Les Banquettes Arrières – Chanteuses par accident a Cappella – Les 4 & 5 décembre 2015 et 8 & 9 janvier 2016 à 20h30 – à LA MANUFACTURE DES CHANSONS – PUIS EN TOURNEE

BA3 @ Pierre NoiraultAvec Marie RECHNER

Fatima AMMARI-B

Cécile LE GUERN

En tournée

Janvier: 8-9 Janvier Manufacture chanson Paris, 15 Nogent le Rotrou, 16 Ligné le Préambule, 22 Poix de Picardie, 23 St Pierre les Elboeuf, 28 Flixecourt, 29 Gauchy, 30 Grenay

Fevrier: 12 St Xandre, 13 Uzel, 26 Caudry, 27 Chambly, 28 Vitré

Mars: 5 Millau, 8 la Garde, 25 St Jean de Boiseau

Avril: 1er Merville, 2 Bray, 29 Schiltigheim , 30 St Maure de Touraine

Mai: 6 le Gacilly, 13 Witry les Reims, 20 Guipavas 27 Noyal sur Vilaine, Iffendic

BANQUETTES ARRIERES DP LES BANQUETES ARRIERES (2)

Il arrive parfois qu’un conducteur exaspéré par le chahut de ses mômes sur la banquette arrière de sa voiture, leur hurle de se taire souvent sans succès. Celles qui se prénomment Banquettes Arrières, peut être en souvenir de toutes les aventures qu’elles ont essuyées, ne manquent en tout cas pas de carburant.

De vraies saltimbanques que ces filles, des vraies bourlingueuses, qui n’arrêtent pas de sillonner les routes de France et de Navarre dans le seul but de communiquer leur joie de vivre théâtrale.

Nous avons eu l’occasion de les écouter à la radio chanter a cappella quelques unes de leurs compositions fraîches et désopilantes mais il faut reconnaître que leur talent ne tient pas seulement à leur grain de voix. Il faut les voir sur scène pour comprendre, oui en chair et en os, pour comprendre toute la force comique qui se dégage de ces Banquettes Arrières.

Déchaînées mais inséparables, toutes trois jouent de leurs contrastes physiques, les explorent et s’en amusent. C’est un jeu de miroir incessant et désespérant pour chacune d’elles. Dire que la ronde Marie RECHNER, n’a face à elle qu’une grande perche Cécile LE GUERN et une taille moyenne, Fatima AMMARI-B et inversement. Qu’est ce à dire ? Que  l’esprit de la trinité rôderait et pour notre bien à tous, serait prêt à supplanter notre esprit binaire !

Vous connaissez l’expression « à géométrie variable ». Il s’agit d’un cas de figure à mon sens qui peut fort bien convenir à ces Banquettes Arrières, reines de l’improvisation gestuelle sur scène.

Il revient à la ronde Marie RECHNER de pondre les textes et le terme pondre est juste car ses créations semblent aussi fraîches qu’un œuf pondu du jour, un œuf bio bien entendu avec un peu de paille, collée à la coquille.

La preuve qu’ils sont bons ces œufs c’est que ses partenaires s’en délectent d’autant plus qu’ils leur permettent d’assurer leur numéros, leurs solos en toute liberté et enfin se déclarer « chanteuses par accident ».

Ces Banquettes Arrières ont vraiment du talent ! Ceux qui auront la chance de les découvrir lors d’une de leurs tournées seront d’accord pour faire l’éloge de leur originalité, leur présence, dignes du petit théâtre de Bouvard qui a révélé grand nombre de vedettes.

Leur spectacle, c’est une bouffée d’oxygène, de bonne humeur, de rire, en toute simplicité. C’est rare !

Paris, le 31 Janvier 2016                          Évelyne Trân

UN REVE DE MILLET par la Compagnie FULL SHOW LANE STUDIO dans le cadre de l’évènement du Joyeux Nouvel An Chinois d’après le roman de SHEN JIJI – Adaptation et mise en scène HUANG YING au Théâtre SIMENON de ROSNY SOUS BOIS, le 30 Janvier à 20 H, à l’Auditorium de la Fondation Louis Vuitton les 1er et 2 Février 2016 à 20 H 30 et les 4 et 5 Février 2016 à 19 H 15 au Théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du Quai Branly.

Il parait infini cet espace entre rêve et réalité et nous n’y songeons pas souvent. Que se passe t-il pendant que nous dormons ? Nous n’en avons cure car nous avons lâche prise, fort heureusement. Y a t-il quelqu’un qui veille sur nous pendant notre sommeil ? Quelle mère, quel amant, quelle amante ne se sont pas attendris en observant l’être aimé dormir ?

En guise de cadeau pour fêter le joyeux nouvel an chinois, la Compagnie Full Show Lane Studio propose au public français, de découvrir un vieux conte chinois, intitulé un rêve de millet,   adapté d’un roman de SHEN JIJI du 8ème siècle. Dans ce conte, c’est en quelque sorte, un vieux maître taoïste à l’instar d’une bonne mère qui fait office d’esprit bienveillant. L’histoire est simple, un jeune lettré n’arrête pas de se plaindre de sa vie misérable, le maître lui tend alors un oreiller et le jeune homme se met à rêver sa vie sous une toute autre condition, celle qu’il croit avantageuse, qui va lui procurer richesse, honneur etc… Cette vie se révèle épuisante et même contraignante car en traçant sa route de la façon la plus visible, la plus extérieure, il a enseveli les traces de son enfance qui se rappelle à lui au seuil de la vieillesse. Ah la saveur du millet dans la bouche, si simple, voilà qu’il la réclame à l’Empereur qui lui refuse. Le héros est désespéré .

