« Le Roi Lear » d’après William Shakespeare, écrit, dirigé et interprété par Wu Hsing-Kuo,Spectacle en mandarin surtitré en français -le vendredi 26 septembre 2014 à 19h30 – le samedi 27 septembre 2014 à 19h30 – le dimanche 28 septembre 2014 à 15h30

ROI LEAR TER

Le Contemporary Legend Theatre et
Wu Hsing-kuo

Video sur http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/King-Lear/videos/

http://www.theatre-du-soleil.fr/thsol/dans-nos-nefs/article/wu-hsing-kuo

 Nous l’attendions ce Roi LEAR interprété par cet artiste taïwanais,WU HSING-KUO à la renommée internationale et nous n’avons pas été déçus.

 L’artiste formé à l’Opéra de PEKIN, dispose d’un pouvoir de séduction artistique, hors normes. La pièce de SHAKESPEARE, s’est laissée apprivoiser et séduire par WU HSING KUO qui non content de jouer tous les rôles principaux et d’assurer la mise en scène, parait vraiment entretenir un dialogue avec le sieur SHAKESPEARE.

 Il est clair que le spectateur  occidental qui n’est pas familiarisé avec l’opéra chinois ne savourera pas de la même façon qu’un connaisseur,  la virtuosité de l’artiste à la fois comédien, mime, chanteur, acrobate, danseur.

 WU HSING-KUO, au fil de ses voyages en occident, n’oppose pas les techniques traditionnelles asiatiques à l’art théâtral occidental. La séduction peut être réciproque et conduire à une sorte de métissage, un enrichissement mutuel.

 L’opéra de WU HSING-KUO, notamment dans la 2ème partie, surprend par sa fluidité. Nous nous retrouvons dans cet opéra fabuleux rêvé par Rimbaud, car ce Roi Lear baigne dans une atmosphère complètement poétique, fantastique.

 La musique de Lee Yi Chin accompagne l’artiste de façon très spirituelle, tout le long du spectacle, suivant les prémisses des saisons.

 Au Roi Lear grimé et bouffon de la première partie succède un Roi Lear déguenillé, sans masque et profondément émouvant. Il faut dire que WU HSING-KUO chante admirablement.

 Ajoutons que la scénographie dépouillée invite simplement à la rêverie et à l’écoute du mandarin. Eh oui, nous ne rêvons pas, le Roi Lear parle en mandarin. Etourdissant dans les rôles des filles du Roi Lear,  WU HSING-KUO ne surjoue pas pour exprimer la détresse du vieil homme. C’est une magnifique démonstration de l’universalité de ce personnage. Merci pour ce spectacle raffiné, à la fois léger et profond, pour ce joli coup d’éventail taïwanais,  merci WU HSING-KUO !

 Paris, le 28 Septembre 2014    Evelyne Trân

 

 

 

 

CHÈRE ELENA De Ludmilla RAZOUMOVSKAÏA – Mise en scène Didier Long – Au Théâtre Poche Montparnasse 75 Bd du Montparnasse 75014 PARIS – À PARTIR DU 2 SEPTEMBRE – 21h du mardi au samedi, dimanche 15h –

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  •  Myriam BOYER
  • Gauthier BATTOUE
  • Julien CRAMPON
  • François DEBLOCK
  • Jeanne RUFF
  • Scénographie : Jean Michel ADAM et Didier LONG
  • Musique : François PEYRONY
  • Ils sont horribles et vindicatifs, ils devisent comme des philosophes, ils sont flambant neuf parce qu’ils sont jeunes et voient en la Chère Elena, leur professeur, vieille fille, une proie délectable. 
  • Véritable huis clos que cette pièce de Ludmilla RAZOUMOVSKAIA qui fut interdite en 1983 en URSS, parce qu’elle offrait un tableau sans concession de la société, en faisant entrer le loup dans la bergerie, représenté par des jeunes sans foi ni loi, prêts à renverser un pouvoir devenu obsolète et rigide, incapable de se remettre en cause. 
  • Nous assistons véritablement à la torture psychologique d’un professeur de la part de ses élèves qui prennent un  plaisir sadique à l’attaquer sur ce qu’elle a de plus précieux au monde, sa vertu, son intégrité morale. Ses élèves appellent cette forme de naïveté, le complexe d’Antigone. 
  • Reste que la figure d’Elena en impose, non par son arrogance, ni même par sa rigidité, mais par son humanité. Elena parait  touchée dans son cœur de femme, dans ses entrailles de femme car ses élèves qui se transforment en monstres, elle les a vus grandir, ce sont en quelque sorte ses petits.
  •  Quant aux jeunes qui se comportent en délinquants, leur aplomb se transforme en pétard mouillé, de sorte que la situation dégénère laissant pour morte la belle Elena, oui, belle, et les jeunes désemparés, pour ainsi dire paumés. La mise en scène maintient cette cadence infernale d’une lutte à mort pour un idéal de vie spirituel chez Elena, matériel chez les jeunes. Au premier degré car au-delà de la caricature, c’est une histoire de désenchantement qui s’exprime, tissant des liens entre les élèves et leur professeur. 
  • Une pièce psychodrame – qui doit demander beaucoup d’énergie psychique à ses interprètes et au metteur scène – qui réussit à être drôle, avec ce paramètre de suspense propre au thriller.
  •  L’alchimie entre Myriam BOYER si humaine et ses jeunes partenaires, c’est une  grâce d’émotion théâtrale, unique, à ne pas manquer.
  •   Paris, le 28 Septembre 2014                    Evelyne Trân

