Angelo, Tyran de Padoue – Adaptation de Jean-Marie Piemme – Mise en scène et dramaturgie de Cécile ARTHUS au THEATRE NEST DE THIONVILLE du 7 au 11 Octobre 2015

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texte  Victor Hugo
mise en scène et dramaturgie Cécile Arthus
adaptation, écriture, dramaturgie Jean-Marie Piemme
lumières et scénographie Sébastien Michaud
conception visuelle, scénographie et costumes Ingrid Pettigrew
régie générale, scénographie et construction Christophe Boisson
musiques et son Clément Bouvier
avec

Vincent Chatraix et Yann Berthelot, Eugénie Anselin, Heidi Brouzeng, Lazare Herson Macarel, Fabien Marais, Estelle Meyer. 

Tournées :  14, 15 et 16 janvier 2016 TIL, Théâtre ici et là, Mancieulles – 20, 21 et 22 janvier 2016, Centre Culturel Andrée Malraux,Vandoeuvre-lès-Nancy – 23 et 24 mars 2016, Comédie de l’Est, Colmar – 29 mars 2016 (2 représentations) Scènes Vosges, Epinal – En novembre et décembre 2016 (en cours) Taps, Strasbourg (4 dates) .

Copyright crédit photo@Arthur Péquin 

Victor Hugo est-il de notre époque ? Allons, allons la question ne se pose pas, Victor Hugo est un chêne à l’image de celui qu’il invoque dans son poème dédié aux proscrits, « en plantant le chêne des états unis d’Europe dans le jardin de Hauteville House » le 14 Juillet 1970.

O nature, il s’agit de faire un arbre énorme,
Mouvant comme aujourd’hui, puissant comme demain,
Figurant par sa feuille et sa taille et sa forme
La croissance du genre humain !

« Semons ce qui demeure, ô passants que nous sommes ! » Un chêne ! Telle est l’impression fantastique projetée par l’ombre gigantesque de HUGO, généreux, emphatique par nature, qui écrivit tout jeune homme à 33 ans la pièce que met en scène Cécile ARTHUS, ANGELO TYRAN DE PADOUE.

Cécile ARTHUS semble s’être vraiment amusée à la lecture de ce mélodrame en prose adapté pour la mise en scène par Jean-Marie PIEMME. Elle s’est concentrée sur les cinq personnages principaux : Angelo, tyran de Padoue, Catarina, sa femme,Tisbe, sa maîtresse, amoureuse de Rodolfo, Rodolfo, l’amant de Catarina et Homodei l’espion, et a allégé l’ensemble la pièce.

Visuellement, la scène est transformée en fête foraine avec stand trash, lumineux, ballons, lettres baudruches en pagaille et les personnages pour la plupart sont habillés en clowns, n’importe comment.

Tisbe est une jeune femme des cités d’aujourd’hui qui ne s’en laisse pas conter. Angelo quant à lui est vêtu d’une belle robe anachronique, Homodei est attifé à la diable, la jolie Catarina porte des collants couleur criarde.

OC_Angelo_092015_photo_Arthur_Pequin_H8A5601Tout ce cirque visuel s’efface dès lors que doit souffler le verbe hugolien fort bien assimilé par les comédiens qui se donnent à cœur joie d’exprimer les sentiments, les passions et les révoltes dans un chassé-croisé d’amours contrariées, commentés par une narratrice, au milieu de pancartes dont l’une parle même de l’émancipation masculine.

Il doit s’agir d’une hallucination, car de fait Cécile ARTHUS voit dans cette pièce un véritable manifeste pour l’émancipation des femmes, victimes du machisme omnipotent incarné par Angelo.

Dans sa préface, en effet Hugo présente ainsi sa pièce :

« Mettre en présence, dans une action toute résultante du cœur, deux graves et douloureuses figures, la femme dans la société, la femme hors de la société ; c’est-à-dire en deux types vivants, toutes les femmes, toute la femme. Montrer ces deux femmes, qui résument tout en elles, généreuses souvent, malheureuses toujours. Défendre l’une contre le despotisme, l’autre contre le mépris. »

OC_Angelo_092015_photo_Arthur_Pequin_H8A6033Les comédiennes montent au créneau pour défendre leurs personnages. Elles sont sincères et parfaitement convaincantes.

