MICHEL-ANGE ET LES FESSES DE DIEU de Jean-Philippe Noël – AU THEATRE 14 – 20, rue Marc Sangnier 75014 PARIS – du 8 JANVIER AU 26 FEVRIER 2018 –

Distribution : De Jean-Philippe Noël, mise en scène Jean-Paul Bordes assisté de Dominique Scheer. Avec Jean-Paul Bordes, François Siener, Jean-Paul Comart, César Dabonneville

« Si jamais le temps outrageux et barbare mutile, brise ou détruit ce chef-d’œuvre de l’art, sa beauté première revit dans la pensée où elle ne s’est pas imprimée en vain. »

Ce sonnet de Michel-Ange résume fort bien les préoccupations spirituelles de l’artiste et au-delà celles du pape de Jules II, mécène et commanditaire de la fresque de la chapelle Sixtine inaugurée en 1512.

Difficile d’imaginer que la création de cette fresque qui recouvre l’intégralité de la voûte de la chapelle Sixtine de 800 M2 soit l’œuvre d’un seul homme, uniquement aidé de son valet qui préparait les couleurs et les enduits.

Il nous manquait un marque page pour saisir en un clin d’œil la nature des relations entre Michel Ange et Jules II. Le voici tout désigné en la plume de Jean Philippe NOEL qui imagine leurs rencontres au cours des quatre années de labeur de l’artiste.

Photo droits réservés

Bien que fort documentée, la pièce qui relate les différentes étapes de la réalisation du chef d’œuvre, n’est point strictement historique, il s’agit plutôt pour l’auteur d’évoquer les rapports d’homme à homme de deux personnages aux caractères bien trempés que tout oppose.

L’un, Jules II est un homme d’état, plus séculier que religieux et guerrier. Lors de son règne il réussit à étendre considérablement le territoire du Vatican. Il est vrai que les papes de la Renaissance ne ressemblaient guère à ceux du 20ème siècle et plus près de nous au pape actuel. Sous la loupe de Jean-Philippe NOEL, nous découvrons un personnage bon vivant, voire même sympathique capable de ne pas s’offusquer outre mesure des libertés de Michel-Ange fasciné par la nudité des corps au point d’oublier que celle-ci est sacrilège dans une église. Plus préoccupé par la trace qu’il laisserait à la postérité et somme toute visionnaire, Jules II laissa faire Michel Ange.

Michel Ange quant à lui tributaire du mécène qui lui a commandé également un tombeau fantastique rehaussant la mégalomanie de Jules II, se montre volontiers agacé par les visites intempestives de ce dernier qui le presse d’en finir, sachant sa mort proche.

Un troisième personnage, le valet, représente l’interlocuteur terre à terre de bon sens, sidéré par ces énormes personnages.

Les échanges très vifs entre les trois protagonistes sont souvent émaillés de répliques coquines.

Du coup c’est la sensualité, la vanité que dégagent à leur corps défendant, les deux monstres, qui tiennent lieu de suffrages à la beauté de la fresque illustrant une Genèse peu catholique, trop portée sur la chair.

La scénographie suggère fort bien les coulisses de la chapelle Sixtine, devenues l’atelier de Michel-Ange. La mise en scène de Jean-Paul BORDES très alerte est en totale adéquation avec le texte de Jean-Philippe NOEL.

Servi par d’excellents interprètes, le spectacle se savoure sans faim, c’est juste un petit régal.

Evelyne Trân

Paris, le 26 Février 2018

UNE CHAMBRE EN INDE AU THEATRE DU SOLEIL à la Cartoucherie – Route du champ de manoeuvre 75012 PARIS – A partir du 24 Février 2018 – Du mercredi au vendredi à 19h30, le samedi à 16h, le dimanche à 13h30 ( à 15 Heures exceptionnellement le 5 Mars).

une création collective du Théâtre du Soleil

dirigée par Ariane Mnouchkine

avec la musique de Jean-Jacques Lemêtre

en harmonie avec Hélène Cixous

avec la participation exceptionnelle de

Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran

https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/notre-theatre/les-spectacles/une-chambre-en-inde-2016-401

https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/a-lire/generique-du-spectacle-4169

Nous entrons comme par effraction dans une chambre en Inde, spacieuse, magnifique, et guidés par une source de lumière, celle d’un rêve, celle du spectacle, nous voilà rendus à notre état premier, celui de spectateur, de voyeur ou de témoin anonyme, libre de circuler à la rencontre d’autres rêveurs.

Le rêve appelle le rêve. Nous spectateurs nous le savons bien que nous avons besoin de ce lâcher prise pour nous ressourcer.

La Compagnie du Théâtre du Soleil avait pour point de mire l’Inde, avec un projet central celui de partir à la recherche du plus vieux théâtre du monde, le Terukkuttu, lorsqu’ont eu lieu les attentats du mois de Novembre 2015 en France.

