LE TEMPS DES SURICATES DU 08/10/2014 AU 31/10/2014 Théâtre des Béliers Parisiens14 BIS RUE SAINTE ISAURE – 75018 PARIS –

 

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De Marc Citti ; mise en scène de Benjamin Bellecour ; avec Marc Citti et Vincent Deniard.

Eh oui, ils ont leur officine dans le gruyère du Bon Dieu. Non, les suricates ne sont pas des souris mais parait-il, ils se reproduisent dans le désert.

 Le désert, c’est un peu le sort de deux comédiens en mal de rôles substantiels qui rêveraient de jouer Hamlet mais doivent se contenter de rôles « minables ».

 Dans la loge d’un théâtre de province, pendant la représentation d’Hamlet, deux comédiens Mathieu et Edouard parlent du métier et échangent leurs impressions. Mathieu a un côté flagorneur et filou, il s’amuse à  déstabiliser son partenaire beaucoup plus sérieux qui finit par oublier d’entrer en scène.

 Tous ces doutes qui assaillent les artistes, oui ça fait partie du métier. Sans pathos et avec pudeur, Marc CITI exorcise sur scène ces angoisses incontournables du  comédien, cela qui est greffé dans sa chair, le désir de jouer comme si sa vie en dépendait.

 Marc CITTI est un drôle d’animal sur scène, une sorte de chat qui fait tournoyer sa queue, il est à la fois émouvant et drôle. Son partenaire Vincent DENIARD est également très impressionnant dans ce rôle de comédien mal dans sa peau.

 Les deux ensemble font penser à Laurel et Hardy en plus neutre bien sûr, en raison du contraste entre leurs personnalités et leurs carrures.

 La pièce recèle des rebondissements quelque peu téléphonés mais ça sonne vrai, ça touche l’épiderme et cela donne tout le sens à cette  répartie de comédien « Je l’ai dans la peau » Quoi donc ? « Mon rôle bien sûr ! ».

 De drôles de suricates à découvrir qui savent charmer la scène avec tendresse, avec finesse, juste un grain de cocasserie, d’épine d’humour.

 Paris, le  12 Octobre 2014          Evelyne Trân

 

 

LES NEGRES DE JEAN GENET au Théâtre de l’ODEON du 3 Octobre au 21 Novembre 2014

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Photo de répétition D.R.
mise en scène, scénographie, lumière Robert Wilson

avec Armelle Abibou, Astrid Bayiha, Daphné Biiga Nwanak, Bass Dhem, Lamine Diarra, Nicole Dogué, William Edimo, Jean-Christophe Folly, Kayije Kagame, Gaël Kamilindi, Babacar M’Baye Fall, Logan Corea Richardson, Xavier Thiam, Charles Wattara

La pièce « Les Nègres » de Jean GENET, fruit d’une commande a été écrite en pleine période décolonisation française.Dans une préface datée de 1955 alors que la première représentation date de 1959, Jean GENET s’interroge :

« Où prendrai-je-moi Homme-Blanc, l’émotion capable d’engendrer le mythe qui les bouleversera ? ».

  Jean  GENET, l’homme banni, le délinquant, le marginal peut-il se retrouver dans le camp de l’oppresseur ? La réponse est non. Il ne s’agit plus pour  lui de prendre la parole aux nègres qui font partie  des opprimés mais de la leur donner de la façon que l’on passe un ballon dans un stade où la règle de jeu  serait absurde mais c’est comme ça, suivant que vous touchez la face noire ou la face blanche de ce ballon, vous vous retrouvez dans le camp des perdants ou des gagnants.

 Vision un peu simpliste, certes. Mais ça se passe comme ça au jeu des dames, vous avancez un pion blanc, ou un noir,  un seul gagnera la partie à moins d’un match nul.

 Les complexes d’infériorité et de supériorité occupent une grande place dans la psychologie humaine. Une histoire de nombre ? N’oublions pas que  dans les guerres  que se livrent les humains, on ne cesse compter les morts. Mais l’histoire révèle que c’est la stratégie qui importe, les pions en supériorité numérique qui se déplacent sans comprendre ce qu’ils font  peuvent rapidement perdre la bataille. Les vaincus, les opprimés ceux qui ont perdu les premiers combats doivent alors développer une autre stratégie, ils doivent être capables d’occuper l’espace invisible.