Cependant, au final, le rire l’aura emporté sur les larmes . Scène typique du mélodrame : un homme est en train de mourir, il pisse le sang, il n’a pas eu le temps d’accomplir sa vengeance… Quelle honte, nous rions aux larmes !

Le dépoussiérage du mélodrame de Hugo par l’Oblique Compagnie, nous fait éternuer de rire et de plaisir. Plaisir d’écouter la langue de Hugo qui résiste, éloquente, visionnaire, généreuse et offensive, toujours moderne  !!!

Paris, le 16 Octobre 2015               Evelyne Trân

PEGUY/LONSDALE ENTRE CIEL ET TERRE AU THEATRE POCHE MONTPARNASSE – 75 BD DE MONTPARNASSE 75006 PARIS DU 2 NOVEMBRE 2015 AU 25 JANVIER 2016 LE LUNDI A 19 HEURES – TELEPHONE 01 45 44 50 21 –

Mise en scène Pierre FESQUET

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  • Avec Michael LONSDALE – Pierre FESQUET et Thierry BRETONNET à l’accordéon
  • Lumières François LOISEAU

A propos de ce spectacle, Michael Lonsdale confie dans son livre éponyme «  J’ai eu la sensation très nette que les mots de Péguy faisaient leur travail en nous. Les mots coulaient comme une source, comme une musique ».

Grâce à ce récital donné à travers toute la France, le comédien est heureux d’approfondir sa connaissance du poète, écrivain et essayiste Charles PEGUY qui l’inspire spirituellement.

  L’artiste, Michael  LONSDALE a une diction incomparable. Il permet de cheminer visuellement le parcours d’un passant léger et curieux tout le long d’un poème.  Pas de grosses semelles dans sa voix, juste quelque sifflement d’air qui frôle le pavé ou un chemin de pierres en montagne.

 A travers les poèmes, plusieurs figures du poète Charles PEGUY rejaillissent. Pour Michael LONSDALE, Péguy c’est surtout le poète de l’espérance qui s’ouvre au poète de combat, à l’artisan, au pèlerin.

Pierre FESQUET qui a effectué le montage poétique du spectacle fait office d’accompagnateur ainsi que Thierry BRETONNET à l’accordéon.

La façon dont Michael LONSDALE et Pierre FESQUET se répondent en poèmes, l’un d’une voix très douce, l’autre d’une voix ferme et forte évoque deux randonneurs situés chacun sur le flan d’une montagne, à peine séparés par  un cours d’eau ou une cascade ou  le bruit de l’accordéon. Cela renvoie  à la personnalité complexe de Charles PEGUY qui fut militant socialiste libertaire, fervent dreyfusard puis poète d’inspiration mystique.

 Rappelons que Charles PEGUY est un écrivain né au 19ème siècle, mort au front  pendant la guerre de 14-18. Pourtant sa poésie ne parait pas datée. Limpide, elle témoigne d’autant plus des révoltes du poète :

« Nous nous sommes des êtres réels… Mais nous sommes des êtres réels, assaillis de soucis,  battus des vents, battus d’épreuves, rongés de soucis, acheminés à coups de lanières dans cette garce de société moderne ».

 Entre colère et espérance, entre douceur et passion, Michael Lonsdale, en grand passeur alchimiste, fait entendre la voix de Charles PEGUY, le plus simplement du monde. C’est vraiment un bonheur de l’écouter.

