HAMLETde William Shakespeare, mis en scène par Daniel Mesguich au Théâtre de l’Epée de Bois – Cartoucherie de Vincennes – du 4 au 30 novembre 2014 du mardi au samedi à 20h30 – Dimanche à 16h00

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Auteur : William Shakespeare
Artistes : William Mesguich, Anne de Broca, Zbigniew Horocks, Philippe Maymat, Rebecca Stella, Eric Bergeonneau, Yann Richard, Florent Ferrier, Marion Fremont, Sarah Gabrielle, Tristan Willmott, Joëlle Lüthi
Metteur en scène : Daniel Mesguich

Il est impossible d’autopsier HAMLET, la pièce la plus connue de Shakespeare sur laquelle des milliers d’érudits se sont penchés.

 C’est l’histoire d’un homme qui a la révélation du meurtre de son père par son oncle et qui reçoit l’ordre par la voix d’un spectre de le venger. Cette révélation trouble d’autant plus l’esprit du héros que ce dernier avait l’intuition de cette infamie, étant déjà passablement dégoûté par le mariage de sa mère avec son oncle, dès le décès de son père.

 Hamlet est un personnage complexe qui ne recule pas  devant la vérité puisqu’il accepte d’écouter le spectre. Dans sa position de voyant qui sait ce qui se cache derrière la bonhomie de son oncle, la perception de son entourage devient plus aigüe. En proie à une lucidité ténébreuse, il simule la folie pour mieux déchirer progressivement, les masques de ses proches. La vengeance qu’il doit accomplir étant inéluctable, il se trouve malgré lui dans la position d’un homme dont la vie des autres dépend. C’est ce malgré lui qui fait obstruction à son action immédiate.

Tant que les  personnages vivent dans l’illusion, celle du bonheur, les rapports amoureux et filiaux, tout va bien, mais dès lors qu’un coin du voile se soulève signifiant la présence du mal et du vice, tout s’effondre.

 Cette pièce parle dans le fond des limites psychiques humaines  et de ces  émotions qui n’ont pas d’autre choix que de passer par le langage de la folie,  ou s’exorciser au théâtre.

 C’est à travers le regard d’Hamlet que Daniel MESGUICH  conçoit sa mise en scène aussi déconcertante que le personnage. Il fait sortir du miroir les doubles d’Hamlet et d’Ophélie. Hamlet et Ophélie aussi fous l’un que l’autre peuvent bien être plusieurs. Dans un monde où l’apparence est de rigueur, Hamlet décide de jouer son personnage aux yeux de tous et même de lui-même, ce qu’exprime fort bien William MESGUICH insaisissable.

 La fameuse tirade d’Hamlet « être ou ne pas être … » que l’on attend comme la chute du Niagara sort confusément de la bouche du comédien qui doit assurer la pantomime du meurtre du père devant le roi et la reine. Petite déception vite oubliée lorsque dans la position du penseur de Rodin, le vrai Hamlet  « s’y colle » enfin.

 Plusieurs lits font leur apparition, lit de couple, lit d’enfant. Polonius devient un personnage haut en couleur. Une scène particulièrement violente nous montre Hamlet jetant dans les bras de sa mère le cadavre de Poloniums.

 C’est Hamlet qui s’empare d’Hamlet sous les feux de ses fantasmes. Il est omniprésent dans ce spectacle, sous les traits de William MESGUICH, le socle et l’enclume dans la voix, et la prestance d’un Gérard Philipe.

 Il y a une leçon de théâtre dans la pièce que donne Hamlet aux comédiens qui dit notamment que la scène doit offrir à la vie un miroir. Celui qu’offre Daniel MESGUICH  est très personnel. Ce sont des éclats de verre saillants mais solides qui tendent vers le rêve. Entrée et sortie, nous retiendrons au final, cette vision d’Hamlet jouant au ballon devant son beau-père et sa mère, c’est la plus suggestive, la plus impertinente.

 Avec une belle distribution de comédiens, toute la mise en scène d’Hamlet par Hamlet, dérange, déconcerte, interroge, mais ne peut laisser indifférent.

