LA PLUIE DE DANIEL KEENE – Fabrication, mise en scène et jeu : Alexandre HASLE au THEATRE LE LUCERNAIRE – 53 Rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS – du 12 Octobre au 26 Novembre 2016 à 19 Heures du mardi au samedi.

la-pluieFABRICATION, MISE EN SCÈNE ET JEU ALEXANDRE HASLÉ

AVEC LA COMPLICITÉ DE MANON CHOSEROT

TRADUCTION : SÉVERINE MAGOIS © ÉDITIONS THÉÂTRALES LU M I È R E : N I CO L A S D A L B A N M O R E Y N A S PRODUCTION : COMPAGNIE LES LENDEMAINS DE LA VEILLE COPRODUCTION À LA CRÉATION : APDAV, THÉÂTRE DE LA COMMUNE (CDN D’AUBERVILLIERS) S O U T I E N S À L A ( R E ) C R É AT I O N : TRÉTEAUX DE FRANCE (CDN) / L’APDAV / MATHIEU LAGARRIGUE ET COMPAGNIE LES TÊTES D’ATMOSPHÈRE CORÉALISATION : THÉÂTRE LUCERNAIRE, LIEU PARTENAIRE DE LA SAISON ÉGALITÉ 3,  INITIÉE PAR HF ÎLE-DE-FRANCE

Un bruit de goutte d’eau qui tombe dans une bassine opère sa magie. Nous pensons que c’est toujours la même à cause de l’insinueuse répétition mais entre une goutte et une autre, tout à coup s’ouvre pour qui sait attendre une large avenue extrêmement lumineuse, pour ainsi dire bavarde, celle de la mémoire.

« C’était, il y a longtemps, nous conte Hanna, mais c’est très clair dans mon souvenir ». Des gens très pressés parce qu’ils devaient monter dans un train lui ont tous donné les objets qu’ils n’étaient pas autorisés à emporter et ces gens là ne sont jamais revenus. Devenue dépositaire de ces choses intimes, Hanna les a donc recueillies dans sa maison où elles ont pris toute la place, au point qu’elle était obligée de dormir dehors.

Ici, les marionnettes sont au cœur de l’ouvrage parce qu’elles peuvent aussi bien être assimilées à des objets qu’à des êtres vivants. Cette jonction merveilleuse entre l’esprit et l’objet, ce sont elles qui la réalisent. Avec une infinie délicatesse, Alexandre HASLE use de leur pouvoir expressif et tangible parce qu’elles nous prennent à témoin de nos silences, nos immobilités, suspendus que nous sommes au désir d’une apparition ou d’une disparition, l’une n’allant pas sans l’autre.

Mais dans l’intervalle, il y a toujours une histoire qui court, l’idée qu’il y a toujours quelque chose qui se passe ailleurs de là où nous sommes.

Tous ces gens là qui sont partis vers les camps de la mort en abandonnant leurs foyers, leurs objets familiers, Hanna ne les a jamais quittés.

Mais au delà des objets, nous comprenons qu’il existe une autre mémoire, celle des gestes, des mouvements, qui ont le pouvoir de faire apparaître ou disparaître toutes choses, de les accueillir ou de les refouler.

Cette mémoire active c’est comme une bougie qu’on allume qui éclaire aussi bien ce que l’on voudrait voir que ne pas voir.

Elle est vivante, charnelle, la mémoire d’Hanna, nullement mécanique; parmi tous les visages qu’elle a plaisir de reconnaître, il y en a un que nous ne verrons pas, irisé par notre seule imagination.

Nous n’en dirons pas plus. La pluie est une nouvelle poétique de Daniel KEENE, un chemin de sable mouvant pour les marionnettes d’ALexandre HASLE, absolument fabuleuses. Il faut se rendre au spectacle pour éprouver cette grâce d’être rendus à notre mémoire première, juste un éclat, un bruit de chose qui subrepticement nous permet d’atteindre l’autre bord. C’est un magnifique voyage hors du temps et pourtant à portée de tous.

