UNE MARIEE A DIJON – SOUPER-SPECTACLE dans le cadre du cycle Paroles de femmes au THEATRE DE L’AQUARIUM à la CARTOUCHERIE DE VINCENNES – du 2 au 21 février 2016 / durée 1 h 10 – du mardi au samedi 21h / dimanche 19h00

CARTE POSTALEdijonSouper-spectacle
avec des produits issus du potager du Château de la Roche-Guyon

d’après les textes de Mary Frances Kennedy Fisher
Long ago in France the years in Dijon (1991) et Serve it forth (1937)

traduction Béatrice Vierne – Les Editions du Rocher
adaptation et mise en scène Stéphane Olry
récit Corine Miret, musique Didier Petit (violoncelle)
scénographie inspirée par Les douze dîners de Meggie Schneider
lumière Sylvie Garot

Un souper-spectacle d’une qualité indicible ! Vous n’avez jamais imaginé que le narrateur d’un livre que vous êtes en train de lire, puisse inopinément faire irruption dans la réalité et vous chuchote à l’oreille de le suivre.

Au théâtre tout est possible. Voici l’auteure américaine, Mary Frances Kennedy FISHER incarnée par Corine MIRET, qui apparaît telle une page soulevée par le vent au milieu de tables dispersées sur la scène où ont pris place les spectateurs conviés à un dîner.

A vrai dire le souper servi se révèle fort délicat, au menu : soupe confitures et jus de fruits du potager expérimental du Château de la Roche-Guyon. Les spectateurs, entre six et huit par table, qui ne se connaissent pas forcément, ont le temps d’échanger quelques mots et de faire jouir leurs papilles . Is ne savent pas encore que la situation dans laquelle ils se trouvent peut se conjuguer de façon tout à fait fortuite, avec l’histoire que va leur conter la jeune américaine.

Fortuite car subjective. Il n’empêche, il s’agit tout de même d’entrer dans le récit de cette Mariée de Dijon, sans avoir besoin de faire abstraction de l’environnement. Ici, la salle de l’Aquarium, transformée en restaurant, se prête tout à fait à l’atmosphère du récit de Miss FISCHER qui raconte comment elle a été conquise par la gastronomie française, un jour, en entrant dans une auberge bourguignonne, initiée par un serveur de style, délicat et attentionné, Charles.

L’auteure possédé l’art de restituer des ambiances en clair-obscur. Elle œuvre comme une impressionniste, touche par touche, attaquant le vernis, l’apparente insignifiance des événements, pour s’attacher à certaines croûtes isolées, des détails qui vont lui permettre de pénétrer dans l’intimité d’un étranger soudain éclairé par son regard.

Il n’y a rien d’extraordinaire dans le récit de Miss FISCHER sauf qu’elle réussit à rendre vivants les personnages de son histoire avec juste quelques paroles, juste quelques observations, quelques mouvements de ses pensées qui se faufilent dans l’avenue de son regard curieux, toujours en appétit.

A travers les mots de Miss FISCHER, nous avons vraiment l’impression d’être entrés dans cette auberge, d’y avoir rencontré Charles, d’avoir éprouvé les émotions de la narratrice.

Comme s’il sortait d’un tableau, lui aussi, le violoncelliste Didier PETIT fait crépiter les ombres et lumières de la voix de Corine MIRET, piquante et gracieuse dans sa petite robe des années vingt, Elle incarne tout le charme de cette jeune Américaine, qui n’est pas une touriste ordinaire, qui a appris à se cultiver en observant les êtres, en s’intéressant à leurs mystères. Et celui de l’auberge Aux Trois Faisans qu’elle a fleuré tout de suite, n’a rien perdu de ses attraits. Il tient juste à son évocation par la voix claire et ferme de Corine MIRET, véritable hôtesse de ce souper de rêve.

Paris, le 13 Février 2016                                Évelyne Trân

LA CHAMBRE DE MILENA librement inspirée de la vie et de l’oeuvre de Milena JESENSKA – Texte et mise en scène Filip FORGEAU avec Soizic GOURVIL et la voix de Daniel MESGUICH au Théâtre de l’ATALANTE – 10 Place Charles Dullin 75018 PARIS – du 5 au 22 Février 2016 à 20 H 30 – les lundis, mercredis et vendredis, à 19 H, les jeudis et samedis, à 17 h les dimanches.

