FESTIVAL MONDIAL DES THEATRES DE MARIONNETTES de CHARLEVILLE-MEZIERES – Le Géant d’Altzo Opéra avec gaines, tiges, ombres et masques – Basque, surtitré en Français SALLE MME DE SÉVIGNÉ

LE GEANT D'ALTZO

Texte : Koldo Izagirre ; Direction musicale : David Azurza ; Direction théâtrale : Emmanuel Marquez ; Création marionnettes et scénographie : Néstor Basterretxea ; Fabrication marionnettes et scénographie : Taller Menina ; Éclairage : Xabier Lozano ; Chef d’orchestre et choeur : Juanjo Ocón ; Chorale : Orfeoi Txiki de San Sebastién ; Basse : Jagoba Fadrique, Joseba Carril ; Tenor : David Azurza, Xabier Anduaga ; Mezzo-soprano : Maite Arruabarrena, Marifé Nogales ; Violoniste : Tomás Ruti ; Clarinettiste : Luis San Sebastián ; Flûtiste :Rakel Rivera ; Percussionniste : Iraide Ansorena ; Accordéoniste : Aitor Furundarena ; Coproduction : Fundación Donostia/San Sebastián 2016 (Capital Cultural Europea), Topic Tolosa et Teatro Barakaldo

Dans un petit village basque, les villageois assistent à la croissance démesurée d’un enfant Migel JOAKIN atteint de gigantisme dont la taille avoisinera celle d ‘un grand arbre. Un pirate Huyfu propose aux parents d’emmener Migel JOAKIN à travers l’europe pour l’exhiber comme phénomène de foire. Au cours de son voyage qui durera des années le jeune homme découvrira San Sebastian, Madrid, Londres, Paris et aussi l’amour. Revenu au village, il sera accueilli comme un héros.

Migel Joakin

Ce conte en langue basque sous titrée, qui traite du respect des différences, est inspiré de la vie de Migel JOAKIN un géant né au début du 19ème siècle. Son histoire qui continue à faire sensation forme la trame d’un bel opéra pour enfants avec orchestre, choeurs constitués d’une vingtaine d’enfants, chanteurs et bien sûr les marionnettes à gaines et à tiges, de petites ou très grandes tailles créées par Nestor Basterretxea.

Emmanuel Márquez assure la mise en scène et la musique composée par David Azurza contribue au charme de ce spectacle pluridisciplinaire, très coloré et au plaisir grandissant de découvrir les accents de la langue basque à travers un conte traditionnel très émouvant.

Paris, le 29 Septembre 2015                        Evelyne Trân

FESTIVAL MONDIAL DES THEATRES DE MARIONNETTES de CHARLEVILLE-MEZIERES – Rahoo la légende de l’éclipse lunaire JOE LOUIS THEATRE Marionnettes à tringle * Thaï, surtitré en Anglais -SALLE BAYARD –

RAHOO

Producteur et directeur artistique : Pisutr Yangkheiosod ; Directeur et concepteur musical : Surin Yangkhieosod ; Dramaturges : Yupin Kulanitya et Veerasin Changkhanoon ; Metteur en scène : Wannasak Sirilar ; Conceptrice costume et comédienne : Sompit Yangkhieosod ; Producteur : Anan Sathusen ; Lumière : Yuth Autayarnin ; Gestion de la production et du projet : Chanunya Choonak ; Coordinatrices : Natnalin Tanvorasupakorn et Karunaporn Chomsiri ; Marionnettistes : Aiyared Yagkhieosod, Chetsada Somsuk, Nartrawee Chamcharad, Nopparat Sujinda, Chittakorn Klinsuea, Napaporn Yangkhieosod, Saliltip Ruedet, Sriwikarn Sangsommart, Niwet Klumchang, Siam Chuathong, Kantapong  Ruangwattanawisit, Thipat Chaiyos, Nattapong Ratmai, Natthaphon Thongkam ; Photo : Joe Louis Theatre

Voici une belle légende, épique, qui a pour héros Rahoo, le démon qui mangea la lune.