Paris, le 31 Octobre 2016                                     Evelyne Trân

CABARET SIMEON – L’AMOUR Y A QU’CA – Musiques de France et Europe du 20/10/16 AU 12/11/16 au THEATRE ESSAION – 6, RUE PIERRE-AU-LARD 75004 PARIS 04 –

cabaret-simeon_3446251706480138775Auteur : Jean-Pierre Siméon (textes)/Isabelle Serrand (musique)

Mise en scène :Wolfgang Pissors, Isabelle Serrand

Distribution : Wolfgang Pissors (chant), Isabelle Serrand (piano)

Durée (mn) : 75mn

S’il vous arrive de vous frotter contre le parapet d’un vieux pont Parisien et pourquoi un pont de province, le vague à l’âme, en rêvant qu’il suffirait d’une poignée de main de poésie pour vous emporter, alors vous apprécierez les chansons de Jean Pierre SIMEON, tendres et mouillées, délibérément naïves qui conjuguent à tous les temps, quelques chroniques de la vie comme panier de résistance à la sinistrose, à la violence, avec humour et simplicité.

Certaines poésies fondent dans la bouche comme un bon vieux croissant dont on ramasse les miettes sur un banc public, elles ont un côté fleur bleue, « Faut-il que je t’aime, faut-il que tu m’aimes… » D’autres craquent comme des comptines d’enfance « Le moustique pique…le croco croque … ». Et puis il y a celles qui vont à la rencontre des passants, l’homme sans papiers, les voyageurs du métro ou celle qui fait un pied de nez à la mort, Sophie qui veut mourir d’un pas de danse.

Toute une gamme de personnages qui ont en point commun cette fleur à la bouche, la poésie, pour faire renifler l’âme sans tambour ni trompettes mais au piano en cadence, mélancolique et joyeuse à la fois.

Dans cette jolie caverne que forme la petite cave de l’ESSAION, les pierres deviennent complices des deux artistes Wolfgang PISSORS, Pierrot lunaire et Isabelle SERRAND, pianiste compositrice qui pétrissent avec amour le pain de poésie de Jean Pierre SIMEON, à la fois doux et léger mais croustillant.

« Emballez moi…emballez moi…être sans papiers, ça ne veut pas dire qu’on est sans pieds… » Entrez donc au Cabaret SIMEON, de jolies pépites vous y attendent assurément ! Que vous soyez troués ou pas de courants d’air, vous l’entendrez siffler la poésie !

Paris, le 29 Octobre 2016                                Evelyne Trân

Espía a una mujer que se mata d’après ONCLE VANIA de Daniel VERONESE – Mise en scène Guy Delamotte – Au Théâtre de L’Épée de Bois à la Cartoucherie de Vincennes – Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris – 24 Octobre au 23 Novembre 2016 – Du lundi au mercredi 20h30 –

ESPIA A UNA MUJER QUE SE MATA d'après Oncle Vania de Tchekov. Texte: Daniel Veronese Mise en scène: Guy Delamotte Avec: Martine Bertrand, Vero Dahuron, Marion Lubat, François Frapier, Davis Jeanne-Comello, Philippe Mercier, Timo Torikka. PANTA THEATRE Caen 02 03 2016 ©Tristan Jeanne-Valès
ESPIA A UNA MUJER QUE SE MATA
d’après Oncle Vania de Tchekov.
Texte: Daniel Veronese
Mise en scène: Guy Delamotte
PANTA THEATRE Caen
02 03 2016
©Tristan Jeanne-Valès

 Mise en scène Guy Delamotte
Traduction Françoise Thanas
Avec Martine Bertrand, Véro Dahuron, Marion Lubat, François Frapier, David Jeanne-Comello, Alain D’Haeyer et Philippe Mercier

N.B : Guy DELAMOTTE était l’invité de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » en 1ère partie sur RADIO LIBERTAIRE 89.4,  le samedi 22 Octobre 2016 (en podcast sur le site Grille des mission R.L.)

Il n’est point besoin de forcer le trait pour représenter un tableau familial. Qui n’a pas en mémoire quelques courants d’airs de scènes familiales qui ont succédé ou précédé des moments de calme, de solitude, dans une maison. Présence, absence, entrée, sortie de chacun des personnages rythment la vie d’une même famille sans même qu’elle s’en aperçoive.