 Paris, le 19 Février 2015, mis à jour le 15 Octobre 2015    Evelyne Trân

 

JOURNEE INTERNATIONALE DES ARTS DE LA RUE ET DE LA LIBRE EXPRESSION DANS L’ESPACE PUBLIC – DEAMBULATION MANIFESTIVE LE SAMEDI 24 OCTOBRE 2015 A PARTIR DE 14 HEURES PLACE DE LA REPUBLIQUE A PARIS

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Moïse, Dalida et moi de ISABELLE DE BOTTON, le LUNDI 19 OCTOBRE 2015 à 20 H 30 à l’ESPACE RACHI – CENTRE CULTUREL – 39 Rue Broca 75005 PARIS –

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Photo D.R.

Isabelle de Botton : Moïse, Dalida et moi

Mise en scène : Michèle Bernier, assistée de Sophie Deschamps 

Avec

Isabelle de Botton

 «J’ai deux amours, Paris et New York » disait  Joséphine BAKER, de la même façon Isabelle de BOTTON porte dans son cœur Alexandrie sa ville natale et Paris sa ville d’adoption.

 La copine écervelée de Mimi MATHY et de Michèle BERNIER tire sa pèche drolatique  d’une potion magique, celle où elle a baigné enfant en Egypte dans cette  belle ville Alexandrie.

 Impossible d’oublier la terre de son enfance surtout lorsqu’on l’a quittée fort jeune dans des circonstances dramatiques. Isabelle n’avait que 4 ans lorsque son père fût arrêté sur les ordres de NASSER, lors de la nationalisation du Canal de Suez en 1956, parce qu’il était juif.

 Enfant, il n’est pas facile de communiquer ses angoisses, ses interrogations surtout lorsque  les parents qui croient vous protéger vous cachent la réalité. Isabelle a donc comprimé son émotion pour faire plaisir aux parents et c’est toute joyeuse, exaltée par l’aventure qu’elle a débarqué à Paris.

 Avec son « regard étranger » Isabelle eût sûrement inspiré l’auteur des Lettres Persanes, Montesquieu et celui de Zadig et Candide ainsi que du traité sur la Tolérance, l’incontournable Voltaire. Il ne s’agit pas de friandises  littéraires. Isabelle est trop humble et aussi a trop d’humour pour se prendre pour une héroïne.

 Mais son regard a quelque de chose de décapant, de vérité toute nue. Elle a cette fraîcheur de l’enfant d’Andersen qui révèle la nudité du roi.

 Elle nous parle d’Alexandrie et de ses parents  presque en rêvant. Elle voyage dans ses souvenirs sans faire de grosses vagues comme si elle avait dans le tempo la pudeur et la sagesse que lui ont transmises ses parents. Dans le fond, elle ne cesse de dialoguer avec ses chers morts qui voyagent avec elle d’une certaine façon. Leur culture, leur religion ne sont plus vraiment les siennes mais continuent à l’interpeller.

 Enfant, Isabelle a failli se faire muette parce qu’elle ne savait pas qui elle était, ce qu’elle devait dire sur ses origines à l’école. Un jour, elle a levé le doigt pour dire qu’elle était juive et grande surprise, l’institutrice lui a répondu «  C’est bien de l’avouer ». Comment ne pas avoir le souffle coupé ! D’autant que son père lui disait qu’elle était apatride.

 Isabelle de BOTTON a pris le parti de rire de la bêtise humaine. Mais elle ne considère pas son métissage culturel comme un handicap, bien au contraire c’est sa force, sa richesse. Et parce qu’elle est généreuse, elle a envie de la partager.

 Mis en scène par Michèle BERNIER, son spectacle est libératoire. Il faut un sacré talent pour arriver à faire rire et à émouvoir en même temps.

 Répétons-le,  Isabelle danse véritablement sur l’eau de ses souvenirs particulièrement vivaces. A l’issue du spectacle, nous avons vraiment l’impression d’être partis à Alexandrie.

 Et, il n’y a pas de meilleur guide qu’Isabelle de BOTTON pour partir à la rencontre de ces étrangers que nous sommes pour nous-mêmes, n’est-ce pas. De ses aventures personnelles, Isabelle de BOTTON tire un spectacle extrêmement récréatif, un acte d’amour tout simplement.