Il est temps qu’il se réveille. Pendant qu’il dormait, le millet cuisait dans la marmite, c’est son odeur bienfaisante qui s’est profilée dans son rêve, heureux, le jeune lettré est prêt désormais à accepter sa condition « misérable » !

Il s’agit d’un conte d’essence taoïste, certes populaire mais évidemment conçu par un caste dominante, lettrée. Pendant des siècles, les mandarins qui devaient assurer des postes de hauts fonctionnaires, devaient aussi être poètes. La littérature chinoise relate les émois de ces mandarins qui abusés par leur course aux honneurs, les guerres, les conflits politiques, finissaient par revenir à leur aspiration première, la poésie.

Pour les Chinois, la poésie c’est l’essence même de la nature. Il n’y a pas d’arrière pensée misérabiliste dans l’éloge des choses simples de la vie, une bonne cuillère de millet mais aussi le reflet de la lune sur une nappe d’eau, le chant d’un oiseau. Cela peut paraître banal et pourtant les poètes chinois n’ont jamais cessé d’exprimer leurs sentiments vis à vis de la nature. Pour eux, ce n’est pas l’homme qui domine la nature, l’homme n’en est qu’un élément, une manifestation.

Dans sa mise en scène, le metteur en scène HUANG YING impose une sorte de veille aux spectateurs qui peuvent réellement avoir l’impression d’assister au rêve du jeune lettré. Il y a très peu de paroles, parfois elles sont chantées comme dans un opéra. Ce sont les mouvements en réplique des ondes de rêve du dormeur qui expriment ses sentiments, sobrement mais parfois de façon spectaculaire. L’on voit les magnifiques costumes du mandarin danser, les manches de la robe d’une danseuse se déployer, virevolter sur elles mêmes, flamboyantes et gracieuses. Étonnant, alors que peu de temps auparavant les spectateurs ont pu assister au long et répétitif rituel du lavage du millet dans des seaux en plastique.

Une musicienne impassible, sur le côté de la scène, accompagne à la harpe, les différentes actions, sans effusion, juste pour souligner le temps qui passe, telle une horloge musicale, mais de quel temps s’agit-il ? Celui qu’il faut pour cuire à point le millet présent sur scène dans quelques chaudrons qui fument.

A l’écart de la scène, un homme en costume moderne, semble écrire sur un petit bureau, par moments il se déplace pour lancer quelques graines dans un aquarium de poissons rouges, toujours en silence.

Ambiance de paix, de recueillement qui précède le réveil du jeune dormeur. Le voilà qui se précipite vers le chaudron de millet, qu’il le goûte et se brûle la langue de bonheur !

Quel joli cadeau que ce rêve de millet offert au public français ! Chacun des spectateurs aura le privilège de goûter cet élixir à l’issue du spectacle. Élixir spirituel mais concret puisque beaucoup d’entre eux associeront désormais à ce frugal millet, une essence de la pensée chinoise, universelle !

Paris, le 31 Janvier 2016                      Évelyne Trân

Je ne suis pas une libellule – Spectacle musical avec Flannan Obé et Yves Meierhans (piano) au SENTIER DES HALLES – 50 rue d’Aboukir 75002 PARIS – Du 14 janvier au 16 février 2016. Les jeudis, vendredis et samedis à 19 Heures .

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Mise en scène : Jean-Marc Hoolbecq.

On croirait le titre d’un poème de Robert DESNOS ! C’est que le personnage que campe Flannan OBE sort probablement d’un poème. Non, ce jeune homme n’est pas né dans les choux, il a beau faire référence à quelques notes du passé, avoir des allures de Cadet Rousselle en plus élégant, il ne sort pas non plus d’une image d’Épinal.

Il possède seulement l’art de conjuguer le passé et le présent comme un jongleur susceptible d’empocher l’air du passé dans la coquille de notre mémoire qui rappelons nous à toujours affaire au passé, même au présent.

Que faire de ce paradoxe, sinon un spectacle, le jeune homme qui sait tout faire, danser, chanter avec sa superbe voix de baryton, assume à la fois son élégance innée et ses extravagances, il donne parfois l’impression de se limer les ongles en déclamant la chanson « Bourrée de complexes » de Boris Vian.

Quelle désinvolture vraiment insensée ! Flannan OBE peut tout se permettre, en faire des caisses comme il dit, il a la passion du jeu, de l’improvisation .Il danse comme une guêpe, enfin c’est son habit en queue de pie qui y fait penser.

Étourdissant, très charmeur, il rappelle aussi Jean6Louis Barrault dans son rôle de Pierrot un peu égaré dans ce monde, avec de la malice en plus.

Flannan OBE se prend sans doute pour une libellule mais allez chercher l’âge d’une libellule qui s’enivre d’espace et de liberté !

Accompagné du talentueux pianiste et compositeur Yves MEIERHANS, bien davantage qu’un ange qui passe, Flannan OBE s’approprie le chant des cigales en grand rêveur parmi toutes ces fleurs que lui offrent la danse, la poésie, le chant, toutes intemporelles. Délicat et farceur à la fois, son regard est très personnel. Il ne faut pas pas manquer ce poète saltimbanque sur scène, il est ébouriffant !