MILENA-AFFICHE-MOYENNEDISTRIBUTION
Mise en scène de Filip Forgeau
Avec Soizic Gourvil
Et la voix de Daniel Mesguich
Création lumières : Claude Fontaine
Régie lumières : Michaël Vigier
Univers sonore : Fabrice Chaumeil
Régie son : Lionel Haug
PRODUCTION
Production : Cie du Désordre En coproduction avec : La Fabrique/Scène conventionnée de Guéret, Théâtre du Cloître/Scène conventionnée de Bellac
Avec le soutien de : L’Archipel/Scène de Territoire pour le Théâtre/Fouesnant, Théâtre Georges Madec d’Esquibien
La Compagnie du Désordre est conventionnée par le Ministère de la Culture (DRAC Bretagne)

 P.S. : Soizic GOURVIL et Filip FORGEAU étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE le samedi 13 Février 2016, sur Radio Libertaire 89.4 (en podcast sur le site Grilles des émissions de Radio Libertaire pendant un mois).

 Déclic dans l’obscurité, nuit, puis lumière. Imaginez que vous entrez dans une salle de théâtre ou une salle de cinéma, aussi légèrement que quelqu’un qui chaque soir en fermant les yeux sait qu’il va s’échapper vers un rêve inconnu. Ce quelqu’un voit sur la scène une ou des silhouettes qui bougent . Ce quelqu’un qui est spectateur se dit que c’est le rêve qui lui est proposé. Il a l’habitude de tâtonner, il s’accroche, s’éprouvant lui même blotti dans l’anonymat, cette curieuse sensation de se dire qu’il est invisible pour ces inconnus qui parlent là-bas sur la scène. Ce quelqu’un pourra se dire pour lui même et rien que pour lui même « Chouette, j’ai le premier rôle, je suis spectateur ».

Étrange préambule n’est ce pas pour cette chambre de Milena . Sans doute parce qu’il y a cette sensation de rentrer par effraction tel un voyeur, dans l’intimité d’un personnage . C’est extrêmement poignant, en effet, de voir quelqu’un parler de soi, s’exposer ainsi face au vide à l’invisible, à l’inconnu. C’est troublant.

Soisic GOURVIL incarne ce trouble à travers un personnage inspiré dune personne réelle, Milena JESENSKA qui fut la muse de Franz KAFKA mais pas seulement. L’on dit d’elle qu’elle eût une vie très remplie, en tant que journaliste et écrivaine tchèque, toujours en lutte à une époque marquée par les persécutions antisémites, le nazisme. Elle mourra dans un camp de concentration pour n’avoir pas su taire ses convictions, ses rêves de liberté…

L’on dit souvent que les yeux sont la fenêtre de l’âme. Mais le corps peut le devenir aussi. Ici, il s’ajoure à une fenêtre texte, à la lumière crue des mots, qui deviennent rigole de pluie simple, qui coule, glisse, se métamorphose, traverse le bois, les encoignures d’une vitre, rebondissent sur cette même vitre.

Il y a un contraste entre la voix bien perchée et vive de l’actrice et son corps menu, presque timide. Milena ouvre sa fenêtre à tous vents pour faire entrer la vie dans sa chambre intérieure et notamment celle d’un fantôme chéri, Franz Kafka. La voix de Franz incarnée par celle de Daniel MESGUICH, grave et caressante, traverse l’épiderme de Milena, la touche, elle est profondément sensuelle. Il est terrible de lire la lettre d’un proche aimé lorsqu’on sait qu’il est impossible d’y répondre complètement en raison de l’absence de son auteur. Il y a des lettres que l’on relit, écoute, à des années de distance et les réactions qu’elles provoquent suspendues dans le vide sont déchirantes. Ce déchirement, on l’éprouve en s’identifiant à Milena.

Le pessimisme de Franz heurte la lumineuse Milena qui lutte contre des affreuses angoisses . Elle se laisser porter par sa voix, ses mots d’amour, dans une sorte d’éblouissement mais elle n’entend pas se calfeutrer à l’intérieur d’un amour clos, il s’agit d’un amour qui lui permet de se projeter en avant, qui lui donne du courage.

La chambre de Mélina est un rêve, celui d’une femme qui respire comme une lettre d’amour, laquelle s’expose à tous vents, peut résister à toutes les intempéries, elle ne se veut pas immortelle, elle est.