 Paris, le  8 mars 2015 , mis à jour le 13 Octobre 2015          Evelyne Trân

 

 

Caroline Ferry chante François Morel Les jeudi, vendredi et samedi à 19h45 THEATRE ESSAION – 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris

 

caroline FERRYAuteur : Chansons de François MOREL

Musiques de Reinhardt WAGNER et Antoine SAHLER

Mise en scène : Freddy Viau

Distribution : Caroline FERRY : Chant ; Nolwenn Tanet : accordéon ; Claire Deligny : Contrebasse

Caroline FERRY est une jolie fée, eh oui, cela existe encore de nos jours et comme toutes les fées, elle est capable de se transformer en artiste de cabaret, en Gavroche, en victime de lanceur de couteaux, en chanteuse gouailleuse ou romantique, en vieillard, enfin en monsieur et madame tout le monde, s’il le faut, souvent juchée sur une échelle, c’est son perchoir, pour mettre en branle tout l’univers poétique et décalé de François MOREL.

Un vrai petit bijou de spectacle ! Bijou n’est pas un mot trop fort si vous imaginez un bijou qui brille par sa simplicité comme un escargot au fond des bois, comme une exclamation, une gourmandise de rêve et autres sucettes fantastiques.

Le Cabaret « Mélancomique » proposé par Caroline FERRY est composé à la fois de chansons et de sketches écrits pour le Théâtre de l’EnvoL.

Le tout s’embraye avec une vivacité lumineuse. Saisir au vol une idée, un sentiment banal et le monter en feu d’artifice, c’est la spécialité de François MOREL. C’est ce plaisir d’aller chercher la surprise dans le quotidien, que nous communique Caroline FERRY accompagnée par d’excellentes musiciennes, Nolwenn Tanet au piano, accordéon, Claire Deligny à la contrebasse et la guitare.

Le metteur en scène Freddy VIAU réussit à orchestrer toutes les gammes musicales, comiques et sentimentales de Caroline FERRY, mettant en valeur son aspect trublion, légèrement coquin.

Un spectacle délicieux à consommer sans modération !

Paris, le 10 Octobre 2015                               Évelyne Trân

ADOLF COHEN, UN OXIMORE POUR LA PAIX à la COMEDIE BASTILLE 5, rue Nicolas Appert 75011 PARIS Du jeudi au samedi 19h – Dimanche 15H –

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De : Jean-Loup HORWITZ
Mise en scène : Nicole et Jacques ROSNER
Distribution : Isabelle de BOTTON
et Jean-Loup HORWITZ
Musique originale : PROFESSEUR INLASSABLE
Costumes : Chouchane ABELLO
Lumières : Stéphane BAQUET

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Photo Jacques COMBE

P.S. Isabelle de BOTTON et Jean-Loup HORWITZ étaient les invités de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » sur Radio Libertaire 84.4 le samedi 10 Octobre 2015 (l’émission en podcast peut être écoutée sur le site Grille des émissions de Radio Libertaire pendant un mois).

Une explosion, un homme étendu sur le sol puis une femme en noir qui remercie les personnes venues à l’enterrement de son fils. Il s’agit d’Adolf COHEN . Pauvre Adolf explosé parce qu’il prônait la réconciliation entre deux états frères, la Palestine et Israël.

Mourir pour des idées d’accord chantait BRASSENS mais de mort lente ! Adolf COHEN se relève, il est furieux, il traite Dieu de « Salopard » . N’est ce point au nom de Dieu qu’il vient d’être assassiné ! Mais de quel Dieu s’agit il ? Certainement pas celui de son enfance.