Une légende pleine de turbulences dont s’empare avec brio LE JOE LOUIS THEATRE troupe de théâtre traditionnel des marionnettes thaï, le hun lakom lek.

Ces marionnettes à tringle, en bois léger et papier mâché, se distinguent par leurs costumes étincelants et leur hauteur d’environ 80 cm. Il faut trois marionnettistes (hommes ou femmes) pour manier chacune d’elles. Ceux qui soulèvent les tringles cousues sur les mains et celui au centre qui les soutient par les pieds.

Les artistes sont de véritables danseurs qui communiquent leurs mouvements aux personnages mais réussissent à se faire oublier au profit de marionnettes à forte personnalité, notamment celle de Rahoo.

De vrais ballets de marionnettistes emportés par les histoires de guerre et d’amour des dieux et démons de la légende pour un spectacle essentiellement visuel et musical.

Et pour prouver qu’elles ne trichent pas, que leurs atours ne sont pas que vanité, paillettes et illusions, les marionnettes « démoniaques » à l’issue du spectacle se dégourdissent au milieu du public, pour faire perdre contenance aux dames en fouillant dans leurs sacs ou effrayer involontairement les bambins.

Un beau spectacle qui illustre avec panache le sentiment que la tradition n’entend pas rester figée, bien au contraire, elle constitue la sève de toute création, lorsqu’elle a pour gage et moteur le goût pour le merveilleux, l’éternelle fanfare de ces dieux et démons thaïlandais très, très expressifs !

Paris, le 28 Septembre 2015                               Evelyne Trân

Un Deux Trois… Soleil de Christelle George du 16 septembre au 28 novembre 2015 du mercredi au samedi à 19 HEURES – Dimanche 15 Heures – Relâche 1er novembre –

Un, Deux, Trois... Soleil ! au Théâtre le Ranelagh

Auteur : Christelle George

Mise en scène : Michel Voletti assisté de Valérie Rojan

Avec : Delphine Depardieu, Jérémie Duvall, Marie Tirmont & Michel Voletti

Lumières: Jacques Rouveyrollis assisté de Jessica Duclos

Décors : Isabelle Georges

Claire a quitté sa famille, il y a douze ans, porteuse d’un secret douloureux, qui continue à l’oppresser. Puis un jour au moment où débute la pièce, elle revient dans la maison familiale où son père tient un café.

L’auteure de la pièce, Christelle George, ausculte la toile d’une famille où une araignée a pondu ses poches d’oublis, de souffrances inavouées et d’incompréhension.

Cette araignée est -elle la mère qui brille à la fois par son absence et sa présence ? Nous ne connaîtrons d’elle que ce qu’en disent la sœur, le père, le fils et puis Claire. Leurs versions, il va sans dire, sont toutes différentes.

C’est l’arrivée de Claire qui va faire tomber la toile du drame que devront parcourir tous les protagonistes avant de se rejoindre lors d’un ultime souvenir d’enfance, un jeu « Un Deux Trois… SOLEIL » .

Michel Voletti, assisté de Valérie Rojan signe une mise en scène feutrée, intimiste qui tient de la confession, épousant ses lenteurs, ses écueils, à brûle pourpoint.

Le comportement de Claire introvertie joué par Delphine DEPARDIEU, contraste avec celui de sa sœur, interprétée par Marie TIRMONT, très agressive. Le père quant à lui paraît résigné. Seul éclair de jeunesse et d’insouciance, le fils interprété avec pétulance, par Jérémie Duvall.

« Un Deux Trois… SOLEIL » traite d’un sujet délicat, le deuil d’une mère aimée qui a sombré dans la folie. C’est un sujet traité avec délicatesse et retenue. Néanmoins, la pédale douce, respectueuse des émotions de chacun des personnages serait d’autant plus éloquente à notre sens, si elle s’autorisait plus de mouvement, plus de rythme.

Comment sans artifices exprimer des émotions indicibles, gageons que l’un deux trois… soleil final saura les sublimer !