 

 

LA GRANDE NOUVELLE d’après Le Malade imaginaire de Molière de Jean-Louis Bauer et Philippe Adrien – mise en scène Philippe Adrien

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avec
Patrick Paroux – Argan
Lison Pennec – Angèle, fille d’Argan
Nathalie Mann – Aline, deuxième femme d’Argan
Jean Charles Delaume – Psy, coach d’Aline et Thomas Dupont
Jean-Marie Galey – Marc, frère d’Argan et Dupont de la Roche
Arno Chevrier – Charly, amant d’Angèle
Pierre Lefebvre – Antoine, ami de Charly

et à l’écran
Dominique Boissel
Nadège Gbouhouri
Dominic Gould
Yilin Yang
et l’aimable participation
de Maxime Lefrançois

La maison intelligente, informatisée jusqu’au moindre recoin, nous pend elle au nez ?  Depuis l’intrusion de la webcam, du téléphone portable, d’internet évidemment, il y a de la pagaille dans les hormones des rejetons d’ARGAN, le célèbre malade imaginaire ridiculisé en son temps, à la fin du 17ème siècle par MOLIERE.

 Molière réglait ses comptes à ces affreux charlatans de médecins, Philippe ADRIEN règle les siens aux gourous du monde moderne qui envahissent nos foyers et intoxiquent nos cervelles de fausses et bonnes nouvelles, la meilleure étant la promesse de vivre mille ans pour les plus riches qui auront su garantir leur capital jeunesse.

 La famille d’ARGAN est devenue la famille ADDAMS. Pèle mêle s’y retrouvent la mordue de la chirurgie esthétique ex BELINE, Angèle la fille d’ARGAN, adolescente déboussolée, Charly ex Cléante amant d’Angèle, le psychologue et le financier ex DIAFOIRUS et PURGON.

 La scénographie de cette maison intelligente est assez impressionnante, grand écran et visualisation sur le mur du téléphone portable suffisent au décorum d’un  monde moderne où seuls ses habitants ont conservé quelques tics  préhistoriques.

Philippe ADRIEN et Jean-Louis BAUER, les auteurs de cette farce, n’entendent pas prendre au sérieux  ces éphémères roulés piteusement dans la farine par des sirènes de plus en plus virtuelles et  contagieuses.

 Les comédiens semblent être tombés dans un pot de peinture clownesque. Ca dégouline de toutes parts. Superbe composition de Nathalie MANN en travesti belle plante, facétieuse transformation de Pierre LEFEBVRE en femme vaudou, la jeune Lison PENNEC est une charmante insupportable Angèle, et Patrick PAROUX campe un  ARGAN infatigable.

 Philippe ADRIEN se lèche les doigts dans le burlesque de notre environnement, clin d’œil à ces jeunes sans doute qui vont devoir vivre encore mille ans dans ce foutoir de la modernité dont on nous rabattait les  oreilles déjà en 1673, souvenez-vous !

 Rions donc ! L’apoplexie, les crises d’épilepsie, c’est pour demain, dans mille ans, nous chante Philippe ADRIEN. Ouf, nous sommes sauvés !