Le familier respire par tous les pores d’une maison ou d’un appartement, les murs n’ont pas seulement des oreilles, ils ont une mémoire. Dans « l’oncle Vania » Tchekhov met en scène ceux qui ont quitté la maison, la retrouvent puis l’abandonnent à nouveau et ceux qui y ont toujours demeuré et y resteront toujours.

Les difficultés des relations entre les personnages tiennent probablement de la différence de leurs tempéraments. Pour simplifier, certains seraient nomades, les autres sédentaires. Lorsqu’ils se retrouvent, les liens affectifs se dénudent, ils font éclater leurs boursouflures, les négligences qui les ont appauvris, leurs ruptures.

Dans cette pièce, l’atmosphère est chargée de tensions. Il y a l’émotion inévitable éprouvée par l’oncle Vania, sa nièce Sonia et la belle mère Maria par la venue du vieux professeur Sérébriakof, le père de Sonia et sa belle jeune femme Eléna. Lorsque l’oncle Vania réalise que le professeur n’est venu leur rendre visite qu’avec l’idée de vendre la maison qu’il occupe avec Sonia et Maria, sa colère et ses ressentiments éclatent . Il devient fou au point de tirer au pistolet sur Sérébriakof.

Les spectateurs peuvent se rendre compte qu’ils ont été des voyeurs impuissants, que beaucoup de choses dans le comportement, les propos de Vania présageaient cette issue, ils ne l’ont pas vue venir de la même façon que parfois l’on peut s’étonner de la violence d’un orage pourtant annoncée par de sinistres nuages.

Daniel VERONESE a adapté l’oncle Vania et baptisé la pièce d’une phrase, tirée de « l’oncle Vania » : A espia una mujer que se mata qui signifie : Espionne une femme qui se tue. Son adaptation très instinctive a le mérite de mettre en relief la sensitivité des personnages, de révéler le clair obscur de leurs attitudes, ce qu’il y a d’animal à sang froid ou chaud chez eux, en prise avec leurs interrogations existentielles, voire spirituelles.

Très dynamique, la mise en scène de Guy DELAMOTTE épouse toutes les nervures de la pièce qui se déploie de façon substantielle, pour aller à l’essentiel, ces paroles soufflées, articulées comme des prières, des pensées à voix haute encore embrumées par le rêve, l’émotion, qui font rayonner les silences.

La distribution est épatante, très inspirés par la résonance argentine qu’offre l’adaptation Daniel VERONESE, les comédiens interprètent avec bonheur ces personnages tchekhoviens incontournables, il y a notamment cet acteur très instinctif, très physique, toujours formidable sur scène, François FRAPIER, l’oncle Vania.

Voilà un spectacle qui a de l’étoffe, l’étoffe tchekhovienne, cela va sans dire, l’étoffe théâtrale de la vie, exaltante malgré ses clairs obscurs.

 

Paris,  Mise à jour le 24 Octobre 2016             Évelyne Trân

LE ROMAN DE MONSIEUR MOLIERE D’APRÈS BOULGAKOV, MOLIÈRE ET LULLY – Mise en scène et adaptation de RONAN RIVIÈRE au THEATRE LE LUCERNAIRE – 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris – A partir du 12/10/16 jusqu’au 27/11/16 – Mardi, Mercredi, Jeudi, Vendredi, Samedi à 18h30 – Dimanche à 16h00 –

le-roman-de-monsieur-moliereAVEC RONAN RIVIÈRE   ( B O U LG A KOV / M O L I È R E E N ALTE R N A N C E ) FRANÇOIS KERGOURLAY   ( B O U LG A KOV / M O L I È R E E N ALTE R N A N C E ) MICHAËL COHEN (GROS-RENÉ, JOSEPH BÉJART, CONTI, MONSIEUR, LOUIS XIV, LES MARQUIS ET LES DÉVOTS) OLIVIER MAZAL (PIANO) COLLABORATION À LA MISE EN SCÈNE : SARAH TICK LUMIÈRE : MARC AUGUSTIN-VIGUIER SCÉNOGRAPHIE ET COSTUMES : RONAN RIVIÈRE ASSISTÉ DE MICHAËL COHEN

Une roue telle qu’un grand œil voyageur et impénitent prend toute la place de la scène, c’est la charrette de la troupe de MOLIERE qui nous fait de l’oeil à travers la lucarne de BOULGAKOV, le célèbre écrivain russe, l’auteur du Roman de Monsieur Molière.