Paris, le 30 Janvier 2016                       Evelyne Trân

KUROZUKA par la Compagnie KINOSHITA KABUKI, les 28, 29 et 30 Janvier 2016 à 20 Heures, à la MAISON DE LA CULTURE DU JAPON à PARIS, 101 Bis Quai branly 75015 PARIS –

image001« KUROZUKA »

木ノ下歌舞伎『黒塚』

Supervision : Yuichi Kinoshita
Mise en scène, scénographie : Kunio Sugihara
Avec : Yuya Ogaki, Wataru Kitao, Kimio Taketani, Shinya Natsume, Kan Fukuhara

Pour les profanes, le kabuki est une référence quasi mystérieuse du théâtre japonais traditionnel qui peut se résumer à quelques clichés visuels où l’on voit des acteurs grimés, habillés de superbes costumes, déclamer et chanter comme si leurs voix sortaient de ténébreuses cavernes pour se muer en mélodies, tout en dansant avec des gestes très élaborés et lents, la danse et le chant étant indissociables.

Il s’agit d’un art très codifié qui demande des années d’apprentissage, dès l’enfance. Aujourd’hui au Japon nous disent l’artiste chercheur YUICHI KINOSCHITA et le metteur en scène KUNIO SUGIHARA, l’art du kabuki n’est plus du tout à la mode, il est même en passe d’être complètement ignoré. Conscients de cette réalité , ils proposent donc une relecture du kabuki de nature à toucher encore les « anciens » et émouvoir le jeune public.

C’est à travers la trame d’une pièce de kabuki créée en 1939 inspirée d’un nô narrant la légende de 3 moines voyageurs et d’un porteur découvrant dans un taudis, une vieille femme, se révélant être une ogresse, que les jeunes artistes, à peine âgés d’une trentaine d’années, ont eu l’idée d’exprimer leur état d’esprit, leur étonnement, leur fascination à l’égard du kabuki, si éloigné du théâtre contemporain.

Ces moines voyageurs représentent en quelque sorte les jeunes d’aujourd’hui, habillés à la diable, dansant et chantant sur des airs pop, si peu respectueux des interdits qu’ils vont s’affranchir de la promesse donnée à la vieille dame qui les héberge, de ne pas ouvrir la porte de sa chambre et découvrir l’horreur d’une marée de sang.

Ainsi les jeunes qui désireraient ouvrir la porte du passé en seraient pour leurs frais; derrière cette porte, il y a tout ce sang des guerres de l’histoire du Japon qui rumine encore.

C’est l’interprétation qui nous saute à l’esprit. Les jeunes moines sots ou ingénus ne voient tout d’abord chez la vieille femme que sa gentillesse, son sens de l’hospitalité, ils sont ravis par le spectacle qu’elle leur donne du maniement du rouet. L’adaptation de la légende déborde franchement les bornes manichéennes du mal et du bien. Il est vrai que dans les contes – le mythe de l’ogresse devant exister un peu partout dans le monde – notamment dans ceux de Perrault, il est possible d’imaginer que l’ogresse n’est que la forme monstrueuse qu’a développée un humain pour des raisons obscures mais qui tancent le subconscient. Dans cette pièce, c’est le parcours humain terrible d’une femme que nous raconte YUICHI KINOSCHITA qui est devenue folle et ogresse suite à un affreux traumatisme.

Avec beaucoup d’humour, le jeune adaptateur se moque du bouddhisme, de ses belles prières qui un moment touchent la pauvre ogresse qui rêverait d’oublier son lourd passé, mais qui déçue par l’inconsistance de ces jeunes, retrouve sa hargne et décide de les manger. Les jeunes reprennent leurs esprits, ils l’abattent, la laissent pour morte, tout est bien qui finit bien, croit-on. Mais le corps pesant de l’ogresse se relève, il rampe vers sa tanière, il est toujours là.

Le langage parlé, vif argent du groupe de jeunes, à l’allure de scouts, coexiste avec celui moyenâgeux du kabuki exprimé par l’ogresse, interprétée par un homme. Cette confrontation sur l’instant entre deux mondes, deux époques est vraiment saisissante. A vrai dire, les interprètes des moines et du porteur semblent également être imprégnés de kabuki, ils s’amusent parfois à reproduire ses danses, conscients de n’être capables que d’une approche mais c’est très drôle, très expressif !

Dans le fond, c’est une ogresse très humaine que met en scène YUICHI KINOSCHITA, laquelle fait résonner aussi bien sa folie, sa douleur que sa fureur. Le jeune porteur qui ouvre la porte interdite de cet ogre du passé, c’est YUICHI KINOSCHITA lui même, fasciné par l’art du kabuki qui découvre de façon très émotionnelle, les relations entre un art moyenâgeux et les extravagances, les déchaînements de la pop musique.

Qu’avons nous à voir avec ces démons, avec ces légendes du moyen âge, est-il possible que de loin ou de près, à travers le regard de l’ogresse, nous ne lui apparaissions que comme de pâles réincarnations, s’interrogent ces jeunes artistes.

Ce fossé entre le monde du passé et celui du présent constitue une véritable épreuve, c’est cette épreuve même que nous relate ce spectacle surprenant et original, dans un dialogue abrupt mais relevé, cocasse et même poétique.

Car la chère Lune qui illumine de tout temps la poésie japonaise s’illustre encore dans une danse insolite de l’ogresse avec son ombre, magnifique, dont l’inspirateur serait un certain Paul Claudel.

