LES PETITES REINES d’après le roman de Clémentine Beauvais publié aux Éditions Sarbacane – adaptation Justine Heynemann et Rachel Arditi – mise en scène Justine Heynemann – DU 1ER AU 11 FÉVRIER AU THÉÂTRE PARIS-VILLETTE – 211 Av Jean-Jaurès 75019 PARIS – jeudi et vendredi à 19h / samedi à 17h / dimanche à 15h30 – séances scolaires : mardi 6 février à 10h et jeudi 8 février à 14h30 –

avec Rachel Arditi ou Tiphaine Gentilleau, Justine Bachelet, Barbara Bolotner, Manon Combes et Mounir Margoum ou Sylvain Sounier scénographie Camille Duchemin conception mobilier Sevil Gregory création lumière Grégoire de Lafond vidéo Nuno Pires musique Manuel Peskine assistante mise en scène Pauline Susini costume Camille Ait Allouache régie générale Fouad Souaker

Qui n’a pas entendu ces réflexions désobligeantes à propos d’une fille « C’est un boudin, une pisseuse… » et n’a pas éprouvé un petit titillement au cœur en se demandant si la remarque en question était fondée ou non. De la pure méchanceté, pas forcément, souvent juste une façon de décharger un peu d’agressivité et de vérifier que le venin peut couler de la bouche et faire son effet.

L’inconvénient, c’est que ce jugement dérisoire à propos d’une personne peut lui coller à la peau tel un infâme tatouage dès lors qu’il est diffusé sans aménité dans les réseaux sociaux avec photos à l’appui.

Concours de laiderons, oui cela existe, mais rassurez-vous, vous avez autant de chance de le gagner que d’obtenir la première place à un concours de beauté.

Fichtre ! Ce n’est pas le cas des petites reines, héroïnes de la pièce éponyme adaptée du roman de Clémentine BEAUVAIS, lauréates d’un concours sur Facebook qui leur attribue les médailles de Boudin d’or, de bronze et d’argent.

Mireille très philosophe (son père qui ignore son existence est un grand ponte philosophe) s’est habituée à son titre de Boudin d’or mais elle découvre qu’elle a perdu son titre au profit d’une autre adolescente et décide de la rencontrer ainsi que la lauréate du Boudin d’argent.

A elles trois, elles forment un projet insensé, celui de participer à la Garden-Party de l’Elysée organisée par la Présidente de la République. Accompagnées du frère de Boudin d’argent sur son fauteuil roulant, elles font le trajet à vélo de Bourg en Bresse à Paris, en vendant évidemment du boudin. L’exploit est relayé par la presse, les réseaux sociaux et les voilà devenus vedettes !

Pour notre part, nous avons retrouvé l’esprit du Club des cinq d’Enid BLYTON. Sur un sujet grave, celui du harcèlement moral sur internet, Clémentine BEAUVAIS réussit à stimuler l’imagination des adolescents. Il y a tellement de choses à faire dans la vie plutôt que de se laisser paralyser par la bêtise humaine.

La mise en scène de Justine HEYNEMANN est dynamique, les quatre comédiennes et le comédien jouent parfois plusieurs rôles avec aisance, ils ont épaté le public scolaire prêt à associer le théâtre à la magie !

Sa spontanéité fait écho à la fraicheur du spectacle et à sa juste tendresse telle un rayon de soleil capable de faire fondre les mauvaises langues d’où qu’elles viennent.

Paris, le 9 Février 2018

Evelyne Trân

TOURNEE :

13 MARS 2018 à Franconville (95)
15 MARS 2018 à L’Hay-Les-Roses (94) – 2 représentations
16 MARS 2018 à Maisons-Laffitte (78) – 2 représentations
20 MARS 2018 à Saint-Quentin (02) – 2 représentations
29 – 30 MARS 2018 au Théâtre du Préau, Centre Dramatique National de Normandie – Vire (14) – 4 représentations
10 AVRIL 2018 à Puteaux (92)
12 AVRIL 2018 à Cormeilles-en-Parisis (95)