Le monde du spectacle était visé en première ligne dans l’attentat du Bataclan. Des spectateurs complices des artistes ont été tués simplement parce qu’ils se trouvaient là dans un lieu qui célèbre la création.

« Comment faire du théâtre aujourd’hui ? » ne cesse de se demander Ariane Mnouchkine. Une chose est sûre c’est qu’Ariane Mnouchkine entend rester à l’écoute du public, le plus humainement possible. Son rapport au public est d’ordre charnel, physique, elle n’hésite pas, par exemple, à poinçonner elle-même les billets des spectateurs. Après tout, ne s’agit-il pas de partager ensemble un même rêve lors d’une représentation unique, au même instant.

Le spectacle nous représente une Cornélia metteure en scène coincée en Inde, qui se réfugie dans le sommeil – elle est tout le temps au lit – pour calmer ses inquiétudes face à l’imminence d’une création théâtrale.
Ce sont ses rêves qui se déploient sur scène, de façon décousue, comme en écho au chaos du monde, lesquels rêves déguerpissent dès que retentit la sonnerie du téléphone.

La présence comique de Hélène Cinque, Cornélia, donne le ton du spectacle, qui n’hésite pas à tourner en ridicule, les faiseurs d’attentats, à parler du sort tragique des femmes en Inde ou en Arabie Saoudite, sans pouvoir se dérober à la vision fastueuse, lumineuse offerte par le Terukkuttu, un art traditionnel de l’Inde du Sud, s’adressant à la basse caste et associant le chant, la parole et la danse.

Dans un rêve comme au théâtre tout est possible, même les apparitions impromptues de Shakespeare, de Tchekhov ou de Charlie Chaplin, pour se rafraichir les lanternes.

Dilatation du temps et de l’espace, l’échelle est à la fois grandiose et à taille humaine, puisqu’elle permet à chacun sinon de se positionner, de capter le point lumineux qui rayonne, celui de la liberté de création,
l’instinct de vie contre celui de mort.

Le public, ce dimanche, a applaudi à tout rompre, cette manifestation de liberté dans un spectacle collectif dynamique, illustrant combien le vivier de nos rêves est d’ordre solaire, il fait partie d’une épopée digne de la Mahābhārata.

Paris, le 26 Février 2018

Evelyne Trân

LA PETITE SIRENE AU THEATRE DU LUCERNAIRE – 53 Rue Notre-Dame-Des Champs 75006 PARIS – Du 17 Février au 6 Mai 2018 – MERCREDI ET SAMEDI A 15 H – DIMANCHE A 11 H – Pendant les vacances scolaires du MARDI AU DIMANCHE –

Auteur : Hans Christian Andersen
Artistes : Clémence Viandier ou Eloïse Bloch, Emma Darmon ou Laetitia Richard, Angélique Fridblatt ou Marie-Béatrice Dardenne, James Groguelin ou Alexandre Cattez, Romain Ogerau ou Régis Chaussard
Metteur en scène : Freddy Viau

HANS CHRISTIAN ANDERSEN possédait l’art de conter aussi bien pour les enfants que pour les adultes.C’était un alchimiste d’un rare sensibilité capable de composer des contes à partir d’une première sensation, un sentiment diffus s’étoilant jusqu’à devenir l’histoire même du conte.

Ce faisant, il flirte avec l’indicible car ce n’est pas tant la structure du récit qui importe, son résumé à plat, ses références aux mythes et au bon sens du lecteur qui interpellent, mais plutôt l’impression que ce sont les héros et héroïnes qui écrivent leurs propres histoires, guidés par leurs seuls sentiments.

La subjectivité des personnages domine parce que c’est elle qui fait écran à une réalité imposée soit par la nature même soit par la société.

Si l’histoire de la Petite Sirène peut être rapportée à celle des premiers émois d’une jeune fille prête à tout par amour pour un jeune prince, elle va au-delà de cette description objective. Evidemment, la transformation physique de la Petite Sirène fait un écho à celle de l’adolescente. Mais à cet évènement naturel, Andersen ajoute du merveilleux, un sentiment qui échappe à toute analyse et qui peut prendre toute forme. Celle-ci sera d’autant plus impressionnante qu’elle s’ancrera dans la réalité.

Ce sont les enfants qui possèdent le plus le sens du merveilleux et du concret à la fois. Ils disposent à l’état pur ce que recherche Andersen, la fraicheur d’une sensation et d’une certaine façon l’innocence.