 Paris, le 9 Novembre 2014              Evelyne Trân

 


LES TROYENNES – LES MORTS SE MOQUENT DES BEAUX ENTERREMENTS – de KEVIN KEISS D’APRES EURIPIDE –

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Mise en scène  Laëtitia Guédon  Avec:

Blade Mc Ali M’Baye : Poséidon  et Athéna,

Mounya Boudiaf : Andromaque, 

Kevin Keiss : Coryphée, 

Adrien Michaux : Talthybios, 

PierreMignard : Ménélas,

Marie Payen :Hécube,

ValentineVittoz:Hélène, 

LouWenzel :Cassandre

Euripide, premier journaliste de son époque, il y a plus de 2000 ans qui rapporte des faits de guerre, qui dénonce les exactions d’un peuple guerrier le sien, à  travers cette tragédie  « LES TROYENNES » a choisi de donner la parole aux femmes des vaincus, celles là même qui étaient condamnées au silence, à l’oubli, à l’extinction.

 Cette pièce qui fait partie d’une trilogie perdue parle de la fin de la Guerre de Troie à travers les voix de quatre femmes, la vieille Hécube, épouse de  Priam, Cassandre sa fille, Andromaque et Hélène qui se retrouvent prisonnières dans un camp. C’est à travers leurs sentiments et leurs positions  que le spectateur découvre toute l’horreur de cette guerre de Troie.

 Cette pièce constitue un véritable plaidoyer pacifiste. Parce qu’elles donnent la vie, les femmes peuvent devenir les porte-paroles d’un plaidoyer pour la paix dans un monde barbare. Il y a cette intuition chez Euripide que porter la voix de la mère, c’est aussi porter celle de l’enfant qu’elle a  couvé, qu’elle a mis au monde et puisque le dialogue avec la barbarie était impossible, il importait d’écouter ceux et celles qui en sont victimes.

 L’indignation et la révolte font encore partie de ses sursauts de vie, cet instinct de conservation humain capable de contrer l’instinct de mort et de destruction.

 Visuel 1 © Alain Richard

 

Photo Alain Richard

Hécube, la vieille Hécube grand-mère qui enserre le petit cercueil de son petit fils dans ses bras, condamnée à cette vision de mort, ne peut oublier qu’elle a donné la vie. Cette mémoire-là est indestructible et c’est à travers que s’articulent toutes les voix infortunées de ces Troyennes.

 Invoquer la vie au milieu d’un champ de mort, en parler, y croire encore, oui et comment, un camp de prisonnières esclaves devient le champ d’action d’un dialogue surhumain entre la vie et la mort.

 La parole passe par le corps, celui souillé, trahi, méprisé, déni, mais vivant et fébrile d’une poignée de femmes devenues butin de guerre. N’est ce point invraisemblable ? Ne sommes-nous pas tous les enfants, les descendants de ces femmes ?

 Visuel 5 © Alain Richard (1)

 

Photo Alain Richard

Dans la mise en scène de Laetitia GUEDON, ce sont les corps qui parlent, les paroles sont gestes  et réciproquement. Ils s’accordent pour faire entendre ce qu’on écoute jamais assez, le murmure du vent à travers les arbres, quand les voix fortes rejoignent les plus faibles,  le bruit du soleil sous l’eau, les brûlures et la soif et les terrains vagues,  les fulgurances de la douleur, cela qui ruisselle tout le long d’un regard d’un être apparemment déchu, cette lucidité qui permet aux opprimés de se souvenir que personne ne les empêchera de penser ni de regarder aussi démunis soient-ils. Il n’y a pas de chair sans esprit.

 On est femme à travers son corps. Qui pourrait vous dépouiller de votre mémoire corporelle ? Elle est viscérale.

 Qui d’autres mieux que ces femmes pourraient se souvenir de l’enfant arraché à la vie impunément ?

 Voilà un spectacle qui pourrait bien nous retourner dans nos propres tombes. Les morts  se moquent des beaux enterrements mais n’est-ce pas au-dessus des tombes de nos ancêtres, nos mères, nos pères, que marchent les vivants ?