Le spectacle sobrement mis en scène par l’auteur Filip FORGEAU convoque l’imaginaire onirique du spectateur vers cette réalité faite femme et enfant également, souvent occultée car considérée trop fragile, trop tendre ou vulnérable. La vérité c’est que ces voix de femmes, il faut parfois tendre l’ouïe pour les entendre, elles agissent peut être plus secrètement…

« Les âmes qu’il cherche sont des corps » dit de Filip FORGEAU, Daniel MESGUICH dans sa préface de la pièce . Ici, nous dirons simplement, le corps d’une femme porte message entre ciel et terre, c’est celui de Milena transcendé par Soizic GOURVIL, c’est celui aimé par Kafka, c’est celui d’une femme parmi d’autres, c’est celui-là !

Paris, le 13 Février 2016                                     Évelyne Trân

Pour me rendre à mon bureau de Jean BOYER – Interprétation au banjo par Michel TOURTE –

sans-titre

La chanson « Pour me rendre à mon bureau » de Jean Boyer (paroles et musique) fut tout d’abord interprétée par Georges Tabet. Georges Brassens l’a interprétée beaucoup plus tard lorsqu’il a enregistré un disque consacré aux chansons qui l’influencèrent dans sa jeunesse.

Pour me rendre à mon bureau, j’avais acheté une auto

Une jolie traction avant qui filait comme le vent.

C’était en Juillet 39, je me gonflais comme un bœuf

Dans ma fierté de bourgeois d’avoir une voiture à moi.

Mais vint septembre, et je pars pour la guerre.

Huit mois plus tard, en revenant

Réquisition de ma onze chevaux légère

Streng verboten provisoirement.

 

Pour me rendre à mon bureau alors j’achète une moto

Un joli vélomoteur faisant du quarante à l’heure.

A cheval sur mon teuf-teuf je me gonflais comme un bœuf

Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi.

Elle ne consommait presque pas d’essence

Mais presque pas c’est encore trop.

Voilà qu’on me retire ma licence

J’ai dû revendre ma moto.

  

Pour me rendre à mon bureau alors j’achète un vélo

Un très joli tout nickelé avec une chaîne et deux clefs.

Monté sur des pneus tous neufs je me gonflais comme un bœuf

Dans ma fierté de bourgeois d’avoir un vélo à moi.

J’en ai eu coup sur coup une douzaine

On m’les volait périodiquement.

Comme chacun d’eux valait le prix d’une Citroën

Je fus ruiné très rapidement.

 

Pour me rendre à mon bureau alors j’ai pris le métro

Ça ne coûte pas très cher et il y fait chaud l’hiver.

Alma, Iéna et Marboeuf je me gonflais comme un bœuf

Dans ma fierté de bourgeois de rentrer si vite chez moi.

Hélas par économie de lumière

On a fermé bien des stations.

Et puis ce fut, ce fut la ligne tout entière

Qu’on supprima sans rémission.

 

Pour me rendre à mon bureau j’ai mis deux bons godillots

Et j’ai fait quatre fois par jour l’trajet à pied aller-retour.

Les Tuileries, le Pont Neuf je me gonflais comme un bœuf,

Fier de souffrir de mes cors pour un si joli décor.

Hélas, bientôt, je n’aurai plus d’godasses,

Le cordonnier ne r’ssemelle plus.

Mais en homme prudent et perspicace

Pour l’avenir j’ai tout prévu.

 

Je vais apprendre demain à me tenir sur les mains

J’irai pas très vite bien sûr mais je n’userai plus d’chaussures.

J’verrai l’monde de bas en haut c’est peut-être plus rigolo.

Je n’y perdrai rien par surcroît :

Il n’est pas drôle à l’endroit.

Pour peux que sur le trottoir j’ai la chance

De mettre la main en plein dedans

En plein dedans de la chose que je pense

Je serai l’homme la plus contant.

 

Ca me portera bonheur, ça me donnera du cœur

Pour attendre patiemment ma prochaine traction avant.

Voyage Viêt Nam avec une composition musicale de TIM LASER et MICHEL SEULS (Musique CHAMAN) – Poème dédié au Dr TRAN MINH SANG, à l’occasion de la fête du Têt 2016 –

Voyage Viêt Nam

 

