ADAMA OUEDRAOGO dit « Flute man » en concert le 30 AVRIL 2016 à 16 H 30 à la Librairie PUBLICO – 145, rue Amelot 75011 PARIS –

adama-Ouedraogo-1024x724Adama Ouedraogo joue des instruments traditionnels du Burkina Fasso : la flûte , l’arc à bouche, la sanza qui proposent autant de voyages dans un temps mythique.

Concert en participation libre .

Nous vous invitons à visionner « Le Souffle de la tradition »: un reportage assez poignant sur le parcours artistique et humain d’Adama Ouédraogo.

DOSSIER DE PRESSE

P.S. : Adama OUEDRAOGO était l’invité de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE  » sur Radio Libertaire 89.4 , le samedi 16 Avril 2016, en podcast sur le site Grille des émissions Radio Libertaire pendant un mois.

 

 

CIORAN/ENTRETIEN d’après « Entretien avec Leo Gillet » – Adaptation et mise en scène : Antoine CAUBET – au THEATRE DE L’ATALANTE -10 Place Charles Dullin 75018 PARIS – du 1er au 18 Avril 2016 -Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30 Les jeudis et samedis à 19h00 – Matinées les samedis à 16h00 et les dimanches à 17h00 –

Modèle créé by Pixartprinting
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Adaptation et mise en scène : Antoine Caubet

Avec Cécile Cholet et Christian Jehanin

Régie générale : Victor Veyron

Quel dommage que CIORAN soit rangé dans la catégorie « philosophes » dans les bibliothèques . Car il y a cette suspicion de jargon philosophique souvent pesant qui n’engage guère le lecteur aventureux à la recherche de quelques feux follets d’âme, qui soupirent, croit-il toujours, à l’intérieur de quelques pages serrées et qui n’attendent qu’un doigt invisible, inattendu, pour frémir, s’envoler.

CIORAN à mon sens est un véritable poète. A la faveur de cet entretien qu’il eût avec Léo GILLET à la Maison DESCARTES à Amsterdam, en 1981, transposé et mis en scène par Antoine CAUBET au théâtre de l’ATALANTE, les spectateurs vivent une véritable rencontre avec un voyageur de la pensée de façon quasi aérienne.

CIORAN ne fait pas une conférence assis derrière un bureau, il se trouve dans une salle de café restaurant et répond aux questions d’une charmante hôtesse, Cécile CHOLET, qui semble peser l’air très tranquillement, juste à l’écoute comme ces bibliothécaires qui accueillent les lecteurs sans faire de bruit. Est-ce à dire que la pensée d’où qu’elle vienne, du lecteur et de l’écrivain, c’est ainsi qu’elle forme un tout, a besoin d’attention, pour s’exprimer, qu’invisible naturellement, furtive, elle est capable de tressaillir en s’entendant elle même, elle se surprend d’émerger du cerveau d’un tel, mais elle jouit aussi de pouvoir circuler en silence.

A l’époque de l’entretien, CIORAN a soixante dix ans, il a écrit beaucoup de livres dont les titres qu’énumère la jeune femme ont tous une connotation négative : les Cimes du désespoir, De l’inconvénient d’être né etc. CIORAN répond simplement qu’il a écrit pour passer le temps, pour s’occuper, qu’il n’avait pas de métier. Exilé de Roumanie, en 1946, apatride,  il a vécu comme un éternel étudiant à Paris, la plupart du temps à l’hôtel dans le quartier latin. Est- ce à dire que tous ces livres formaient en somme les rames qui lui ont permis de pousser sa barque silencieuse pendant ses nuits d’insomnie, à la rencontre d’autres âmes errantes et solitaires.

Le personnage interprété par l’excellent Christian JEHANIN est sympathique. Visiblement, CIORAN aime la vie. Il est attaché à ses surprises, à ces inconnues, ce sont les comportements irrationnels des êtres qui l’inspirent. S’il est philosophe, il l’est par ce désir d’exprimer l’intime, l’expérience, il s’agit d’une mémoire consentie aux personnes rencontrées . Et c’est la raison pour laquelle aussi qu’un lecteur de ses aphorismes peut les lire comme des haïkus, véritables pense bêtes d’ironie douce et pétillante.

Délicieuse rencontre qui donne vraiment envie de découvrir les livres de CIORAN, qualifié de nihiliste, sceptique et même de fasciste.