MILLE FRANCS DE RECOMPENSE de VICTOR HUGO – MISE EN SCENE DE KHEIREDDINE LARDJAM – CREATION 2018 – AU THEATRE JEAN VILAR DE VITRY – PUIS les 8 ET 9 FEVRIER 2018 AU THEATRE SCENE NATIONALE DE MACON –

texte Victor Hugo
mise en scène Kheireddine Lardjam

collaboration artistique Cédric Veschambre, scénographie et collaboration artistique Estelle Gautier, lumière Victor Arancio, son Pascal Brenot, composition musicale Romaric Bourgeois, vidéo Thibaut Champagne, costumes Florence Jeunet, dessinateur Jean-François Rossi, chorégraphe Bouziane Bouteldja, chargée de production Lucile Burtin
avec Maxime Atmami, Azeddine Benamara, Romaric Bourgeois, Linda Chaïb, Samuel Churin, Étienne Durot, Aïda Hamri, Cédric Veschambre

Comment Victor Hugo, à l’âge de 64 ans, exilé dans l’ile de Guernesey, a-t-il pu se muer en feu follet à travers cette pièce d’une modernité stupéfiante qui contraste avec ses œuvres de jeunesse, drapées de pompe et de lyrisme ?

Etonnamment cette pièce est peu connue du public et Victor Hugo refusa de la faire jouer de son vivant « Mon drame paraitra le jour où la liberté reviendra »

Le héros de la pièce est un gueux libertaire, un petit repris de justice qui n’attend plus rien de la société ni de la religion. Son désir de liberté lui donne des ailes, n’ayant plus foi qu’en lui-même, il s’érige en défenseur « du faible et de l’orphelin », lorsque suite à une cavale, caché dans le recoin d’un appartement, il assiste aux malheurs d’une famille assiégée par les huissiers.

Pour Victor Hugo, il s’agit évidemment de lever le voile sur la puissance de l’argent qui écrase sans états d’âmes ceux qui sont pris aux pièges tendus par des financiers véreux, lesquels se rengorgent d’exister grâce à leur pouvoir sur des faibles, des naïfs, des imbéciles.

L’honnêteté ne peut avoir de prise sur la rouerie humaine. Dès lors seul un filou de la trempe de Glapieu peut prétendre à déjouer les manigances de l’arrogant homme d’affaire Rousseline.

La liberté de ton des personnages, notamment chez Glapieu mais aussi Rousseline, est étonnante. Nous sommes même pris d’un doute, l’auteur est-il vraiment Victor Hugo ?

Sa verve n’a rien à envier au slam d’aujourd’hui. Et le metteur en scène Kheireddine LARDJAM visiblement séduit laisse éclater sa jubilation.

Comment ne pas jubiler de voir un huissier arborer l’apparence, d’un musicien slameur et l’homme d’affaires ridicule avec sa chemise verte couleur perroquet !

On se croirait presque dans une comédie musicale, les comédiens n’hésitent pas à clamer haut et fort leurs sentiments. Il est vrai que Victor Hugo est expert en mélodrame mais cette fois ci, il se révèle particulièrement percutant, c’est un véritable exutoire pour les victimes de l’épaisse fumée noire de l’argent Roi, le capitalisme financier déjà à l’œuvre au 19ème siècle.

Impossible de s’ennuyer dans cette mise en scène haute en couleurs de Kheireddine LARDJAM, le verbe de Victor Hugo souffle sur les différents tableaux de l’histoire pleine de rebondissements rocambolesques, avec une vivacité, une légèreté déconcertante.

Il y a des tirades de Glapieu que nous voudrions faire nôtres à moins que nous préférions celles de Rousseline, également pas piquées des hannetons.

Les comédiens expriment un plaisir évident à participer à cette chevauchée politique et sociale totalement débridée mais fort instructive.

Sous l’’épaisse fumée noire du Roi argent, guettez donc l’apparition du libertaire Glapieu, décidément Victor Hugo nous étonnera toujours !

Paris, le 8 Février 2018

Evelyne Trân

EN TOURNEE :

> 09 mars 2018 à L’arc scène nationale Le Creusot
> 13, 14 et 15 mars à la Comédie de Saint-Étienne
> du 22 mars au 8 avril 2018 au Théâtre de l’Aquarium
> du 27 au 29 mai 2018, Théâtre en mai-Centre dramatique national
de Dijon

CHOISIR DE VIVRE DE MATHILDE DAUDET au STUDIO HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – du 6 FEVRIER AU 15 AVRIL 2018 – LES MARDIS ET MERCREDIS A 19 HEURES, LE DIMANCHE A 19 H 30 –

Distribution : De Mathilde Daudet, mise en scène Franck Berthier. Avec Nathalie Mann

Il y a plusieurs nuances de femme comme il y a plusieurs nuances d’homme. Oui, nous avons l’habitude de séparer en deux catégories le genre humain, d’un côté les hommes, de l’autre les femmes. Et pourtant, nous ne passons pas notre vie à traduire en féminin ou en masculin les messages que nous recevons. Peut-on arborer un troisième genre celui de la personne tout simplement libre de choisir son identité suivant ses inclinations,
ses affinités ?