Nous aurions envie de la presser des doigts cette belle roue en bois et même l’embrasser car nous savons qu’elle fut la boussole de Molière, qu’elle traversa toute la France, ce qui est une véritable épopée au 17eme siècle.

Que le roi louis XIV puisse être ébloui par les habits poussiéreux du saltimbanque, voilà qui relève du conte de fée !

Il faut considérer la troupe de Molière comme un envahisseur capable de secouer le paysage artistique de son époque. Louis XIV eut du flair en faisant de Molière son protégé. Molière lui même eut-il put imaginer que ses pièces créées au fur et mesure de ses périples, ses déconvenues politiques et sentimentales, seraient jouées aujourd’hui.

Molière n’a pas tenu le journal de sa vie mais ses pièces parlent pour lui. Il a prélevé sur sa propre chair les personnages de Don Juan, le Misanthrope, Sganarelle, le Malade Imaginaire, Arnolphe de l’école des femmes etc . Grâce à eux, il put jusqu’à la fin, jouer avec le feu, Louis XIV et sa cour, entretenir la flamme qui finit par l’absorber mais toute la virulence de ses indignations, ses révoltes qui parcourent son œuvre continuent à nous interpeller.

Il sut séduire par son génie comique aussi bien un public populaire que les grands de la cour, mais son inspiration viscérale est existentielle, Molière est à la fois un témoin et un critique insatiable et incisif de la société de son temps, un rebelle en quelque sorte.

L’artiste adoubé par Louis XIV devint l’homme à abattre pour les dévôts, les marquis, les religieux qui usèrent impitoyablement du pouvoir de la censure.

C’est tout l’intérêt de ce roman de BOULGAKOV qui fut lui même un écrivain déchiré à la fois « protégé et étouffé » par le pouvoir stalinien, de montrer comment la vie et l’oeuvre de Molière sont inextricablement liées.

La profession de foi d’un artiste de théâtre rejoindra toujours celle de Molière qui ne quitta jamais les planches, qui mourut comme un gueux.

Croyons qu’il n’a pas rendu l’âme ! Avec une belle énergie et la simplicité due au rang de tous les artistes, Ronan RIVIERE fait cavaler les spectateurs de plain pied avec le saltimbanque en offrant de Molière un portrait terriblement attachant et surtout très vivant. Lui même (en alternance avec François KERKOULAY) interprète ardemment Boulgakov et Molière, tandis que Michaël COHEN incarne une cavalcade personnages avec une aisance stupéfiante et cerise sur le gâteau, nous pouvons goûter quelques airs de Lully dispersés au piano par Olivier MAZAL.

Un spectacle comme une lettre d’amour envoyée à Molière, elle étourdit le cœur de tout le public.

Paris, le 23 Octobre 2016                                       Évelyne Trân

Avant de s’envoler de Florian Zeller avec Robert Hirsch au Théâtre de l’Oeuvre, Paris 55, rue de Clichy 75009 PARIS – du 5Octobre 2016 au 15 Janvier 2017 du mercredi au samedi à 21 H – Dimanche à 16 H –

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Auteur : Florian Zeller
Artistes : Robert Hirsch, Isabelle Sadoyan, Claire Nadeau, Anne Loiret, François Feroleto, Léna Breban
Metteur en scène : Ladislas Chollat

La vieillesse ne serait-elle pas un habit que la vie pleine de farces et attrapes nous force à endosser par mimétisme avec la nature. Si la vie nous transforme pour le meilleur ou pour le pire, dans tous les cas elle inspire nombre de dramaturges et notamment Shakespeare qui permit à Robert HIRSCH d’interpréter en 1972 un Richard III inoubliable.