Paris, le 28 Septembre 2015                    Evelyne Trân

Partie en Grèce de Willy RUSSELL avec Valérie MAIRESSE A partir du 16 septembre 2015 du mardi au samedi à 19h – Au THEATRE DE LA BRUYERE – 5 Rue la Bruyère, 75009 Paris –

PARTIE EN GRECE

Adaptation Catherine MARCANGELI Mise en scène Marie-Pascale OSTERRIETH Décors Pierre-François LIMBOSCH Costumes Charlotte DAVID Musique Jacques DAVIDOVICI Lumières Laurent CASTAINGT – See more at: http://www.theatrelabruyere.com/spectacles/partie_en_grece.php#sthash.NQ4XLWxs.dpuf

Partie en Grèce , adaptée d’une célèbre pièce de Willie RUSSEL, « Shirley Valentine » écrite en 1988, met en scène, une jeune femme quinquagénaire, qui décide un jour de « plaquer » son mari dans un coup de tête ou bien un coup de folie, tout simplement parce qu’elle a décidé de partir en vacances.

Mine de rien, l’auteur britannique à travers le personnage de Solange ROSSIGNOL tire à boulets rouges avec humour sur la machisme dinosaurien de l’époux, sur la misère sexuelle du couple etc.

Il en faut de l’audace tout de même pour s’arracher à vingt ans de somnolence, d’engloutissement dans l’espace étriqué d’une vie morne, sans horizons, avec pour seul interlocuteur un mur.

Valérie MAIRESSE rayonnante réussit à faire sortir de ses gonds cette Solange opprimée, envahie soudain par une sorte de tremblement de terre, que de mauvais esprits diraient hormonal, qui va la propulser en Grèce et lui permettre enfin de s’épanouir et de jouir de la vie.

Solange ROSSIGNOL est une combattante. Elle parle avec tout son corps, un corps de femme. C’est cela qui est émouvant, qui interpelle dans  l’interprétation de Valérie MAIRESSE qui devient en quelque sorte la porte parole d’une femme hors bornes, ni jeune, ni belle, ordinaire, celle la qui existe hors des catalogues et des rôles d’épouse ou de mère.

Il n’y a pas que les hommes qui ont leur crise de la cinquantaine, voici donc un spectacle qui chatouillera bien des hommes. Valérie MAIRESSE en véritable amazone des ménagères de cinquante ans, fait trembler la scène du théâtre de la Bruyère !

Paris, le 28 Septembre 2015                    Evelyne Trân

FESTIVAL MONDIAL DES THEATRES DE MARIONNETTES de CHARLEVILLE-MEZIERES – TEAHOUSE – CIE LE PILIER DES ANGES & THÉÂTRE DU CHEMIN CREUX / YEUNG FAÏ Marionnettes à gaine chinoise – SALLE DE NEVERS – Puis au THEATRE MOUFFETARD – 73 rue Mouffetard 75005 PARIS – du 6 au 29 Novembre 2015 –

teahouse

Conception, marionnettes, jeu : Yeung Faï ; Mise en scène : Grégoire Callies ; Scénographie : Jean-Baptiste Manessier ; Construction : Éric Jolivet ; Musique : Thomas Demay ; Lumière : Boualème Bengueddach ; Conseiller artistique : Thierry Tordjman ; Production : Cie Le Pilier des Anges – Théâtre du Chemin Creux ; Diffusion : T.Tordjman / T&T Productions ; Photo : Eric Didym

Une table comme un établi avec plusieurs panneaux coulissants castelet cubique lumineux, écritoire, théâtre pour maison de marionnettes, voilà juste ce que possède le marionnettiste qui raconte la difficulté d’exercer son art en Chine. La mise en scène de Grégoire Callies et la scénographie de Jean Baptiste Manessier séduisent par leur sobriété.

Ce sont les marionnettes, elles mêmes, à travers quelques saynètes rebondissantes qui témoignent des événements politiques et culturels qui ont transformé la Chine au cours du vingtième siècle, de façon fulgurante.

Mettons nous dans la peau de ces marionnettes agitées avec une dextérité inouïe par Yueng Faï pour imaginer leur trouble existentiel. Exercées à jouer des scènes de vaudeville dans leurs costumes précieux,  il leur a fallu endosser l’accoutrement grossier des guerriers de la guerre de Corée puis mimer leur amour indéfectible pour Mao et enfin troquer leurs gracieuses figures pour des bonnets de Mickey au karaoké !