  Les peuples d’Afrique s’y entendent aux jeux des masques. En tant qu’écrivain, Jean Genet le sait, la pensée n’a ni couleur, ni sexe, en tout cas il a voulu expérimenter cela, faire dire  à des noirs des paroles de blancs pour voir …

 A vrai dire, le synopsis de la pièce de Jean GENET est très compliqué. On y voit une troupe de théâtre, noire, en  train d’improviser une pièce qui parle du meurtre d’une Blanche devant un public  « Blanc » C’est un homme qui joue la femme blanche qui sera séduite par un nègre lequel l’engrossera avant de  l’assassiner.  

 Jean GENET voulait que sa pièce ne soit interprétée que par des noirs. En conséquence, ces derniers doivent se grimer pour jouer les personnages blancs. Du coup leur blancheur transparait de façon grotesque.

 Théâtralement c’est évident. Jean GENET a dû éprouver un malin plaisir à ridiculiser l’homme »Blanc » de la même façon que certains humoristes se moquent des noirs en leur faisant parler « petit nègre ».

 En dépit de l’aspect festif, tous les  comédiens étant en costume de music-hall,  la mise en scène de Robert WILSON fait penser à une cérémonie funèbre, rituelle, assez terrible. C’est la présence somptueuse des acteurs tant  au niveau de la prestance, les habits, le jeu, la déclamation qui impressionne.

 Tout se passe comme si Robert WILSON soufflait le froid pour augurer la frontière de la vie à la mort. Les comédiens dansent froid comme s’ils avaient intériorisé cette froideur qu’on ne prête jamais aux noirs.  Il est vrai que le prologue qui précède la mise en mouvement de la pièce est déjà une représentation théâtrale de la mort qui fige brutalement chacun des protagonistes avant qu’ils ne s’engouffrent lentement, très lentement et silencieusement vers une porte noire.

 La scénographie visuellement très belle, mais antinaturaliste exprime sans doute cette volonté de metteur en scène de ne laisser prise à l’émotion que par surprise. Est-ce pour signifier  que la communication entre les blancs et les noirs a débuté par la mort, les personnages de la pièce ne sont-ils pas en train de préméditer le meurtre d’une blanche.

 Jean GENET a écrit « Les nègres » après avoir vu un documentaire de Jean ROUCH, les «Maitres fous » montrant un rituel de l’Afrique de l’Ouest avec des noirs en transe hantés par les esprits des ex puissances coloniales blanches.

  Robert WILSON parait avoir renversé « cette image d’Epinal » du noir en transe pour l’inscrire dans l’invisible. Dans tous les cas, elle est muette, dans les  blancs qu’il distille entre chaque parole des comédiens.

 Il n’empêche le spectacle s’avère très éloquent. Il n’est pas facile de suivre toutes les circonvolutions de la pièce et du texte de Jean GENET ubuesque. Mais il se dégage dans cette mise en scène quelque chose de violent, de véritablement percutant. Comment dire que dans ce jeu de masques où des noirs sont grimés en blancs, ceux qui ne sont pas grimés, au visage nu donnent presque l’impression d’être blancs car sans couleur.

 Tout est jeu de masques dans cette pièce, les nègres font de la revue nègre parce qu’ils sont connus pour ça, et du jazz parce que ce sont eux qui l’ont créé. Mais entre ce qui est connu et l’apparence, aux spectateurs d’aller voir ce qui se profile entre les blancs et les noirs. Pour glaciale qu’elle soit, la mise en scène de Robert WILSON sur la banquise fait rayonner le soleil.

 Paris, le 12 Octobre  2014                            Evelyne Trân               

CAMILLE, CAMILLE, CAMILLE DU 07/10/2014 AU 22/11/2014 – Théâtre Lucernaire 53, RUE NOTRE DAME DES CHAMPS – 75006 PARIS –

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AVEC
De Sophie Jabès ; adaptation scénique et mise en scène de Marie Montegani ; avec Vanessa Fonte, Nathalie Boutefeu, Clémentine Yelnik.