Dans cette comédie intimiste et réaliste de Florian ZELLER qui traite du thème de la vieillesse, Robert HIRSCH ne cesse d’être un tragédien. Il est grandiose naturellement parce que tous les clichés du monde ne peuvent l’atteindre.Il se trouve hors champ tel un Roi Lear qui préfère clamer son existence plutôt que de composer avec la médiocrité de son entourage.

Dans cette comédie qui déroule le palimpseste d’un épisode familial incontournable, la vieillesse des parents, l’inquiétude des enfants, la vulnérabilité des uns et des autres, l’angoisse de la mort, c’est Robert HIRSCH qui ravigote la tonalité sombre de la pièce.

Avons nous vraiment envie au théâtre de revivre la pesanteur du quotidien, la banalité de nos réactions même si elles sont envisagées avec scrupule et discernement.

Ici la fin de vie des parents est abordée avec délicatesse et justesse mais nous nous perdons un peu dans les brumes des personnages qui, hormis les deux vieux, collent trop à la réalité.

La passerelle se révèle étroite entre ce que vivent les enfants, leurs préoccupations pratiques et ce que rêvent les deux époux. Ils n’ont déjà plus les pieds sur terre, leur temps est suspendu au seul souffle de leur amour.

L’assomption du désir amoureux, phrase charnelle entre les deux époux illustre leur poème, c’est le sarment de deux fils brillants qui scrutent l’insondable mystère humain avec malice, avec cette indéfinissable coquetterie du désir, l’émotion.

Isabelle SADOYAN et Robert HIRSCH forment à eux deux une superbe rose de bonheur.

Paris, le 22 Octobre 2016                          Evelyne Trân

 

Dans le cadre du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole – Exposition organisée par Sana Yazigi à l’Institut Culturel Bernard Magrez – 16 Rue de Tivoli 33000 BORDEAUX du 5 au 25 Octobre 2016 – mardi au dimanche de 13h à 19h, nocturne les mardis de 16h à 21h –

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Creative Memory | Just another WordPress site

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Jaber AL Azmeh – série la résurrection –

Creative Memory

Sélection des oeuvres et artistes

Avec les artistes : Ahmad Aldulli, Jaber AL Azmeh, Mouneer Alshaarani, Reem Yassouf, Yara Al Najem, Nada Oueidat, Yamen Yousef, Jana Traboulsi, Mohannad Orabi, Adel Dauood,

Youssef Abdelke, Samer Khalili, Amr Fahed, Sahar Burhan, Hani Abbas, Ammar el Beik.

Et le groupe anonyme : Darayya Media Center, Le peuple syrien connait son chemin, Murs de Saraqeb, Groupe anonyme Masyaf.Coordinating, Groupe anonyme des murs de Homs.

CREATIVE MEMORY  est à l’origine un site internet créé par Sana YAZIGI qui a pour but le recensement et la diffusion des œuvres d’art émanant de plasticiens, photographes, sculpteurs, tagueurs etc. depuis la révolution de 2011, laquelle nous l’a rappelé justement notre guide a commencé par un graffiti sur les murs d’une école à DARAA. Par la suite, les tags se sont propagés dans tout le pays…

L’exposition permet de découvrir une sélection d’une vingtaine d’œuvres reproduites et de présenter le site CREATIVE MEMORY qui constitue l’archive vivante depuis 2011 jusqu’à aujourd’hui des expressions publiques et populaires syriennes puisque chaque semaine de nouvelles images sont recensées sur le site.

Il s’agit pour Sana YAZIGI de porter la parole des artistes et des citoyens syriens, l’image de la Syrie étant trop souvent assimilée à celle de DAECH. Or il y a un véritable mouvement populaire qui ne se revendique d’aucun  parti, qui souffre mais rêve plus que jamais de paix . Il est donc essentiel que les témoignages  qui proviennent d’artistes connus ou anonymes puissent être entendus. Rechercher, maintenir le contact avec les artistes, assurer la diffusion de leurs créations sur plusieurs réseaux, notamment les réseaux sociaux  – sachant que chaque œuvre est  répertoriée,  taguée avec des mots clés,  et que le site à ce jour comporte plus de 22000 articles et une véritable cartographie  –  c’est la tâche que poursuit sans relâche Sana YAZIGI qui exprime très clairement les enjeux de l ‘exposition CREATIVE MEMORY  :

« Nous présentons ces oeuvres, autant à ceux qui sont au courant de la situation syrienne qu’à ceux qui l’ignorent et nous faisons notre possible pour mettre les Syriens au premier plan, pour mettre l’individu en évidence, qu’ils soient le sujet et non pas l’objet.