Adolf nous raconte son curieux parcours. Il a vécu, jeune enfant, la misère et l’opprobre dans un ghetto de l’Europe de l’Est, reçu l’enseignement d’un rabbin qui lui racontait qu’être Juif c’était faire partie de l’élite. Il est devenu migrant à Paris avec ses parents et puis pendant la guerre , fut séparé de ses parents, adopté par une jeune femme française antisémite et baptisé catholique. Après toutes ces péripéties religieuses, Adolf, pauvre candide, émigra dans cette terre promise d’Israël…

Concours de circonstances, circonstances atténuantes, comment entre t-on en religion ? Adolf nous raconte l’origine de ses croyances, qu’il a assimilées pour survivre. La vérité c’est qu’il n’est pas du tout évident de se désincruster des dogmes qui vous ont été inoculés dès l’enfance. C’est son amour pour Zeïna une musulmane palestinienne qui fera prendre conscience à Adolf de l’absurdité des guerres de religions. Est-il possible qu’au nom de la Terre promise, son peuple »élu » ait délogé celui de Zeïna ? Est-il possible que les Isréliens qui ont fondé ISRAEL pour que les juifs n’oublient jamais la Shoah, deviennent les oppresseurs des Palestiniens ? « La prière n’est pas la solution, la guerre non plus » clame Adolf qui crée un parti politique prônant «  la nécessité morale et politique de la création de deux états frères ».

Le récit de Jean Loup HORTWITZ est aussi animé qu’un conte de Voltaire relatant les aventures de Candide ou Zadig, il a le mérite d’éclairer nos lanternes sur la nature humaine avec tendresse et humour . Cette volonté d’exprimer aussi bien ses sentiments que ses idées en prenant en compte les souffrances, les égarements, les réalités les plus prosaïques, est partagée par les hommes qui veulent croire aux hommes .

«  Je déborde d’un amour humaniste, j’en ris tout seul comme un fou » crie Adolf à Zeïna avant d’exploser.

Dirigés par Nicole et Jacques ROSNER, les comédiens sont dynamiques. Jean-Loup HORWITZ interprète chaleureusement cet étrange Adolf COHEN. Isabelle DE BOTTON, excellente, fait chatoyer toutes les couleurs des femmes de la vie d’Adolf, la mère de sang, la mère adoptive, Zeïna.

Adolf COHEN nous parle de guerre et de religion, ces grandes affaires humaines, avec l’intelligence du cœur, la plus clairvoyante !

Paris, le 10 Octobre 2015                            Evelyne Trân

On a volé le bras de Costentenus par la Compagnie HEY au CIRQUE ELECTRIQUE – Pl. du Maquis du Vercors 75020 Paris 20e du 20 OCTOBRE AU 1ER NOVEMBRE 2015 – Du mercredi au samedi à 21h00 et le dimanche à 17h00 Durée: 1h30
 // A partir de 12 ans –

COSTENTENUS

Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=8XerFZvpFLs

Artistes : Lalla Morte, Yannick Unfricht, Antoine Bitran, Sarah Brown, Mr Djub, Rosita Warlock

Le spectacle fabuleux, voire fantastique est dédié à COSTENTENUS, un célèbre tatoué dont le bras certifié relique a disparu dans des circonstances mystérieuses.

Ceux qui ont eu la chance de voir l’exposition « TATOUEURS, TATOUES » au Musée du Quai Branly et d’assister aux spectacles de la Compagnie HEY qui lui étaient consacrés, ne seront pas dépaysés par l’ originalité de cette compagnie capable de dépoussiérer des instruments de musique tels que l’orgue de barbarie ou les gramophones en les associant à leur inventaire affectif et artistique qui réunit des circassiens, des performeurs, des vidéastes et des comédiens.

Faire tourner des 78 tours et les écouter crisser tient de la magie. Cela exige et du doigté et de la délicatesse . Les sons inhabituels pour nos oreilles « modernes » permettent à l’auditeur de voyager dans le temps et notamment d’aller à la rencontre de cet extraordinaire tatoué qui a réellement vécu au 19ème siècle.

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Anne et Julien les fondateurs de la Compagnie HEY sont en quelque sorte à la fois des archéologues musicaux et de véritables iconographes. Le tatouage peut s’apparenter à la bande dessinée, aux graffitis sur les murs. C’est un art véritable d’autant plus émouvant qu’il s’affiche à même la peau du tatoué . Le tatouage est un signe à la fois de vie et de mort puisqu’il a vocation de disparaître avec son porteur.