Les marionnettes pour subsister ne doivent elles pas rester en phase avec leur temps, quitte à perdre leur âme et devenir des marchandises à deux sous ?

C’est un cri du cœur de Yueng Faï qui se met en scène avec ses compagnes . Son spectacle a l’allure d’un poème vivant animé par des créatures qui a vrai dire ne soucient guère du temps qui passe. Il suffit de prendre à témoin les belles colonnes calligraphiées en caractères chinois pour se dire que si l’art de la calligraphie se transmet depuis des millénaires, l’art de Yueng Faï, le peut aussi, étant de même essence poétique et raffinée.

Comme c’est bizarre, Yueng Faï coiffé d’un chignon à l’ancienne,et ses marionnettes caméléon, ma foi, fort combatives, respirent la jeunesse !

Paris, le 28 Septembre 2015                            Evelyne Trân

 

 

Père d’August Strindberg Mise en scène Arnaud Desplechin Du 19 septembre 2015 au 4 janvier 2016

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Et : Sward, ordonnance du capitaine : Laurent Robert
Voix de la mère de Laura : Claude Mathieu

Père, c’est un titre fort sobre pour une pièce qui peut résonner comme une interjection ou même une interrogation . A travers ce seul mot, c’est toute une société patriarcale avec tous ses fantômes , ses revers, ses boucliers de lois, apparemment inamovible, qui peut commencer à trembler.

Dans ce drame, si STRINDBERG jette le trouble sur cette notion de père, il semble que bien que cela soit pour mettre en évidence, la vulnérabilité d’un homme face à sa femme qui entend s’opposer à son autorité de droit.

Jeu de rôles ordinaire que celui d’un couple bourgeois de la fin du 19ème siècle, qui tient, il faut le souligner depuis une vingtaine d’années pour le Capitaine et sa femme. Le bât va blesser au tournant lorsque l’homme et la femme vont devoir songer à l’avenir de leur fille. L’enfant c’est, c’était la colonne vertébrale du couple. L’homme et la femme pouvaient faire semblant d’être ensemble tout en vivant le dos tourné à l’autre. Lors d’une décision capitale sur l’éducation de leur fille, le capitaine et sa femme se retrouvent face et face . Qu’est ce donc que l’autorité de droit face à l’autorité de fait ? « Prouves donc que tu es le père » lance Laura au Capitaine qui du coup réalise qu’il n’a pas le monopole de parent. Éclaboussé par le doute, c’est toute la reconnaissance en tant que père aussi bien par sa femme que par sa fille, qui lui est retirée. C’est un choc moral, affectif, pernicieux qui finira par faire sombrer dans la folie le pauvre Capitaine.

Il ne s’agit pas d’une folie spectaculaire, le mal était là qui germait depuis des années. Coincés dans leurs rôles respectifs, c’est néanmoins le père qui semble avoir toujours eu le beau rôle et la femme celui du rang inférieur, prisonnière de la volonté de son époux. Or de façon très surprenante, STRINDBERG entend montrer que le Capitaine en a assez aussi de cette image virile qui lui colle à la peau, il invoque une autre réalité, celle d’un être de chair, et en paraphrasant Shylock du marchand de Venise, il répond à Laura  : Oui, je suis un homme, et je pleure. Un homme n’a t-il pas des yeux ? N’a t-il pas aussi des mains, des sens, des inclinaisons ? Ne se nourrit-il pas, tout comme une femme ?

S’agit-il vraiment d’une guerre de sexes ? Il s’agit selon STRINDBERG « d’une lutte entre les âmes » qui finit par éclairer ces zones d’ombres, la part féminine de l’homme, la part virile de la femme.

Le décor se veut inaltérable, presque poussiéreux et austère avec ces rangées de bibliothèque fantôme, ses longues portes, et ses fenêtres presque calfeutrées qui laissent passer une paresseuse lumière. Qu’est ce donc que ce décor lourd et placide par rapport aux individus qui s’y trouvent en quelque sorte prisonniers.