Dans la mise en scène de Freddy Viau, il n’est pas nécessaire de saisir tous les fils de l’histoire. C’est l’immersion qui importe, le public n’est-il pas convié à rejoindre au plus profond de la mer la Petite Sirène. Avec une rapidité déconcertante, sur scène, les comédiens changent de rôles et de costumes. Ces derniers de bric à brac, très éclectiques et colorés donnent l’impression qu’ils peuvent être réalisés facilement. Tout est possible même de suggérer la mer en allongeant les bras …

Très fluide, la scénographie joue beaucoup sur les nuances des couleurs des lumières dont le flou contraste avec les personnages aux caractères tranchés, notamment la Sorcière, à l’exception de la Petite Sirène, fluette et gracieuse.

Le metteur en scène a pris soin d’envelopper l’histoire à l’intérieur de son cocon, et c’est à travers en toute transparence que nous suivons le fil de la destinée de la Petite Sirène.

Comment son rêve est devenu poème, c’est ce que nous raconte ce beau spectacle accessible à tous enfants ou adultes.

Paris, le 25 Février 2018

Evelyne Trân

CHAGRIN POUR SOI – UNE COMEDIE DE SOPHIE FORTE ET VIRGINIE LEMOINE – Mise en scène de Virginie LEMOINE au THEATRE DE LA BRUYERE – 5, rue de la Bruyère 75009 PARIS – A partir du 7 Février 2018 du mardi au samedi à 19 H – Matinée le samedi à 17 H 15 –

Distribution : De Sophie Forte, Virginie Lemoine, mise en scène Virginie Lemoine. Avec Sophie Forte, William Mesguich ou Pierre-Jean Cherer, Tchavdar Pentchev
Genre : Théâtre contemporain

Certains se souviendront de la Chasse au chagrin, un reportage très précieux de Francis Blanche dans les années cinquante, à propos du chagrin, une sorte de chat sauvage, de couleur grise, vivant dans montagnes du Tyrol, au cri plutôt triste et lugubre.

Eh oui, le chagrin hante les esprits depuis Mathusalem. D’après Sophie FORTE et Virginie LEMOINE, il se serait mis aux services de Léo Ferré, Baudelaire et bien d’autres poètes leur inspirant les plus belles élégies. Car le chagrin peut s’incarner en homme, il suffisait d’y penser. Cet homme nous l’aurions volontiers imaginé maniaco-dépressif, mais sous la plume de nos auteures, il faut croire qu’usé par le temps, il ait voulu se dévergonder un peu, se déguiser en beau garçon, l’œil vif et péremptoire, tirant la couverture à soi de façon à prouver qu’un chagrin cela peut tenir chaud, les larmes qui coulent étant – la nature n’en fait pas grand mystère – toujours chaudes.

A peine Pauline vient -elle d’être larguée par son mari après 15 années de vie commune, que surgit sous l’apparence d’un bel homme, son chagrin. Terriblement envahissant, le Chagrin ne la quitte pas. Et Pauline qui découvre les vertus de l’indépendance n’arrive pas à s’en débarrasser. Elle passera en revue mille et une recettes avant de mettre à la porte définitivement l’odieux parasite.

Sophie FORTE est irrésistible dans le rôle de Pauline, tour à tour tendre, mélancolique, furibonde et tellement drôle. Sa palette est si large qu’elle devrait obtenir le prix de l’arc en ciel.

Avec Tchavdar PENTCHEF, le Chagrin, très classe et William MESGUICH, bouillonnant d’énergie, interprète à lui seul d’une dizaine de personnages (les filles, la colère, la copine, l’espoir, le docteur, la peur etc.) Sophie FORTE et Virginie LEMOINE nous livrent un antidote de charme contre la morosité.

Pour chasser vos soucis, chatouillez-vous l’esprit en allant voir Chagrin pour soi, l’effet est immédiat !

Paris le 23 Février 2018

Evelyne Trân

L’éveil du printemps de AIAT FAYEZ – Mise en scène : Alain BATIS – THÉÂTRE DE L’ÉPÉE DE BOIS Cartoucherie – Route du Champ de Manœuvre 75012 PARIS – Du 15 Janvier au 25 Février 2018 à 20 h 30 – Salle en bois –


© photo : Sasu Riikonen / conception graphique : Chouette ! Thomas Daval / Valérie Lecomte

Avec : Emma Barcaroli, Geoffrey Dahm, Nassim Haddouche, Pauline Masse, Mathieu Saccucci

Maurine Baldassari Maquillage

Jean-Frédéric Béal Création lumières

Cyriaque Bellot Musique

Cécilia Delestre Création costumes

Mathias Delfau Création vidéo

Nicolas Gros Régie générale

Sandrine Lamblin Scénographie

Gaultier Patrice Régie son

Jean-Bernard Scotto Création costumes

Judith Scotto Maquillage

Judith Scotto assistée de Maurine Baldassari (Perruques), Nicolas Gros (Régie lumières), Gaultier Patrice (Régie vidéo)

Les rêves s’inscrivent rarement dans la réalité, faute de quoi le désir qui permet à un individu d’aller au-delà de ses connaissances, d’aller de l’avant et tout simplement d’aborder l’autre par essence différent, ne pourrait s’exercer.