Car les Syriens doivent être visibles, que le monde entier les reconnaisse, afin que leur cause ne meurt pas. Et sur cette foi, l’espoir est fondé. »

Une exposition à découvrir dans les meilleurs délais  à L’Institut culturel Bernard MAGREZ, un lieu paisible et lumineux, propice à la réflexion, l’émotion que procure la découverte de ces créations syriennes très éloquentes, ineffaçables .

Paris, le  21 Octobre 2016                                     Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LES GRANDES EAUX d’Anna NOZIERE au TNBA – Théâtre du Port de la Lune Place Renaudel à BORDEAUX du 11 au 15 Octobre 2016

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Avec : Fabrice Gaillard, Sofia Hisborn, Martial Jacques, Kristel Largis-Diaz, Ana-Karina Lombardi,Diane Regneault, Flore Taguiev

Quand la mort vous fait un pied de nez, arrive par surprise. Oui c’est trop bête, s’étouffer en mangeant une paupiette de veau ! La mort est un puissant moteur émotionnel notamment au théâtre, au cinéma, en littérature etc. Dans la comédie d’Anna Nozière, dotée d’une distribution dynamique, l’impression première est que la mort de Patrick sème la pagaille autour de lui, dégonfle le cercle familial, le fait exploser. De fait ce n’est pas tant le mort qui importe mais le fait qu’à cause de lui, plus rien ne sera comme avant.

Anna Nozière met à nu les réactions les plus primaires de façon instinctive et très réaliste. La mort en soi est un événement irrationnel qui dépasse l’imagination. Il n’ y a rien à faire et pourtant … Le rituel de résurrection auquel se prêtent les femmes de Patrick qui l’aspergent du sang d’un pigeon, la tranche de steak prévue ayant été cuite, n’est pas si éloigné des rituels que nous imposent les conventions pour mieux maîtriser les émotions. La mort c’est une affaire de tempérament, de culture. Nos sociétés abordent l’événement de façon hybride, brassant aussi bien les enjeux commerciaux, culturels que psychologiques. C’est du délire ! Ce qui nous apparaît grotesque ou burlesque dans le rituel de résurrection, c’est probablement l’aplomb d’Anna Nozière de montrer comment des femmes se réapproprient ce délire de façon maladroite évidemment mais sincère.

De fait, l’événement qui s’exprime de façon grossière et ridicule, est une montagne qui camoufle une émotion certainement plus secrète et intime. Les femmes crient, se disputent, s’affairent autour du mort pour fuir leur douleur. Le déni est total. Du coup c’est le mort qui a la charge de rappeler que le silence peut être d’or parfois, qu’il est une réponse pour les âmes qui aspirent au repos.

Une montagne qui accoucherait d’une souris ? Dans l’écriture d’Anna Zonière, elle circule naïvement et alerte.Elle a des vapeurs d’enfance. Une souris bien vivante qui se moque du cercueil enluminé des vitrines des pompes funèbres pour en faire un meuble original, un décor de théâtre de la vie !

Paris, le 18 Octobre 2016                        Evelyne Trân

BOVARY de Tiago RODRIGUES dans le cadre du Festival international des Arts de Bordeaux métropole au CARRE – Place de la République, 33160 Saint-Médard-en-Jalles – les 13 et 14 Octobre 2016 –

 

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Avec : Jacques Bonnaffé, David Geselson, Grégoire Monsaingeon, Alma Palacios, Ruth Vega Fernandez

Une dramaturgie d’essence pirandellienne ! Tiago RODRIGUES convoque tous les personnages dur roman  Madame BOVARY en tant que témoins ou preuves vivantes lors du procès qui fut intenté à Flaubert en 1867 pour outrage à la morale publique et à la religion.