Seule véritable nappe de lumière, l’amour, refuge ultime du Capitaine consumé, retombé en enfance, qui meurt entouré de sa femme et de sa vieille nourrice.

La direction d’acteurs par Arnaud DESPLECHIN est formidable. Dans cette mise en scène, la vie s’agite comme une petite flamme en haut de la bougie, et l’on peut fort bien s’y brûler en y passant le doigt.

Michel VUILLERMOZ donne une dimension humaine unique à ce Capitaine en quête de reconnaissance, Anne KESSLER, compose une Laura, complexe et poignante. Leurs partenaires Thierry HANCISSE et Martine CHEVALLIER sont également excellents. Nous ne sommes pas au cinéma, mais l’on sent bien le film intérieur de chacun des personnages à travers leurs visages. De loin ou de près, le théâtre permet certains flottements d’âmes, le temps d’un drame et dans le cas de la poussée de fièvre existentielle de STRINDBERG, c’est extraordinaire !

Paris, le 26 Septembre 2015                          Evelyne Trân

We call it love de Carole KARAMERA par Ishyo Arts Centre / Carole Karemera & Denis Mpunga – Un spectacle proposé par le THEATRE DE LA POUDRERIE lors de l’ouverture de la saison 2015-2016 de création à domicile, les 19 et 20 Septembre 2015.

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Comédiens : Carole KAREMERA et Eliane UMUHIRE (en alternance) Michael SENGAZI 

Ecriture :  Felwine SARR et Carole KAREMERA

Composition musicale et interprétation Hervé TWAHIRWA

Le lieu est rudimentaire, il s’agit d’un bungalow. Les spectateurs prennent quasiment possession de tout l’espace. Trois rangées qui font face à trois autres rangées, seulement séparées tout au plus d’un mètre. C’est dans cette mince enfilade telle une traînée de terre dans un champ que vont se rencontrer une femme et l’assassin de son fils.

Pour évoquer le génocide de 1994, les jours les plus sombres du RWANDA, Carole KAREMERA auteure et comédienne de « We call it love » porte sur ses épaules le châle d’une mémoire douloureuse qui refuse de rester pétrifiée . La blessure personnelle, cruelle béance entre les vivants et les morts s’ouvre au plus profond du cœur d’une femme qui ira jusqu’à dire à l’homme, assassin de son fils « Désormais, tu es mon fils, mon fils en humanité » .

Les instruments à vent et à percussion traversent l’espace de leurs sons rauques, plaintifs, inquiétants dans l’obscurité. Mais la femme voit à travers la nuit, les morts ne sont par morts comme le chante si bien Birago Diop, les esprits du fils et du mari se manifestent naturellement.

Cette pièce tirée d’une histoire vraie a été créée à la suite de recherches sur le thème des droits de l’homme et de la mémoire des génocides.

Mise en scène de façon très sobre par Denis Mpunga , servie par d’excellents comédiens, cette création intense donne la parole à ces personnes capables de dépasser la haine, l’esprit de vengeance, par respect de la vie fût elle celle d’un assassin, par croyance en l’homme, par instinct d’amour. Un magnifique témoignage de femme !

Paris, le 21 Septembre 2015                             Evelyne Trân

APERO-POLAR 1 – Un feuilleton théâtral d’après La petite écuyère à cafté de Jean-Bernard POUY (Editions Baleine) proposé par le THEATRE DE LA POUDRERIE lors de l’ouverture de la saison 2015-2016 de création à domicile, les 19 et 20 Septembre 2015.

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Avec Nathalie Bitan et Laurent Lévy

Ils sont assis devant une table d’écoliers où des joujoux divers, petites automobiles, boîte à musique, vache bêlante, etc . pointent leur nez. Non, nous ne sommes pas à l’école maternelle ! Mais tout de même voilà pour les spectateurs l’occasion unique d’un retour à l’enfance, celle des feuilletons radiophoniques, les plus croustillants, les plus drôles. Que les anciens se souviennent de l’époque de »Signé Furax » ou de « Malheur au barbus ».

