SOLO THEATRE du 25 mai 2016 au 25 juin 2016 au Théâtre des déchargeurs – 3, rue des Déchargeurs 75001 PARIS – Salle la bohème –

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1 interprète, 1 pièce, 1 heure
Mieux vaut seul que mal en compagnie

Durant un mois s’est tenu aux Déchargeurs le premier Festival Solo Théâtre, co-produit par Les Livreurs et le Théâtre Les Déchargeurs. Parmi les 20 pièces proposées (chacune par un interprète différent), figuraient L’Avare (Molière), Hamlet (Shakespeare), Feu la mère de Madame (Feydeau), Lysistrata (Aristophane), Ubu roi (Alfred Jarry), et bien d’autres.

Le pari est audacieux, il s’agit d’interpréter pendant une heure, seul(e) une pièce en jouant tous les personnages, sans décor, sans accessoires. Le public est invité à imaginer sa mise en scène. Place à l’écoute et non plus au visuel . Seules comptent la présence de l’interprète et la portée de sa voix qui change de tonalités suivant les protagonistes.

Un tel dispositif pourrait être relayé par des émissions radiophoniques où l’oreille est pleinement sollicitée. Mais au théâtre, il y a tout de même ce plus, l’émotion palpable, parfois à couper le souffle qui se dégage tel un mouvement de feuilles dans la forêt silencieuse – auquel participe le public – inonde les visages. Nous voilà presque comme autrefois au coin du feu autour d’un conteur.

Le 9 juin 2016, nous avons assisté à l’interprétation de WOYZECK par un jeune comédien qui a embarqué le public dans l’âme tourmentée d’un « pauvre type » un jeune soldat lequel pour quelques appointements sert de cobaye à un docteur et de domestique à un capitaine. Il sombre peu à peu dans la folie et tue sa femme.

De vrais éclairs de pensée fulminent dans cette pièce écrite par Georg Büchner à 23 ans, l’année de sa mort en 1837 :

« Je suis pris d’angoisse pour le monde quand je pense à l’éternité… je suis pris de frisson quand je pense que le monde met une journée à tourner sur lui même. Quel gaspillage de temps… »

Il a pissé contre un mur comme un chien, le monde tourne mal, très mal » ou encore « L’individualité se transfigure en liberté ».

Mais de telles pensées ne peuvent pas être sorties de leur contexte, la fièvre intense d’un jeune homme au bout de la nuit.

La construction de la pièce fait songer à des plans cinématographiques. Il y a des sauts, des irruptions de situations qui se succèdent sans marquer la pause, créant une ambiance étrange, inquiétante, déroutante.

Il y a du fantastique cosmique dans cette mélancolie déclarée. Woyzeck a des accents de Lautréamont, son cadet  !

Cette pièce fut encensée par Rilke qui écrivit « Voilà du théâtre, voilà ce que pourrait être le théâtre  ».

Pour notre part, oui, nous avons vécu un moment fort de théâtre grâce à son interprète, Pierre Benoit ROUX, visiblement très inspiré et dont la performance nous a permis d’apprécier ce premier festival « Solo théâtre » créé par les Livreurs, lecteurs sonores !

Paris, le 11 Juillet 2016                                     Evelyne Trân

 

 

Dans le cadre du FESTIVAL DES ECOLES DU THEATRE PUBLIC AU THEATRE DE L’AQUARIUM A LA CARTOUCHERIE DE VINCENNES DU 30 JUIN AU 3 JUILLET 2016 : Si seulement j’avais une mobylette, j’aurais pu partir loin de tout ce merdier…

image-si-seulement-javais-une-mobylette-jaurais-pu-partir-loin-de-tout-ce-merdier-h_visuel_si-seulement_04.2016_webmise en scène Frank Vercruyssen (Tgstan)
avec les élèves de La Manufacture (Haute Ecole des Arts de la Scène) à Lausanne

