Les Nuits Polaires par la Compagnie les ANGES AU PLAFOND DU 22 au 26 Septembre 2015 à LA CHAMBRE D’AGRICULTURE à CHARLEVILLE-MEZIERES

les nuits polaiers

Par Brice Berthoud, Dorothée Ruge, Dominique Hardy, Jessy Caillat ; Adaptation, construction, jeu : Brice Berthoud ; Mise en scène, construction marionnettes : Camille Trouvé ; Construction, manipulation : Dorothée Ruge ; Lumière : Gerdi Nehlig ; Bruitages : Xavier Drouault ; Squelette d’igloo : Cousin Doudou ; Transformation du noir au blanc : Eric Desvignes ; Musique : Guillaume Trouvé ; Coproduction : Théâtre 71 SN Malakoff, centre culturel Marcel Pagnol Bures s/ Yvette, Théâtre Jeune Public Strasbourg

Dans le cadre du Festival Mondial des Marionnettes de CHARLEVILLE- MEZIERES, la Compagnie Les Anges au Plafond présente à la Chambre d’Agriculture son spectacle Les Nuits Polaires .

 Une occasion de  dépaysement unique. En effet, l’équipe de la création s’est employée à recréer l’atmosphère d’une nuit polaire et c’est comme par enchantement que les spectateurs pourtant à mille lieues du Groenland sont conviés à pénétrer à l’intérieur d’un igloo et faire connaissance  avec un curieux personnage solitaire, confiné dans un minuscule pied à terre avec pour seul compagnon Alexandre un coq assez déplumé.

 Il n’y a pas beaucoup de place dans cet igloo en toile, les spectateurs resserrés en cercle peuvent bien faire l’objet d’une hallucination collective : ils sont partis au Groenland et sont vraiment rentrés dans un igloo. L’espace d’une heure, ils n’auront pour tout repère que le plafond de l’igloo, et un sentiment d’empathie envers cet homme seul (l’enfant que nous fûmes peut-être jadis, isolé dans un grenier, une cave,  ou une cabane) Robinson Crusoé nordique, victime de la maladie  du Vertigo.

 Le bon sens terrien nous rappelle que trop de solitude ne sied guère à l’homme. Alors comment s’étonner que quelques âmes compatissantes ou pas aient l’idée de venir tenir compagnie au pauvre homme. Les créatures qui envahissent la cahute ne sont pas des anges . Ce sont des trappeurs, des aventuriers, des bourlingueurs, forts en gueule, buveurs invétérés, fomenteurs d’histoires extravagantes, mythomanes etc…

 On oublie que ces créatures se présentent sous la forme de marionnettes tant elles sont expressives,  vivantes, si proches de la bouche de leur manipulateur, et de celle du conteur Jorn RIAL dont elles semblent s’être littéralement échappées. Leur vitalité, leur pugnacité tient au fait qu’elles sont inspirées de personnages réels que l’écrivain et ethnologue danois Jorn RIEL a mis en scène dans une série de nouvelles « Les racontars arctiques ».

 C’est le genre de spectacle accompli auquel il faut se rendre plusieurs fois pour en saisir toutes les nuances. Les lumières savent protéger le mystère des expressions, des gestes de ces marionnettes si humaines qu’elle rêvent aussi d’amour et du rayonnement d’une certaine Emma sur la banquise.

 Ce qui réjouit aussi c’est que l’équipe de création se trouve dans la même longueur d’onde que  celle qui parcourt un livre ouvert en pleine lune sur les genoux d’un lecteur, et les étoiles qui l’éclairent sont vraiment celles de l’imagination physique, ouverte, propice aux apparitions…

 Le jeu de Brice BERTHOUD tient du vertige, la musique et les bruitages restent sur le mode de la discrétion comme pour mieux lever notre regard vers les incroyables marionnettes de Camille TROUVE .