 Il n’est pas difficile de se souvenir d’eux à travers le sort tragique de ces Troyennes. Euripide n’a pas refait le monde mais en donnant la parole aux vaincues, aux femmes victimes de la guerre – même si la belle Hélène reste coupable comme la fameuse Eve  –  il souligne  aussi leur courage, leur clairvoyance, leur force de vie.

 Il n’y a pas d’autre esthétisme dans  le  spectacle que la beauté de la langue elle-même, adaptée par Kévin KEISS, qui forme un drap lumineux tissé par des voix rebelles et justes, dignes jusque  dans  leur nudité. La présence physique  des quatre interprètes féminines est indéniable, Marie PAYEN est une Hécube particulièrement poignante, Lou WENSEL compose une Cassandre vive et sauvage, Mounya BOUDIAF est une Andromaque terrienne sans artifices et Valentine VITTOZ, une Hélène sensuelle qui ne fait vœu que d’exister. Adrien MICHAUX interprète un TALTHYBIOS au service des vainqueurs, juste et sobre, Pierre MIGNARD impressionnant traine un Mélénas amputé, qui résume à lui seul, l’absurdité et les atrocités de la guerre. Blade Mc Ali M’BAYE à qui l’on doit la création musicale de la pièce, donne leur mesure aux voix divines de Poséidon et Athéna. Et  Kévin KEISS en  Coryphée  apporte sa note de légèreté, d’esprit aérien.

 Du pur théâtre, en vérité, qui donne la primeur au texte et au corps subtilement chorégraphiés par la chorégraphe Yano IATRIDES.

La scénographie, l’éclairage, donnent à la scène l’aspect d’une main nue prête à être traversée par ces Troyennes, le cœur battant.

 Plus que magnifique, voilà un spectacle qui remue nos fibres les plus terriennes, profondément.  

 Paris, le 9 Novembre 2014                   Evelyne Trân

 

 

DANS LES VEINES RALENTIES d’après Cris et chuchotements d’Ingmar Bergman – texte d’Elsa Granat et PEGGY PICKIT VOIT LA FACE DE DIEU de Roland SCHIMMELPFENNIG au Théâtre de l’Aquarium > La Cartoucherie – route du champ de manœuvre – 75012 Paris du 1er au 30 Novembre 2014.

DANS LES VEINES RALENTIES BIS

DANS LES VEINES RALENTIES

mise en scène Aurélie Van Den Daele , photographie et travail visuels Marjolaine Moulin  et les mêmes concepteurs que ci-dessus.

avec Aurore Erguy, Julie Le Lagadec, Marie Quiquempois, Antoine Sastre, Aurélie TOUCAS 

 PEGGY PICKIT VOIT LA FACE DE DIEU

,PEGGY PICKIT

 mise en scène Aurélie Van Den Daele  avec Gwendal AngladeLorraine de SagazanSol EspecheDavid Seigneur

assistant à la mise en scène Grégory Fernandes, scénographie, lumières et son Collectif In Vivo (Chloé DumasJulien Dubuc et Samuel Serandour), costumes Laetitia Letourneau, conception visuelle / photographie Marjolaine Moulin

 « Dévoiler les mécanismes de l’incommunicabilité.. » telle est l’ambition d’Aurélie VAN DEN DAELE, metteuse en scène associée au Théâtre de l’Aquarium qui met en scène deux pièces « Dans les veines ralenties » d’après Cris et chuchotements d’Ingmar BERGMAN et « Peggy Pickit voit la face de Dieu » de Roland SCHIMMELPFENNIG.

 De mémoire, Nathalie SARRAUTE s’était exercée à faire retentir les voix intérieures de ses personnages pour signifier le décalage permanent entre la représentation et le vécu. Le procédé très efficace d’un point de vue réaliste en sortant de l’ombre les pensées et les rancœurs  des individus, nettoie leur mystère, leur ambivalence. N’est-il pas heureux que notre inconscient puisse suppléer aux mécanismes ou réflexes qui soutendent nos comportements ? Ne peut-on remplacer le terme incommunicabilité par celui d’inconnu par exemple ?