Avec : Marion Chabloz, Danae Dario, Romain Daroles, Maxime Gorbatchevsky, Cécile Goussard, Arnaud Huguenin, Loïc Le Manac’h,Chloë Lombard, Adrien Mani, Mélina Martin, Clémence Mermet, Matteo Prandi, Marie Ripoll, David Salazar, Margot van Hove, Lisa Veyrier

Assistanat mise en scène : Jean-Daniel Piguet
Costumes : Augustin Rolland, assisté de Leutrim Dacaj
Technique : Nicolas Berseth, Céline Ribeiro

avec des textes de: Roy Andersson (Chanson du deuxième étage, Nous les vivants, Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence), Marjane Satrapi (Broderies), Kamel Daoud (La préface du nègre), Alaa el Aswany (J’aurais voulu être égyptien), Yasmina Kadra (L’attentat), Yasmine Char (La main de Dieu), Adonis (Chants de Milhyar le Damascène ; Prends-moi, chaos, dans tes bras), Alain-Julien Rudefoucauld (Le Dernier contingent), Mohamed Kacimi (La Confession d’Abraham), Victor Hugo (Ruy Blas), Kateb Yacine (Nedjma), Les Mille et Une Nuits, Sublimes paroles et idioties de Naser Eddin Hodja, Le Guide Michelin Syrie – Jordanie, Mazen Kerbaj (Un an – Journal d’une année comme les autres ; Lettre à ma mère), Eduardo Galeano ‘’La creación’’, Ibn Mângli (Chasse), Tahar Ben Jelloun (Mes contes de Perrault ; Le dernier ami), Gabriel Calderón ‘’J’ai fait un rêve’’, Mahmoud Darwich ‘’Heureux sans savoir pourquoi’’.

C’est de la lune qu’ils observeraient la terre plongée dans une sorte de brouillard lumineux, cette terre en point de mire, fabuleuse ou affabulatrice, ces curieux chevaliers littéraires qui n’ont pour boucliers solaires ou lunaires que leurs émotions, leurs rêves bien entendu, dans un road movie incroyable qui juxtapose sous le phare d’un collectif de jeunes comédiens frais émoulus, le lyrisme de la littérature arabe et l’univers des films du suédois Roy ANDERSSON.

Quand les textes deviennent terre fumeuse ou abasourdie d’être réveillée sans crier gare sur la scène du théâtre, ils rougissent et palpitent comme de véritables pétards, éclairs de surprises.

La surprise et l’émotion, la promotion H du bachelor Théâtre de MANUFACTURE de LAUSANNE, les exprime, chevillées au corps.

Grisés par l’aventure menée par l’excellent metteur en scène Frank VERCRUYSSEN, les comédiens ne lâchent jamais la bride, ils ont signé un pacte chacun avec des textes messagers qui les entraînent toujours ailleurs, une sorte d’au delà théâtral.

Sur une scène transformée en cantine restaurant avec de grandes tables, l’individualité se frotte à la collectivité, chacun a son mot à dire, chacun trouve sa place, participe aux rêves, aux effusions, aux folies des uns et des autres, car il faut tout de même l’entendre cette folie, cette démesure derrière les textes. Quelle calèche pour les traverser sinon de nos jours une mobylette? Au théâtre, il semblerait qu’il est possible d’abolir certaines frontières temporelles, qu’on se le dise si la mobylette rencontrait le conteur des Mille et une nuits, ce dernier l’accueillerait comme un cheval mécanique et pourquoi pas un cheval de Troie ?!?

« Nous avons tous quelque chose à dire » manifestent les jeunes comédiens, auteurs du montage de textes, montage montagne de récits, de coups de cœurs, de stupeurs et de tremblements.

Le rêve ne risque pas de s’achever, n’est-il point pétri aussi de quelque réalité, celle la même qui le pousse à se projeter dans la littérature et au théâtre. Cette promotion de la MANUFACTURE de Lausanne  nous promet de belles aventures, en tout cas elle a fait battre le cœur du public à la Cartoucherie de Vincennes, par sa fraîcheur, sa bouleversante vitalité !