Ce qui ressort de cette rencontre, tout de même, c’est qu’il ne faut jamais s’arrêter aux étiquettes et donc aux apparences qui exercent leur police pour faire barrage aux inconnus que nous sommes.

Dans cet entretien, CIORAN s’exprime avec une telle simplicité que nous voudrions la faire nôtre. Évidemment, cette simplicité recouvre beaucoup de tumultes et de tourments, mais l’humour de CIORAN y ajoute cette lueur d’humanité, qui éclaire, oui, fait sursauter l’âme.

Paris, le 17 Avril 2016                              Evelyne Trân

RIEN, PLUS RIEN AU MONDE un monologue de MASSIMO CARLOTTO – mise en scène Fabian Ferrari avec Amandine ROUSSEAU – Au théâtre Le Proscenium, 2 passage du Bureau, 75011 Paris – Les mercredis du 13 Avril au 1er Juin 2016 à 19 H 30 –

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PS : Amandine ROUSSEAU était l’invitée de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » sur Radio Libertaire 89.4 , le samedi 7 Mai 2016. En podcast sur la grille des émissions de Radio Libertaire pendant un mois.

Imaginez une page de journal à scandale, maculée de sang, épinglée sur un mur blafard d’une cité dortoir où seules claironnent quelques enseignes de supérettes. La jeune femme qui tient l’affiche revient du marché, elle porte une robe fleurie et les taches rouges qui colorent ses bras, ses mollets donnent à penser qu’elle a été éclaboussée par une teinture.

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Photo Françoise BEAUQUION

Nous comprenons très vite qu’elle est une fenêtre sur le monde à sa façon. Physiquement, elle est très acceptable, elle pourrait illustrer un spot publicitaire qui vante quelques articles de ménage. A condition de lui clouer le bec, ce qui n’est pas évidemment pas le propos de Massimo CARLOTTO qui brosse un portrait saignant d’une ménagère ordinaire en plein burn out.

« Moi femme » va t-elle marteler tout le long d’un monologue terrifiant par sa crudité. Toute ce qu’elle raconte peut paraître improbable dans une société où il faut prendre soin de ne pas laisser s’exhaler les mauvaises odeurs, les mauvaises pensées, toute cette misère juste bonne à faire valoir les prodiges des produits de ménage.

Elle est pourtant bien rythmée la vie de cette femme de ménage qui passe sa vie à compter, à repérer les articles les moins chers, à regarder les émissions de télé réalité, qui rêve comme toute Madame Bovary d’avoir un amant, à grandes gorgées de vin rouge. Un amant qui s’appellerait ailleurs, qui l’extirperait de sa prison.

C’est une société pieuvre que décrit Massimo CARLOTTO à travers une de ses victimes sans nom, empoisonnée, sulfatée, asservie, devenue un monstre parce que toutes ses pensées n’ont plus de couleurs, et que dans son cerveau ne défilent que les étiquettes de discount, la peur de manquer, et l’horizon fatal d’un mari impuissant et d’une fille indécente.

Cette vision pathétique impitoyable reflète pourtant bien nos réflexes ordinaires. Nous avons tellement vite fait de recouvrir les odeurs nauséabondes d’une serpillière en l’aspergeant de parfum à la lavande ! Cachez cette saleté que je ne saurais voir !

Photo Françoise BEAUQUION071-Avignon-Francoise.Beauguion

C’est une belle idée du metteur en scène Fabian FERRARI de faire incarner ce monstre par une jeune femme aussi fraîche qu’Amandine ROUSSEAU. Sa prestation met en évidence tous ces petits démons invisibles capables de faire plonger un individu quelconque. Curieusement, à notre corps défendant, ce personnage antipathique finit par émouvoir parce qu’il renvoie à la solitude, au sentiment d’impuissance, d’échec de tout individu dès lors qu’il prend conscience que ses rêves ne s’aligneront jamais sur sa réalité.

Une jeune femme qui souffre qui ne peut plus dire sa souffrance  parce qu’elle est devenue un monstre. Cela nous concerne humainement nous dit le metteur en scène Fabian FERRARI . Plutôt que de la juger, nous aurions envie de l’embrasser par instinct de survie, parce qu’elle est en danger. Elle ne s’aime pas, son cœur est devenu sec à cause d’une société qui consomme, consume l’individu, inhumaine ?