 Voila un spectacle de grande qualité que nous ne pouvons que recommander au public.  L’art des marionnettistes loin de faire entorse à notre réalité, la prolonge vers ses cavités inouïes,  lumineuses et palpables au cœur de notre humanité.

 Paris, le 30 Mai 2015, mise à jour le 18 Septembre 2015             Evelyne Trân

http://www.festival-marionnette.com/fr/

 

Le bizarre incident du chien pendant la nuit d’après le roman de Mark Haddon – Mise en scène Philippe Adrien – du 11 Septembre au 18 Octobre 2015 – au Théâtre de la Tempête – Cartoucherie de Vincennes – du Mardi au samedi à 20 Heures, le Dimanche à 16 Heures

téléchargement

d’après le roman de Mark Haddon
adaptation Simon Stephens
mise en scène Philippe Adrien
texte français Dominique Hollier

avec 
Pierre LefebvreChristopher
Juliette Poissonnier – Siobhan
Sébastien BravardEd (le père de Christopher)
Nathalie VairacJudy (la mère de Christopher)
Bernadette Le SachéMme Alexander *
Mireille RousselMme Shears *
Laurent MontelRoger (M. Shears) *
Laurent MénoretPolicier *
Tadié TuénéRévérend Peters *
* Ces artistes interprètent
également les personnages du chœur.

décor Jean Haas
lumières Pascal Sautelet
assisté de Maëlle Payonne
vidéo Olivier Roset
assisté de Michaël Bennoun
musique et son Stéphanie Gibert
assistée de Farid Laroussi
costumes Cidalia Da Costa
assistée de Anne Yarmola
maquillages Pauline Bry
chorégraphie Sophie Mayer
direction technique Martine Belloc
et Erwan Creff
collaboration artistique Clément Poirée
habillage Emilie Lechevallier et Françoise Ody

Voila un titre qui pourrait figurer dans les rayons d’une bibliothèque enfantine. De mémoire, ce sont surtout les auteurs de livres pour enfants qui s’intéressent vraiment aux animaux. Souvenons nous du Club des cinq et du chien Dagobert. Nous ne faisons pas tout à fait fausse route, le héros du spectacle Christopher, une jeune adolescent de 15 ans mène une enquête pour découvrir l’assassin d’un chien appelé Wellington. Qui d’autre qu’un enfant pourrait prendre au sérieux la mort d’un chien  au point de mener une enquête dans un monde d’adultes qui classent avec mépris ce genre d’évènements à la rubrique des chiens écrasés.

Mark HADDON l’auteur du roman The Curious Incident of the dog in the night-time, adapté par Simon STEPHENS, a travaillé dans un Centre d’apprentissage pour adultes à Londres . Il est évident qu’il éprouve une véritable empathie à l’égard de son personnage Christopher, le narrateur, considéré comme autiste, atteint du syndrome d’Asperger, alors même que les autistes seraient dépourvus de cette capacité d’empathie.

Christopher semble ne raisonner qu’en fonction d’un langage mathématique qui échappe complètement à son environnement familial. Il ne supporte pas qu’on le touche et lorsqu’il est contrarié a des crises épileptiques. Il se comporte en somme comme un extra-terrestre plongé dans un monde peuplé d’êtres étrangers, bizarres . Une sorte de paroi de verre le sépare des autres. C’est sans doute la raison pour laquelle il s’y cogne douloureusement.

L’histoire que raconte Mark HADDON à travers la voix de Christopher est passionnante.C’est la distanciation du personnage vis à vis de ses parents notamment qui remet en question leur comportement et jette le trouble.

La façon dont les adultes s’arrangent avec la réalité – le père ment à son fils en lui racontant que sa mère est morte, la vérité de la séparation lui étant insupportable – révèle le fossé entre les affects et nos références sociales, morales ou religieuses. Christopher qui ne sait pas mentir met souvent le doigt sur la plaie.