La terre ne serait qu’une poussière d’étoile qui a explosé il y a des millions d’années. L’idée de voyage est déjà contenue dans notre perception de l’infini, elle serait presque un gage d’éternité ou d’absolu infini dans la mesure même où cela va à l’encontre d’une perception très limitée de notre propre existence.

L’éveil du printemps de Aiat FAYEZ, nous raconte la terrible expérience de A qui a cru que son rêve pouvait devenir réalité. Il imagine un individu habitant la planète Platoniun, fasciné par notre planète Terre, sa magnifique image qui se déploie devant lui, à quelques années-lumière de Platoniun, très petite en comparaison. Il ne cesse d’idéaliser les terriens qu’il croit très supérieurs à ses congénères. Il obtient un visa pour la terre afin de poursuivre ses études et fait connaissance avec ces terriens lesquels ne le rejettent pas ostensiblement mais ne l’accueillent pas non plus à bras ouverts sans qu’il puisse s‘expliquer pourquoi. Il se retrouve dans la peau de l’étranger
quoiqu’il tente pour s’adapter alors qu’il croyait trouver chez les terriens, une nouvelle famille, une nouvelle terre.

Evidemment à travers A, l’auteur exprime ce sentiment diffus d’exclusion qu’aura pu éprouver tout étranger en France qui découvre les difficultés d’intégration dans un pays où des politiciens ne cessent de pointer du doigt l’étranger comme un danger, et ce faisant utilisent les craintes primitives de l’envahisseur ou ce réflexe primaire qui plombe l’horizon, celui de la peur de l’inconnu. Dès le plus jeune âge, l’enfant apprend qu’il ne doit pas parler à un inconnu. Cet inconnu c’est le loup qui va manger le chaperon rouge. La recommandation est parfaitement justifiée dans notre monde cruel mais à l’âge adulte, elle devient aveuglante si elle paralyse le réflexe d’empathie, synonyme de sociabilité.

La démonstration de l’auteur ne s’encombre pas de discours, elle afflue par petites touches inscrivant chacun des personnages dans une sorte de nuit étoilée, exprimant la vision confuse et passionnée de A, découvrant que son rêve s’arrête dès lors qu’il n’est plus question de percevoir les terriens dans leur dimension cosmique, mais d’admettre qu’ils sont suspendus dans leur course, immobilisés par la crainte qu’il provoque malgré lui.

A la source, cette fascination de A pour la beauté de la terre est fort bien exploitée par le metteur en scène Alain BATIS. L’épure de la scénographie permet aux spectateurs de contempler cette terre sur écran géant, seuil d’horizon inouï, rendant accessoire, tout le reste, l’environnement de A réduit à un lit transportable, le même à Platoniun que sur Terre.

Le semblant de liberté accordé par une musique d’ambiance volontairement très cool, est d’ordre conventionnel. Impossible de faire cracher au terriens leurs véritables sentiments, le miroir est dépoli et en le fixant trop, A risque seulement de se voir défiguré, pire être considéré comme une bête curieuse.

A, comme le petit Prince de Saint Exupéry, a des étoiles plein la tête. Bleu comme la nuit, comme l’espoir, ce migrant, cet étranger pourrait souffler à l’oreille d’une jeune fille « Dessine-moi un extra-terrestre ».

La clarté de la mise en scène d’Alain BATIS qui reflète la sincérité du jeune A ainsi que le jeu des comédiens font sourdre les émotions toujours refluées vers les non-dits qui parasitent les relations jusqu’à tendre vers l’irrationnel. L’atmosphère onirique approfondit l’espace de communication entre les êtres, mettant en lumière leurs zones d’ombre, leur vulnérabilité, leur difficile cohésion.

Cet éveil du printemps c’est Rimbaud qui affirme « Je est un autre ». Le dire et le vouloir vivre, quelle gageure, quel défi pour A !

Alain BATIS et toute son équipe embarquent le spectateur dans une belle odyssée, cosmique ou terrienne, n’ayons pas peur des mots, universelle !

Paris, le 22 Février 2018

Evelyne Trân

VENDREDI 13 de Jean-Louis BAUER au THEATRE DE LA REINE BLANCHE – 2 Bis Passage Ruelle 75018 PARIS – Du 20 Janvier au 25 Février 2018 – Jeudi, vendredi, samedi : 20h45. Dimanche : 15h30.

Distribution : De et mise en scène Jean-Louis Bauer. Avec Amina Boudjemline, Mayel Elhajaoui, Loïc Le Manac’h, Margot Van Hove

Félix Baratin Scénographie

Maxime Denis Création son

Paul Hourlier Création lumières

Caroline Long Nguyen Scénographie

La mort tragique de Leïla lors des attentats du 13 Novembre 2015 va bouleverser le paysage mental de ses proches et remettre en cause leurs croyances.