Un fait divers, un individu comme un grain de poussière fondu dans la masse, invisible, banal, c’est ce dont s’occupe le regard de Massimo CARLOTTO qui avance vers l’affiche déchirée de cette ménagère qui dit « Moi, femme… » sans faire de belles phrases, en ressassant juste cet ordinaire qui la conduit au néant.

Par la grâce du metteur en scène et la composition remarquable de la comédienne, nous sommes scotchés par ce cruel et éloquent témoignage !

Paris, le 16 Avril 2016                               Évelyne Trân

Voyage Viêt Nam avec une composition musicale de TIM LASER et MICHEL SEULS (Musique CHAMAN)

buffle
 

Musique sur site  http://theatreauvent.blog.lemonde.fr/2016/02/10/voyage-viet-nam-avec-une-composition-musicale-de-tim-laser-et-michel-seuls-musique-chaman-poeme-dedie-au-dr-tran-minh-sang-a-loccasion-de-la-fete-du-tet-2016/

  Publié le par theatreauvent

evelyne

Poèmes retrouvés par Vincent JARRY

vincent_jarry BIS     Plus le temps roule dans le lit des rivières
     Plus le brouillard engloutit les arbres
     Plus la nuit moelleuse aiguise son couteau
     Plus les mains inconnues épaules de caresses
     Et plus la clarté épaisse du glacier apparaît.
     Un volcan lové au creux du ventre
     Un animal familier qui grogne.

     Il faut s’avouer vaincu.
     Un guerrier à l’assaut des courants
     Un combat perdu contre le vent.

     Je suis face à face
     Avec une chose qui me dépasse.
     Comme la première des premières femmes
     Qui ne sait pas nommer cette faim étrange.

     Il y a ce mot
     Qui a traîné de main en main
     Taillé dans l’écorce épaisse d’un vieux chêne
     Aussi fin qu’une dentelle brûlée.
     On l’appelait l’amour.
     C’est d’une montagne dont je parle
     D’un glacier dans la lumière coupante du matin.
     D’un écho entre ciel et terre, d’un ferment.
     D’un cadeau des astres
     Ou d’une gangrène qui se propage?
                                                Nanteuil 2 déc.2002
                              _______________
    Dans les moelleux ciels d’automne
    Dans la silhouette des arbres
    Que le soleil tranche au couteau
    Dans la nuit, plus grande que mes bras.
    Dans l’instant déroutant d’une musique
    Il y a une marche ininterrompue.
    Une douleur sourde et une force qui grogne.

    Quelque chose d’ancien.
    Chargé par des millénaires.
    La même chose sans cesse, qui avance.
    Toute la force de l’humanité.
Un ferment qui charrie
    Le désespoir et l’amour.
   
    Et le poète se penche,
    L’oreille posée contre la terre.
    Il écoute le galop qui remonte à lui,
    Comme la source.
    Il tend la main.
    Il touche l’impalpable.
    Son oeil acéré est une antenne.
    Ses pas de funambule
    Entre ciel et terre.
9 déc. 2002
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  Il faudra tout recommencer.
   Les premiers pas dans la neige.
   Comme la main sur la page vierge.
   Tout se réapproprier.
   Secouer les draps par la fenêtre
   Au printemps.
   Sortir, les membres engourdis par la convalescence.
   Ecouter l’écho neuf du coucou
   La brise fraîche sur ma joue.
   Les nuages et le ciel,
   les prendre dans mes bras.
   Contourner l’oeil sombre des forêts,
   pour y voir plus clair.
   Ecouter le galop qui vibre dans le ventre.
   Retrouver tout l’amour éparpillé,
   La musique douce dans ma tête
   Qui s’accorde avec l’univers.
Nanteuil. 20 déc.2002

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    Trois graines d’espoir dans la poche.
    Quelques nuages coupés par le vent.
    Le fleuve des passants
    que je regarde, immobile.
    Et ce rêve qui monte, doucement :
    S’envoler, au-dessus des forêts sombres.
    Dans la nuit épaisse.
    Et la Loire; cette déesse
    Avec l’oeil du ciel
    Qui se penche sur elle.
    Et le balai des oiseaux migrateurs
    Qui apparaît et disparaît.
    Une danse.
    Que je cherche à comprendre.
    Et tout cet amour au fait
    A revendre.
    Peut-être que c’est assez
    Pour prendre sa valise
    et se remettre à marcher.
28 Déc. 2002

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Terre de poète est prête à accueillir des poèmes du monde entier, des poèmes libres, inspirés, vivants !!! Ce blog est dédié à la mémoire de Vincent JARRY, poète de rue, qui a longtemps arpenté les rues d’Arcueil en distribuant des poèmes.