 Paris, le 28 Septembre 2014   Evelyne Trân

END/IGNÉ de Mustapha Benfodil – mise en scène Kheireddine Lardjam – avec Azeddine Bénamara – Au théâtre de l’AQUARIUM à la CARTOUCHERIE DE VINCENNES – Route de manoeuvre 75012 PARIS – > du 23 au 28 septembre 2014 du mardi au vendredi 20h30 / samedi 16h30 et 20h30 / dimanche 15h et 19h > durée 1h10

END IGNE

> durée 1h10
télécharger le dossier du spectacle End/igné

Dans le cadre d’une semaine de découverte de la dramaturgie  Algérienne, au Théâtre de l’Aquarium, le public peut découvrir une pièce de Mustapha BENFODIL, « END/IGNE » écrite en français, qui aborde un sujet particulièrement délicat, l’acte désespéré d’individus qui s’immolent par le feu, parce qu’ils ne peuvent pas faire entendre leurs voix.  

 Cette violence fait écho à la résignation, le silence qui musélent nombre d’individus dans la  société. « Ce monde est laid » nous dit le metteur en scène Kheireddine LARDJAM. Il n’est pas évident de prendre le pouls d’une société humaine en mouvement.  L’auteur de la pièce, écrivain reconnu  et également reporter au quotidien algérien « EL WATAN » n’a pas voulu faire un  documentaire ni faire du héros de sa pièce, AZIZ, un orateur politique. En prenant acte de situations désespérées qui propulsent des individus au-delà de la mêlée, il entend seulement soulever cette perche de parole qui grâce au théâtre encore peut s’élever contre toutes les langues de bois, in vivo.

 Que les immolés par le feu soient récupérés politiquement, nous le savons bien mais ce qui importe aussi à l’auteur par l’entremise d’un autre personnage, l’ami de AZIZ, c’est de faire entendre la voix de tous ceux qui s’interrogent, qui ne comprennent pas, qui font partie de la majorité silencieuse.

 Occupé à dépoussiérer « ses morts », coupé du monde, Moussa n’aurait pu imaginer qu’il se retrouverait devant le cadavre de son ami. Il le veille toute la nuit, puis s‘endort.  C’est alors qu’AZIZ prend la parole.

 Cette manifestation de la parole dans un lieu qui ressemble à une tombe, où le gardien fait figure d’enterré vivant, devient une force de vie incroyable.

 Le comédien AZEDDINE BENAMARA nous fait oublier qu’il est seul en scène,  son personnage Moussa est plutôt jovial, il ne cesse de dialoguer avec les autres, son besoin de parler est si naturel que le public perçoit cette évidence, il ne peut rester coupé du monde. Les autres font partie de lui et naturellement AZIZ son ami, son alter égo.

 L’auteur, le metteur en scène, le comédien n’ont pas fait feu de tout bois, pour la création de ce spectacle « END/IGNE. Ils ont réuni leurs sensibilités, leur tact, leur courage, leurs réflexions,  pour faire monter les voix de l’être en chair et en os, dans ce foyer qu’est le théâtre, pour la liberté d’expression. Un spectacle collectif très fort, de qualité, extrêmement sensible et vivant !

Il s’agit de rencontres humaines à travers AZIZ et MOUSSA si bien incarnés par AZEDDINE BENAMARA, il s’agit de notre sol humain.

 Paris, le 27 Septembre 2014         Evelyne Trân

TERESINA au Théâtre LE FUNAMBULE MONTMARTRE – 53, rue des Saules 75018 PARIS du 30 Septembre au 18 Novembre 2014

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Artistes :Fabio Marra, Sonia Palau  Metteur en scène : Fabio Marra

Créateur lumières : Carrozzone Teatro  Compagnie : Carrozzone Teatro

La commedia dell’arte au 21ème siècle, croyez vous que c’est possible ? Eh bien  oui,  grâce aux diligences de la Compagnie CARROZZONE TEATRO qui, depuis  2005, crée régulièrement des comédies de FABIO MARRA.

  Fabio MARRA sait fort bien faire germer des tragi-comédies actuelles sur le terreau de la tradition théâtrale napolitaine. Nous citerons notamment « Dans les chaussures d’un autre »  programmé au LUCERNAIRE en 2012.

 Avec sa première pièce « TERESINA », les spectateurs rentrent de plain pied dans l’univers de la commedia dell’arte avec des personnages masqués aux caractères bien typés : Teresina « mère courage » amoureuse, Pulcinella amant volage et poltron qui forment un couple infernal.