Djebril, le frère, franco algérien, est un musulman pratiquant. Il ne porte pas dans son cœur la France coupable d’exactions lors de la guerre d’Algérie, Jonas, son fiancé dont les parents étaient franco-polonais porte en héritage la Shoah, quant à Cécile l’épouse de Djebril, elle s’est convertie à la religion musulmane pour suivre son mari.

Amis d’enfance, tous s’accommodaient fort bien de leurs différences mais le choc de l’événement va exacerber leurs positions et créer un gouffre entre Jonas et Djebril dont le chagrin se meut en révolte.

Le fantôme de Leïla occupe tous les esprits. Il est vrai que l’événement vient juste de se passer et ses proches refusent de faire le deuil. L’auteur imagine que le lien qui les rattache à Leïla peut devenir un lien fraternel qui consolide leur amitié et non le contraire.

Abasourdis par l’émotion, chacun se réfugie vers ses repères les plus immédiats. Pour Jonas, le drapeau français qu’il plante sur la tombe de Leïla, représente sa croyance en la laïcité alors que ce même drapeau rappelle de façon odieuse à Djebril, l’arrogance du colon français.

L’émotion entrave le raisonnement et peut provoquer des drames. Leïla configure une déesse de la paix, sa mission est d’apaiser les âmes blessées à vif dans leurs ressorts les plus intimes.

Jean-Louis BAUER ne se pose pas en idéaliste. Il ne surfe pas non plus sur le motif de la douleur de façon pathétique. Ici la douleur a un sens d’un point de vue physique, universel, des vivants viennent d’être amputés de l’un de leurs membres de façon brutale. Ils sont victimes également.

Mais il faut dépasser la position de victimes pour se relever. La pièce de
Jean-Louis Bauer s’adresse essentiellement à des jeunes qui portent malgré eux, le passé de leurs parents. Il importe qu’ils prennent conscience qu’après tout l’avenir leur appartient et qu’ils doivent puiser sur leurs propres forces pour lutter contre l’injustice, les présents crimes qui viennent de les anéantir moralement.

De structure très poétique, la pièce de Jean-Louis BAUER offre plusieurs partitions aux comédiens, des dialogues aux monologues en passant même par le chant. Elle permet de donner la parole à ces jeunes, issus de confessions religieuses diverses, croyants ou non, pratiquants ou pas.

Nous avons été frappés par la beauté de la scénographie, juste trois tombes dans un cimetière, devenu un lieu de rencontre magique entre les vivants et les morts.

Paris, le 16 Février 2018

Evelyne Trân

L’ABATTAGE RITUEL DE GORGE MASTROMAS AU STUDIO HEBERTOT – 78 bis Boulevard des Batignolles 75017 – LE MARDI, MERCREDI ET SAMEDI A 21H du 3 Février au 11 Avril 2018 –

de Dennis Kelly

mise en scène de Franck Berthier

avec Yannick Laurent, Amélie Manet, Marie-Caroline Le Garrec,

Claire Ruppli, Adrien Guitton, Geoffrey Couët, Marion Feugère

et José Corpas

Prenez donc une pastille effervescente qui vous promettra monts et merveilles avant de vous endormir. Vous aviez les yeux rivés sur votre écran de télévision et vous ne vous ne vous êtes pas méfiés, les monstres guignolesques qui s’agitaient ont pénétré dans votre cervelle. L’histoire que vous allez vivre ou plutôt le cauchemar est celle de GORGE MASTROMAS.

Très pugnaces ces trolls qui court-circuitent votre désir de tranquillité pour vous raconter la vie d’un homme ordinaire devenu le magnat d’une super puissance capitaliste qui prétend dominer le monde.

 » Homme, ne cherche plus l’auteur du mal; cet auteur, c’est toi-même  » disait Jean-Jacques Rousseau.

Gorge MASTROMAS avait toutes les cartes en mains pour devenir un gentil citoyen. Mais il voulait sortir du lot ce gars-là, il avait un gros appétit, le métal mou, trop peu pour lui, fallait que ça cingle. Il a donc appris de bonne heure à se moquer des autres, les petits au faible fard celui de l’honnêteté, celui du sentiment. Et de fil en aiguille, bousculant les bonnes vieilles valeurs morales, en trichant, en mentant à tours de bras, il atteint son but, celui du pouvoir, sa façon à lui d’atteindre l’orgasme.

Gagnant ou perdant, avez-vous donc le choix ? Du haut de sa montagne de mensonges, Gorge MASTROMAS domine, croit-il le monde entier. Mais il a oublié que ce monde était habité par des personnes réelles avec lesquelles il ne peut plus communiquer faute de quoi il perdrait la face. Alors il assassine son frère qui l’accuse d’avoir sali leur père en faisant croire que ce dernier l’avait violé.