Camille CLAUDEL était elle plusieurs ? Camille CLAUDEL, sculptrice, est née à une époque ou les femmes  devaient lutter pour affirmer leur légitimité artistique . Dans son livre « Les Femmes sculpteurs et graveurs » écrit en 1905, Maria Lomer De Vits recensa 231 artistes femmes auxquelles elle apportait son soutien en écrivant haut et fort « L’art n’a pas de sexe ».

 Les œuvres de Camille CLAUDEL parlent d’elles-mêmes. La vérité c’est qu’elle est bien davantage connue par sa légende, celle d’une artiste maudite trahie par son maître et amant RODIN, puis enfermée trente ans dans un asile.

 Les témoins de sa vie, les intellectuels, ses admirateurs, notamment Octave MIRBEAU  et surtout son frère Paul CLAUDEL dressèrent d’elle un portrait impressionnant, susceptible d’alimenter une vision romanesque, édifiante de cette femme hors normes et de la ranger dans la classe des héroïnes tragiques telles que Médée ou Phèdre.

 Le point de vue de Sophie JABES est essentiellement féminin. Dans sa pièce, on y voit Camille, femme entre toutes les femmes, qui vie et lutte en tant que femme et qui se décline en plusieurs miroirs, celui de la femme jeune amoureuse passionnée, celle de la femme qui sombre dans la folie, celle qui se retrouve vieille à l’asile. Comment ne pas être bouleversé par ce destin, elle était belle, sensuelle, elle est devenue folle et elle a croupi le restant de sa vie en asile d’aliénés. Il faut reconnaitre l’aspect dramatique de la vie de Camille CLAUDEL. Victor Hugo en eût fait un monstre digne de Lucrèce BORGIA ou de l’homme qui rit.

 Visuel 6 © D.Ceccato

Photo D.CECCATO

La mise en scène, fort bien enlevée, fouette le sang de ces trois Camille – interprétées avec passion par Nathalie BOUTEFEU, Vanessa FONTE et la remarquable Clémentine YELNIK –  qui finissent par délirer côte à côte comme les causeuses, la célèbre sculpture d’une Camille oubliée, l’artiste.

 Emotion garantie  pour ceux qui  connaissent peu la vie de Camille CLAUDEL. Ceux qui ont en mémoire une réalité plus sordide, plus sèche des tracés des destins pourront regretter que la folie soit exprimée de façon spectaculaire. Faut-il toujours que la fiction masque la réalité. Il est toujours vrai que le malheur, la désespérance, la souffrance peuvent être emballés dans du papier de soie. Comment oublier que Camille CLAUDEL envoyait des crottes dans des lettres d’injures et que ce fut une des causes de son enfermement.

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La vieille Hélène Plâte de Camille CLAUDEL  1882

 Le cri de Camille, c’est essentiellement à mon sens, celui de l’artiste. Que s’y mêlent, à différentes étapes de la vie, les voix de l’amoureuse désespérée  et de l’enterrée vivante, sans doute. Rappelons tout de même que le besoin de créer était organique chez Camille qui a commencé à sculpter à l’adolescence bien avant sa rencontre avec Rodin.

 Camille, Camile, Camille, bien sûr qu’elles sont plusieurs. Il y a celle qui bouleverse les artistes, celle qui fait rêver les femmes , et puis il y a celle qui a voué sa vie à la sculpture et a été enfermée parce qu’elle criait trop fort. Par chance, ses œuvres ont fait l’échappée belle, elles nous dévorent du regard, elles crient au plus près de nous.

 Paris, le 11  Octobre 2014                  Evelyne Trân

 

 

              

 

DANNY AND THE DEEP BLUE SEA de John Patrick SHANLEY- du Mardi 7 Octobre au Samedi 11 Octobre à 20 H 30 – Dimanche 12 Octobre 2014 à 16 H – Mise en scène de Robert CASTLE et Alejandra OROZCO au Petit Théâtre Odyssée – L’Escale – 25 Rue de la Gare 92300 LEVALLOIS – Avec Celine PERRA et Roger CONTEBARDO

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Une pièce de John Patrick Shanley
Mise en scène de Robert Castle et Alejandra Orozco
Avec Céline Perra et Roger Contebardo

Cela pourrait être le titre d’une chanson légère et profonde comme la voix de Léonard COHEN mais c’est celui de la première pièce de John Patrick SHANLEY, écrite en 1983, devenue un « classique moderne »  dans les théâtres américains.