LE GOUJON FOLICHON – CABARET DE MAISON CLOSE – Mise en scène Caroline Loeb -Avec Julien Fanthou baryton et Gérald Elliott accordéon – du 1er Avril au 29 Mai 2016 , vendredi et samedi à 19 heures au THEATRE DU MARAIS

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Artistes : Julien Fanthou, Gérald Elliott
Metteur en scène : Caroline Loeb

Un panier à homards chantant, voilà à quoi pourrait nous faire penser ce curieux cabaret qui nous vient tout frétillant des berges de Seine, il n’y a pas si longtemps, au 19ème siècle, lorsque l’arrière grand-mère de Julien FANTHOU, officiait en tant qu’aubergiste de la célèbre guinguette « Le Goujon folichon ».

Si cette auberge que fréquentait Jean Lorrain et San Antonio a aujourd’hui disparu, l’esprit des chansons qui faisait tourbillonner les cœurs au son de l’accordéon, est toujours là et il n’est pas besoin de creuser si loin dans les racines de notre mémoire, pour se laisser griser par les vertiges d’une atmosphère où sexe, amour trinquaient pour le plaisir avec une subtile gourmandise.

Le baryton Julien FANTHOU accompagné du talentueux accordéoniste Gérald ELLIOTT, s’empare avec un tel appétit du répertoire légué par son arrière grand-mère mais également enrichi d’auteurs plus modernes comme Gainsbourg, Bernard Dimey, Léo Ferré, que le public se familiarise aussitôt avec les personnages qu’il interprète, notamment des filles de joie, avec un mélange de préciosité, de malice, d’extravagance stylisée qui tient en haleine le regard .

La mise en scène de Caroline LOEB crée un parfum d’ambiance assez unique où la figure plutôt romantique voire très douce de l’accordéoniste trouve sa place aux côtés de la vitalité débordante d’un baryton de lupanar savamment érotisé.

Nous ne ferons pas injure à Julien FANTHOU en disant qu’il a un côté REGINE. En tout cas le « Goujon folichon », un spectacle tout public – nous avons entendu rire des enfants – vaut vraiment le détour en tant que pépite musicale et théâtrale, à cueillir en ce moment au Théâtre du Marais.

Paris, le 9 Avril 2016                                  Évelyne Trân

ROMANCE SAUVAGE de et mise en scène de Pierre LERICQ par la Compagnie « LES EPIS NOIRS » avec Manon ANDERSEN et Pierre LERICQ au THEATRE DU LUCERNAIRE – 53, rue Notre-Dame des Champs 75006 PARIS – du 30 Mars au 15 Mai 2016 – à 21 H 30 du mardi au samedi et le Dimanche à 19 Heures –

romance-sauvageAuteur : Pierre Lericq
Artistes : Manon Andersen, Pierre Lericq
Metteur en scène : Pierre Lericq

« Mon front est rouge encore du baiser de la reine » Égarés dans une forêt à la recherche de champignons, notamment la fameuse trompette de la mort, ne seriez vous pas surpris, voire électro-choqués d’être tirés de votre rêverie par ce sublime et suave vers du poème El Desdichado de NERVAL ?

Inattendu n’est ce pas ! Quel est donc et animal sonore capable de bramer un si beau poème en pleine forêt tandis que sa dulcinée se répand en spasmes et sanglots .

Manifestement inspirés par le soleil noir de la mélancolie, qui rougit ou rugit de plaisir au son de la guitare et du tambour, un couple de trublions passe en revue leurs histoires d’amour, de déboires en déboires, de cascades en cascades, de façon à amortir le choc du compte à rebours fatal qui scellera leur union.