La scénographie est astucieuse. Juste une estrade en bois montée de quelques marches, qui permet quelques acrobaties délirantes et à la vieille ogresse pleine d’énergie, souvent le dos baissé, de se cacher puis de courir comme un furet.

Les comédiens sont épatants notamment l’interprète de l’ogresse Kimio KATEKANI, qui a reçu un prix du meilleur acteur pour ce rôle.

Vraiment ces jeunes Japonais ont du talent et de l’audace ! La Maison de culture du Japon, comme toujours, souhaite communiquer au public français, l’enthousiasme artistique de la jeunesse japonaise, c’est un véritable privilège, un de ces voyages spirituels qui éclairent les paysages de l’âme humaine, leurs visages, au-dessus des nuages, au-delà des frontières.

Paris, le 30 Janvier 2016                       Evelyne Trân

Un Captif amoureux de Jean GENET – Mise en scène Guillaume Clayssen – LES 30 JANVIER, 6 ET 13 FÉVRIER 2016 à 20 H 30 à l’ETOILE DU NORD – 16 rue Georgette Agutte 75018 PARIS

CAPTIFDe Jean Genet

Mise en scène Guillaume Clayssen

Avec Olav Benestvedt et Benoît Plouzen-Morvan

Assistant à la mise en scène Julien Crépin – Création vidéo Boris Carré – Photos Raed Bawayah – Création lumière Eric Heinrich – Costumes Séverine Thiébault – Scénographie Stéphanie Rapin – Construction du décor Bernard Gerest – Création en résidence à Lilas en scène.

Création sonore : Samuel Mazzotti

 Jean GENET aspirait à la liberté d’être au monde. Son intelligence, son indéfectible empathie envers les apatrides, les exilés de la société n’ont pas été écornées par sa célébrité d’homme de lettres. Il se définissait avant tout comme poète. Sa poésie est scrutatrice de chaque point de l’aube, elle est vécue, elle a composé avec la douleur, la violence, la révolte à travers les barreaux d’une prison mais pas seulement. Son expérience intime est celle d’une conscience attachée à l’homme qu’il voit aussi bien enfoncé dans la boue que rayonnant.

 Mince préliminaire pour saisir le titre de son livre posthume « Le captif amoureux » qui forme le récit autobiographique de son engagement politique auprès du peuple de Palestine.

 Guillaume CLAYSSEN a réalisé un montage de textes à partir de ce livre de 600 pages, qui permet de façon substantielle d’accéder à ce long parcours intérieur du poète qui lutte avec lui-même, son inertie, sa dépression, pour rejoindre des frères au combat pour la liberté.

 Faire entendre les voix d’hommes et femmes qu’il a côtoyés dans les pires conditions, celle de la guerre et ses atrocités notamment le massacre du camp de CHATILA à BEYROUTH, ne sert pas seulement la cause Palestinienne, cela sert  toutes les voix qui s’indignent contre les barbaries de toutes guerres, injustifiables.

 La voix du poète ne met pas du parfum autour de la fosse d’aisance, mais elle permet tout de même de relever les visages de ces hommes ensevelis sous leurs drapeaux, mais toujours conscients.

 La langue de Jean GENET dans le « CAPTIF AMOUREUX » est déterminée, elle est forte et mesurée, sans ambages. Pour donner un espace à ses textes où l’on imagine Jean GENET mener aussi bien  la charrue que  les bœufs, à travers un champ désespéré, le metteur en scène s’est adressé à deux comédiens surprenants par leur présence physique, leur intensité.

 L’un, Olav BENESTVEDT contreténor, s’exprime plus volontiers par le chant lyrique qui rejaillit douloureux, telle une lave d’émotion charnelle, bouleversante, l’autre Benoit PLOUZEN-MORVAN avec sa voix de baryton,  devient le messager de corps du poète.

 En fond de scène, quelques pensées de Jean GENET  sont parfois projetées et c’est impressionnant d’éprouver comme elles flottent, comme elles sont présentes.

 Des branchages bornent la scène, symbolisant peut être à la fois le feu et la forêt. Ils s’associent aux photographies de toute beauté  projetées sans artifice.

 Cette adaptation très sensible du « Captif amoureux »  rend véritablement  hommage au travail  de Jean GENET qui mit des années à écrire ce « Captif amoureux » oh combien captivant. Il témoigne si bien aussi de nos difficultés à répondre présent dans un monde borné par tant de conjectures. Il est lumineux dans l’obscurité.

 Un spectacle essentiel  !!!

 Paris, le 7 Décembre 2014 ,

  Mis à jour, le 27 Janvier 2016                Evelyne Trân

CHILDREN OF NOWHERE DE FABRICE MURGIA AU THEATRE DU JEU DE PAUME à AIX EN PROVENCE du 21 au 23 Janvier 2016 – AU THEATRE NATIONAL DE BRUXELLES du 29 Janvier au 6 Février 2016 et au THEATRE JEAN VILAR à VITRY SUR SEINE les 12 et 13 Février 2016 –

 

 

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Avec Viviane De MUYNCK

Enrico Bagnoli (Création lumières) , Marie-Hélène Balau (Création costumes) , Kurt Bethuyne (Régie lumière) , Emily Brassier(Assistant(e) à la mise en scène) , Giacinto Caponio (Création vidéo) , Marc Combas(Régie son) , Matthieu Kaempfer (Régie générale) , Dominique Pauwels (Création son) , Dimitri Petrovic (Régie vidéo) , Jean-François Ravagnan (Création vidéo) , Rocio Troc (Assistant(e) à la mise en scène)Collectif Aton’& Armide (Musiciens), Jean-François Ravagnan (Réalisation des images), Maarten Craeynest ( Arrangements électroniques), Vincent Hinnebicq & Virginie Demilier (Recherches), Atelier de costumes du Théâtre National-Bruxelles (Réalisation costumes)
Avec la complicité de Daniel Cordova