L’action se déroule dans le Bronx. L’auteur rive ses jumelles sur deux êtres qui font partie du Bronx, l’état dont il est originaire. Il s’agit de la rencontre de deux jeunes adultes en pleine précarité, familiale, professionnelle. Deux êtres qui souffrent et dont les propos révèlent leurs échecs sentimentaux, leur mal existentiel.

Ecorchés vifs, ils camouflent leurs peurs, leurs angoisses derrière des masques, celui de la provocation chez Roberta, celui de l’homme dur capable de tuer chez Danny.

John Patrick SHANLEY semble presser la gourde de l’inconscient des deux personnages pour libérer des émotions inattendues, pour les faire rêver comme s’il souhaitait leur faire franchir l’écueil de la déréliction, de l’alcoolisme, la dépression.

L’amour entre  ces deux êtres que la solitude et la douleur rapprochent  ne peut pas sonner faux. C’est toute l’ambition de cette pièce de parler d’amour en passant par la voix frêle mais aigue de Roberta et celle à la fois violente et sourde de Danny.

La mise en scène de Robert CASTLE et la scénographie de Alejandra OROZCO ont un aspect « œil dans le récif » laissant la voix libre à la chair de l’oursin, à cette dangereuse voix humaine.

Il faut saluer la belle performance des deux comédiens, Céline PERRA  et Roger CONTEBARDO, constamment sur la crête des vagues, dans l’écume   de la passion qui font vibrer leurs personnages de façon bouleversante.

Nous avons l’impression d’avoir assisté à une sorte de concerto de voix d’appels au secours, d’appels à l’amour et au rêve, à la vie tout simplement. C’est très fort !

Paris, le 8 Octobre 2014                Evelyne Trân

 

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CINQ DE COEUR : LE CONCERT SANS RETOUR – MISE EN SCENE MERIEM MENANT au Théâtre du RANELAGH 5, rue des Vignes 75016 PARIS à partir du 27 Septembre 2014 à 21 Heures

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AVEC PASCALE COSTES, HÉLÈNE RICHER, SANDRINE MONT-COUDIOL,
PATRICK LAVIOSA ET FABIAN BALLARIN
DIRECTEUR MUSICAL DIDIER LOUIS LUMIÈRES EMMANUELLE FAURE
SON MATHIEU BIONNET COSTUMES ANNE DE VAINS

Une machine à explorer le temps musical ! Ne lui demandez pas son âge, elle a l’âge de nos artères, c’est l’accordéon magique de cinq chanteurs passionnés  qui ont entrepris de lever la voile de leur arche de Noé, poussés par les seules sirènes de leurs coups de cœur musicaux.

 Gare aux manifestations des musiciens, gare à leur sourire imperturbable, attention à l’eau qui dort chez ces concertistes classiques qui exécutent pour la millième fois leur concerto romantique allemand. Vous n’imaginez pas leurs petits tsunamis intérieurs.  Unis comme les cinq doigts de la main qui s’agitent comme des marionnettes, vont-ils accorder leurs violons ?

CINQ DE COEUR 1 

Les spectateurs médusés assistent à une débandade fort bien roulée et enchainée à la queue du diable, d’une plurielle de compositions musicales entonnées de vives voix, a capella, par Pascale COSTES, soprano 1, Hélène RICHER,  soprano 2, Sandrine MONT-COUDIOL, alto, Patrick LAVIOSA, ténor, Fabian BALLARIN, baryton.

 Leur patrimoine artistique est pour le moins éclectique mais il fonctionne au gré de ces coïncidences musicales qui font dresser l’oreille. Imaginez Léo Ferré et Mylène Farmer dans le même métro, Brahms et Vladimir Cosma à l’autre bout, et le chanteur de Mexico baiser la main d’une chanteuse bretonne ! Le tout agrémenté de quelques fugaces bruits d’animaux comme au carnaval. Le métro ou le radeau de la méduse sont bondés, ça s’engouffre dans les voix des chanteurs, en chœur, en solo, ça s’éclate tout simplement.