Pierre LERICQ et Manon ANDERSEN s’aiguillonnent, il faudrait inventer un mot et dire qu’ils se musent l’un l’autre, extravertis par une veine musicale très instinctive. Par moments, Pierre a des airs de Luis Mariano ou de chanteur de flamenco et Manon sait à ravir passer de la bombe hystérique à la fleur bleue romantique.

Leur façon de se donner en spectacle est ébouriffante, joyeuse et burlesque. En les voyant, nous comprenons pourquoi Adam et Eve se sont rhabillés, c’est la lyre insomniaque du soleil dans la forêt qui habille leurs trublions de descendants et illumine leur romance sauvage !

Paris, le 9 Avril 2016                                 Evelyne Trân

 

Valentina-Tchernobyl née pour l’amour d’après La Supplication de Svetlana ALEXIEVITCH avec Coralie EMILION LANGUILLE – Mise en scène Laure ROUSSEL – à LA MANUFACTURE DES ABESSES – 7 Rue Véron 75018 PARIS – les mercredis, jeudis,vendredis, samedis à 19h du 6 avril au 14 mai –

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Les cris de désespoir, les témoignages des victimes de la catastrophe de TCHERNOBYL, sont-ils vains ? Qui a envie de les entendre, qui s’en souvient ? A quoi sert-il de remuer les vieilles plaies ?

Svetlana ALEXIEVITCH ne veut pas croire qu’une catastrophe telle que celle de Tchernobyl, en 1986, il y a trente ans, puisse être une fatalité. Depuis, hélas, il y a eu l’accident nucléaire de FUKUSCHIMA en 2011. Elle met en cause l’inconscience des hommes qui peut mener au désastre.

En exergue d’une des éditions de ses œuvres, il y a cette phrase « J’ai toujours été curieuse de savoir combien il y avait d’humain en l’homme, et comment l’homme pouvait défendre cette humanité en lui ».

Cette phrase s’applique tout à fait à Valentina TIMOFEIEVNA PANASSEVITCH épouse d’un liquidateur décédé après une longue agonie.

En parlant de lui, elle ne peut faire entendre que l’amour qui la rattachait à cet homme. Son récit est un véritable cri d’amour d’autant plus poignant qu’elle ne peut s’arracher à la vision de la destruction par les radiations de l’être aimé, insoutenable.

L’amour qui brûle en elle, qui la consume, c’est la force inépuisable qui lui permet de crier sa révolte contre l’atroce mort dont a été victime son mari. Que bien peser cet amour face à l’indifférence des hommes, leur lâcheté ?

Pour Svetlana ALEXIEVITCH qui a recueilli dans « La supplication » les témoignages de ceux qui sont appelés parfois avec dédain, les Tchernobyliens, les voix des victimes doivent être entendues, elles seules peuvent permettre la prise de conscience de la communauté, de l’enfer de la catastrophe de Tchernobyl, du danger nucléaire qui menace l’humanité.

La beauté de la déclaration d’amour de Valentina est sans commune mesure avec la froide réalité de la mort, les souffrances subies, mais cette illumination d’amour qui investit Valentina la représente en tant que femme, en simple femme. Qu’est-ce que cela veut dire être humain sinon être capable d’aimer, d’aimer la vie. Comment les hommes pourraient-ils se résoudre à effacer de leur paysage cette notion d’amour qui donne un sens à la vie ?

L’amour combat pour la vie. Il ne s’agit pas d’une croyance, il s’agit d’une réalité fortifiante, encourageante, pleine d’espoir. Un monde qui puisse encore être regardé avec des yeux d’enfant, quelle mère, quel père n’y songent pas ?

Mise en scène de façon très sobre par Laure ROUSSEL, Coralie EMILION-LANGUILLE illumine cette femme amoureuse et douloureuse, une Valentina femme flamme  infiniment courageuse !