Il n’est pas évident de mettre en scène sur le mode du théâtre- récit, une œuvre aussi riche, véritable comédie de mœurs, mais Philippe ADRIEN réussit ce défi grâce à la présence du comédien Pierre LEFEBVRE, Christopher, dont le récit est plaisamment relayé par d’autres personnages, notamment le professeur du Centre éducatif, Siobhan.

Les réactions des adultes par rapport au môme autiste sont exprimées avec beaucoup de naturel par les deux interprétes Sébastien BRAVARD et Nathalie VAIRAC.

On suit le cheminement de pensée de Christopher comme dans une véritable aventure qui suppose une période d’immersion pour le spectateur, certaines séquences pouvant paraître étirées par contraste avec les scènes du train et du métro Londonien vraiment fantastiques.

Christopher a un côté Peter Pan, grâce à lui, nous serons sortis de nos gonds, comme le dit si bien son père, un mal pour un bien s’il s’agit de clamer bien haut que c’est l’esprit de tolérance qui éclaire le monde. Voilà un beau spectacle généreux qui nous sensibilise  sur la question de l’autisme de façon percutante et très ouverte.

Paris, le 14 Septembre 2015                            Evelyne Trân

MEMOIRES D’UN FOU DE GUSTAVE FLAUBERT – ADAPTATION DE CHARLOTTE ESCAMEZ – MISE EN SCENE DE STERENN GUIRRIEC avec WILLIAM MESGUICH AU THEATRE DE POCHE DE MONTPARNASSE – 75 BD DE MONTPARNASSE 75006 PARIS – DU 8 SEPTEMBRE AU 8 NOVEMBRE 2015 – Du Mardi au Samedi à 19 HEURES – Dimanche 17 H 30 –

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  • Avec William MESGUICH
  • Lumières Mathieu COURTAILLIER
  • Son Franck BERTHOUX
  • Décor et costumes Camille ANSQUER
  • Durée 1 Heure

Flaubert sur la même longueur d’ondes que Lautréamont et Rimbaud, comment ne pas y songer en découvrant ses mémoires d’un fou , écrites à 17 ans et publiées à titre posthume en 1901.

Voilà un texte brûlant, exalté, violent dans lequel l’adolescent solitaire qui d’emblée le déclare « A peine ai-je vécu  »  se laisse envahir par l’écume de ses révoltes souterraines, se projetant sur le rivage d’un rêve incroyable, celui d’écrire un livre. « Or ma vie ce ne sont pas des faits. Ma vie c’est ma pensée ».

Parfois on a l’impression que les mots dépassent la pensée, qu’ils forment un tourbillon. Sous la pression des sentiments, des angoisses, des colères, ils jaillissent, ils déboulent et dans l’âme de l’écrivain, ils se rapprochent des éléments, la terre, le feu, l’eau, le bois etc.

Da la même façon que l’on pose une canne sur du sable mouvant, l’écrivain avance constamment entouré d’eau, presque en aveugle. C’est l’écrivain aventurier qui se laisse guider par ses seules sensations. Des commentateurs considèrent que les thèmes de l’Éducation sentimentale se trouvent déjà dans ce livre de jeunesse.

Sans doute, il y a ces premières émotions contradictoires d’un jeune être qui s’éprouve à la fois bafoué par la bêtise humaine et submergé par la beauté d’une femme.Le jeune homme est en proie à des sentiments extrêmes.

Belle mise en scène de Sterenn GUIRRIEC et jolis effets de lumières et vidéo de Mathieu COURTAILLIER qui installent le jeune homme « fou » dans une sorte de grotte préhistorique ou pré-scripturale entièrement recouverte de feuillets écrits ou vierges, traversée par des filaments d’écriture lumineux qui gouttent comme des stalactites ou des stalagmites. Les amoureux des lettres le savent, ils enfouissent leurs rêves, leurs pensées sous des monceaux de mots, c’est leur écurie, leur grange, leur foin.