Est-il possible de naitre avec un attribut sexuel mâle et s’éprouver dans sa tête plus femme qu’homme ? Oui sûrement, d’autant plus que les références à la virilité ou la féminité sont imposées par la société, leur légitimité ne repose que sur l’apparence et cette apparence il faut faire avec puisque c’est elle qui vous délivre votre carte d’identité sociale.

L’histoire de Mathilde DAUDET est de nature à donner le vertige à ceux ou à celles qui considèrent que leur attribut sexuel va de pair avec leur sentiment d’être femme ou homme.

Mathilde DAUDET est née à 60 ans, c’est extraordinaire !
Alors même que Simone BEAUVOIR dit «On ne nait pas femme, on le devient» Mathilde DAUDET semble avoir vécu le parcours inverse puisqu’elle est née femme par sa seule volonté.

Evidemment, c’est plus compliqué que ça. La formule lapidaire de Simone de BEAUVOIR sous-entend néanmoins qu’il n’y a pas de lois du genre et que c’est la société qui les édicte et offre en quelque sorte le mode d’emploi du genre suivant son sexe.

C’est un homme Thierry DAUDET né dans les années cinquante qui a accouché en 2010 de Mathilde DAUDET. Même Victor Hugo n’eut pu imaginer une telle aventure !

La pièce CHOISIR DE VIVRE adaptée du roman éponyme de Mathilde DAUDET raconte essentiellement le parcours de Thierry jusqu’à la venue au monde de Mathilde.

Thierry qui fut marié, père de 4 enfants et grand reporter de guerre a attendu 50 ans, pour laisser sortir Mathilde toujours à l’intérieur de lui pendant toutes ces années.

Ce témoignage absolument bouleversant est porté par une immense comédienne Nathalie MANN qui fait vivre aux spectateurs ce long accouchement, périlleux, douloureux et somme toute lumineux.

Dans le puits de lumière imaginé par le metteur en scène Franck BERTHIER où seule évolue la comédienne, l’imaginaire prend corps de façon sublime.
A la fin de la représentation, l’auteure Mathilde DAUDET a accompagné sur scène son interprète. Sa présence si discrète, Son sourire très doux, tel un fin croissant de lune, nous a profondément émus.

Paris, le 7 Février 2018

Evelyne Trân

DAUTIN revient (ça fait du bien !) par Laurent GHARIBIAN

Ivry-sur-scène, un Forum Léo Ferré plein à craquer pour fêter, en ce 12 novembre, le retour d’Yvan Dautin. Comme à l’accoutumée, c’est sur scène qu’il déploie sa science du réel et de l’illusion. Faisant alterner le grave et le léger à l’intérieur d’une même chanson, aussi bien que dans le déroulement de son spectacle, il convainc avant de séduire. Au piano, Angelo Zurzolo, par ailleurs fin mélodiste, apporte avec maestria un sens rythmique aussi percutant que délicat. Mieux qu’un accompagnateur, un alter ego sans ego démesuré, l’humour en plus, très personnel, en accord parfait avec Dautin qui revisite ses anciens succès comme s’il les chantait pour la première fois.

Dans son approche, une fausse part d’improvisation maîtrisée à tel point qu’on est bluffé du début à la fin. Kate, Marie Charlotte, Les mains dans les poches sous les yeux, La mal mariée, Son bas fila, elles sont là, intactes, restituées avec un plaisir gourmand. Elles ont, pour certaines, quarante ans d’âge, ces chansons. Elles tiennent la route et dépassent allègrement le cadre de toute actualité passagère. On est heureux de retrouver La Portugaise (musique Julien Clerc), mais aussi des titres plus récents extraits de l’excellent album paru en 2008 – et réédité depuis – « Ne pense plus, dépense », comme La Femme battue, L’Huissier (musique signée Zurzolo), On est de ce pays…

Le ton y est plus mélancolique, le regard sur le monde flirte avec le désespoir souriant. Tout comme la chanson-titre du dernier album « Un monde à part ». Beauté sombre, parfois glaçante, mais Dautin, méditatif tendre et inquiet, relève toujours la tête. Et croit en l’homme. Encore un moment du spectacle où Dautin nous bouleverse avec élégance. Et l’amour dans tout ça ? Si besoin était, il pourrait peut-être se résumer en une seule chanson : Je ne vois qu’elle, tendre et ensoleillée.