 VOYAGE VIETNAM 3mn 42 
 
Tu as barbouillé  tes songes,   habillant les  voix de femmes recroquevillées.
 Plus étonnée qu’une étincelle d’eau
s’échappant du chapeau d’une paysanne courbée dans la rizière.
Un grain de riz glisse de ton œil  ouvert.
Aurais-tu peur ?
Tu bascules de l’idée à la  forme,
Sans le moindre effort.
Ils ne recueillent plus le grain de riz.
L’étendue d’une rizière couvre le visage d’une femme vietnamienne.
Les mots ont l’allure d’insectes qui se faufilent à pente douce
comme les  lézards au-dessus des marches.
L’heure est au  lézard ce qu’un rayon de soleil est à une plante d’eau.
Et ma voix  sort du filtre, encore  poisseuse, humide, étrangère,
Elle a dix mille kilomètres et  la  couleur de la queue d’un  dragon
Qui se serait soulevée pour  lécher la montagne.
Roseau qui  penche contre une pensée musclée.
Des hommes prisonniers apprivoisent la nature qui déborde
En grimpant au-dessus des barbelés.
Ils ont tous un cousin dont le nom signifierait ciel dans une  nouvelle langue.
Tu es devenue une plante,
Il  faut te caresser pour t’entendre,
Il faut te maudire pour te dire,
Enfin sourire à  l’intérieur de la vague
 
Evelyne Trân.

« Pierrot Pierrot d’amour et d’eau fraîche » – Concerto pour les chats : Ireïna Labetskaya (Texte et voix) , Vincent Lepape et Michel Seuls (création musicale) – une soirée douce au son d’une guitare et d’une flûte pour déguster sept chansons d’amour… le 30 Janvier 2015 à la Trockette – 125, rue du Chemin Vert 75011 PARIS –

Photographie Isaure Anska (Fée).ireina

Ireïna chante en russe

P.S. : Ireïna Labetskaya (Texte et voix) , Vincent Lepape et Michel Seuls (création musicale) étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE le samedi 30 Janvier 2016, sur Radio Libertaire 89.4 (en podcast sur le site Grilles émission de Radio Libertaire pendant un mois).

Samedi 30 Janvier, nous avons pu découvrir le répertoire du trio « Pierrot Pierrot d’amour et d’eau fraîche ». La chanteuse Ireïna Labetskaïa, le flûtiste Michel Seuls (Michel Thiboult) et le compositeur et guitariste Vincent Pape se sont produits à la Trockette sur une scène improvisée qu’une mince vitrine sépare de La rue du Chemin vert.

Il est environ 20h30; l’auditoire est tout ouïe, le carillon tubulaire de la porte d’entrée refuse obstinément de se taire, mais qu’importe; lorsqu’elle commence à chanter, Ireïna nous transporte instantanément dans l’univers délicat qu’elle dessine au son de sa voix. Elle semble cueillir prudemment, sur des rameaux épineux, les mots, les phrases… Et l’on ne saurait dire ce qui fut chanté en anglais, en français, ou en russe tant il est vrai que les trois musiciens à l’œuvre ont su nous parler le langage universel de la musique.

À en juger par l’accueil chaleureux que le trio a reçu à la Trockette, il ne serait pas surprenant que la chanson prenne une place importante dans la carrière artistique d’Ireïna et nous sommes déjà nombreux à rester attentifs aux actualités musicales pour ne pas manquer la prochaine représentation.

 

Paris, le  9 Février 2016                            Michel TOURTE

UN CAFE DE LA PAGE HANTE MAIS INSTRUCTIF AU KIBELE – Café-Théâtre – 12 Rue de l’Echiquier, 75010 Paris – Tous les 1er dimanches du mois –

CAFEPAGE TER 07022016-Café de la Page 1- AS-1 (1)

Auteur : Maria Salvetti, Romain Kha
Artistes : Cristel Fixy, Sarah Ramaully, Amelie Queriaquaud, Moise Courilleau, Yann Chevalier
Metteur en scène : Romain Kha

P.S. : Romain KHA et Christel FIXY étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE le samedi 7 Février 2016, sur Radio Libertaire 89.4 (en podcast sur le site Grilles émission de Radio Libertaire pendant un mois).

Chaque premier dimanche du mois, des amoureux des livres investissent la cave du KIBELE pour invoquer des auteurs.

C’est un barman ou une barman qui officie à cette messe étrange. Il est vrai que les personnages qui se cachent derrière les pupitres pourraient faire penser à quelques religieux méditant sur quelques feuillets de la bible.

Ces amoureux, rassurez-vous, ne font pas partie d’une secte et n’ont pas de cagoule sur leurs visages, ils sont juste là pour accueillir quelques auteurs sélectionnés venus participer au thème du jour.

Ainsi le dimanche 7 Février 2016, des écrivains triés sur le volet ont rejoint les corps de ces personnages-livres ou pages du Moderne Age.