 La comédie est introduite par Pulcinella  et son fils, tous deux marionnettistes ambulants, ce qui vaut aux spectateurs d’assister aussi à un spectacle de marionnettes à gaine, jubilatoire.

 Dans la salle, l’ambiance est à la fête. Il faut  mettre de côté son esprit rationnel pour sourire des situations acadabrantesques  dans lesquelles se met le couple infernal.

 

Fabio MARRA a le sens du rythme de sorte que les scènes de sa comédie tournent aussi vite qu’un manège ou une toupie. Joliment costumée, Sonia PALAU est une Teresina irrésistible.

  Pour goûter aux charmes de la commedia dell’arte, avant tout un théâtre populaire qui s’adresse à tous, c’est-à-dire aussi aux enfants,  nous vous recommandons ce joli spectacle extrêmement frais et divertissant.

 Paris, le 15 Octobre 2013   et mis à jour le 22 Septembre  2014      Evelyne Trân

Durée du spectacle : 1h05

Tarifs:  Tarif plein: 20€ Tarif réduit: 14€  Tarif étudiant: 10€

TARIF PRÉFÉRENTIEL :
10€ au lieu de 20€
Pour les suivantes dates:
Mardi 30 septembre, Mercredi 1 octobre, lundi 6 octobre, mardi 7 octobre et mercredi 8 octobre.

Procédure pour réserver au Tarif préférentiel: Envoyer un mail sur carrozzoneteatro@hotmail.it
ou par téléphoner sur le: 06 17 82 41 77

CET ENFANT – Une création théâtrale de Joël Pommerat au Théâtre des BOUFFES DU NORD – 37 Bis Bd de la Chapelle 75010 PARIS – du 10 Septembre au 27 Septembre 2014 –

CET ENFANT

  • Distribution : Conception Joël Pommerat. Avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Ruth Olaizola, Jean-Claude Perrin, Marie Piemontese.

 Le héros du spectacle, bien sûr c’est l’enfant. Sa place dans la famille, dans la société. Le point de vue aurait dû être strictement psychosociologique puisque la pièce a été créée à la suite d’une demande de la Caisse d’allocations familiales.

 En amont, Joël POMMERAT a recueilli beaucoup de témoignages de parents sur la question « Qu’est-ce qu’être parent ». Finalement, il a construit la pièce à partir de sa propre vision et celle d’autres auteurs,  seules deux scènes se réfèrent à des confidences anonymes.

 Comment parle-t-on de l’enfant sinon en disant « Mon enfant » ou « son enfant » ou encore leurs mômes, leur progéniture, leur marmaille, leurs gosses pour désigner ceux  qui ne sont pas les nôtres.

 C’est peut-être l’adjectif possessif « Mon » qui choque le plus. Sans doute parce qu’il s’y trouve quelque de chose de viscéral et d’obscur qui signifie que l’enfant est rattaché aux parents et qu’en entendant ses parents parler de lui, il doit s’en souvenir. Au premier degré oui, il leur appartient.

 C’est la grammaire qui nous claque au visage dans la mise en scène de Joël POMMERAT, froidement, sèchement, impitoyablement.

 Alors l’enfant où est-il ? S’il n’est pas traité comme une personne, ne peut- il devenir  l’otage du bon vouloir et bonne conscience de leurs parents.

Joël POMMERAT nous donne à voir que les parents et les enfants peuvent se comporter entre eux comme des étrangers. Toutes ces notions de piété filiale, d’amour maternel et paternel sont loin d’aller de soi. Il n’y a que la grammaire et le livret de famille pour voiler les faces.

 Cette distance entre enfants et parents qui se profile au niveau de l’interprétation est redoutable. Il y aurait un tel décalage entre une vision idéale des relations parents enfants, et la réalité que l’on peut bien tomber des nues.

 Les scènes sont très dures parce qu’elles mettent en évidence beaucoup de non-dits notamment des aveux de désamour entre parents et enfants. Il y est question aussi de l’emprise psychologique des parents sur leurs enfants qui peut se révéler castratrice.

 Alors la chanson douce  d’Henri Salvador qui clôt le spectacle nous fait bien sourire. Derrière un rideau opaque transparent,  des musiciens, dont on ne perçoit que les ombres, pèsent leurs notes pour figurer en notes ironiques le cœur de ses  pauvres parents et enfants qui épongent les coups.