C’est probablement cette dimension épidermique qui fascine la Compagnie HEY . Si la musique est gravée, les images peuvent l’être aussi, alors comment notre mémoire qui tourne échapperait-elle à la gravure de nos émotions visuelles auditives, physiques ou extra temporelles, voire cosmiques ?

A travers le voyage d’une troupe de forains à la recherche du bras de COSTENTENUS, les spectateurs exploreront la grande histoire du tatouage. Gageons qu’ils risquent de se retrouver « tatoués » eux mêmes par surprise et par émotion. Les spectacles de la Compagnie HEY qui voyagent à travers des expositions ou des tableaux de maîtres se distinguent par leur poésie, leur onirisme. Des artistes qui font penser à des dompteurs de rêves énigmatiques, ces mêmes rêves à fleur de peau des tatoués. Ne manquez pas leur spectacle !

Paris, le 4 Octobre 2015                           Evelyne Trân

L’Histoire du Tigre de Dario Fo, mis en scène par Pierre-Marie Escourrou au THEATRE DU LUCERNAIRE du 29/08/15 au 10/10/15 à 19 HEURES DU MARDI AU SAMEDI

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Auteur : Dario Fo
Artistes : Pierre-Marie Escourrou
Metteur en scène : Pierre-Marie Escourrou

Les tigres n’existent pas seulement au zoo ou au cirque. Les témoignages les concernant cependant s’amenuisent comme une peau de chagrin. Hélas, le tigre est une espèce en voie de disparition.

C’est pourquoi le conte de Dario FO est particulièrement précieux. Dario FO au cours d’un voyage en Chine avait été très impressionné par la prestation d’un conteur jongleur qui racontait l’histoire du tigre. Ébahi par les réactions du public qui se tordait de rire, il l’a adaptée tout en conservant son essence tout asiatique.

Car c’est aussi l’intérêt de ce conte de faire découvrir à un public occidental, à travers une simple fable, l’imaginaire populaire chinois qui puise ses racines dans l’histoire et notamment la longue marche des soldats de Mao.

Si l’histoire du tigre touchait tant le public chinois c’est aussi parce que les spectateurs avaient également en mémoire de vraies rencontres entre l’homme et le tigre, à l’occasion de chasse au tigre, l’équivalent peut-être de notre chasse au loup en occident.

Réalisme des descriptions et affabulations font donc bon ménage dans la bouche du jongleur conteur qu’interprète avec une faconde inouïe Pierre-Marie ESCOURROU avec force gestes et mimiques.

Un spectacle conçu comme un billard où toutes les boules font ricochet. C’est Pierre-Marie ESCOURROU qui déclare être séduit par Dario FO lequel a été touché par la prestation d’un conteur chinois inspiré lui même par l’histoire « vraie » d’un soldat mourant sauvé par un tigre.

La fable a valeur d’exutoire pour un peuple, épuisé, saigné par les guerres, qui non seulement doit compter ses morts, ses blessés, mais doit aussi composer par la ruse avec la langue de bois des politiques.

Grâce à Dario FO et à Pierre Marie ESCOURROU, nous voilà transportés quelque part en Chine au milieu d’un public chinois riant de ses propres malheurs . L’interprète conteur n’a besoin d’aucun ustensile, le conte qui passe par la voix et tous les membres du conteur se suffit à lui même, il est jubilatoire.

Grâce au talent de conteur de Pierre Marie ESCOURROU, l’épopée fabuleuse  du pauvre soldat trouve ses marques explosives . En paraphrasant Rabelais et en rappelant que pour les asiatiques, le tigre avait une âme humaine, nous dirons que le rire est le propre de cette histoire de … tigre !

