LE SOUPER DE Jean-Claude BRISVILLE – Mise en scène de Daniel et William MESGUICH du 6 Janvier au 4 Mars 2018 au THEATRE de POCHE MONTPARNASSE – 75 Bd du Montparnasse 75014 PARIS – du Mardi au samedi à 21 Heures, le Dimanche à 15 heures – Relâche le 4 Février 2018 –

Daniel MESGUICH – Talleyrand
 William MESGUICH – Fouché
 Costumes Dominique LOUIS

La politique «spectacle» a depuis longtemps envahi le petit écran avec ses talk-shows, ses combats de coqs et même le guignol de l’info.

Dans les greniers de l’histoire se trouvent deux célébrités, FOUCHE et TALLEYRAND qui n’ont rien à envier à nos politiciens actuels.En tout cas Jean-Claude BRISVILLE se fait fort de relever leurs qualités communes, un certain art de la rhétorique, de la dissimulation et des effets de manche, à travers la retransmission fictive d’une conversation privée, le soir du 6 Juillet 1815.

Après la défaite de Waterloo et l’exil de Napoléon, personne ne sait encore qui va gouverner la France. Talleyrand ouvre le jeu, il a déjà pris son parti, celui du retour des Bourbons, et Fouché celui de l’avènement de la République.

Nous verrons que c’est évidemment par pragmatisme politique et non par conviction que Fouché, président alors du gouvernement provisoire, finira par répondre à l’invitation de Talleyrand d’aller rejoindre le Roi Louis XVIII. Il s’agit de toute façon pour l’un et l’autre de garantir leur avenir politique. Talleyrand aura d’ailleurs cette phrase lourde de sens :« Faut vous y faire, l’avenir aujourd’hui est au passé ».

Est-il vraiment possible d’imaginer que l’histoire d’un pays puisse se jouer à coups de dés dans les alcôves d’un salon avec du saumon et du foie gras au souper tandis que le peuple manifeste dans la rue.

A défaut de pouvoir mettre à nu les personnalités réputées monstrueuses de Talleyrand et Fouché, dans la soupente du langage, Jean-Claude BRISVILLE fait scintiller quelques indices évocateurs de leurs tours de chants politiques.

Talleyrand incarné par Daniel MESGUICH, assume sa nature narcissique, il est vrai qu’il est boiteux. Il ne se départit jamais d’une ironie persifleuse si utile pour désarçonner son adversaire Fouché, interprété par William MESGUICH, toujours sur la défensive et inquiet, prêt à rugir à tout moment.

Il s’agit donc bien d’une bataille de coqs où la perception esthétique, cérébrale, le beau langage, l’emportent sur les frayeurs. C’est par moments un peu trop léché, mais Jean-Claude BRISVILLE n’a pas prévu que les deux hommes s’empoignent véritablement.

Le spectacle requiert une écoute soutenue pour essayer de comprendre comment l’un va se soumettre à l’autre au gré du glissement de quelques belles saillies.

L’attrait majeur de la pièce tient à la présence de ces deux baroudeurs du théâtre, Daniel et William MESGUICH qui avancent leurs personnages, tels des pions sur le damier de la grande histoire, d’inaltérables voyous, selon Daniel !

Paris, le 7 janvier 2017

Evelyne Trân

LÉGÈRE EN AOÛT DE DENISE BONAL – MISE EN SCENE DE JUSTINE HAYE – AU THEATRE DE MENILMONTANT – 15, rue du retrait 75020 PARIS – Du 03 Janvier au 05 Janvier à 21 Heures –

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  • LE VOYAGE D’ULYSSE PAR LA COMPAGNIE BROZZONI – le mercredi 9 janvier 2018 à 20h à la Maison des Arts du Léman à Thonon-les-Bains (+1 scolaire le 10 janvier à 14h30) et le vendredi 2 février 2018 à 20h30 à l’Esplanade du Lac à Divonne-les-Bains –

    Texte
    Homère
    Traduction
    Philippe Jaccottet
    Mise en scène, adaptation
    Claude Brozzoni
    Jeu
    Jean-Damien Barbin
    Musique
    Claude Gomez
    Décor
    Denis Malbos

    Ulysse, un homme qui a vécu. Nous avons tous quelque chose d’Ulysse. Quiconque, la cinquantaine passée déverserait devant un inconnu ou une inconnue, les histoires de sa vie, pourrait soit passer pour un imposteur, un affabulateur, soit un aventurier.