 PAGE 4   22016-Café de la Page 1- AS-15

C’est avec grand plaisir que nous avons entendu Olympe de GOUGES, Virginia WOOLF, Simone de BEAUVOIR donner leurs sentiments sur la condition de la femme, que avons écouté Arnolphe faire la  leçon à Agnès, et qu’avec surprise, avons vu surgir des limbes de l’antiquité, une féministe incroyable, de surcroit pacifiste, LYSISTRATA, celle qui tient tête aux hommes, dans la pièce éponyme d’Aristophane.

 Nous sommes impatients de retrouver ces Pages lors du prochain rendez-vous qui aura pour thème « Quand l’amour est une torture ».

Des auteurs mêmes inconnus sont appelés à rejoindre les écrivains célèbres. Avis donc aux amoureux des lettres, votre prose ou vos vers, pourquoi pas, pourraient séduire les Pages du Moderne Age !

Paris, le 8 Février 2016                           Evelyne Trân

 

 

 

 

 

4.48 PSYCHOSE de Sarah KANE – Mise en scène et scénographie Sara Llorca et Charles Vitez au THEATRE DE L’AQUARIUM à LA CARTOUCHERIE DE VINCENNES – dans le cadre du cycle Paroles de femmes du 2 au 21 février 2016 / durée 1 h 20 – du mardi au samedi à 19h / dimanche à 17h –

PSYCHOSE

Photo  Adrien Berthet

texte Sarah Kane
mise en scène et scénographie Sara Llorca et Charles Vitez

chorégraphie DeLaVallet Bidiefono

musique Benoît Lugué et Mathieu Blardone, régie et diffusion du son Olivier Renet, costumes Emmanuelle Thomas, lumièreLéo Thévenon

avec DeLaVallet Bidiefono, Mathieu Blardone, Sara Llorca, Benoît Lugué, Antonin Meyer Esquerré

Est-il possible de l’exorciser la souffrance psychique par la voie du théâtre, de la danse , de la musique ? Sarah KANE, l’auteure de 4.48 Psychose, considérée comme une véritable auteure dramatique, souffrait de troubles psychiques et se suicida à l’âge de 28 ans dans un hôpital de Londres.

Nous serions enclins à penser que cette pièce en forme de long monologue est largement autobiographique. Le personnage est une patiente d’une clinique psychiatrique en proie à une souffrance existentielle, inextinguible. Elle pressent qu’il n’y a pas d’issue autre que le suicide car les médicaments que lui donnent les médecins ne la soulagent pas, ils ont des effets indésirables, elle a l’impression petit à petit d’être lobotomisée.

Elle exprime le sentiment d’être dans un étau, d’être séparée du monde. Peut être exacerbe t-elle cette souffrance en ne cessant pas de l’ausculter, de l’écouter, de l’entendre. Et pourtant il se dégage de son texte une grande vitalité, une forte charge de sensualité sensuelle, une énergie même si c’est celle du désespoir.

C’est cette énergie qu’ont voulu canaliser les metteurs en scène et scénographes Sara LLORCA et Charles VITEZ qui ont décidé de ne pas parler du destin tragique de Sarah KANE au profit de l’œuvre vivante.

Le spectacle greffé sur les mots de Sarah KANE d’un point de vue esthétique, chorégraphique et musical est d’une incontestable beauté mais il ne reflète pas la véritable atmosphère de l’œuvre, étouffante, anxiogène, douloureuse. Ce que raconte le personnage de 4.48, c’est son enfermement, sa prison intérieure, asphyxiante, son incapacité à se rebrancher avec le monde. Elle est comme un papillon dont les ailes ont été écrasées par un bloc de béton.

Cela dit, ce sont les mots mêmes de Sarah KANE qui inspirent la danseuse et interprète Sara LLORCA, le magnifique danseur DELAVALLET BIDIEFONO et les musiciens Mathieu BLARDONE et Benoît LUGUE.

Sur les traces de Sarah KANE, ils entendent prolonger son parcours, accompagnant sa voix avec leurs propres moyens d’expression, leurs propres rituels.

L’indicible douleur, le chaos intérieur du personnage de 4.48 rejoignent le champ des danseurs musiciens qui forment le chœur astral, la réponse d’amour qu’attendait tant Sarah KANE.

Paris, le 7 Février 2016                                Evelyne Trân

 

UNE TROP BRUYANTE SOLITUDE – Texte Bohumil Hrabal – Avec Thierry Gibault – Mise en scène et adaptation de Laurent FRECHURET – au THEATRE DE BELLEVILLE – 94 rue du Faubourg du Temple 75011 Paris – DU LUNDI 1er FÉVRIER AU MARDI 29 MARS 2016 les lundis à 21h15, les mardis à 19H15 –

UNE TROP BRUYANTE SOLITUDE

P.S. : Thierry GIBAULT était l’invité de l’émission DEUX SOUS DE SCENE, le samedi 20 Février 2016, sur Radio Libertaire 89.4 (en podcast sur le site Grille émissions de Radio Libertaire pendant un mois).