Mais on n’oublie pas combien le bonhomme reste un comédien accompli. Il possède naturellement ce côté chaplinesque dans sa manière de passer en un instant du cocasse au tragique. Le cocasse ? Un épisode d’anthologie lorsqu’il dit du Prévert : dans La pêche à la baleine, les images prennent ainsi une dimension nouvelle où s’accentue davantage, heureux vertige, l’aspect surréaliste de ce texte entré dans le patrimoine. Autre texte dit, Le président, créé en janvier 2017. Plutôt saignant. Extrait : « Sa langue de bois mort cultive la charogne ». No comment !

Tirée du premier vinyle (1971), on redécouvre La jonque bleue, fantaisie ludique et virtuose. Et puis, voici Dautin un texte à la main pour un inédit couleur menthe à l’eau qu’il s’apprête à enregistrer. Il s’agit de Pourquoi faut-il encore : « Travailler pour la gloire/ Une glace sans tain / Se lever sans vouloir / Et pointer au chagrin / Dans le beau dérisoire / Un pas de deux pour rien ». Le concert se referme sur La Méduse, immanquable. Mais revenons sur un moment particulier par lequel le chanteur se plaît à rappeler son admiration pour Léo Ferré et notamment le travail autour des textes d’Aragon. Il nous offre Il n’aurait fallu, distancié et intensément vécu à la fois. Lumière dans la nuit façon Dautin. Le public est comblé. On le serait à moins.

Laurent Gharibian

• Yvan Dautin est annoncé au Festival Aubercail à Aubervilliers pour le printemps prochain. Date à confirmer. Et à surveiller de près…

Article paru dans JE CHANTE MAGAZINE N° 14 – DÉCEMBRE 2017 – PAGE 19

Ève GRILIQUEZ – Une certaine idée de la poésie par Laurent GHARIBIAN –

Disparue le 4 août 2017, elle aurait fêté le 14 novembre ses 90 ans. Ève Griliquez laisse une moisson de réalisations marquantes, qu’elles soient scéniques ou discographiques.

De 1970 à 1985, elle avait produit sur France Culture l’émission Libre parcours variétés, un véritable terreau de créations en tous genres où se côtoyaient chanson francophone, jazz, humour, musiques du monde, musique classique, musique contemporaine. Une expérience longue durée jamais renouvelée. Depuis le milieu des années 60, la presse nationale lui a régulièrement ouvert ses colonnes. On peut citer ici le succès du spectacle OMAJAKENO qui connut, en France et à l’étranger, plus de 250 représentations.

À l’occasion de récitals poétiques ou de conférences autour de la chanson, Ève Griliquez s’est produite dans plusieurs pays : Argentine, Chili, Cuba, Israël, Roumanie (le pays de son berceau familial) Suède, Norvège.

En 1961, à Paris, elle avait recueilli, tout intimidée, une interview du « géant aux yeux bleus » Nazim Hikmet. J’eus le privilège d’entendre ce dialogue dans son intégralité, au cours des années 90. Nous sommes nombreux à espérer l’édition de ce document d’exception. Et puis, un beau jour, Ève m’avait montré la dédicace de Pablo Neruda sur le recueil qu’il lui avait offert en 1965.

Una Ramos a intitulé Ève une zamba (et non samba) de son Argentine natale. Un pays particulièrement cher au cœur de notre comédienne éprise des musiques populaires du monde entier. À Paris, elle avait assisté à l’un des concerts que donnait au
Châtelet le mythique chanteur de tango Roberto Goyeneche. Plus tard, elle avait croisé Astor Piazzolla, le Sexteto Major. Et l’immense Atahualpa Yupanqui.

Quant à la péninsule ibérique, l’un de ses représentants les plus fameux, Paco Ibanez, nourrissait pour Ève une amitié indéfectible. Elle était également estimée d’Amancio Prada, de Francisco Curto. Et de Lluis Llach. Elle aimait travailler avec des comédiens d’exigence et ce, quelle que soit leur notoriété. À partir des années 90, Ève avait enregistré avec Jean-Luc Debattice (album Hikmet), Yves-Jacques Bouin (album Fondane), Denis Lavant (album Desnos).