Paris, le 3 Juillet 2016                            Evelyne Trân

LE VOYAGE IMMOBILE DE PENELOPE – SPECTACLE TOUT PUBLIC – La main d’œuvres – Théâtre d’objets, d’images et de sons – 11h et 18h – Maison pour Tous Champfleury – 2 Rue Madeleine AVIGNON du 12 au 16 Juillet 2016 – Entrée libre – Réservations : 04 90 89 82 63

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théâtre d’objets, d’images et de sons, spectacle tout public à partir de 5 ans,

jauge 60 spectateurs –

conception, scénographie, texte, interprétation Katerini Antonakaki

regard extérieur, lumières, bruitages Sébastien Dault

piano enregistré Ilias Sauloup    vidéo Mickaël Titrent

extraits  l’Odyssée d’Homère – la lettre de Pénélope à Ulysse d’Ovide –les plaisirs de la porte de Francis Ponge

Figure mythique de l’Odyssée, Pénélope appelle l’apaisement. Son voyage immobile, il apparait déjà sur son visage, par exemple sur un vase grec la montrant en train de tisser un voile. Il ne s’agit que d’une image bien sûr, apparemment immobile, mais les esprits contemplatifs savent bien que l’immobilité est une illusion de notre perception et que le temps s’amuse avec les vivants car en dépit de toutes les horloges et mesures du monde, il reste très  subjectif.

 Que peuvent bien peser les vingt années de Pénélope en train d’attendre son époux Ulysse par rapport à une course de marathon, l’explosion d’un bouchon de champagne ou l’attente insupportable devant un guichet quelconque.

Le temps c’est comme une cruche qui aboie. Imaginez une porte entrouverte qui laisse passer un rai de soleil. Vous n’avez rien à faire, sauf à entrer, sauf à vous laisser guider par cette mince lumière incarnée par Katerini ANTONAKAKI qui entraine les spectateurs dans un audacieux et fantastique jeu de piste à la découverte des nombreuses pièces de la maison de Pénélope.

Auparavant, le public avait pu découvrir les maquettes miniatures des meubles qui composent l’intérieur de la maison dont le plan est dessiné à même le sol.  Equipée d’une petite valise, Katerini, Pénélope, jette le dé qui va décider de l’ordre de son parcours. A chaque pièce correspond un morceau de puzzle de carte de ce pays imaginaire. Chacun des petits objets sur la route de Pénélope, loin de représenter des temps morts, appellent le clin d’œil, ils transpirent, ils crient dans le silence, ils rougissent d’exister tout à coup dans l’incongruité d’un regard inconnu, celui d’un spectateur.

 Katerini ANTONAKAKI marche pieds nus comme si elle avait conscience que le silence et la fixité apparente des objets pouvaient être bouleversés par la venue d’un humain et qu’il fallait aller très doucement à leur  rencontre.

 Les bruitages, les lumières assurés par Sébastien DAULT sont en symbiose avec cette Pénélope dont le voyage immobile se révèle très actif : elle est non seulement danseuse, équilibriste mais aussi l’interprète d’extraits de l’Odyssée d’HOMERE, la lettre de Pénélope à Ulysse d’OVIDE et les plaisirs de la porte de Francis PONGE.

 Extraordinaire voyage immobile, ineffable, Katerini ANTONAKAKI cultive le temps presque à la façon des enfants. Disons qu’elle apprivoise  le temps, celui qui se dépose sur les objets vivants  dont on a besoin pour se rappeler à soi-même, mais qui peuvent  être aussi capricieux, inconnus et bizarres à l’image de notre ombre, touchés, vécus !

 Paris, le 30 Décembre 2015  

Mis à jour le 2 Juillet 2016                           Evelyne Trân