Texte Bohumil Hrabal Mise en scène et adaptation Laurent Fréchuret Traduction Anne-Marie Ducreux-Palenicek © Editions Robert Laffont Avec Thierry Gibault Son François Chabrier Lumière Eric Rossi Collaboration artistique Thierry Gibault Directeur de production Slimane Mouhoub Production Théâtre de l’Incendie

C’est un long monologue, c’est renversé à l’endroit et à l’envers un matelas de chair, de pensées, de temps pouilleux qui pullulerait de puces et insectes divers, c’est l’histoire d’un homme qui projette son âme dans la seule lisière qu’il lui reste, sa capacité à braver seul, le spectacle du pilonnage de livres .

L’écrivain Tchèque Bohumil HRABAL (1914-1997) qui exerça « tous les métiers » connut la censure et deux de ses propres furent pilonnés après 1968.

Le narrateur commence ainsi son livre :

« Voila trente cinq ans que je travaille ans le vieux papier et c’est toute ma love story ». Une phrase qui pourrait s’apparenter à celle de Proust « Longtemps je me suis couché de bonne heure ».

Il s’agit bien d’une histoire de temps, de temps comprimé dans la chair qui s’expose à l’inéluctable, à la mort, à la destruction. L’homme est donc employé dans une usine de recyclage de papiers en tout genre et notamment de livres. Ironie du sort, il aime les livres, alors il fait en sorte d’en sauver quelques uns du pressoir, de l’anéantissement, chaque jour, et il les empile dans sa propre cave.

Cet acte devient aussi répétitif que celui d’appuyer sur le bouton pour en écraser des milliers d’autres. Mais ce geste, c’est aussi une façon de faire reculer le temps qui passe et surtout de se désigner en tant qu’homme capable de recycler son malheur à travers cet aléatoire bonheur d’avoir pu sauver quelques livres.

« La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres » disait Mallarmé. Il paraît que pour l’ouvrier pilonneur qui se représente tel un boucher,  la valeur des pensées qui passent par les livres ne risque rien. Il le dit :  » Tous les inquisiteurs des livres les brûlent vainement. : quand ces livres ont consigné quelque chose de valable, on entend encore leur rire silencieux au milieu des flammes parce qu’un vrai livre renvoie toujours ailleurs, hors de lui même ».

Il semblerait que c’est la matière des livres qui l’interpelle. En ce sens le livre pourrait devenir une métaphore, une projection de l’homme lui même déchiré entre le corps et l’esprit.

C’est le corps du livre auquel il est rattaché physiquement et spirituellement qu’entend exprimer l’auteur. J’incarne ce livre, dit il en quelque sorte,  moi avec mes mains poisseuses, noires d’encre, moi avec ma poitrine pleine de sueur, mon ventre devenu une outre pour les litres de bière que j’absorbe, pour tenir, pour supporter…

Devenir corps du livre, il s’agit bien d’un acte de résistance. C’est l’ouvrier qui parle, c’est le paysan qui ausculte sa terre, toujours à l’écoute de ce qu’il sait devoir lui échapper, c’est l’énergie du désespoir.

Qu’est ce qui fait penser un homme ? Qu’est ce qui le conduit à écrire, à consigner ses pensées ? Un écrivain pourrait dire « Tel un anthropomorphe, je parle pour toutes ces choses qui ne parlent pas, un sac de pommes de terre, je le fais mien ; un dépotoir, un excrément, une belle lumière, tout cela je le fais mien, c’est ma façon à moi de posséder le monde ».

C’est peut-être pour ça que la langue de Bohumil HRABAL est si belle. Possédé par la matière écrasante de son travail de fossoyeur, il finit par la posséder à son tour, avec sa propre matière celle de mots, celle de cris qui fouillent du côté de la chair, celle d’un homme pour qui le seul moyen de relever encore la tête, face à l’oppression, c’est de laisser croître, avancer sa pensée.

Un ouvrier des mots qui s’expose, qui se donne en spectacle, qui tremble, transpire et parfois s’illumine à l’évocation de ses chères œuvres sauvées, un homme qui aime les livres au point de vouloir les incarner, oui c’est fou et humain à la fois.