C’est la pensée qui est folle de croire pouvoir se mouvoir dans un monde fou. Or le jeune Flaubert du haut de ses 17 ans, ressent ce besoin de témoigner ne serait ce que pour lui même de ses états d’âme au moment même où il ouvre la porte vers la réalité, l’âge adulte et referme celle de l’adolescence et de ses désirs les plus fous, à jamais.

William MESGUICH devient l’homme de la grotte scripturale de Flaubert, pour faire de son corps une peau d’écriture qui puisse manifester charnellement ce que nous traduisons par délire.

Il faut découvrir ces mémoires d’un fou, le visage que lui prête William MESGUICH est tout à fait bouleversant . Flaubert à l’école buissonnière enfin, Flaubert en plein délire !

Paris, le 12 Septembre 2015                       Évelyne Trân

4.48 Psychose, de Sarah Kane au THEATRE ESSAION – 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris – Du 27 Août 2015 au 26 Septembre 2015 – Jeudi, vendredi et samedi à 20h00

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Compagnie Boss Kapok

Mise en scène Ulysse Di Gregorio

Avec Julie Danlébac

Scénographie : Benjamin Gabrié
Costume : Salvadore Mateu Andujar
Crédit photo: Mathieu Thoisy

Les mots peuvent t-ils venir au secours de la psyché, peuvent ils se soumettre aux désirs de celui ou celle qui les profère ?

 Espace tuméfié de la parole, de la pensée, prison, Sarah KANE qui écrivit plusieurs pièces exprime dans cette œuvre posthume 4.48 PSYCHOSE, ces étranges rapports de force entre son monde intérieur et celui qui l’englobe, le monde extérieur, les médecins, avec une ténébreuse lucidité.

 Comme s’il s’agissait pour elle de sauvegarder une intimité bafouée parce qu’étrangère au regard de la société, Sarah KANE explore une douleur qui n’est pas de mise, qui la rattache à quelque chose d’inconnu pour elle-même, d’inatteignable. Elle souffre et c’est sa souffrance qui parle, qui entend dire qu’elle existe.

 Faut-il penser que la douleur puisse éclairer son intelligence, sa volonté de vérité, d’existence d’un amour impossible par exemple. La douleur encombre, elle assiège, elle devient un ennemi pour soi et pour les autres, elle dérange.

 Sarah KANE pense qu’elle n’a pas le choix. Elle est loin de se reconnaitre elle-même dans cette douleur, elle s’en éprouve prisonnière de la même façon  qu’elle s’éprouve perçue comme une étrangère dans un monde indifférent.

Elle se retrouve dans la situation d’un animal à qui on donne sa ration de croquettes, des pilules pour dormir le soir, des cachets pour ne pas délirer.  

 C’est à travers ses mots que Sarah KANE va créer un trait d’union entre elle et les autres. Qu’elle devienne cet ovni que tous les autres observent avec des regards curieux, c’est étonnant ! Cela peut nous questionner.

 Elle est humaine, elle n’utilise pas de grands phrases po,ur s’exprimer. Comment se fait-il que les mots qui sortent de sa bouche donnent l’impression de venir de loin, d’un corps inconnu, d’une grotte où ils auraient longtemps séjourné, stagné, avec une  force, une vitalité surprenante.

 Sans doute parce que les spectateurs s’éprouvent rendus à cette capacité de la parole d’illuminer un être, rendre perceptible les régions inconnues de son corps, elle est souffle et respiration, elle est vie.

  C’est une expérience poignante d’assister à la remontée à la surface des mots-pensées de Sarah KANE. Ce sont eux qui travaillent son corps, qui forment les éclats, les éboulis rejetés par la douleur.

 Ces mots ne sont pas abstraits, ils passent par la voix celle de Julie DANLEBAC apparemment envoûtée. Elle si jeune, si belle, si  végétale, habillée d’une robe troglodyte, idéale, fait penser à cet autre homme obstiné au corps lui dévasté, Antonin ARTAUD, parce qu’ils ont cette même relation avec la parole, celle qui passe par le corps, sorte de prunelle existentielle, pleine d’yeux.