A la fin, c’est sa femme qui le quitte. Jusqu’où peut mener le mensonge, jusqu’aux larmes de crocodile ?

Les moments les plus audibles de la pièce parce qu’enfin les trolls s’abstiennent de tout commentaire, ce sont les retrouvailles de Gorge avec son frère, ses échanges avec sa femme Louise, puis la rencontre ultime avec sa petite fille.

Nous nous remémorons Shakespeare car Gorge a les mains pleines de sang comme Lady Macbeth, et il hurle comme un putois tel Richard III.

La mise en scène audacieuse de Franck Berthier s’attache à traduire l’aspect désespérément absurde et grotesque de la ligne de vie de Gorge MASTROMAS.

La caricature très colorée qui démarre comme une pile électrique, nous rappelle l’ambiance d’Orange mécanique de Stanley Kubrick.

Cela a un effet tapageur, poudre aux yeux et aux oreilles qui donne le ton du mental de Gorge MASTROMAS, un minable qui se croyait chef d’orchestre, littéralement sonné et vidé par ces vampires de trolls.

Saisie par Franck Berthier, voilà une farce dont il faut se lécher les babines pour subvenir à nos crampes d’estomac. Les gastronomes ou érudits sauront faire l’autopsie d’un homme mort d’indigestion. L’indigestion, c’est le mal du siècle !

Servie par des comédiens épatants notamment l’interprète de Gorge, la farce relevée, voire pimentée excite le palais, et qui sait nos trolls de neurones.

Paris, le 15 février 2018

Evelyne Trân

MADEMOISELLE JULIE d’August STRINDBERG -TRADUCTION CLÉMENCE HÉROUT ET NILS ÖHLUND – MISE EN SCÈNE NILS ÖHLUND – AU THEATRE POCHE MONTPARNASSE _ 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS – DU 19 JANVIER AU 18 MARS 2018 – Du mardi au samedi à 21h, dimanche 15h –

Jessica VEDEL – Julie
Carolina PECHENY – Kristin
Fred CACHEUX ou Nils ÖHLUND (en alternance) – Jean
Scénographie Laurianne SCIMEMI
Costumes Laurianne SCIMEMI assistée de Blandine GUSTIN
Lumières Laurent SCHNEEGANS (création de Michel BERGAMIN)
Création son Grégoire HARRER

Comment résumer la pièce Mademoiselle Julie, dite « tragédie naturaliste », créée en 1889 à Copenhague, mise en scène par Strindberg, lui-même, avec Siri von Essen, son épouse dans le rôle-titre.

Au premier abord, il s’agit d’un drame social qui renvoie dos à dos, les deux pôles de la société celle des dominants et celle des dominés, d’un côté le valet, la cuisinière et de l’autre la fille du Comte, Mademoiselle Julie.

A travers le portrait de Mademoiselle Julie, Strindberg insiste sur la décadence de la noblesse, notamment sur l’une de ces valeurs en voie de disparition, celle de l’honneur.

Cependant ce motif, Strindberg ne l’explore pas de façon démonstrative, ni même de façon vraiment explosive, même si la fin de l’héroïne est particulièrement tragique.

En un sens, il n’y a pas de fin pour Mademoiselle Julie parce que ses tourments, son angoisse, c’est déjà l’expression de la faillite d’un monde ancien qu’éprouve inconsciemment l’héroïne, qui se retrouve coincée entre la figure tutélaire du père et celle du jeune valet, tout aussi agressive.

Mademoiselle Julie fait partie de ces bourgeons prêts à s’épanouir,
absolument prometteurs, qui meurent prématurément à la faveur d’un gel.

Lors de la fête du solstice d’été, Mademoiselle Julie et le valet Jean trouvent l’occasion de se découvrir mutuellement. Une attirance sexuelle fulgurante fait d’eux des amants. Ils prennent conscience alors qu’ils ont franchi un interdit majeur, celui du rapprochement de deux classes antinomiques, celle des valets et celle des seigneurs. Idéalement, l’un et l’autre seraient capables de dépasser les conventions sociales. Sur le papier, il serait possible d’en faire abstraction. Mais lesdites conventions ont assujetti les héros à leurs dépens. Le valet peut rêver de devenir Comte et Mademoiselle d’être une femme libre, ils ne peuvent éponger un passé accablant, des réflexes qui leur collent à la peau, l’arrogance chez Mademoiselle Julie, la servilité chez Jean.