Les jeunes ne seront pas en reste.Il suffit d’un tour de magie de deux comédiens accessoiristes pour visualiser par enchantement la substantifique moelle d’un feuilleton policier en deux épisodes, tiré de «La petite écuyère à cafté » de Jean-Bernard POUY.

Suspens garanti, au cours d’une lecture très animée où nous faisons connaissance avec un personnage inquiétant « Le poulpe » qui doit débrouiller une sombre affaire de suicide de deux jeunes victimes d’un complot politique effarant.

La plume de Jean-Bernard POUY truffée d’humour déjanté se prête à merveille aux voix des deux conteurs qui réussissent à jouer une pléiade de personnages, en déployant moult mimiques, à brandir leur accessoires, tout au fil d’une histoire pleine de péripéties.

C’es drôle, piquant, original, superbement réglé aussi. Les comédiens, Laurent LEVY et Nathalie BITAN emportés par le récit s’y ébrouent comme des poissons dans l’eau.

Ce spectacle créé par la Compagnie des Hommes fait partie des 12 spectacles à domicile proposés par le Théâtre de la Poudrerie lors de l’ouverture de la saison , les 19 et 20 Septembre.

Sans nul doute, ce spectacle plein de charme sera adopté par des les habitants de Sevran venus très nombreux assister à cette ouverture de saison.

Ce spectacle ambulant, véritable tapis volant, a vocation à tourner dans grand nombre de maisons à SEVRAN, aux alentours jusqu’à CLICHY SOUS BOIS. Qu’on se le dise !

Paris, le 21 Septembre 2015                   Évelyne Trân

Au-Dehors – Texte et mise en scène de Alain Ubaldi Avec Stéphane Schoukroun au Théâtre de Belleville 94 rue du Faubourg du temple 75011 PARIS du 14 septembre au 6 octobre 2015 – les lundis 21H15 et mardis 19H30

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  • Auteur / Metteur en Scène :
     Alain Ubaldi
  • Directeur technique / Créateur lumière :
     Thomas Falinower
  • Scénographe associé :
     Wilfrid Roche
  • Conseiller littéraire et artistique :
     Estelle Gapp

Un homme qui vient d’être licencié pour dix minutes de retard à son poste de travail exprime dans un monologue intérieur, le sentiment terrible d’être soudain coupé du monde. La douleur est morale . Elle réveille toutes les blessures antérieures, elle est pernicieuse, lancinante et surtout elle n’a pas d’autre interlocuteur que le sujet lui même .

C’est toute sa conscience du lendemain qui se trouve subvertie, c’est le trou noir. Il est devenu un point noir autour duquel le monde tourne sans le voir. Il se trouve effacé d’une page où il a joué sa vie sans y penser et se retrouve seul face à lui même.

Est-il possible de faire retentir le bruit de la solitude ? L’auteur semble vouloir atteindre le la d’une solitude qui se peuple progressivement de toutes sortes de souvenirs. Tout d’abord c’est une voix off qui tire le rideau de la pénombre où l’on voit se mouvoir un homme devenu une ombre. Cette voix off se dresse comme un mur de paroles, impassible, monocorde qui contraste avec la vision d’un homme quelconque, juste une silhouette.

Et puis c’est autour de la silhouette de prendre corps, soudain on entend la voix sortir de son corps, cette voix que le spectateur attendait. La chair éclate, on la voit s’éclater, s’éclabousser comme perforée par des pensées qui s’entrechoquent dans le tumulte d’une émotion incontrôlable. Pour se contenir, l’homme rapproche sa voix qui se dépêche vers l’extérieur de celle qui est enregistrée dans un magnétophone. Va t-il devenir la toupie de ses émotions, dans quel but ?

La mise en scène est organisée autour de plusieurs figures du même homme, qui devenu le centre de son propre monde, doit bien pouvoir bénéficier de ses instances temporelles, le jour , la nuit grignotées par l’aube et le crépuscule.

La mise en scène devient un axe de l’écriture pour devenir une ancre . Sans doute s’affiche t-elle trop, presque brutalement.