Les joutes de l’avocat de l’accusation Maître PINARD et celles de l’avocat de la défense reflètent le compte rendu des débats du procès vécu comme une torture par Flaubert qui le fit consigner par une sténographe afin de conserver une mémoire de cette injustice.

Au beau milieu des personnages qui vivent leur roman durant le spectacle scène après scène, se dresse Flaubert lui même quelque peu dépité de se retrouver figurant dans un procès complètement focalisé sur le personnage d’Emma qui allume tous les fantasmes aussi bien ceux de l’avocat de la défense que celui de l’accusation.

« Cachez donc ce sein que je ne saurai voir » faisait dire à Tartuffe, Molière.

Madame BOVARY, c’ est moi aurait dit Flaubert. Il s’agit d’un personnage qui vit dans deux mondes, celui du rêve et celui de la réalité, de façon parallèle en quelque sorte. Forcément la réalité a le dessus et se révèle impitoyable vis à vis des désirs de jouissance d’une femme ! Le roman a beau être très noir puisqu’il se termine par le suicide d’Emma et plus tard la mort par chagrin de Charles BOVARY, il porte en lui le germe d’une révolution, celle de la prise de paroles des femmes en tant que sujets et non plus objets dans un monde ancestralement légiféré par des hommes.

L ’Emma imaginée par Tiaga RODRIGUES, respire la santé, la sensualité, elle suscite le désir. Sa vision de Madame BOVARY n’est pas triste, parce qu’elle est engagée par sa volonté de faire respirer l’œuvre faisant de ses lecteurs, ses interprétes et mêmes de ses juges, des complices, des témoins de la création artistique, véritable contre pouvoir de la dictature politique ou religieuse.

En préambule de la pièce, des individus essaiment sur la scène des feuilles volantes nues, des kilos de papiers, toutes ces pages du livre qui vont être interprétées, critiquées, piétinées ou caressées, c’est le lit de naissance d »Emma BOVARY en quelque sorte. Peu de décor, seuls des paravents illustrés de formes oblongues d’une matière insolite, d’une impassibilité sourde, rayonnante.

Porté par une distribution d’excellents comédiens, le spectacle offre une vision extrêmement stimulante du roman de Flaubert, qui prend l’air de la résistance, de la joie de vivre, celle d’Emma.

Paris, le 17 Octobre 2016                                  Evelyne Trân

LES 7 MINUTES – Spectacle présenté dans le cadre du Festival international des Arts de Bordeaux métropole – Samedi 15 Octobre à 11 Heures à Saint Médard et Dimanche 16 Octobre à 16 Heures à Bordeaux/quartier Bastide

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Photo Alex Giraud                                                        Photo Jacques Nicolas

Conception et chorégraphie Agnès Pelletier
Interprètes Valérie Sabut, Raphaël Dupin, Laurent Falguieras, Marc Lacourt, Samuel Dutertre, Agnès Pelletier, Christian Lanes, Virginie Garcia, Solène Serruti, Éloïse Deschemin, Cyril Cottron, Vincent Curdy etYann Nedelec
Création costumes et accessoires Catherine Sardi
Réalisation d’objets Phano Benhalal

 

Il ne faudrait que 7 minutes pour que l’inimaginable se produise. Tout dépend évidemment ce que vous entendez par inimaginable. Et si cet inimaginable courait les rues. S’il suffisait de s’asseoir sur un banc public en face de la jolie Mairie de St Médard ou à la terrasse du café à proximité du marché ou de bailler aux corneilles devant un feu qui refuse de passer au rouge, pour découvrir, redécouvrir que le quotidien peut s’emballer comme un feuille volante et que nous sommes tous ou prou sans le savoir acteurs, actrices de scènes qui se passent sous notre nez tant elles paraissent ordinaires et qui au ralenti celui de la pause prennent des proportions ahurissantes comme s’il suffisait de faire mine d’arrêter le temps pour rentrer dans un miroir grossissant.

La compagnie VOLUBILIS enchaîne huit performances dansées, chorégraphiées par Agnès Pelletier, qui ont la particularité de se fondre dans le paysage urbain, tant et si bien que les spectateurs qui suivent les pérégrinations des comédiens danseurs devant la vitrine d’un coiffeur, une fontaine, ou la place de l’hôtel de ville, etc., voient bien que la vie ne s’arrête pas pour autant. Il y a et oui des personnes qui sortent de la mairie sans même jeter un coup aux ébats comiques de jeunes mariés sur le perron !