 

Il y a encore des terres inexplorées, est-il possible de le croire avec l’afflux des informations, des connaissances qui transitent par les médias et notamment internet. The children of nowhere fait partie du projet Ghost roads, qui s’est imposé à Fabrice MURGIA au cours de ses voyages à travers une dizaine de villages fantômes en Amérique (Texas, Arizona, Nouveau Mexique et Californie) dit-il, en quête de silence. C’est dans le désert d’Acatama au Chili, que, lui est apparue CHACABUCO, une ville abandonnée, ancienne cité minière, devenue sous la dictature de PINOCHET, un camp de concentration pour des milliers de prisonniers politiques Chiliens médecins, avocats, artistes mais aussi ouvriers.

D’une certaine façon, nous pourrions nous croire dans un conte de Jorge Luis BORGES mais Fabrice MURGIA ne se laisse pas assaillir par la dimension fantastique ou mystique du paysage fantôme, il entend faire souche vers l’humain avec ses semelles d’homme de théâtre voyageur, qui souhaite recueillir des témoignages de la bouche même de ceux qui ont vécu à CHACABUCO.

Il s’agit de rescapés, de survivants qui avaient une vingtaine d’années à l’époque, dont il filme les visages expressifs, libérés, semble t-il, de toute espèce de rancœur, qui s’expriment avec simplicité et douceur, sans doute émus par la jeunesse de leur interlocuteur.

Il n’est pas évident de faire courir les voix du passé, enfouies, cet ailleurs comprimé, vers ce vide, ce trou de la mémoire qu’il représente pour leurs descendants.

Pour certains, la vie ne serait qu’un lieu de passage mais quel passage ? Pour aller où, quelle piste emprunter ? . Qu’avons nous à voir avec ces malheureux anciens prisonniers Chiliens ? La mémoire c’est un sens premier, celle de la souffrance, n’a pas de race, pas de classe, elle est hélas universelle.

C’est à brûle-pourpoint que Fabrice MURGIA songe tout haut dans son carnet de voyage à travers la voix particulière de Viviane De MUYNCK, intense comédienne, qui filtre les mots qui se soulèvent tels des pensées de sable dans le désert, des mots qui marchent qui transpirent, qui ont des yeux pour regarder, qu’il faut entendre respirer.

Fabrice MURGIA développe des images oniriques à travers des rideaux de captations vidéos, des effets d’apparitions, disparitions qui enveloppent concrètement les musiciens et la comédienne.

A vrai dire, les liaisons, les raccords ne sont pas toujours fusionnels. L’on peut s’émouvoir de voir minuscule, physiquement, la comédienne en fond de scène alors même que certains visages grossis prennent toute la place de l’écran. Contraste sans doute délibéré mais déconcertant.

Cela dit, il ya des séquences visuelles de toute beauté, notamment celles où l’on ne perçoit que les silhouettes des musiciens, le quatuor de violoncelles ATON & ARMIDE COLLECTIVE, aussi envoûtant que la superbe voix de la chanteuse Lore BINON. La composition musicale de Dominique PAUWELS donne toute sa profondeur au spectacle qui entend rendre hommage à ces porteurs d’histoires charnières, à leurs descendants, aux « Children of Newhere », qu’il a réussi à rencontrer, qui témoignent pour le Chili d’aujourd’hui – la nouvelle génération en plein questionnement sur le plan, économique et identitaire – alors même que leur lieu de mémoire est devenu un village fantôme. Ils crèvent l’écran, l’écran de notre mémoire quelle qu’elle soit !

Paris, le 25 Janvier 2016                           Évelyne Trân

DÉJEUNER CHEZ WITTGENSTEIN De Thomas Bernhard au Théâtre de l’ATALANTE 10 place Charles Dullin 75018 Paris – Du 9 janvier au 1er février 2016 -Les lundis, mercredis et vendredis à 20h30 – Les jeudis et samedis à 19h00 – Les dimanches à 17h00 – Représentation supplémentaire dimanche 31 janvier à 20h30 –

affiche_dejeuner_wittgenstein-800Mise en scène : Agathe ALEXIS

avec Agathe ALEXIS Yveline HAMON Hervé VAN DER MEULEN

Scénographie et costumes : Robin CHEMIN Réalisations sonores : Jaime AZULAY Lumière : Stéphane DESCHAMPS Chorégraphies: Jean-Marc HOOLBECQ Collaboration artistique : Alain Alexis BARSACQ

La famille dans tous ses états ! Si vous souhaitez repêcher le sens intime du terme fraternité ou de sororité (peu usité) vous pouvez vous inviter au déjeuner spectacle chez Wittgenstein, concocté par Thomas BERNHARD, grand observateur de ce terrible panier à vapeur que constitue le noyau dur familial, la coque de noix rugueuse, léchée à vide, si chère à Freud, foyer de toutes les névroses.

Dieu le père est mort mais sa présence redoutable hante les esprits des enfants, deux sœurs et un frère, d’âge mûr, qui à l’occasion d’un déjeuner vont régler leurs comptes avec l’institution paternelle, sans nul doute quelque peu responsable de leurs destins, leurs rêves inassouvis, leurs faillites, leurs désenchantements.