 Dans le langage humain, les gestes, les regards, les sourires peuvent fort bien remplacer les mots mais les humains aiment les conventions, ils en abusent. Ce sont les cérémonies familiales, les dîners entre amis où chacun devrait faire bonne figure et qui parfois finissent en catastrophes.

 Il faut bien se mettre les points sur le I, la transparence n’existe pas car si nous étions transparents, nous nous rendrions compte de notre vacuité et nous ne  serions pas ces êtres vivants en chair et en os, enviés par les fantômes.

 C’est par défi peut  être à cette transparence impossible, que la metteure en scène a recours aux effets vidéo qui espionnent chacun des personnages qui enfouissent leurs pensées contrariées sous des dehors convenables.

 Du coup, le traitement des histoires des personnages n’est pas si réaliste puisqu’il introduit un troisième œil, celui de la caméra comme un étranger venu superviser dans la première pièce, le comportement de deux sœurs  venues assister la troisième en train de mourir, et dans la 2ème , celui de deux couples qui vont être rattrapés par leurs mensonges, se piéger eux-mêmes  au cours d’une soirée catastrophique où ils  feront le deuil  de leur « bonne conscience occidentale »  avec pour partenaires  Peggy Pickit, une poupée blanche en latex et Annie Abeni, une poupée noire en bois.

 L’intrusion de cette caméra sied à l’ambiance de malaise que s’inoculent les personnages lesquels perdent un peu de leur chair au profit du virtuel questionnant les âmes errantes en quête de vie.

 Puissent les spectateurs leur rendre le sourire à travers ce vœu indicible de la metteure en scène  « Rendre visible le caché ».

 Paris, le 2 Novembre 2014    Evelyne Trân

 

Tea Time de T. S. Eliot / Justine Wojtyniak par la Cie Retour d’Ulysse à la MAISON D’EUROPE ET D’ORIENT – 3 passage Hennel, 75012 Paris – jeudi 30 et vendredi 31 octobre à 20h30 – jeudi 6 et vendredi 7 novembre à 20h30

TEA TIME BIS

Mise en scène de Justine Wojtyniak et musique de Stefano Fogher

Avec Julie GOZLAN et Stefano FOGHER

Hervé Gajean (Création lumières) Sylvie Tiratay (Regard chorégraphique), Nelida Medina (Dessins), Ana Maria Canejo

 Voilà un spectacle inclassable, passionnant qui fait appel à l’imagination de tous les sens. A partir d’un poème de T.S.ELIOT qui s’interroge sur le temps qu’il lui reste à vivre, un contrebassiste, une marionnettiste, une chorégraphe, et une metteure en scène polonaise fondatrice du Laboratoire Impossible permanent, invitent  le temps de la façon la plus curieuse à les réunir, les perturber, les étonner…

 Ce jeu avec le temps est une merveille, il rappelle beaucoup celui de l’enfance. Il n’est pas parasité par un environnement extérieur. Dès lors, il peut déshabiller les personnages, une jeune femme et un homme plus âgé que l’on voit tout d’abord boire tranquillement leur thé et se dévisager muettement. Et puis tout à coup, l’homme se lève, se dirige vers une contrebasse qui deviendra un véritable personnage et tout en jouant psalmodie une poésie de T.S. ELIOT. Il se complaît dans sa complainte mais sa compagne surgit brutalement avec un mégaphone et l’agresse verbalement.

 Il ne s’agit que d’un début car au fil du temps, l’homme et la femme vont dérouler leurs images, leurs angoisses, leurs pulsions en se détestant, en s’aimant, devenant les jouets de ces intersections des temps morts qui les projettent vers la vie, la musique avec la contrebasse, la danse, la poésie, le théâtre.

 La jeune femme danse avec des cuillères, et fait glisser des tasses, des assiettes sur les cordes de la contrebasse,  elle joue aussi avec  le corps de son compagnon.

 Quelques paroles sont issues des monologues d’Hamlet, des tentatives de Lazare et de l’Enfer de Dante et les comédiens parlent aussi bien l’italien, le français que l’anglais. Mais le texte n’est pas la priorité de la metteure en scène Polonaise Justine WOJTYNIAK, assistée de la chorégraphe Sylvie TIRATAY, qui dit-elle, ne fait que jouer avec.