Ce spectacle de rue extrêmement vivant et drôle plaît énormément au public et notamment les enfants fascinés par des scènes qui nous replongent au cœur même du film muet, sa poésie, son onirisme à la fois simple et fantastique.

Pendant le joli parcours qui nous a permis de découvrir St Médard, nous n’avons pas pu nous empêcher de penser à Pierre ETAIX, avec l’impression d’avoir participé à un tournage d’un film ou d’un rêve à l’affiche de tous les coins de rue…

Bordeaux , le 15 Octobre 2016                    Evelyne Trân

HUGO DE PÈRE EN FILLES librement inspiré de la vie de Victor, Adèle et Léopoldine HUGO du 11 au 23 octobre 2016 du mardi au samedi à 20 H 30, le samedi et dimanche à 16 H au Théâtre de l’Epée de Bois à LA CARTOUCHERIE DE VINCENNES – Route du Champ de Manœuvre 75012 PARIS –

 

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Auteur : Filip FORGEAU

Artistes : Soizic GOURVIL, Laurianne BAUDOIN
Metteur en scène : Filip Forgeau

Ce spectacle représente un des poèmes les plus sombres de Victor Hugo, une partie de sa chair échouée, une prolongation de lui même, ses filles, ses bras, qui se sont échappés de ses propres angoisses pour rappeler au poète qu’hélas, la réalité peut être pire que les cauchemars les plus noirs.

L’imagination tourmentée de Victor Hugo qui saisit le lecteur des Contemplations notamment ou de son roman l’Homme qui rit, est prégnante dans le nouveau spectacle de Filip FORGEAU qui poursuit après Milena, Rosa Luxemburg, ses portraits de femmes, en s’intéressant aux destins dramatiques des deux filles de Victor Hugo, Léopoldine et Adèle.

Filip FORGEAU, lui même poète, entend donner voix au corps féminin au delà sans doute de ce que nous connaissons car en vérité elles ne sont pas si nombreuses les femmes auxquelles nous faisons référence en tant qu’auteures, artistes; il ne faut pas oublier qu’elles ont été bâillonnées pendant des siècles.

Être les filles de Victor Hugo, comment était ce possible ? Le seul écho que nous ayons de Léopoldine passe par le célèbre poème de son père « Demain dès l’aube » qui fut extrêmement choqué lorsqu’elle mourut noyée à 19 ans lors d’une excursion en bateau. Quand à Adèle la sœur cadette, nous savons seulement qu’elle devint folle à la suite d’une terrible déception amoureuse et qu’elle finit ses jours à l’asile comme Camille Claudel.

Les voix des deux sœurs qui semblent vouloir raccorder leurs destins forment le dialogue de la vie et la mort, induisant l’idée que la folie d’Adèle a commencé avec la mort de sa sœur. Le fantôme de Léopoldine hantait la sinistre et belle demeure des Hugo dans l’île de Jersey. Cela ne pouvait pas être autrement avec ces roulis incessants de la mer, cette mer si belle mais cause de la mort de Léopoldine.

FILIP FORGEAU imagine aussi l’amour entre ces deux sœurs, réunies par leurs destinées tragiques et évidemment par la voix du père qui hante leurs sensibilités et que l’on entendra à la fin, portée par Daniel MESGUICH, magnifique.

La scène restitue le climat inquiétant, lugubre et fantastique d’un vaisseau fantôme investi par des revenantes qui laissent libre cours à leurs sentiments de façon bruyante pour nos oreilles sourdes de terriens mais oh combien bouleversante pour ceux qui veulent distinguer à travers la houle de la mer toutes ces voix qui ne se tairont jamais.

Un très beau spectacle troublant et captivant, bellement incarné par Soizic GOURVIL et Laurianne BAUDOIN, qui rend hommage aux deux filles de Victor Hugo et au poète, à la vie, à la mort, passionnément.

Paris, le 13 Octobre 2016                      Evelyne Trân