 Les comédiens jouent vrai et laissent fuser aussi les sentiments. Cela déchire et cela glace un peu les membres. Joël POMMERAT a touché juste « Cet enfant ».

 Paris, 21 Septembre 2014                      Evelyne Trân

INTERIEUR de Maurice MAETERLINCK – Mise en scène de Claude Régy à la Maison de la Culture du Japon à PARIS 101 Bis Quai Branly 75007 PARIS – Du mardi 9 au samedi 27 septembre 2014

INTERIEUR

Texte : Maurice Maeterlinck
Mise en scène : Claude Régy – Assistanat à la mise en scène Alexandre Barry

Scénographie Sallahdyn Khatir
Lumière Rémi Godfroy
Costumes Sallahdyn Khatir et Mai Ooka

Distribution

Soichiro Yoshiue Le Vieillard
Yoji Izumi L’Étranger
Asuka Fuse Marie
Miki Takii Marthe
Tsuyoshi Kijima Le Père
Haruyo Suzuki La Mère
Kaori Ibii, Mana Yumii Les Deux Filles
Gentaro Shimofusa Un Paysan
Hiroko Matsuda, Yusuke Oba La Foule
Hibiki Sekine et Yumeji Matsunaga (en alternance) L’Enfant

Assistante et interprète pour l’équipe artistique Hiromi Asai
Direction technique Sallahdyn Khatir
Lumières de la tournée européenne Pierre Gaillardot
Habilleuse Makiko Tango

Production : Shizuoka Performing Arts Center ; Les Ateliers Contemporains

A la Maison du Japon, dans la grande salle, quelques minutes avant la représentation d’INTERIEUR de Maurice MAETERLINCK, le public observe le silence en chœur. Puis tout se passe comme si les spectateurs étaient conviés à regarder le jour se lever. Et cela prend du temps. Mais ne s’agit-il pas d’un temps précieux, organique qui associe le regard de l’observateur à la durée et au plein.

 Cela qui ne finit pas. Nous n’avons notion de temps que celle de notre perception, mais il y a du temps funambule, du temps araignée qui échappent à notre conscience. Les sentiments font partie de ces temps-là, en raison de leur énergie flottante, de leur présence.

 Si le silence prévaut pour les contenir c’est que leurs émotions fragiles et tendres reculent devant l’obstacle. Ce sont les oiseaux de l’âme qui dès lors qu’on s’approche d’eux s’envolent.

 L’inachevé préside à l’achevé qu’on appelle l’évènement. L’inachevé regroupe toute les consciences qui doivent se partager lieu et place et les quitter en sachant qu’ils n’auront rien terminé. La mort en quelque sorte nous absout d’être des êtres finis.

 Dans INTERIEUR, l’héroïne c‘est la jeune fille invisible qui  vient de mourir.Les villageois qui ont appris l’évènement pensent à la fois à cette jeune fille et à sa famille. Ils avancent vers la maison et observent chacun de ses membres qui ne savent rien du drame. Le temps s’écoule. Rien ne se passe. Ils pourraient fuir pour ne pas annoncer cette mort qui va jeter le trouble dans cette famille.

 Dans la mise en scène de Claude REGY, tout se passe comme  si la mort avait une présence qu’elle avait été intériorisée par les villageois, qu’elle avait un visage, une histoire et qu’ils en étaient devenus dépositaires comme si c’était la jeune fille elle-même qui était venue leur annoncer sa mort. Cette mort est toute fraiche, si bien que c’est aussi l’aveu de la jeune fille qui interpelle les villageois.

 Les acteurs japonais articulent très lentement leurs paroles, lesquelles dans l’imaginaire peuvent s’associer à une marche sur des cailloux à pieds presque nus.

 Le surtitrage en français a été réduit au maximum. Les pensées de Maeterlinck demeurent une ligne d’horizon. Mais ce n’est pas tant la compréhension des paroles qui importe mais plutôt leur résonance qui est physique, musicale, abrupte. Elles donnent l’impression d’être entre les mains de sculpteurs de mots en silence.

 La scénographie splendide oblige l’œil à parcourir au toucher des couleurs diffuses vaporeuses, moites, crépusculaires. Les acteurs sont des figurants sur une toile de peintre vivante.

 Dans ce tableau vivant, les pensées des spectateurs peuvent flotter à l’infini adoptant une respiration calme propice à la méditation.

