LE JEU DU CHAT ET DE LA SOURIS de Istvan Örkény au THEATRE DE L’EPEE DE BOIS à LA CARTOUCHERIE DE VINCENNES du 25 octobre 2016 au 13 novembre 2016 à 20 H 30 Du mardi au samedi à 20h30 Le samedi et dimanche à 16h

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Auteur Istvan Örkény
Mise en scène Fabienne Gozlan
Avec Jeanne-Marie Garcia
Sophie Pincemaille
Fabienne Gozlan
Paruyr Shahazizian (violoncelle et jeu)
Musique Antonin Rey
Lumières Simon Desplébin
Chorégraphie Sophie Mayer
Vidéo Valentin Lagard
Décor Aurélie Breteaux

Une véritable découverte que cette pièce  Le jeu du chat et la souris  de l’auteur hongrois,Istvan ORKENY dont le regard oblique, rutilant de tendresse suit le fil qui relie deux sœurs septuagénaires, pleines de vitalité, de désir, de passion alors même que leur âge, suivant le cliché convenu, décline la vieillesse sous le signe de la résignation ou de la dépression.

Istvan ORKENY a t-il vraiment voulu faire une pièce sur la vieillesse ? Il brouille volontiers la perspective pour raconter que la vie nous joue des farces. Ainsi nous découvrons que Giza n’en a pas fini avec ses mouvements de cœur, elle réagit comme une jeune fille déchirée lorsqu’elle apprend que sa meilleure amie lui a volé son prétendant. Sa sœur clouée sur un fauteuil roulant dans un château en Allemagne à des centaines de kilométrés de Budapest reçoit ses confidences par lettres et au téléphone et ne cesse de lui demander de la rejoindre.

Giza vit réellement une passion peu ordinaire et craint les retrouvailles avec sa sœur Erzsi qui bien que pétillante d’esprit lui renvoie l’image d’une personne, sans avenir.

L’aiguillon de la vie est toujours là, il peut paraître frivole, hors champ il se révèle être le même que celui qui réunissait les deux sœurs dans l’enfance. Il y a comme un refrain qui court âpre et gourmand qui délivre l’âme des deux sœurs, les font chanter, s’exalter, rêver en dépit de leur âge.

Dans le fond Giza est une artiste, elle ne peut pas imaginer la vie sans passion et c’est en vain que le miroir lui envoie l’image d’une vieille femme fanée.

La vieillesse c’est une étape de plus dans la vie. Au jour, le jour, les deux sœurs, chacune de leur côté, doivent lutter pour ne pas céder aux préjugés attachés aux signes de l’âge, rides et cheveux blancs, maladies etc. Les forces physiques déclinent, on est moins beau, moins frais, cela signifie t-il qu’on ait moins de chair, moins de cœur, moins d’esprit ?

Rembrandt a su frôler le mystère qui se dégage des visages des personnes âgées. Istvan ORKENY, à sa façon avec humour et délicatesse dessille notre regard sur l’âge mûr, en sifflotant, mine de rien.

Ceci dit, nous n’avons pas l’impression d’avoir affaire à de vieilles femmes en écoutant parler Giza et Erzsi qui appréhendent le temps qui passe comme le chaud et le froid, stimulées par leur affection réciproque.

La mise en scène dépouillée et habile de Fabienne GOZLAN laisse place à l’imaginaire – nous ne voyons que de dos le vieux musicien prétendant de Giza – et le public embrasse du regard, d’un côté Giza dans son logement modeste, de l’autre Erzsi dans son fauteuil roulant qui parle de son château . La distance entre les deux sœurs semble favoriser leurs échanges aériens, plus libres, plus sauvages. C’est leur journal intime que distille tout au long de la pièce, Istvan ORKENY, un journal dont les deux ailes bruissent et ruissellent de fraîcheur. Étonnant !

Les comédiennes Sophie PINCEMAILLE et Jeanne-Marie GARCIA toutes deux excellentes épousent parfaitement leurs personnages. C’est un grand moment de théâtre. Et c’est beau, réconfortant de sentir cette main tendue ouverte à l’horizon, ligne de cœur, ligne de vie !