 Dans une sorte d’ascèse qui répond à l’intransigeance de l’auteure Sarah KANE, le metteur en scène Ulysse DI GREGORIO, offre aux spectateurs, une vision hallucinante d’un éclat de douleur étrangère et nue, terrible mais vivante.

 Nous saluons l’interprète Julie DANLEBAC  absolument bouleversante. Nous aimons parfois ne  pas sortir indemne d’un  spectacle. C’est le cas avec celui-ci. Roche sur sentiment, sentiment sur roche, quand les mots deviennent les passeurs de nos corps souffletés par le vent, l‘écume, la déraison, ils nous projettent un peu au-delà de la façade. Qui ne s’est pas une fois dans sa vie appuyé contre un parapet, fut-il un rempart de mots, pour regarder la mer seule. Sarah KANE forme l’îlot invaincu au milieu de cette mer, et c’est étrange mais sa douleur devient une sorte de phare vers cette terre encore inconnue, la nôtre.

 Paris, le 21 Février 2015 , mis à jour le 8 Septembre 2015        Evelyne Trân

La cantate à 3 voix de Paul Claudel, mise en scène par Ulysse Di Gregorio Théâtre Aktéon – 11 rue du Général Blaise, 75011 Paris – du 5 Septembre au 11 Octobre 2015 – Samedis et Dimanches à 18 H.

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Auteur : Paul Claudel
Artistes : Coline Moser, Marianne Duchesne, Julie Mauris-Demourioux
Metteur en scène : Ulysse Di Gregorio

Scénographie : Benjamin Gabrié – Costume : Salvador Mateu Andujar

Cantate à trois voix, cantate à trois visages, n’est-il point étonnant que ce soient trois visages filés par l’ombre et leurs voix entrelacées qui viennent remuer l’eau intérieure des spectateurs comme s’ils les avaient vus se refléter dans une flaque d’eau et courir, courir l’on ne sait où puisqu’on ne sait jamais où s’arrête un fleuve.

Dans la mise en scène d’Ulysse Di Grégorio, on entend circuler l’eau du poème de Paul Claudel, trois femmes, Laeta, Fausta et Beata configurent le socle d’une fontaine qui ruisselle en attendant le jour. L’une est latine, la seconde polonaise, la troisième égyptienne, l’une est fiancée, la deuxième éloignée de son époux, la troisième veuve.

C’est la nuit du solstice d’été, un 21 Juin. Paul Claudel l’a vécue cette nuit là . Sa cantate à trois voix est la traduction de son désir de communion, corps et âme, à ce moment là, avec la nature environnante. Cette nuit là, il se trouvait dans les Alpes , « au milieu d’un vaste paysage de glaciers, de vignes et de moissons ».

Paul Claudel entend des voix. Ce sont celles qui recomposent son paysage personnel intérieur capable d’aller à la rencontre de perceptions extérieures qui peuvent faire suffoquer n’importe quel spectateur lorsqu’il se trouve surpris par la beauté d’un arbre, d’une fleur, d’un visage.

L’image de ces trois jeunes femmes qui font une pause et prennent la pose non point pour une photo mais pour vivre ensemble un instant, nous pourrions facilement la déplacer car elle respire comme un poème, elle ne se heurte pas à des impressions figées, elle demeure fluide comme pour mieux s’écouler dans le champs visuel, volatile des sensations.

Plonger dans un poème à la conquête d’images qui rejoignent l’esprit de nos corps dont les cerveaux pourraient se révolter d’être trop souvent accaparés par des images objets sans âme.

Douceur, crépuscule, aurore, viennent traverser les voix de trois femmes qui pourraient rendre jaloux les arbres, les montagnes, sublimées par le regard d’un homme qui les aime, les révère.