 Un paysage en soie, celui de l’âme mêlée au silence qui s’offre un visage prêt à accueillir la pluie, réceptacle   des pensées d’une jeune morte, ou bien respectueuse naturellement de ces sentiments muets, inavoués qui s’expriment totalement par le regard.

 Il faut se taire par moments et laisser passer le temps. La beauté du spectacle de Claude REGY, la qualité des acteurs japonais nous offrent un supplément d’âme, comme pour ébruiter, faire s’écouler de notre conscience terre à terre, cela qui porte l’écho, tapi au fond de soi.

Paris, le 21 Septembre 2014             Evelyne Trân

 

              

 

 

 

 

 

UN TANGO EN BORD DE MER AU THEATRE 14 – 20 avenue Marc Sangnier 75014 PARIS – Du 9 septembre au 25 octobre 2014 –

TANGO

Mise en scène Patrice Kerbrat

 Avec Jean-Pierre Bouvier et Frédéric Nyssen

 Le titre de la pièce évoque une aquarelle qui danserait dans l’œil d’un amoureux ou d’une amoureuse au bord d’une falaise.

 Il n’est question que d’amour dans cette pièce de Philippe BESSON. L’amour c’est le thème privilégié de l’écrivain pour qui le vécu doit servir à alimenter ses fictions, de sorte qu’il ne cesse de rêver sa vie et les gens qu’ils rencontrent, au service de sa création.

 La pièce met en scène un face à face cruel entre deux personnages assez opposés qui se sont aimés. L’un, l’écrivain est un intellectuel d’âge mûr, l’autre un jeune qui semble n’écouter que ses instincts.

 La pièce ne dure environ qu’une heure et pourtant elle se révèle intense. Il n’y pas d’action et le lieu de la rencontre, le bar d’un palace sans barman, évoque avec sa vitrine de verres plutôt les rayonnages d’une vaste bibliothèque. Il est  irréel comme une couverture de livre ou tout simplement comme cette entrevue entre deux êtres qui se sont aimés et éprouvent  comme une flamme au-dessus de la bougie, l’angoisse des retrouvailles.

 La flamme est délicate, pas immédiate, elle ne brûle pas la peau mais y dessine des ombres, des dessins, des auréoles, elle sourd de l’âme de l’écrivain séducteur qui parle comme s’il savait à l’avance le pouvoir de ses mots sur le jeune homme  fringant et quelque peu agressif qui le dévisage.

 Le texte de Philippe BESSON est une véritable partition  pour le chef d’orchestre, metteur en scène, Patrice KERBRAT et les deux interprètes qui deviennent des musiciens aussi instruits que ceux qui interprétaient la sonate de Vinteuil pour Swann, l’un des personnages de Marcel PROUST.

 L’émotion l’emporte grâce au jeu inspiré de Jean Pierre BOUVIER. Il s’agit d’une émotion presque sournoise qui attaque les nerfs, mais qui laisse la place à cette grappe de mystère insaisissable qui s’appelle l’amour. Frédéric NYSSEN investit son personnage plus brutal avec une spontanéité désarmante.

 De sorte que ce tango, en clair de lune,  jalonne  plusieurs facettes du chaton de la vie rêvée en couple, au bord des lèvres, puisque c’est en paroles aussi qu’ils s’aiment. C’est troublant et amer comme un verre d’absinthe que nous aurait servi Verlaine.

 Paris, le 20 Septembre 2014                   Evelyne Trân

 

Huis Clos de Jean-Paul Sartre AU LAURETTE THEATRE PARIS – 36 RUE BICHAT 75010 PARIS -vendredi à 21h30 – du Vendredi 12 Septembre au Vendredi 7 Novembre 2014 –

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  • Genre : Drame
  • Durée : 1h15
  • Mise en scène : Joyce Franrenet
  • Auteur(s): Jean-Paul SARTRE
  • Avec: Jean-Baptiste Alfonsi, Joyce Franrenet, Zack Naranjo et Maud Vincent

Assister à une représentation de Huis clos, c’est un peu perdre sa  virginité, entendons-nous, morale.  Nous nous attendions pas à éclater de rire en entrant en enfer mais il faut reconnaitre que celui de Sartre n’est pas triste, surtout lorsque ce sont trois jeunes comédiens électrisés qui jouent le jeu comme des souris ravies d’être prises au piège par le texte de Jean Paul Sartre.