Tout au long de sa vie, elle a aimé faire se rencontrer des artistes venus d’horizons différents. Un exemple me reste en mémoire : c’était à la Tanière, lieu de chanson aujourd’hui disparu, le co-récital Danielle Messia–Gilles Méchin. Intense moment d’émotion. Aboutissement humain et artistique de premier ordre.

La chanson, une vraie passion. Anne Sylvestre, Francesca Solleville, Marie-Thérese Orain, Jacques Debronckart, Maurice Fanon, Pierre Louki, Christian Camerlynck, Bernard Haillant, Jean Guidoni, Allain Leprest faisaient partie de son panthéon personnel. Parmi les chanteurs émergents, elle avait soutenu Nilda Fernandez. Et plus récemment se plaisait à écouter Raphaël…

Parmi les grandes rencontres, il y eut voici deux décennies l’équipe du Loup du Faubourg, cabaret poésie et chanson où Ève rencontra un public nouveau, lui aussi passionné par les poètes du monde entier.

Pour parachever un tourbillon de rencontres enrichissantes, il y eut celle avec Luis Rigou et Hélène Arntzen, tous deux compositeurs, musiciens et responsables d’un label discographique et d’un lieu dédié au spectacle vivant. Ces dernières années, Ève me parlait souvent de deux projets qui lui étaient chers. Un disque autour de textes de Léonard Cohen. Un récital et/ou un album entier autour de la poésie de Pasolini dont elle avait enregistré quelques maquettes sous l’œil amical et bienveillant de ce couple qui devint pour elle comme une seconde famille. Les maquettes existent encore. Patience. Et peut-être… un vero miracolo.

Chapeau bas, ma chère Ève.

Laurent Gharibian
Novembre 2017

Cet article a été publié dans le nouveau numéro de JE CHANTE MAGAZINE

https://www.jechantemagazine.net

L’interview de Eve GRILIQUEZ : https://www.jechantemagazine.net/single-post/2017/08/04/Eve-Griliquez-un-parcours-libre

Respiration

Pourquoi j’ai choisi la poésie ? Parce qu’il me semble qu’à travers elle, j’arrive à exprimer des choses. je ne suis que le véhicule des autres, je ne m’interprète pas, mais à travers le sentiment de Fondane, de Desnos et d’autres, il y a certaines choses qui vibrent à l’intérieur de moi. Cela renvoie à la vocation. Car si on ne fait pas carrière avec la poésie, même étudiante, même comédienne, j’ai toujours dit que c’était par la poésie que je ferai quelque chose. Évidemment, j’ai eu divers métiers, mais dire des poèmes fut toujours pour moi indispensable. Si je ne dis pas des poèmes, je ne me sens pas bien.

Extrait de Le Libre parcours d’Eve Griliquez, publié aux Éditions du Layeur, Paris, 2005.

LE MARCHAND DE VENISE DE SHAKESPEARE – ADAPTATION ET MISE EN SCENE DE NED KRUJIC au THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 RUE NOTRE- DAME- DES CHAMPS 75006 PARIS – DU 24 JANVIER AU 1ER AVRIL 2018 A 20 H DU MARDI AU SAMEDI , DIMANCHE A 17 H –

Auteur : William Shakespeare
Artistes : Thomas Marceul, Julia Picquet, Rémy Rutovic, Antoine Théry
Metteur en scène : Ned Grujic

Elle est assez étrange la mise en scène de Ned GRUJIK qui laisse voguer quelques bateaux enfantins en papier rouge comme dans un théâtre de marionnettes, pour nous voiler la face qui ne peut manquer de rougir, voire de frémir, d’éprouver si actuelle, la fameuse tirade de Shylock *, l’usurier juif, figure du méchant dans la pièce qui s’oppose à Antonio, le chantre de l‘amitié, totalement désintéressé. Ces bateaux en papier rappellent les chapeaux rouges pointus à bord relevé que devaient porter les juifs come signe distinctif.

Shakespeare n’était pas antisémite sinon il n’eut pu donner un caractère si humain à ce personnage d’usurier pour lequel l’argent ne représente qu’une compensation de façade face à la situation d’humiliation et d’opprobre qu’il subit à Venise mais aussi bien en Angleterre sous le règne d’Elisabeth 1ère.

Dans cette pièce du Marchand de Venise comme toujours Shakespeare intègre plusieurs pigments, nous y retrouvons celui de l’amour, de l’amitié, de la fantaisie et plus sombre celui de la vengeance et de la déchéance.