Il y a cette exigence du poète insatiable : Laisse-moi regarder tes yeux ! Laisse moi lire ces choses qui se peignent sur le mur de ton âme et que toi-même ne connais pas .

Dans la mise en scène d’Ulysse Di Gregorio, nous pouvons laisser en suspension nos impressions. Les jeunes et talentueuses interprètes de la cantate à trois voix, Coline Moser, Marianne Duchesne, Julie Mauris-Demourioux l’ont compris, l’eau d’un poème ne s’arrête pas. Il ne faut surtout pas chercher à l’emprisonner, il faut y croire simplement.

Paris, le 6 Septembre 2015                            Evelyne Trân

LE PHILOSOPHE ET LA PUTAIN de Jacques RAMPAL – Mise en scène d’Elsa ROYER – au THEATRE 13 – 30 rue du Chevaleret 75013 PARIS – du 27 Août au 4 Octobre 2015 – du Mardi au samedi à 20 Heures, le dimanche à 16 Heures

  • sans-titre
  • Distribution : De Jacques Rampal, mise en scène Elsa Royer. Avec François Chodat, Pierre-Yves Desmonceaux, Anne Jacquemin, Alain Leclerc, Christian Pélissier, Françoise Pinkwasser, Yann Sundberg
  • Genre : Théâtre contemporain
  • Ils discourent à travers les nuages dans leurs jolies bulles antiques, ce sont ces joyeux philosophes appelés par Jacques RAMPAL à illustrer en vers, à leurs risques et périls, des humeurs susceptibles de faire rimer en suspension nature et pensée.La rime c’est le courant qui balise la pensée et Diogène, le cynique, a beau prôner le dénuement, l’abstinence, la liberté, il n’est point économe de mots, c’est aussi un truculent personnage plutôt remuant et une grande gueule . Aucun écrit de Diogène ne nous est parvenu mais son mode de vie – il vivait dans un tonneau – a tellement impressionné ses contemporains dont Platon, Cratès et Antisthène, qu’il est devenu légendaire.Diogène est ce donc le roi des clodos, est-il possible de l’assimiler à ces sans domicile fixe qui vivent sous des tentes ? Diogène n’est pas un sdf, il a choisi de vivre dans un tonneau pestilentiel. Qu’a donc de si séduisant un tel personnage pour qu’Aphrodite sous les traits de la putain ne désespère pas de lui parler d’amour.Sous la plume de Jacques RAMPAL, la philosophie antique ne manque pas de fantaisie. Assurément, ce dernier connaît aussi bien Platon qu’Aristophane. Mais le point d’ancrage de ces philosophes a un côté nébuleuse. Comme ils parlent trop bien, ils émeuvent un peu moins. A trop fréquenter les dieux, les déesses de la langue philosophale, auraient-ils perdu leurs poils d’humanité ?

    La pensée sur son nuage permet-elle à ce point de décrocher de la réalité qu’il soit possible d’être heureux en remuant rêves et humeurs,  en faisant abstraction des contingences. Diogène est un humain qui prône l’autarcie, qui entend vivre comme il l’entend et a rayé de sa carte toute convention sociale. De tels personnages existent qui ont plus l’air d’artistes excentriques que de philosophes.

    Alain LECLERC est un Diogène vraiment impressionnant, très physique mais aussi vulnérable. C’est le Boudu philosophe sauvé par une putain fort dégourdie, Hariola (Aphrodite déguisée), interprétée avec vivacité par Anne JACQUEMIN.

    La langue de Jacques RAMPAL brillante, lustrée s’accorde à la mise en scène d’Elsa ROYER qui a choisi un décor de bande-dessinée. Tous les comédiens épatants forment une ronde de silhouettes philosophiques, de comédie.

    La fameux tonneau est aussi sage qu’une image. Il n’entend pas exploser car l’amour rôde et l’amour ne fait pas d’histoire quand il se frotte à un philosophe, il aide à vivre, en tout cas il aura raison de Diogène, ce sauvage.