Trop fort ce père qui lègue sa fortune à sa progéniture mais les lâche dans la vie, fourbus de complexes, avec cette sensation d’avoir été écrasés par sa personnalité, mal aimés. Conséquence, le fils est un écrivain philosophe raté qui ne trouve d’auditeurs que parmi les patients d’une clinique psychiatrique. Quant aux sœurs deux comédiennes de second ordre, de tempérament opposé, la cadette farouchement individualiste, l’aînée apparemment plus conformiste, elles se voilent la face sans trop y croire, il ne reste plus rien de l’époque glorieuse du père, elles ne font que vivoter.

Fort heureusement l’arrivée du frère Voss que la sœur aînée Dene a réussi à faire sortir de sa clinique, va bousculer leur train train quotidien, de façon spectaculaire.

Nous ne raconterons pas comment car la surprise vaut d’être vécue en même temps que les protagonistes sur scène. C’est tout à fait jubilatoire, voire euphorique.

La mise en scène d’Agathe ALEXIS est réglée au cordeau. Ah ces assiettes et ces verres que ne cesse de frotter Gene, telle une Lady Macbech, tandis qu’elle papote avec sa sœur à propos de ce frère « impossible » qu’elle entend enfin dorloter comme un fils prodigue. Et la pauvre Ritter qui compense ses allergies familiales en dansant et en buvant !

« Et vous voudriez que je rentre dans votre manège immobile, lugubre et étriqué » semble crier le frère aux deux sœurs interloquées . Faire semblant, faire semblant, est-il possible que les sœurs pourtant comédiennes soient démangées par un affreux pressentiment, non cela ne suffira pas à faire taire leur folie et surtout pas celle du frère ! Sur des airs emportés de Beethoven, la guinguette familiale ne prend pas l’eau, elle explose.

Tous les comédiens, Agathe ALEXIS, Yveline HAMON et Hervé Van Der MEULEN, vraiment extraordinaires, donnent toute la longueur d’onde humaine, déchirante et burlesque qui se dégage de cette pièce dressée par Thomas BERNHARDT, telle une nappe aux premiers abords lisse et convenable mais dont les détails traversés à la loupe se révèlent insolents, monstrueux et même fantastiques.

Ne ratez pas ce déjeuner chez Wittgenstein, particulièrement énergétique, véritable capsule euphorisante pour tous ceux qui rechignent parfois à s’asseoir à table en famille. Cela peut vous inspirer si jamais vous osez vous donner vous même en spectacle !

Paris, le 23 Janvier 2016                      Evelyne Trân

ANDORRA – AUTOPSIE D’UNE HAINE ORDINAIRE – Comédie-tragique de Max FRISCH – Mise en scène de FABIAN CHAPPUIS par la Compagnie ORTEN – au THEATRE 13 – 13 rue du Chevaleret 75013 PARIS – du 5 Janvier au 14 Février 2016 – du mardi au samedi à 20 Heures, le dimanche à 16 heures.

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Photo de répétition par Bastien CAPELA

Bande annonce   Réalisation Quentin Defalt
Musique Cyril Romoli

Andorra / Max Frisch / Fabian Chappuis – Bande annonce from Théâtre 13 on Vimeo.

Avec
Alban Aumard Le Docteur,
Anne Coutureau La Senora,
Romain Dutheil Andri,
Stéphanie Labbé L’Aubergiste,
Hugo Malpeyre Le Soldat,
Laurent d’Olce Le Maître d’école,
Loïc Risser Le Prêtre,
Marie-Céline Tuvache La Mère,
Elisabeth Ventura Barbeline,
Eric Wolfer Le Menuisier,
et les témoignages de Jean Patrick Gauthier, Philippe Ivancic, Gaëtan Peau, Benjamin Penamaria, Philippe Perrussel, Paula Brunet Sancho, Vincent Viotti.
Traduction Armand Jacob. L’Arche est agent théâtral du texte représenté.
Adaptation et scénographie Fabian Chappuis,
Assistant à la mise en scène Emmanuel Mazé,  Musique Cyril Romoli,
Chorégraphie Yann Cardin,
Lumière Florent Barnaud,
Vidéo Bastien Capela & Quentin Defalt, Régie vidéo Ludovic Champagne,
Costumes Maud Berthier et Domitille Roche-Michoudet,
Masques Sébastien Puech,
Construction décor William Defresne & Thierry Ortie (Comme sur un plateau),
Administration François Nouel,
Diffusion Isabelle Decroix,
Presse Jean-Philippe Rigaud.
Adaptation éditée aux Editions Les Cygnes – collection Les Inédits du Théâtre 13.

Est-il vraiment possible de faire l’autopsie de la haine ? A mon sens, la haine a une origine affective, c’est un sentiment aussi irrationnel que l’amour. La haine à visage découvert, à visage ordinaire, peut se propager d’autant plus facilement qu’il s’agit d’un réflexe de défense, de sauvegarde, une issue de secours à l’expression de conflits émotionnels inconscients. La haine trouvera toujours son bouc émissaire.

Qui n’a pas entendu une personne en état d’ébriété dégurgiter sa haine contre des Arabes, des Turcs, des Grecs, des Chinois, des Juifs qui ne lui ont rien fait, tandis que sur le même comptoir, ses voisins se contentent de hocher la tête . Mais à qui donc attribuer ses malheurs, ses misères sinon à cette saleté de …

Andorra est un petit pays imaginaire, paisible qui ne fait pas d’histoires mais qui est menacé par des nations frontalières plus puissantes. Les Andorriens sont très fiers de la paix qui règne dans leur pays.Ils ont même applaudi l’instituteur qui jadis a sauvé des mains d’un méchant peuple voisin, un enfant israélite.