L’interprète, Stéphane SCHOUKROUN est étonnant, nous l’avons pris pour l’auteur lui même , tour à tour, effacé, chaotique, offensif.

A travers, l’écriture de Alain UBALDI, nous pouvons éprouver combien les pensées d’un homme travaillé par la souffrance, ne suivent pas la grammaire d’un monde auquel pourtant nous sommes assujettis. Faut-il croire qu’il n’y a que les trains qui ne déraillent pas ?

Pensées retournées, essoufflées, amputées, amochées, dans le brouillard, sur nos rails, qui tentent d’exulter malgré tout sous le soleil. Belle illusion théâtrale !

Paris, le 21 Septembre 2015                               Évelyne Trân

LES NOUVEAUX BARBARES -Texte et mise en scène Frédéric El Kaïm au THEATRE DE BELLEVILLE 94 RUE DU FAUBOURG DU TEMPLE 75011 PARIS – DU 16 AU 20 SEPTEMBRE du mer. au sam. à 21H15

les nouveaux barbares

Avec Cyril Amiot, Limengo Benano-Melly, Sébastien Boissavit, Roger Contebardo, Françoise Goubert, Jean-Marc Foissac, Céline Perra, Thierry Rémi et Alexandre Tessier

Création lumière Yannick Anché

Régie Benoit Chéritel

Vidéo Alain Chasseuil

Production Une Compagnie

Avec le soutien de l’Office artistique de la région Aquitaine, du Conseil Général de la Gironde et de la ville de Bordeaux

Les managers ont-ils vraiment en point de mire l’organigramme de leur entreprise aussi imposant qu’un énorme oignon qui tel un phénix fait vœu de renaître toujours de ses cendres ?

Frais et pimpant, l’oignon trône à chaque coin de table du manager, chacun croit y avoir sa part à chaque pelure. Qu’il soit pourri à l’intérieur au niveau de la pulpe, c’est une autre histoire !

L’objectif performance est naturellement au cœur de toute entreprise , les dirigeants recrutés parmi « les tueurs », n’ont pas d’autres interlocuteurs que les chiffres brandis par les actionnaires . Ils délèguent à la DRH , la direction de ressources humaines le soin de régler tous les petits problèmes collatéraux de leurs employés.

Dans la fable tirée d’un fait divers réel que nous raconte avec un humour redoutable Frédéric El Kaïm, nous assistons à une véritable valse de coupeurs de têtes. Un pauvre type qui a eu le malheur de perdre son fils reçoit une lettre de licenciement invoquant sa baisse de motivation. D’un point de vue managérial, c’est tout à fait justifié, d’un point de vue humain, c’est plutôt ignoble. L’affaire fait grand bruit, elle est relayée par les médias, le pauvre type est réintégré, et celui qui a obéi aux ordres, licencié à son tour, turn over oblige.

Faisons notre travail et ne pensons pas .Tels des zombies , les employés vaquent à leur tâches pour survivre, aiguillonnés par la seule peur d’être licenciés, tels des moutons qui croient pourtant échapper à l’abattoir. Le boucher, un homme de belle prestance qui apparaît en vidéo finale, n’a qu’un défaut, il ne se salit jamais les mains, il est inatteignable, il ressemble en tous points au Big Brother du roman 1984 de Georges ORWELL.

La pièce de Frédéric El Kaïm est le fruit d’une enquête auprès de salariés, mangers, psychologues, médecins du travail, elle fait référence à de grands groupes privés ou publics. Associé à un collectif de comédiens, il entend les faire tous participer à sa création qui ne comprend pas de personnage principal.

Le résultat est réjouissant. La complicité entre les comédiens dynamise la mise en scène où les scènes de vie de l’entreprise souvent burlesques s’enchaînent avec vivacité.

Du coup, un peu d’espoir circule dans nos têtes, oui il est possible de prononcer le mot entreprise, le mot création, en croyant aux hommes en chair et en os, tels ces comédiens qui travaillent pour un théâtre imaginatif et sensible, avec un public non virtuel, en chair et en os lui aussi ! Oust là Big Brother !

Paris, le 19 Septembre 2015                       Evelyne Trân