    Le philosophe et la putain est un conte qui finit bien, instructif comme tous les contes, qui fera rêver en vers et en musique les philosophes en herbe.

    Paris, le 5 Septembre 2015                           Évelyne Trân

CYRANO DE BERGERAC D’EDMOND ROSTAND au THEATRE DU RANELAGH – 5, rue des Vignes 75016 PARIS – à partir du 10 Septembre 2015

Auteur : Edmond Rostand

Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre

Avec : Stéphane Dauch, Charlotte Matzneff, Simon Coutret ou Alex Disdier, Edouard Rouland, Yves Roux ou Grégoire Bourbier, Didier Lafaye ou Antoine Guiraud, Geoffrey Callènes, Emilien Fabrizio, Nicolas Le Guyader, Mona Thanaël ou Barbara Lamballais, Petr Ruzicka ou Survier Flores ou Aramis Monroy

Musique Originale : Petr Ruzicka

Costumes : Corinne Rossi

Décor et Accessoires : Vanessa Rey-Coyrehourcq

Cyrano de Bergerac au Théâtre le Ranelagh2h – Surtitré en anglais

À partir du 10 septembre 2015

Du mercredi au samedi à 20h45 + samedi à 16h30 + dimanche à 17h

Supplémentaire le 11 novembre à 16h

Supplémentaires à 16h30 les 5, 12, 19, 21, 22, 23, 26, 28, 29, 30 décembre 2015

et le 2 janvier 2016 / Relâches les 1er oct, 1er nov, 11 novembre 21h

Voilà un spectacle qui a eu beaucoup de succès au Théâtre MICHEL, la saison dernière. Le voici de retour au Théâtre du RANELAGH qui fait partie de ces de ces scènes qui respirent le bon vieux Paris, celui d’Aristide Bruant, les Grands Boulevards, le Moulin Rouge  etc. Il ne faut pas s’étonner d’y rencontrer beaucoup de touristes. La création de Cyrano de Bergerac en 1897 a marqué cette époque et son retentissement a valu à son auteur Edmond ROSTAND, une réputation internationale.

 Et puis Cyrano n’est pas un héros triste, c’est une vedette typiquement française  qui parle une langue hors du commun,  l’alexandrin faisant  chanter le français avec une virtuosité imparable.

 Il faut être un jongleur de mots pour adopter cette langue vive, baroque, truffée de jeux de mots. Le texte représente à lui seul une épopée linguistique. Il est vrai que Cyrano a été créé par Edmond Rostand, pour   un comédien surdoué  nommé COQUELIN qui réclamait un rôle à sa démesure.

 Epique, comique,  patriotique, romantique, la pièce soulève plusieurs genres et  introduit même des scènes musicales. L’histoire d’amour fort romanesque et presque invraisemblable est de nature à tenir en haleine les âmes sensibles, les épisodes culinaires excitent les papilles, et les scènes de cape et d’épée nous rappellent les Trois Mousquetaires.

 La mise en scène de Jean-Philippe DAGUERRE est particulièrement animée et colorée. Elle met en valeur l’essentiel, le texte et la fantaisie de la pièce. Les costumes sont également très réussis et l’ambiance  musicale assurée par le grand violoniste Petr RUZICKA, est enrichie de pièces et de chants inédits dont certains signés de ROSTAND lui-même.

 Les comédiens du GRENIER BABOUCHKA mènent la danse avec une belle énergie et Stéphane DAUCH qui joue le rôle-titre savoure l’alexandrin  avec panache.

 Un spectacle divertissant, requinquant, très agréable. Cyrano de Bergerac fait partie des classiques incontournables, et l’on aurait pu craindre un certain académisme, or la mise en scène de Jean-Philippe DAGUERRE y apporte sa touche poétique et musicale avec beaucoup de finesse.

 Paris le 17 Novembre 2014, mis à jour le 1er Septembre 2015       Evelyne Trân