Paris, le 8 Avril 2016                              Évelyne Trân

ILLUSIONS de Ivan Viripaev au THEATRE DE L’AQUARIUM A LA CARTOUCHERIE DE VINCENNES Du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h

illusions

traduction Tania Moguilevskaia et Gilles Morel (Ed. Les solitaires intempestifs)
mise en scène Galin Stoev
chorégraphie Jérémy Petit, lumière Pierre Montessuit assisté d’Elsa Revol
avec Raphaël Bedrossian, Flora Bourne-Chastel, Elsa Canovas, Jean-Baptiste Florens, Sarah GlondLou Granarolo, Valentine Lauzat, Nelly Lawson, Marilou Malo, Pauline Masse, Jérémy Petit, Aurélien Pinheiro, Willie Schwartz

Faire éclater la bulle dans laquelle il se trouve depuis 50 ans avec son épouse, c’est le passage à l’acte par le rêve qu’Albert s’octroie enfin, au seuil de la mort. Il avoue à sa chère épouse Margaret qu’il ne l’a jamais aimée et qu’en réalité, la vérité vertigineuse de l’amour, il l’a éprouvée pour une autre, Sandra, la femme de son ami Dennis.

Cruel aveu qui résonne comme un camouflet vis à vis de Margaret qui ne trouvera pas d’autre posture que d’avouer à son tour qu’elle était la maîtresse de Dennis.

Des vies bâties sur le mensonge, est-ce possible ? Mensonge ou illusion, c’est juste une question de perspective, car il est évident que deux personnes même accolées depuis des décennies, quand elles regardent un nuage, elles ne voient pas la même chose. Pourquoi se contrediraient-elles, l’une observe ceci, l’autre cela et sont satisfaites de leurs impressions.

Quel individu n’emporte pas un petit secret dans sa tombe, un rêve inavoué, un amour jamais déclaré ?

Nous nous illusionnons les uns les autres, et approcher la vérité de l’autre, ses véritables sentiments tient de la gageure, tout simplement parce que la vérité échappe à ceux mêmes qui croient la détenir et semblerait ne réussir à s’exprimer que dans la fulgurance d’un rêve, d’une lubie, d’une extravagance, qui feraient éclater comme lorsqu’on perce un nuage, une réalité trop bien cousue.

Tout le long de cette curieuse pièce, Ivan VIRIPAEV prend un malin plaisir à diluer nos sens de la réalité à travers la confusion de sentiments vécue par deux couples amis, racontée par plusieurs acteurs, sous la forme d’un talk show. A l’origine, ils étaient quatre mais le metteur en scène fait intervenir treize comédiens.

A travers ces treize intervenants, c’est la polyphonie de la vie qui s’exprime. Ce ne sont pas les corps réels de chacun des personnages qui importent, c’est la fluctuation de leurs perceptions, qui traversent toutes choses. C’est un déversement de notes, de gammes qui peuvent aussi bien prendre la forme de jolies femmes pimpantes que de jeunes hommes dans le tourbillon d’une histoire de vie, de mort où le rêve finirait par nous envahir.

Il est étrange d’observer sur la scène très dépouillée combien la matière semble avoir avoir été évacuée au profit des seuls sentiments des protagonistes. Il y a juste un canapé, une guitare électrique, un tableau noir, une table de régie, un seau de champagne…

Cet affranchissement de la matière permet sans doute d’aborder une autre frange de la réalité, celle vécue intimement par les personnages. Il s’agit, il est vrai d’une réalité occultée. Évidemment, si nous n’avions pas les pieds sur terre, si nous n’étions pas sans cesse parasités par de multiples problèmes matériels, des fantasmes nous emporteraient et dieu sait où ?

Il y a cet appel au rêve forcené, douloureux et ironique comme un appel à l’amour, à travers quelques lubies soudaines et exceptionnelles de ces couples bien sages, notamment celui de Margaret qui s’enferme dans une armoire, et refuse d’en sortir si son époux ne chante pas pour elle. Cela nous est raconté, nous ne le voyons pas, nous l’entendons par la grâce de notre imaginaire et c’est fort, très fort !

La pièce fonctionne comme une balade, un conte de vie et de mort facétieux, philosophique, qui permet de lâcher bride comme ces vieux couples dont la vie s’est déroulée comme dans un rêve comme s’il n’avaient touché terre que pour mieux s’envoler, s’échapper, tels des flocons de soi, d’illusions trop émues, molles, dira l’un des personnages, mais c’est tellement plus gratifiant que le béton et la réalité goudron.

Le metteur en scène bulgare Galin STOEV orchestre finement avec tendresse la joyeuse bande des comédiens qui donnent vie à ces deux vieux couples avec toute la fraîcheur et la vivacité qu’exigent leurs illusions, ma foi, fort subversives. Qui s’en plaindrait !

Paris, le 8 Avril 2016                            Evelyne Trân