tél : 04 50 03 05 29 9 ou 10 octobre (à confirmer) : Saint-Gratien (95) – Centre culturel du Forum. Tél : 01 39 89 24 42 13 > 16 novembre : Bruxelles (BE) – Théâtre 140. Tél : +32 2 733 97 08 17 novembre : Eghezee (BE) – l’écrin. Tél : +32 81 51 06 36 29 novembre : Poligny (39) – la Chapelle de la Congrégation. Tél : 03 84 37 24 21 1er décembre : Neuves-Maisons (54) – Centre Culturel Jean-l’hôte. Tél : 03 83 47 59 57 29 janvier 2019 (à confirmer) : Agen (47) – Théâtre d’Agen. Tél : 05 53 66 26 60 31 janvier ou 5 février 2019 (à confirmer) : Théâtre d’Aurillac (15). Tél : 04 71 45 46 05 Les 8 et 9 février 2019 (à confirmer) : Limoux et Pennautier (11) – ATP de l’Aude. Tél : 04 68 69 53 65 12 février 2019 : Noisy-le-Sec (93) – Théâtre des Bergeries. Tél : 01 41 83 15 20 8 mars 2019 (à confirmer) : Oyonnax (01) – Centre culturel Aragon. Tél : 04 74 81 96 80 14 et 15 mars 2019 : Charenton (94) – Théâtre des 2 rives. Tél : 01 46 76 67 00 19 mars 2019 : Courbevoie (92) – Espace Carpeau. Tél : 01 46 67 70 00 26 mars 2019 : Oloron-Sainte-Marie (64) – Espace Jeliote. Tél : 05 59 39 98 68 28 mars 2019 : Vallauris (06) – le Minotaure. Tél : 04 97 21 61 05