Andri a été adopté par l’instituteur et son épouse. C’est un enfant du pays, il n’empêche, les propos des villageois ne cessent de lui rappeler qu’il est juif, qu’il n’est pas comme les autres et insidieusement qu’il ne doit pas renier sa race qui veut qu’il soit commerçant et certainement pas menuisier.

Il souffre profondément de ce sentiment d’exclusion . Seul l’amour qu’il partage avec sa sœur lui procure le bonheur. N’ayant pas de liens de sang avec sa sœur, il souhaite l’épouser, mais coup de tonnerre, voilà que son père s’oppose au mariage.

Figure très complexe que celle de ce maître d’école,déchirée, tourmentée par un terrible secret. Andri est réellement son fils qu’il a eu avec une étrangère, il n’est pas juif.

L’état d’esprit du jeune homme sera bouleversé par cette révélation. Il décidera d’endosser cette identité de juif qui fait de lui un étranger au regard des villageois, par dégoût, par tristesse et un profond sentiment de solidarité avec toutes les victimes du racisme. Est-il seulement possible de sauver sa peau en disant qu’on n’est pas juif ? Nous ne sommes plus dans la logique de la survie qui contraint de cacher ses origines. C’est toute son identité qu’il s’est construit durant sa jeune vie, une identité basée sur le mensonge, qui se trouve bafouée du jour au lendemain. Parce qu’il y a cette horreur à penser que l’on puisse mourir pour le seul crime d’être né juif.

Cela n’a pas de sens et à vrai dire les villageois n’étaient guère dérangés par Andri . N’importe, il porte si bien le «mal» qu’il devient le bouc émissaire idéal.

La mise en scène de Fabian CHAPPUIS, très sensible, est dépouillée comme le préconisait Max FRISCH. Seuls trois pans de murs suggèrent un village, des murs lessivés, propres que s’attache à repeindre en blanc Barbeline, l’amour d’Andri, et qu’elle s’acharne encore à repeindre à l’issue du drame.

Des murs comme des visages anodins quelque peu blafards, qui ne reflètent ni le bien ni le mal mais qui tremblent comme des drapeaux flétris par la bonne conscience des Andorriens incarnés par le menuisier, l’aubergiste, du Docteur, le soldat, le prêtre qui ont réussi à s’en sortir en vendant leur Juif. Les têtes de témoins sont d’ailleurs projetées sur ces murs, témoignant tranquillement de leur absence de responsabilité.

Tragique et bouleversante, la pièce a néanmoins des versants comiques avec les scènes notamment entre le Docteur, un fieffé raciste et Andri. Les comédiens de la Compagnie ORTEN la jouent de façon très vivante.

Dire que nous pouvons nous reconnaître dans tous les propos de ces gens là ! Comment, pourquoi ? Avons nous conscience combien des paroles racistes peuvent faire saigner des esprits aussi vulnérables et purs que celui d’Andri ? Cette pièce de Max FRISCH qui a nécessité une longue genèse – le scénario date de 1946 mais la rédaction de la pièce ne fut achevée qu’en 1961 – nous interpelle intimement. Nous le savons, ces Andorriens qui font si bonne figure, nous pouvons en faire partie, ne serait-ce que par notre silence !

Paris, le 18 Janvier 2016                          Évelyne Trân

LES FOURBERIES DE SCAPIN – UN THRILLER DE MOLIERE – MISE EN SCENE DE IMAD ASSAF au THEATRE DOUZE – 6 Avenue Maurice Ravel 75012 PARIS – du 12 au 31 Janvier 2016 DU MARDI AU SAMEDI à 20 H 30 et le DIMANCHE à 15 H 30.

 

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Acteur: Brice Borg, Azad Boutella, Florence Fauquet, Elise Fourneau, Angeli Hucher de Barros, Olivier Kuhn, Vivien Niderkorn, Emmanuel Rehbinder et Paul-Henri Véchambre
Auteur: Molière
Création lumière et montage sonore: Vivien Niderkorn
Mise en scène: Imad Assaf
Crédit photo: Albane Devouge
Extrait vidéo: http://vimeo.com/111868612
Son: Jizzy Jones
Costumes: Justine Bossard
Dramaturgie: Paul-Henri Véchambre
Chorégraphies: Leonid Glushchenko
Compagnie: Compagnie les Bien Roulés et Collectif La Tribu des Pendards

Les Fourberies de Scapin, un thriller, vous n’y pensez pas ! Ce classique de Molière a tant de fois été représenté, et pour la première fois en 1671, soit il y a déjà trois siècles et demi, que nous l’avions enterré sous roche dans la mémoire. En terme d’accroche, il y a bien sûr cette fameuse tirade «  Mais qu’allait il faire dans cette galère !» digne de l’apostrophe d’Arletty « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ! » dans l’Hôtel du Nord.

Eh bien justement ce classique revisité par la Tribu des Pendards a tout simplement de la gueule et le jeune metteur en scène Imad ASSAD, un flair de premier ordre.