Non la chair n’est pas triste, elle s’illumine parfois. Pour ce rayonnement que communique l’excellent interpréte,Thierry Gibault, mis en scène par Laurent Fréchuret, nous avons aimé le spectacle, qui pendant plus d’une heure, laisser exulter la chair, la chair des livres.

Paris, le 7 Février 2016                                    Évelyne Trân

LE CABARET EXTRAORDINAIRE AU CAFE DE LA DANSE – 5 Passage Louis-Philippe, 75011 PARIS les 2 et 3 Février 2016 puis en tournée.

cafedeladanse_visuel_cabaret746-e1410366285857Avec LES SEA GIRLS – YANOWSKI – LES PARACONTEURS – LE CIRQUE DES MIRAGES – LE MOUSTACHE POESIE CLUB – IMMO – THOMAS TRICHET, CHRISTIAN TETARD  & guests… Maîtresse de cérémonie MARIA DOLORES – See more at: http://www.cafedeladanse.com/cabaret-extraordinaire-sea-girls-yanowski-maria-dolores-moustache-poesie-club/#sthash.v7KbXbiM.dpuf

Prochaines dates de tournée : 26/01 LE MANS (72) 29/01 SAINT DIZIER (52) 27/02 GRAND QUEVILLY (76) 08/04 CLICHY SOUS BOIS (93) 09/04 VINCENNES (94) 15/04 CANNES (06) 26/04 SAINT SEBASTIEN SUR LOIRE (44) 06/05 HAGUENAU (67) (…) – See more at: http://www.cafedeladanse.com/le-cabaret-extraordinaire-2/#sthash.9IrxPqij.dpuf

Voilà un cabaret qui porte bien son nom ! Il n’y manque que l’apparition de Charles TRENET pour faire chanter la lune avec le soleil ! Tous les artistes, comédiens, circassiens semblent véritablement être sortis de l’imagination d’une poétesse fantaisiste qui a décidé de laisser libre cours à ses fantasmes les plus naturels de femme hôtesse, en l’occurrence, il s’agit de l’imposante et indomptable maîtresse de cérémonie, la sulfureuse Maria DOLORES, délicieusement coquine, flanquée de son régisseur, piètre balayeur mais musicien hors pair Christian TETARD.

La metteure en scène Armelle HEDIN savoure, c’est évident, tous les numéros d’artistes, plus cocasses les uns que les autres qui s’enchaînent tout le long de la soirée pendant deux heures.

Comme dans un kaléidoscope, les spectateurs courent d’une émotion à l’autre, captivés par les prouesses du jongleur clown IMMO, émoustillés par le sex-appeal des Sea Girls qui semblent sortir d’un film de FELLINI, intrigués par les mimiques des effarants paraconteurs qui font penser à Buster KEATON ou à Jacques TATI, interloqués par les slams de la compagnie MOUSTACHE POESIE CLUB, admiratifs de la plastique de Thomas TRICHET et sa roue et impressionnés par le duo du Cirque des mirages YANOWSKI et FRED PARKER.

Dans ce véritable carnaval d’humeurs insolites, chaudes et drôlatiques, est apparue, c’était le 3 février, une invitée de marque, AVA, la Dame en vert absolument captivante. Quelle classe, quelle présence ! AVA se qualifie de femme-clown mais c’est une diva,très, très érotique ! Effet d’une métempsychose poétique, nous l’avons retrouvée dans un poème cette chère Dame en vert, nous en ignorions l’auteur et vous laissons le soin de le découvrir, voici sa description :

 « Elle alla trouver la cigale aux yeux verts. Poétesse cotée dont elle aimait les vers « .

Turbulences diaboliques de YANOWSKI, minauderies de Maria DOLORES, irrésistible en femme sirène, en Dalida etc.. exercice périlleux d’IMMO qui joue de l’harmonica avec une seule narine, font partie de ce spectacle de rêve qui tient à la fois du cirque, de la comédie enfoirée, du Cabaret explosif.

Vraiment une superbe création collective qui ravira aussi bien petits et grands, les emportera dans un nuage poétique, savoureux, sucré, amer, piquant, en un mot jouissif !