En vérité sous le regard de Strindberg, Jean et Mademoiselle Julie ne sont pas des héros. Ils sont pris au piège non de leurs sentiments mais de leur ambivalence. En quelque sorte, ils sont trop jeunes, trop fragiles pour faire face aux commentaires peu amènes de la cuisinière et surtout à la menace de scandale que représente leur union « sacrilège ». Le sentiment de honte aussi bien pour le valet que Mademoiselle Julie, a l’effet d’une gangrène. Mais où donc se loge l’amour propre ? L’arrogance, le mépris, la servilité recouvriraient ils, en réalité, des âmes démunies et définitivement spoliées par le règne des apparences.

Si l’habit ne fait pas le moine, il finit par coller à la peau de celui qui le porte.

Quel rapport de forces peut-il y avoir entre Jean et Mademoiselle Julie ? Cette dernière était en train de naître, elle rêvait d’amour libre, d’égale à égal, elle découvre la violence de Jean, lequel exprime sa déception en décelant que sous ses allures de princesse Mademoiselle Julie cache une âme tourmentée peu propice au combat du guerrier, à ses rêves d’ascension sociale.

Pourtant, il s’agit du même vase communiquant. Pourquoi l’amour
manque-t-il si cruellement à l’appel ? Strindberg en réaction à ses propres expériences, entendait être réaliste quitte à décevoir les spectateurs.

Nils ÖHLUND réussit une mise en scène haut de gamme. Une longue table en bois, deux chaises, un tabouret et des cubes noirs qui figurent la chambre de la cuisinière, suffisent à créer le lieu de rencontre de Jean et Julie, des êtres jeunes mal dégrossis qui vont faire éclater leurs bourgeons, faire rejaillir leur sève avant de s’effacer, rendre l’âme comme si rien ne s’était passé, comme si le jour pouvait éteindre la nuit.

La fin résonne tel un claquement de langue, les spectateurs vont être aussi surpris que les protagonistes eux-mêmes lesquels à force de tergiverser, n’ont pas vu qu’ils se rapprochaient inéluctablement du précipice. Fuir devient le motif qu’explore Strindberg au masculin, au féminin.

Jessica VEDEL campe une Mademoiselle Julie, vulnérable et bouleversante. Sous les traits de Nils ÖHLUND, le valet Jean manifeste sa soif de vivre, il laisse entendre le bouillonnement qui l’agite à l’idée de quitter l’habit de valet, fût-ce même un leurre. Carolina PECHENY est également remarquable dans son rôle de cuisinière quasi autiste, impénétrable.

La mise en scène nerveuse de Nils ÖHLUND met en valeur la modernité de cette pièce. Des bourgeons d’esprits libres, oui à l’état naissant, c’est ce que nous découvre Strindberg. Nous, nous le savons bien, le jour vient toujours après la nuit.

Paris, le 14 Février 2018

Evelyne Trân

CONSTELLATIONS de Nick Payne traduit par Séverine Magois (première création française) au THEATRE DE L’AQUARIUM – CARTOUCHERIE DE VINCENNES – 30 janvier > 18 février 2018 – du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h –

texte Nick Payne traduit par Séverine Magois (première création française)
mise en scène Arnaud Anckaert, avec Noémie Gantier et Maxence Vandevelde

scénographie Arnaud Anckaert en collaboration avec Olivier Floury, lumière Martin Hennart, musique Benjamin Collier, costumes Alexandra Charles, régie générale Olivier Floury, assistanat à la mise en scène Anna Dewaele.

Si l’impossible ne nous était pas représenté, notre aptitude à en faire abstraction, à l’écarter pour ne nous concentrer que sur nous-mêmes, nos limites, perdrait de sa consistance, serait juste un gage de possibles tel un doigt pointé vers le ciel sans savoir exactement ce qu’il peut attendre d’un tel geste.

Car que désigner en pointant son doigt vers les innombrables constellations d’une nuit étoilée, une étoile filante pour former un vœu.

Selon Nick PAYNE, l’auteur de la pièce Constellations, l’hypothèse des «multivers» de la physique quantique énonçant qu’une infinité de possibles coexiste à chaque moment de notre vie, peut s’appliquer à la relation amoureuse.

A vrai dire, sans notion scientifique, nous sommes souvent amenés à nous identifier aux destins d’autres personnes qui ont suivant notre sentiment plus ou moins de chance que nous alors même qu’elles nous ressemblent en tous points.

Il serait amusant d’imaginer que dans un univers parallèle, notre sosie a la faculté de vivre ce que nous avons toujours espéré en vain.
Est-ce à dire que notre destin dépende d’une petite crotte de poussière arrimée à un miroir sans fond !

Stendhal a forgé le concept de cristallisation à la suite d’un chagrin d’amour. Il semble bien que la cristallisation soit à l’œuvre dans les différents échanges entre Marianne une physicienne et Roland un apiculteur.

Marianne et Roland sont attirés l’un vers l’autre par la différence de leurs univers, il y a chez eux une quête d’inconnu qui les éblouit et les effraie en même temps. Que cela fonctionne ou ne fonctionne pas, la crête de la rencontre est toujours là, la formule est peut-être celle de l’éblouissement, de l’espérance et même de l’oubli.