Paris, le 4 Octobre 2015                                     Evelyne Trân

ANDREAS d’après la première partie du CHEMIN DE DAMAS d’August STRINDBERG mis en scène, adapté et traduit par JONATHAN CHATEL AU CENTRE DRAMATIQUE NATIONAL DE LA COMMUNE – 2 rue Édouard Poisson 93 300 Aubervilliers DU 25 SEPTEMBRE AU 15 OCTOBRE 2015 – MAR ET MER À 19H30, JEU ET VEN À 20H30, SAM À 18H ET DIM À 16H –

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VIDÉO Reportage Andreas – Jonathan Châtel

avec Pauline Acquart, Pierre Baux, Thierry Raynaud, Nathalie Richard

Un homme vient de quitter sa femme et sa fille.Tout quitter pour se retrouver, est ce possible ? Telle est l’expérience que va vivre Andreas qui va retrouver sur son chemin quelques lambeaux de lui même incarnés par plusieurs personnes.

L’homme fait penser à l’Étranger de Baudelaire :

 Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?
ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est
resté jusqu’à ce jour inconnu.

Le paysage mental d’Andreas est peuplé d’étrangers qui le scrutent comme des fantômes. Qu’attendent-ils de lui, pourquoi le regardent-ils, est-il possible que lui même attende quelque chose ?

L’homme est à bout, à bout de lui même mais la conscience de sa propre déchéance, de l’effondrement de ses croyances, de ses illusions, paradoxalement aiguise sa perception de l’autre. Les personnes qu’ils rencontrent ne peuvent plus se retrancher derrière leurs masques, elles doivent à leur tour, les déposer . Il lui faudra pourtant entendre que la femme qui veut lui venir en aide n’a pas de masque. Elle obéit à un instinct maternel . Mais Andreas même s’il a besoin d’amour ne trouve pas dans la figure de la mère, son alter ego. Il a peur aussi d’un amour qui le dépossède de lui même, de ce champ inouï de la solitude qui lui est nécessaire pour créer, imaginer, voyager.

Dans cette position extrémiste, pulsionnelle de rejet de l’autre l’homme est en danger de mort. C’est cette inconscience qui émeut ses interlocuteurs. Ce qui intéresse Andreas quant à lui, ce n’est pas tant la teneur des discours religieux qu’empruntent les femmes pour lui parler mais comment elles les transcendent pour exprimer des émotions viscérales proches de son propre désespoir.

Désespoir, conséquence d’une déchirure probablement vécue dans l’enfance, demeurée dans le subconscient, qui a conduit Andreas à répéter cette rupture vis à vis de ces proches, cette fois ci volontairement.

La pièce ANDREAS est une adaptation de la première partie du Chemin de Damas de STRINDBERG qui fait référence à une histoire biblique celle de Saul persécuteur de chrétiens qui se mua en Saint Paul, le fondateur de l’église. Est-il donc possible en changeant de nom de changer de destin ?

Les signes s’interprètent la plupart du temps suivant nos désirs lesquels trouvent leur énergie dans l’inconscient nous dit Freud, ils se déclinent comme nos identités qui résonnent si on les confronte à l’invisible éternel de façon aussi extravagante qu’aléatoire.

Il y a des fantasmes qui ne prennent vie qu’au théâtre. La mise en scène de Jonathan CHATEL est stupéfiante . Onze immenses portes grises et légèrement transparentes en fond de scène bornent l’espace . C’est à travers le sérail de ces portes qu’entrent et disparaissent chacun des personnages. Sur le plateau juste quelques planches de bois propres et impassibles.

Trois comédiens incarnent les sept personnages, la fille, la religieuse, le médecin, le mendiant, le vieillard, la mère, la dame qui rencontrent l’Inconnu interprété par Thierry RAYNAUD.

Nous sommes saisis par la densité de leurs interprétations. Thierry RAYNAUD compose un Andreas ténébreux, farouche, déchirant, Nathalie RICHARD, très fine, incarne à la fois la douceur et l’intransigeance féminine.Pierre BAUX est particulièrement troublant en mendiant, double d’Andreas. Et la jeune Pauline ACQUART compose une religieuse lumineuse et intelligente.