Paris, le 6 Février 2016                        Évelyne Trân

ZOOM – L’itinéraire d’un enfant pas gâté – de Gilles GRANOUILLET avec Annette BENEDETTI du 2 au 14 Février 2016 à 20 H 30, du mardi au samedi, le dimanche à 15 H 30 au THEATRE DOUZE – 6 Avenue Maurice Ravel 75012 PARIS –

ZOOMDurée : 75 minutes
Acteur: Annette Benedetti
Auteur: Gilles Granouillet
Mise en scène: Jean-Marc Galéra

P.S. : Annette BENEDETTI était invitée à l’émission DEUX SOUS DE SCENE le samedi 7 Février 2016, sur Radio Libertaire 89.4 (en podcast sur le site Grille émissions de Radio Libertaire pendant un mois).

Ils ou elles sont combien à s’éprouver seuls ou seules en scène dans la vie tout simplement ? Gageons que Gilles GRANOUILLET est un grand observateur de ces visages anonymes, souvent murés dans leur silence que l’on côtoie tous les jours en sortant de chez soi pour aller faire ses courses, aller au boulot ou chercher ses enfants à l’école.

Comment s’appelle t-elle au juste cette femme qui déboule dans la salle des professeurs où doit se tenir un conseil de classe. Nous le saurons pas, nous apprendrons seulement qu’elle est la mère de Burt, un ancien élève du collège.

Salle d’examen, salle de profs, salle d’attente de commissariat, tribunal etc, configurent des lieux d’institutions, particulièrement angoissants pour ceux qui y pénètrent alors même qu’ils sont vides. Dans la mise en scène sobre et suggestive de Jean-Marc GALERA, la jeune femme semble être revenue dans cette salle de prof comme par réflexe, parce qu’il s’agit d’un lieu hanté par des souvenirs terribles. C’est ici qu’elle a entendu parler de son fils comme d’une brebis égarée, qu’elle a été assaillie par les réflexions décourageantes et blessantes d’un chef d’établissement qui ne faisait que son travail certes, mais lui a fait sentir sans aménité qu’elle et son fils avaient un comportement impossible. Ce genre de situation combien de mères ou de pères l’ont vécue ? Il faut bien le dire, il y a ce rapport de force entre des individus en proie à des émotions paralysantes qui leur coupent la parole et des interlocuteurs murés dans leur rôle social.

Déclic formidable pour la jeune femme, une petite boule de feu, pleine de vitalité qui pour raconter sa vie et celle de son fils, doit passer par ses émotions . Cela ne s’explique pas comment l’on est dit-elle. Elle est nature, elle, elle a toujours été portée par ses sentiments. Elle est organique. Oui d’accord, elle est fille mère et son fils Burt possède cette tache – pas de relation au père – mais le fait que son fils ait été conçu dans une salle de cinéma, allez vous le faire entrer dans la grille des particularités ? Cela n’intéresse personne. Sauf la jeune femme – appelons la Annette du prénom de la comédienne – qui va se mettre dans la tête que son fils peut devenir acteur et qu’elle doit le présenter à tous les castings possibles. Ça ne va pas marcher, bien sûr !

Le personnage que campe Annette BENEDETTI, est terriblement attachant parce qu’il met en scène une jeune femme qui se bat à fond avec ses propres moyens, son cœur, son enthousiasme pour exister elle et son fils. C’est une créatrice, elle met de l’imagination dans sa vie, ce qui lui permet de rebondir même si elle se plante, même si aussi, elle souffre. Annette ne se plaint pas, la passion pour son fils est son seul horizon mais il remplit sa vie . Elle le sait qu’elle ne comprend pas tout, elle le sait qu’elle s’est laissée emportée, abusée par des illusions mais elles lui ont permis de communiquer à son enfant, un certain bonheur de vivre, de la poésie. Personne ne s’étonnera d’apprendre que ce pauvre fils à maman devienne finalement un artiste.

Cette jeune femme est un poème vivant capable de résister à ses affreuses croûtes de la réalité ambiante qu’on appelle misère. La misère ce n’est pas tant les fins de mois difficiles, les métros bondés, que le sentiment de n’avoir pas la parole si l’on est catalogué marginal. Vous n’êtes pas comme les autres, vous êtes minoritaires, alors les autres feront comme si vous n’existez pas.

Annette ne parle que pour elle même mais son témoignage coloré, poignant, a force de vie, il nous donne courage, il soulève nos ardeurs.

Ah ce buisson d’émotion qui vous a empêché de vous exprimer, qui vous a cloué sur place, face au juge, face au proviseur, patron ou n’importe quel fonctionnaire, vous pouvez l’entendre frémir, rayonner à travers ce personnage incroyablement nature qu’interprète cette remarquable comédienne Annette BENEDETTI, bouleversante !

Paris, le 6 Février 2016                                Évelyne Trân