 CINQ DE COEUR 3

Un véritable cirque musical sous la houlette de Meriem MENANT, alias Emma le Clown qui donne une couleur de fête foraine au tourbillon de ces fous chantants.

 Le spectacle parait avoir été mis en scène par un diablotin qui s’amuse à faire exploser des pochettes surprises musicales dans un désordre inventif et cocasse.

 Le cinq de cœur relève le défi, ils peuvent tout chanter, ils peuvent aller à la rencontre de Billie Holiday, Nina Simone, Simon et Garfunkel, Georges Bizet, etc.

 Une superbe boite de pandore  musicale, tout public car chacun peut y retrouver ses petits, des airs connus qui traversent la rue, si chère aux poètes.

 Paris, le 4 Octobre 2014                Evelyne Trân

 AU PROGRAMME :

 F. Schubert

Tony Morena 

John Williams
Francis Lai
J. Brahms
Vladimir Cosma
Eurythmics
Scorpions
The Eagles
Mylène Farmer
Philippe Sarde
Anthony Newley
Leslie Bricusse
Gianni Ferrio
J.-S. Bach
Simon & Garfunkel
David Raskin
R. Arcusa Alcon
M. de la Calva
G. Bizet
Jay Screamin’ Hawkins
Vladimir Cosma
Jo Moutet
Claude Bolling
Léo Ferré
R. Giazotto
Traditionnel breton
W-L. Aguilar
Francis Lopez
Camille Saint-Saëns
Edvard Grieg

L’ENTREVUE DE BADAJOZ – Comédie dramatique de Christian Morel de Sarcus, mise en scène de Richard Fériot, avec Eliezer Mellul et Richard Fériot au Théâtre du Nord Ouest -13 rue du Faubourg Montmartre 75009 Paris – Du 5 Octobre au 31 Décembre 2014 – Selon les jours : 17h00 19h00 20h45 21h00 –

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Comédie dramatique de Christian Morel de Sarcus, mise en scène de Richard Fériot, avec Eliezer Mellul et Richard Fériot.    Réservation 08 99 03 63 60

P.S : Christian Morel de Sarcus et Richard Fériot étaient les invités de l’émission « DEUX SOUS DE SCENE » sur RADIO LIBERTAIRE  le  Samedi 4 Octobre 2014 (Peut être écoutée pendant 4 semaines, en podcast  sur le site Grille des émissions de Radio Libertaire).

 Il n’a vraiment pas de chance ce père général franquiste, aristocrate, il a engendré un fils artiste qui a fait la Révolution des œillets.

 Le père et le fils sont devenus des ennemis politiques mais le sort les accable puisqu’ils se retrouvent à  l’hôtel pour un ultime face à face à la frontière de l’Espagne et du Portugal dans la chaleur de l’Estrémadure.

 Il fallait enfoncer les clous et l’écrire donc, les idéaux politiques ne sont pas héréditaires.

 Il ne s’agit cependant pas d’un pamphlet politique sous la plume de Christian Morel de Sarcus. Ce dernier s’intéresse surtout aux rapports humains et explore les déchirements familiaux tant il est vrai que la famille c’est le microcosme de la société.

 Le vieux franquiste est dépeint comme un névrosé paranoïaque, le fils comme un être marginalisé par son homosexualité, vulnérable car conscient qu’il dégoûte son propre père.

 L’ambivalence entre l’amour et la haine parcourt toute la pièce. Le fils rejette naturellement la position politique de son père mais il parait affectivement attaché à la figure du père. Ce dernier éprouve comme une trahison de toutes ses valeurs un fils bohème, pauvre et homosexuel.

 Christian Morel de Sarcus ne développe pas cette thématique de façon caricaturale. Il met en évidence les difficultés relationnelles sur un plan quasiment épidermique. Le père et le fils se regardent comme des étrangers, le père notamment refuse de voir son fils nu. Camouflerait-il une homosexualité refoulée ?

 La tyrannie, le despotisme auraient-ils pour origine quelque névrose d’ordre sexuel ? Tant pis pour les vérités de la Palisse, il n’y a pas de procréation sans acte sexuel. Le héros n’a pas eu recours à l’insémination artificielle et se souvient du coït avec la mère de son fiston.