    Le doute est acquis et la qualité du récit dépend autant du charisme du conteur que de l’écoute de son auditoire. Si l’odyssée d’Homère qui date de près de 3000 ans nous est parvenue, c’est qu’il s’agit d’un poème collectif transmis par voie orale, la seule voix capable de bousculer les barrières spatiales et temporelles.

    A l’époque d’Homère, les voyageurs étaient soit des commerçants soit des guerriers, ils cumulaient parfois les deux fonctions. Ces voyageurs à l’origine du monde d’aujourd’hui partaient toujours vers l’inconnu à leurs risques et périls.

    Ce désir d’inconnu, c’est le moteur d’Ulysse qui le pousse à aller à la rencontre aussi bien d’êtres monstrueux, les cyclopes anthropophages que de femmes sublimes, Calypso, Nausicaa, Circé ou encore des âmes de ses proches défunts aux Enfers.

    Ulysse apparaît comme un être tourmenté. Il a beau faire figure d’un guerrier éprouvé, il semble bien avoir peur des femmes, de leur pouvoir de séduction, Freud penserait qu’il craint la castration. Quant à son combat contre le cyclope à qui il crève un œil, il parait bien retracer un traumatisme primitif, celui de l’anthropophagie dans une scène terrible délivrée avec une verve toute Rabelaisienne.

    Que peut un homme, aussi viril soit-il, contre la destinée, la fatalité représentée par des Dieux qui possèdent tous les défauts humains, la jalousie, la cruauté, en somme tous les péchés capitaux.

    Mais Ulysse, c’est le messager de l’homme moderne celui qui défie les dieux, qui déploie toutes ses ruses pour vaincre le cyclope, faire face aux forces convulsives de la nature, de sorte que sa valeur tient naturellement à ses faiblesses qui l’enjoignent à toujours rebondir et à se remettre en question.

    Quel être complexe qu’Ulysse ! Le poème d’Homère rayonne comme une vaste mer inépuisable. Cet aspect immersif, la mise en scène de Claude BROZZONI l’exprime tout le long du spectacle. Ulysse donne l’impression d’être seul sur sa planche, il coule de sa bouche des vagues pleines de boue, d’autres ruisselantes de beauté, d’autres inextinguibles. Se superposent à ces chants, une musique délicate, clairsemée, toute en nuances qui jette un voile de douceur sur Ulysse, et les superbes plans vidéo en fond de scène où se projettent des paysages fabuleux.

    photo Isabelle Fournier

    Ulysse devient grâce à l’interprétation de Jean-Damien BARBIN, un aède forcené qui chante, crie, hurle même ses récits comme il jetterait une bouteille à la mer en un geste poignant et irréversible. C’est un homme qui sort de la mer en guenilles, accompagné de sirènes et de monstres.

    A travers Jean-Damien BARBIN, le public découvre un Ulysse vagabond, à plusieurs facettes, troublant et profondément émouvant, qui a pour espace inouï un désir insatiable d’aventures, qui reste et demeure un frondeur dans l’âme en quête d’humanité.

    Ulysse, une force de la nature, nous serions enclins à le croire, en tout cas une force vivante de la poésie sous les auspices de son interprète et de la compagnie BROZZONI qui nous permet de l’ouïr comme si nous étions les premiers à l’entendre, il y a déjà 3000 ans !

    Paris, le 15 Décembre 2017
    mise à jour le 4 Janvier 2018

    Evelyne Trân