 De  fait tout le long du  spectacle, on assiste à une sorte de course poursuite qui éclabousse les personnages, animant tous leurs objets. La  contrebasse peut devenir une table ou même un cercueil, les cuillères s’ensorcellent.

L’homme et la femme s’étonnent eux-mêmes, en se provoquant, en provoquant le temps qui court, qui fuit et qui se pose partout.

 Complices d’un instant qui oserait se dissoudre dans une tasse de thé, la marionnettiste Julie GOSLAN et le contrebassiste Stefano FOGHER, donnent l’impression de s’ébattre dans une sorte de temps altruiste, celui de la poésie et du rêve.

 Cette tendresse sonore et forte qui se dégage du spectacle, à la portée d’une tasse de thé, c’est merveilleux !

 Paris, le 2 Novembre 2014      Evelyne Trân

L’ANALPHABETE Adaptation de Nabil El Azan d’après L’Analphabète de Agota Kristof mise en scène Nabil El Azan avec Catherine SALVIAT au Théâtre des Déchargeurs – 3 rue des Déchargeurs 75001 PARIS – Du mar. 21/10/14 au sam. 22/11/14

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Adaptation de Nabil El Azan

mise en scène Nabil El Azan

Les amoureux des livres le savent, ils ne peuvent pas se passer de mots et surtout des lettres qu’ils ont brassées avec les yeux, avec les doigts avant qu’elles ne produisent du sens. L’émotion date de l’enfance, de cette intimité souveraine avec des objets lettres qui permet à l’enfant de voyager seul et libre, indépendamment du regard des adultes.

 Agota KRISTOF raconte son enfance dans une famille pas très riche mais cultivée en Hongrie dans les années trente, ses souvenirs de misère à l’adolescence, en internat, lorsqu’elle fut séparée de sa famille et puis sa fuite avec son mari et sa fille à 21 ans, en 1956, lorsque la révolte des conseils ouvriers fut écrasée par l’armée soviétique. Ne parlant pas un mot de français, elle s’est retrouvée en Suisse dans la situation d’une analphabète.

 Curieux destin que celui d’Agota KRISOF devenue écrivain dans sa langue d’adoption, le français, qui a su irriguer de son savoir, son intelligence et son amour, cette terre nouvelle, pour y bâtir quelques livres.

 Agota KRISTOF est une ouvrière des lettres. Elle n’est pas devenue écrivain par un coup de baguette magique, elle s’est mise à l’épreuve dans une longue randonnée avec pour seul horizon, le bonheur de la lecture et de l’écriture.

 Sous les traits de Catherine SALVIAT, son parcours de l’enfance à l’âge adulte, est particulièrement lumineux. La voix de l’enfance perce les nuages de la longue ascension d’Agota KRISTOF qui est toujours cette petite fille malicieuse qui se dégourdit avec des histoires vraies ou fausses pour le plaisir de bouger son petit monde.

 Fière et robuste, Agota KRISTOF est une écrivaine à mains nues qui connait la valeur des mots qu’elle déterre à la racine. Sa langue est simple, oui, elle sent la terre et le corps. Car on ne le dira jamais assez, les mots passent par le corps qui est en quelque sorte leur véritable foyer et lorsqu’ils arrivent à la surface, lorsqu’ils s’éclairent sous les yeux des lecteurs ou les oreilles des lecteurs, ils respirent.

 Catherine SALVIAT est l’interprète rêvée de ce personnage, Agota KRISTOF. La mise en scène suggestive et scrupuleuse de Nabil El Azan épouse à la fois sa sensibilité  et son énergie.  

Dans la pénombre de l’intimité d’une écrivaine, c’est la voix de Catherine SALVIAT qui ouvre les portes, qui respire sous leurs fentes et converse avec nos fantômes,  ceux qui ont fait trembler les murs de notre enfance « analphabète ». C’est Diane souriante, juchée sur quelques livres, en lettres et en chair.

 Paris, le 1er Novembre 2014           Evelyne Trân