Antonio, le marchand Venise n’hésite pas à emprunter à l’usurier Shylock les 3000 ducats nécessaires à Bassanio, l’amoureux de Portia, fille d’un grand roi qui doit ruser avec les injonctions de son rang. Shylock qui déteste Antonio le chrétien, lui demande en caution une livre de sa proche chair qu’il devra lui consentir si l’emprunt n’est pas remboursé à la date convenue.

Affreux contrat qui dénonce déjà le capitalisme puisque cette chair représente effectivement les pauvres gens qui se saignent à blanc pour rembourser leurs dettes.

Quant à Portia qui se déguise en homme, elle porte l’étendard des féministes en germe et il ne faut pas l’oublier, celle qui encourageait les pièces de Shakespeare n’était autre qu’Elisabeth 1ère.

Dans un foulard léger, la mise en scène laisse s’échapper les personnages principaux de la pièce interprétés par quatre bons comédiens.

Cependant le sable de l’histoire pique les yeux, la fable pourrait faire mal au ventre comme si après avoir avalé de la barbe à papa toute rose, nous ne savions plus quoi faire du bâton qui la soutenait.

Il appartient donc aux spectateurs de se dégager du brouillard tout rose et de reprendre leurs esprits. La honte qu’éprouve Shylock, c’est aussi la nôtre quand nous laissons dire et faire.

L’antisémitisme ambiant qu’expose dans cette pièce Shakespeare devrait tous nous blesser. Que nous soyons juifs ou non, ne haussons pas les épaules !

Paris, le 4 Février 2018

Evelyne Trân

*« Un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes,
des dimensions, des sens, de l’affection, de la passion ; nourri avec
la même nourriture, blessé par les mêmes armes, exposé
aux mêmes maladies, soigné de la même façon,
dans la chaleur et le froid du même hiver et du même été
que les Chrétiens ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ?
Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez,
ne mourrons-nous pas ? Et si vous nous bafouez, ne nous vengerons-nous pas ? »

Arthur Jugnot – Moi Papa ? Un voyage humoristique au bout de la paternité – Au Théâtre du splendid – 48, rue du Faubourg Saint-Martin – 75010 Paris – A partir du 19 Janvier 2018 – mercredi, jeudi, vendredi à 21 h, samedi à 16h30 et à 21 h.

Auteur : Bjarni Haukur Thorsson

Avec : Arthur Jugnot
Mise en scène : Sébastien Azzopardi
Assistante mise en scène : Carole Reppel Baele
Adaptation : Dominique Deschamps

Scénographie : Juliette Azzopardi avec la complicité de Pauline Gallot
Lumières : Thomas Rouxel
Musiques : Romain Trouillet
Videos : Mathias Delfau

Si nous sommes plus de 7 milliards d’habitants sur cette terre, c’est que probablement le besoin de se reproduire est inscrit dans les gènes. Cette remarque banale pour signifier seulement que l’expérience de la paternité ou de la maternité chez un individu reste cruciale alors même qu’elle est partagée par le plus grand nombre.

Difficile de ne pas se sentir concerné de près ou de loin par l’expérience d’un jeune homme trentenaire qui va voir débouler dans sa vie un inconnu qui va l’appeler Papa.

On n’apprend pas à devenir père, on le devient. Il y a probablement un livre recettes comme celui de Laurence PERNOUD pour les femmes. En tout cas, l’auteur aussi bien que le metteur en scène et le scénographe ont décidé de faire grand pour empaqueter humoristiquement cette mince affaire que celle de la paternité.

Au milieu d’un décor vidéo à tiroirs qui ne cesse de tourner comme dans un manège, l’heureux papa interprété par Arthur JUGNOT doit dégoupiller toutes les petites surprises qui l’attendent avec une bonne humeur, une vitalité à toute épreuve.

Reconnaissons qu’il s’en sort très bien puisqu’il réussit à faire rire de bon cœur le public.

Le personnage a un côté lunaire. Arthur JUGNOT ne manque pas de finesse, et nous regrettons juste qu’il ne puisse l’exprimer davantage.

Cela dit, le spectacle a vocation de divertir comme au cinéma. Il se déploie comme un album de bande dessinée en éventail avec cerise sur le gâteau, son héros incarné par la bouille du jeune Arthur, ma foi fort sympathique !

Paris, le 2 Février 2018

Evelyne Trân