 La tragédie de l’incompréhension entre le père et le fils dans cette pièce dévoile à vif des plaies béantes que cherche à surmonter le fils au nom de l’avenir et à nier le père au nom de sa vérité.

 Eliezer MELLUL et Richard FERIOT incarnent au sens propre respectivement le père et le fils. Ils sont remarquables dans ce face à face captivant, terriblement émouvant. Ajoutons que  la mise en scène de Richard FERIOT simple et dépouillée est tout à fait appropriée à la pièce de Christian Morel de Sarcus qui séduit aussi par ses retournements et sa vigueur textuelle. A ne pas manquer !

 Paris, le 3 Octobre 2014                 Evelyne Trân

 

 

 

 

LE PRINCE DE MACHIAVEL – Mise en scène de Laurent Gutmann au Théâtre PARIS VILLETTE Du 23 septembre au 8 octobre 2014

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 Photo Pierre GROBOIS
D’après Nicolas Machiavel, Mise en scène et scénographie Laurent Gutmann /
Avec Thomas Blanchard, Cyril Dubreuil, Maud Le Grévellec, Shady Nafar, Pitt Simon / Lumières Gilles Gentner / Costumes Axel Aust / Maquillages et perruques Catherine Saint Sever / Son Lucas Lelièvre / Répétiteur chants Vanasay Khamphommala / Régie générale André Neri

 

Soyez altruistes, vous revenez de Florence, cette superbe ville, vous vous êtes recueillis sur la belle tombe de MACHIAVEL dans l’église de SANTA CROCE et vous n’avez pas de meilleure idée que celle d’offrir son livre tout enluminé à l’un de vos proches, ne serait-ce que pour jouir de sa réaction.

 S’il lui tombe des mains, dites-lui que vous avez vu un très bon spectacle drôle et ludique à propos de cette œuvre qui sans vous convertir au machiavélisme vous  a fait découvrir quelques recettes piquantes, relevées et fort dignes de notre 21ème siècle. Il n’est guère difficile en effet de faire le rapprochement entre le prince et nos présidents, entre les stagiaires aspirants princes et des futurs chefs d’entreprise.

 Les stages d’entreprise sont rarement amusants, mais celui qu’organisent deux formateurs quelque peu décalés à l’intention de futurs princes se révèle d’une drôlerie étourdissante.

 Machiavel n’est pourtant pas risible, ni même les formateurs, ni même ces cobayes de stagiaires qui vont devoir expérimenter qu’il est si difficile d’être Prince que le livre de Machiavel, écrit il y a cinq cents ans, reste toujours d’actualité.

 A l’enseigne, une vision pessimiste de la nature humaine « Tous les hommes sont méchants » Machiavel ose l’écrire à une époque où la tendance était plutôt de faire croire que l’homme avait été créé  à l’image de Dieu.

 Réalisme et pragmatisme seraient les deux mamelles de la politique, soutenues par la ruse et la  force propres au renard et au lion.

 Les stagiaires mis à l’épreuve se voient tancés par les doctes et  fines observations de Machiavel. Il s’agit de véritables échardes de nature à flageller la vaste indifférence de ceux qui reconnaissent n’y comprendre rien à la politique.

 Rappelons tout de même que Le Prince a été écrit à l’intention des Médicis qui régnaient depuis 30 ans dans la République de Florence et qu’il ne fût publié qu’après la mort de Machiavel et banni par l’Inquisition. En raison de son interdiction, il a beaucoup circulé, en tant que manuel d’éducation politique tant pour les princes que pour le peuple. Que recouvre d’ailleurs le mot « peuple » ? Tous  ceux qui ne sont pas princes ?  

 Comme les stagiaires de la pièce, les spectateurs auront des questions sans réponse mais ils reconnaitront l’intelligence de la mise en scène du texte par Laurent GUTMANN et le talent des comédiens très vifs, dans ce spectacle interactif où voilà la réponse, le peuple c’est le public.

  Une belle introduction à l’œuvre de Machiavel qui ne se limite pas au Prince, à découvrir vraiment, et un très agréable moment de théâtre quand le rire et la pensée se rejoignent. L’humour et le sérieux font bon ménage chez Laurent GUTMANN.

  Paris, le 3 Octobre 2014                Evelyne Trân

 

 

 

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