Paris, le 5 Novembre 2016                             Évelyne Trân

LA BONNE EDUCATION – LA FILLE BIEN GARDÉE ET MAMAN SABOULEUX – Deux vaudevilles en un acte d’Eugène Labiche – Au Théâtre en Bois 15, route de Manom, Thionville du 12 au 19 Octobre 2016 et au THEATRE OLYMPIA 7, rue de Lucé 37000 TOURS du 16 au 25 Novembre 2016.

image_1ere_couvMise en scène de Jean BOILOT

avec

Guillaume Fafiotte, Philippe Lardaud, David Maisse, Nathalie Lacroix, Isabelle Ronayette, Régis Laroche

Deux pièces nous sont présentées sous ce titre. Deux pièces écrites à deux ans d’intervalle et dont les thèmes s’opposent comme pour mieux se superposer. Eugène Labiche y expose le monde bourgeois et celui des gens du peuple comme deux univers distincts dont la fatale proximité semble suffire à révéler le contraste.

Alors que Berthe, si bien gardée, réussit à s’embarquer, par la ruse, à la découverte des tavernes, Susanne, maintenue par maman Sabouleux dans l’ignorance de la condition bourgeoise de ses vrais parents, doit se contenter, pour toute distraction, d’exécuter les travaux ménagers.

Sarcey le sacra « Roi du Rire ». Il est vrai que Labiche nous amuse à sa manière; il nous tient à l’écart des rouages de l’indignation et nous offre ainsi l’opportunité d’un regard plus pénétrant sur les faiblesses de la nature humaine.

Ponctué d’intermèdes musicaux remarquables, ce spectacle est mis en scène par Jean Boillot. Au cours d’une tournée qui continuera jusqu’en mai 2017, c’est une troupe de comédiens hors-pair qui présentera et partagera avec vous ce grand moment de théâtre.

Michel Tourte.

Monsieur KAIROS – Ecriture et mise en scène de Fabio ALESSANDRINI avec Yann COLLETTE et Fabio ALESSANDRINI au Théâtre LE LUCERNAIRE – 53 Rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS – du 19 Octobre au 3 Décembre 2016 du mardi au samedi à 21 Heures –

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La question de se demander qui tire les rênes de notre destinée est récurrente. Il y a tellement de maillons possibles et inimaginables que franchement il est difficile de s’y retrouver. Sommes nous des marionnettes qu’un démiurge impossible agiterait pour son bon plaisir ? Pirandello n’a cessé de s’interroger à ce sujet lorsqu’un jour des personnages de ses pièces lui apparurent en rêve le sommer de leur donner une réalité. Ainsi ces propres personnages qu’il croyait avoir créé de toutes pièces lui demandaient des comptes.

Fabio ALESSANDRINI reprend ce thème en confrontant un auteur et un héros de son roman, un médecin humanitaire. L’intérêt de cette confrontation est d’exposer combien la réalité et la fiction se trouvent entremêlées, sujettes à nos multiples interprétations, à notre bon vouloir en quelque sorte toujours ambivalent. Un écrivain serait un animal qui digère à sa façon des évènements réels, par l’entremise de son imagination. S’il en était autrement, il ne serait plus qu’un historien documentaliste. Sans effets, sans rebondissements, pas de roman, la réalité la plus crue n’intéresse personne. Nous sommes tous fourbus d’imaginaire, c’est ce que tentait d’exprimer le professeur Henri Laborit dans le film Mon oncle d’Amérique que lui consacrait Alain RESNAIS, où se trouvent mêlés les vécus d’individus dont le point commun est de se référer à des vedettes de cinéma, figures du surmoi, à chaque étape cruciale de leur vie. Processus inconscient bien sûr mais une fois de plus bien réel. Impossible de venir à bout d’une réalité qui vous échappe – et donc de dominer sa destinée – surtout lorsque cette réalité se trouve être le héros de votre roman. C’est lorsqu’il se trouve à bout de souffle de son inspiration que l’écrivain voit débouler son héros qui conteste le traitement qui lui est infligé .

Nous ne voyons dans le miroir que nous offre l’autre que ce nous voulons ou pouvons bien voir. Miroir à multiples lorgnettes à travers lequel fusent des myriades d’informations qui tirent à bout portant sur notre cerveau fragile.

Il faut être blessé par un éclat du miroir sans doute pour saisir cette fragilité. Fragilité perceptible dans les échanges entre cet écrivain et son héros qui interpellent notre perception du monde .

Nous voudrions bien la cerner cette réalité afin de supprimer ses effets les plus désastreux, et un écrivain sait bien qu’il ne peut en délimiter que quelque bout. Au moins est-il guidé par des personnages bien réels ?

Un huis clos qui donne le vertige, rudement bien mené comme une sorte de thriller fantastique, interprété de façon percutante par Fabio ALESSANDRINI, l’auteur qui sort de ses gonds et Yann COLLETTE dans le rôle d’un personnage trop humain pour être un héros.

Paris, le 1er Novembre 2016                           Evelyne Trân