Une infinité de possibles pour Marianne et Roland, pensez-vous, en faisant abstraction de l’environnement, des proches, du vécu antérieur de l’un et de l’autre, soit, l’auteur se base sur l’unique territoire qu’il connait bien, celui du langage. Il démontre que la même phrase suivant qu’elle est articulée bravement ou timidement, ou encore d’autres variations plus subtiles, tel un dé jeté, aura raison du sort de la relation du couple.

La démonstration est incrustée de subtilités qui demandent manifestement un certain effort mental aux spectateurs appelés à l’exercice, lequel consiste à secouer toujours la même poche, la même image, en sauvegardant le principe de base, tout de même, celui de l’émotion.

Peut-être s’agit-il du revers d’une poche de rêve dans laquelle les rêveurs seulement guidés par leurs désirs, imaginent toutes sortes d’issues, alors même que celle qu’ils ont connue dans la vie réelle était une impasse.

Avec la mise en scène d’Arnaud ANCKAERT, volontairement minimaliste, nous traversons en filigrane la vie du couple, comme nous observerions le trajet d’hirondelles, toujours le même, chaque année, sans nous préoccuper du temps qui a passé, le nôtre.

Le temps vaste conjecture qui n’a rien à voir avec celui qui se découle dans nos rêves, nos espoirs, l’infini…

Le récital quasi métaphysique est incarné formidablement par deux comédiens, Noémie GANTIER et Maxence VANDEVELDE qui interprètent cette partition telle une ligne de solfège suspendue dans le ciel, pour servir de perchoir aux amoureux !

Paris, le 13 Février 2018

Evelyne Trân

DIEU EST MORT. Et moi non plus j’me sens pas très bien ! THÉÂTRE CONTEMPORAIN PHILOSOPHIQUE DE RÉGIS VLACHOS AU THEATRE DE LA CONTRESCARPE – 5? RUE Blainville 75005 PARIS – > PROLONGATIONS : Dimanches à 20h30 jusqu’au 25 mars 2018 –

AVEC REGIS VLACHOS ET CHARLOTTE ZOTTO

Elle est plutôt bon enfant cette citation issue de la genèse dans la Bible « Et Dieu créa et le ciel et la terre » Un vrai conté de fée… L’énergumène qui a fourré dans ses poches ladite citation pour faire l’école buissonnière a fait du chemin comme le Petit Poucet avec ses bottes de géant. C’est qu’il fallait franchir le vide ou plutôt sauter par-dessus pour mûrir, passer du communiant au catéchisme, de l’élection de Mitterrand en 1981, au prof de philo qui doit se démener pour faire comprendre à ses élèves que la croyance en Dieu ou en Allah ne peut justifier l’attentat de Charlie Hebdo ni celui du 13 Novembre.

Jésus en sucre d’orge, tout le monde n’a pas connu ça ! Et l’épreuve du confessionnal où il fallait se mettre à genoux pour raconter ses péchés au curé, c’était le bon temps ! Quoi comment, toutes ces affreuses guerres de religion, l’inquisition, tout cela serait donc tombé aux oubliettes pour se transformer en œufs de pâques en chocolat !

Dieu merci, l’énergumène ne nous fait pas l’apologie de sa culbute.

Comment se remettre d’un bisou de sa mère qui lui rappelle qu’il ne doit pas tripoter son petit Jésus, cet ustensile érectile hyper dangereux.

Monsieur patine sur une vitre pleine de buées et il y grêle, il y grêle toutes sortes de souvenirs épidermiques, qui vont de Michel SARDOU, au grand cou de la girafe, au divan du psychanalyste et à la guitare électrique.

Ruer dans les brancards et comment ! Lorsqu’on se retrouve face à un bocal avec pour seul interlocuteur un impavide poisson rouge.

L’homme a gardé sa frimousse d’enfant, il sort de son coffre à jouets, une mouette en peluche, une Barbie en plastique. Il fait parler Dieu, il le houspille même, il l’invente. Dieu un jouet, fallait y penser !

Nous voilà au cœur d’une cour de récréation. L’énergumène sait bien qu’en donnant des coups de pied à la fourmilière, il se fera mal, très mal. Pensez donc, six milliards de croyants pour un milliard de mécréants !

Il a recours à la grâce, celle de l’enfance pour décliner à sa façon, l’amour de la vie et sa tendresse pour les croyants parce qu’être croyant cela ne signifie pas uniquement croire en Dieu, cela peut tout simplement dire exister.

Régis VLACHOS forme avec la charmante Charlotte ZOTTO un joyeux tandem et dans leur cour de récréation, l’arbre de vie jubile de plaisir !

Paris, le 12 Février 2018

Evelyne Trân