Un spectacle très fort, intense, où l’on entend vibrer cette force intérieure de STRINDBERG, capable de projeter sur scène l’Inconnu à multiples visages !

Paris, le 4 Octobre 2015                    Evelyne Trân

De l’ambition Texte et mise en scène Yann Reuzeau AU THEATRE DU SOLEIL à la Cartoucherie de Vincennes du 8 Septembre au 9 octobre 2015 – Représentations : les vendredis ainsi que les jeudis 1er et 8 octobre à 20h

DE L'AMBITION

Avec :
Sonia Bendhaou,
Maryne Bertieaux,
Lucie Brandsma,
Geoffrey Dahm,
Jérémie Edery,
Julien Frison,
Alexia Hebrard
Charlotte Levy,
Alexandre Prince

Qu’est ce que tu veux faire plus tard ? Telle est la question qui revient sans cesse en phase terminale, la dernière année de lycée juste avant de passer de l’autre côté pour humer ne serait ce que quelques minutes une bouffée de liberté.

Quel adolescent qui sort de dix années de « captivité » scolaire n’est pas pris de vertige quand on lui parle de son avenir.S’ il répond qu’il ne sait pas ce qu’il va faire, bien sûr qu il lui sera rétorqué «  Mais tu n’as pas d’ambition ! ».

YANN REUZEAU exprime ce sentiment de vertige en quelques mots « presque une vie entière que l’on vit à cet âge là ». Imaginez un groupe d’adolescents, avec ses quotas de forts, de faibles, de têtes brûlées, de timides, qui après une longue randonnée se retrouvent au sommet d’un plateau pour contempler un magnifique panorama, celui de leur vie future. Cordiale nature qui offre aux randonneurs plusieurs chemins, mais à l’œil nu comment voir les obstacles qu’ils recèlent. Certaines voies possèdent leurs pancartes et sont aménagées, d’autres restent mystérieuses, voire dangereuses.

Yann REUZEAU dresse un portrait quasi impressionniste d’un groupe d’adolescents. Sont-elles restées lettres mortes les déclarations d’intentions idéales ? Que sont devenus la bêcheuse, la fédératrice, chef de troupe, le taiseux, le rebelle, l’autiste de service?

Léa a lancé sa grosse pierre peinturlurée du mot ambition sur le plateau de façon à créer un remue ménage assourdissant . C’est qu’elle veut mordre dans la vie, Léa, elle ne comprend pas l’inertie de ses amis, leurs doutes, leurs inhibitions. Seul Jonathan lui ressemble vraiment sauf qu’il a choisi le pôle négatif de la révolte sans foi ni loi, et qu’il ose dire tout haut ne penser qu’à sa gueule.

Chacun de ces jeunes témoignent à leur façon que s’ils sont tous un peu paumés, ils ont au moins cette chance de n’être pas encore blasés, d’avoir à découvrir plein de choses, l’amour notamment. Yann REUZEAU nous montre comment les deux taches du groupe, les plus gauches, les moins fières, finissent par s’apprivoiser et s’aimer.

Des jeunes encore nature qui refusent d’être étiquetés à cause de leurs religions, leur origine sociale et culturelle, leurs différences etc.

Ce bonheur de pouvoir dire « Je ne sais pas… » pour laisser venir ses propres émotions, ses propres désirs.

Dans sa mise en scène Yann REUZEAU entend aussi exprimer comment le bruit du monde extérieur ne colle pas avec le bruit intérieur, le soi intime. Il revient à la mutique d’exprimer ce décalage que personne ne veut entendre.Force est de reconnaître que la sirène de l’ambition privilégie l’avoir plutôt que l’être.

L’adolescence se trouve à la charnière de ces deux pôles, de toute époque. Curieuse branche qui se distingue par sa silhouette un peu tordue et frêle, au centre de l’arbre de vie, c’est sans doute la plus éloquente. Yann REUZEAU chorégraphie ses mouvements qui balaient le sol et touchent les nages avec une belle équipe de comédiens chavirants de naturel.

Paris, le 3 Octobre 2015           Evelyne Trân