Molière dénonce dans cette pièce la tyrannie des pères à l’égard de leur progéniture, les mariages arrangés, la maltraitance des valets, la corruption de la justice, l’injustice sociale. Des thèmes qu’il a repris dans de nombreuses comédies mais pour faire passer le message, échapper à la censure, il saupoudrait d’un soufre comique la virulence de ses propos. Du coup, ce qu’il y a de tragique, de douloureux dans le personnage de Scapin peut fort bien passer à la trappe.

Que la dramaturgie propre au triller puisse remonter à la surface de celle de la comédia dell’arte, c’est la gageure étonnamment maîtrisée par la Tribu des Pendards .

C’est au théâtre que nous spectateurs nous pouvons prendre conscience combien ce qu’il y a de plus organique chez l’homme, le cri, précède la parole. Il y a tout ce filtrage de la civilisation qui nous incline à dénier cet aspect trivial, cette réalité animale.

Ce qu’il y a de sauvage chez l’homme, d’instinctif, ne cesse pourtant pas de sourdre à l’occasion de situations les plus élémentaires. Un homme peut en tuer un autre simplement parce que celui s’est permis de le voler. La ville a remplacé la forêt mais qui peut vraiment distinguer les cris des loups de ceux des agneaux. Il n’y a plus d’agneaux, l’homme est un loup pour l’homme.

C’est bien ce qu’exprime la mise en scène qui situe les actions dans un entrepôt de palettes, d’outils divers, de tonneauxet de bidons. Géronte et Argante ne sont plus des vieillards mais des bourgeois commerçants, physiquement fort costauds, bien accrochés à leur fortune. Leur progéniture, Léandre et Octave sont des fils à papa qui n’ont de sympathique que leurs amours interdits à l’égard de jeunes filles sans situation. Et puis il y a Scapin, le plus freluquet de tous, un coquin de valet qui a fait de la prison mais à qui tous font de l’œil parce qu’il est débrouillard. Il n’a pour tout bien que son intelligence, son goût pour l’entreprise voire l’aventure.

Scapin est un apprivoiseur de loups, de gros chiens loups incarnés Géronte et Argante qui aboient davantage qu’ils ne parlent et toujours prêts à mordre. Et tout cela passe par la langue de Molière. Scapin rentre pratiquement dans une cage à lions. Ces personnages ont beau être comiques et grotesques, ils suscitent la peur. La violence de tous les protagonistes est visualisée à l’état brut, non de façon naturaliste mais elle frappe d’autant plus les esprits, notamment les jeunes spectateur étonnés, captivés.

Tension et suspense mènent la danse de tous ces énergumènes fort bien interprétés par l’équipe de la Tribu des Pendards. Emmanuel REHBINDER, Géronte et Angeli HUCHER DE BARROS, Argante, sont très impressionnants. Quand à Brice BORG, excellent, il compose un Scapin va-nu-pieds, fier et blessé, qui fait penser aux voyous étincelants de Jean Richepin ou de Villon.

Une très belle découverte que cette représentation des Fourberies de Scapin, forte en gueule, efficace, décapante !

Paris, le 18 Janvier 2016                                  Evelyne Trân

PSYCAUSE(S)2 au STUDIO HEBERTOT – 78 Bis Bd des Batignolles 75017 PARIS – A partir du 12 JANVIER 2016 du mardi au samedi à 21 Heures, le Dimanche à 15 Heures.

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Texte et interprétation

Josiane Pinson    mise en scène de Gil Gaillot

Coïncidence de la programmation du Studio HEBERTOT, après la valse du hasard de LA FEMME, jouet d’un ange, voici que nous la retrouvons cette femme réincarnée, maîtresse de son destin, psychologue quinquagénaire, bon chic, bon genre, qui vraiment a beaucoup à confesser sur la nature féminine.

Avec un humour pas piqué des hannetons, cette femme passe en revue les incontournables situations auxquelles est confrontée une quinquagénaire, le vieillissement, la future retraite, la perte des parents, l’émancipation des gosses, l’arrivée des petits enfants etc.

Dieu merci, cette femme étoffe la banalité morose du quotidien grâce à son cabinet de psychologue, qui lui permet de se frotter aux billevesées de l’inconscient féminin, servies sur le plateau par ses clientes . Exploration hors norme, un peu comme si vous visitiez la femme du côté de son système digestif sexuel.

Les clientes que joue Josiane PINSON, se mettent à table, de façon très crue : la bourgeoise précieuse qui tombe amoureuse d’un « viril » inculte, une certaine Madame GRAS qui se masturbe devant elle, la libérée qui chante la poly-fidélité, des vertes et des pas mûres.

Voilà de bons coups de pied dans le bas ventre des ruminations pourtant peu audibles de la gente féminine. C’est un peu Georges Bataille, traîne de force par la Mère Ubu. Que peut bien faire dans cette galère, le galimatias psychanalytique des émules de Jacques Lacan ?

Josiane PINSON, a pris le parti d’en sourire, en mettant en scène la femme qui essaie bon an mal an, d’assumer la condition d’une quinquagénaire, plusieurs femmes en une, la mère, la professionnelle, l’épouse, la fille … C’est ce qu’une femme ne devrait jamais oublier, cette chance de pouvoir être plusieurs, tout en restant maîtresse de ses désirs. Un spectacle mordant qui met en appétit, en appétit de la vie tout simplement.

Oubliez vos travers, vos maladies, vos rides, votre cou qui s’affaisse, vous n’avez plus la chair fraîche, Mesdames les quinqua, mais vous avez plus d’une clé dans votre sac, et celle de l’humour vous sied à ravir !

Paris, le 17 Janvier 2016                            Evelyne Trân