 Parce qu’elle est vraiment jouissive la langue de Sartre dans cette comédie qui met en scène trois personnages très égotistes qui vont devoir pour cause de châtiment, faire l’expérience de la promiscuité ad vitam aeternam.

 Sartre donne l’impression de s’être vraiment défoulé avec cette pièce qu’il a écrite en quelques jours, sortant tout juste de l’écriture de son pensum philosophique, l’être et le néant.

Enfermés trois humains qui n’ont pour tout bagage et identité que le souvenir de leurs péchés sur terre continuent à exprimer leur rage de vivre en s’accrochant chacun à leur image qui se trouble de plus en plus au contact de l’autre, cet autre importun, qui agace, que l’on a envie de tuer mais qui repousse toujours comme de la mauvaise herbe. C’est la barbe et les ongles dont la nature bienveillante a sucré l’espèce humaine.

 Cela dit, la démonstration de Sartre est éloquente. Poussés dans  leurs extrémités, les individus se bouffent les uns les  autres et s’entretuent. Mais à la fin du ring, les voilà bien obligés de se regarder en face. Reste le désir omniscient, la fornication et tous les péchés capitaux  qui témoignent de toutes les cartes de jeu des pauvres bougres qui se battent et s’allument pour passer le temps.

La liberté est montrée du doigt, c’est la pancarte EXIT et le grand couloir sombre de la solitude et du néant.

 Pas de prise de tête avec la mise en scène acidulée et très pétillante de Joyce FRANRENET. Un vent de fraicheur anime les comédiens,Jean-Baptiste Alfonsi, Joyce Franrenet et Maud Vincent  qui sont imparables chacun dans leur rôle de damnés « innocents ». Et c’est une belle idée de la metteure en scène de représenter le garçon, gardien de prison en vampire grotesque incarné par un acteur sidérant, Zack NARANJO.

 Nous avons bien le temps de nous éterniser sur les atermoiements de Garcin, odieux et pitoyable Hamlet qui ressasse la question de la lâcheté, tel un hameçon insaisissable, peu propre à stimuler le désir de ses colocataires féminins.

 Grâce à la mise en scène enlevée de Joyce FRANRENET, le huis clos de Sartre réussit à nous faire rire. Et c’est un véritable cadeau que ce rire qui bouscule nos affreux préjugés, un cataplasme salvateur et jouissif de bon augure, c’est la mouillette dans le jaune d’œuf du sourire malicieux de Jean-Paul Sartre.

 Paris, le 20 Septembre 2014            Evelyne Trân

 

 

FUREUR de Victor HAÏM – Mise en scène : Stéphanie WURTZ – Distribution : Benjamin BOLLEN – Du 12 Septembre 2014 au 10 Janvier 2015 – Les vendredis et samedis à 19h30 – au Théâtre de l’ESSAION – 6, rue Pierre au Lard 75004 PARIS –

FUREUR THEATRE ESSAION

S’est il égaré sur la scène de l’imagination  de  Victor Haïm, ce chef d’orchestre déjanté que nous avons connu interprété par son auteur lui-même ?

 Sous des dehors grotesques, le monologue du chef d’orchestre  qui laisse éclater sa colère à l’encontre des musiciens qui l’ont mis à la porte, est aussi pathétique  et ahurissant qu’une course contre la mort.

 Comme s’il n’avait plus rien à perdre sans doute, le chef d’orchestre se livre à une sorte de strip-tease où il confond tout, lui et les autres, avec pour seule baguette une énergie dévorante, ourdie par sa colère mais aussi des blessures de parcours.

 Au cours de ce strip-tease judicieusement agrémenté de morceaux de musique (Beethoven, Mahler, Bach, Strauss, Verdi etc) ce chef « innommable »  évoquera son enfance, sa mère, ses conquêtes, en réglant son compte au passage avec son milieu où l’argent serait la seule devise.

 Pour un texte « monstrueux » qui regorge d’invectives et qui soulève beaucoup de lièvres,  il fallait un comédien « monstrueux ». Benjamin BOLLEN qui incarne ce chef d’orchestre avec une juvénilité désarmante, est stupéfiant.

 FUREUR BIS

Les bouffées délirantes dont semble souffrir son personnage, galvanisent le comédien qui, à lui tout seul, délivre un véritable festival de mimiques, de drôleries avec une joyeuse appétence.

 Il invente le personnage sous les auspices d’une folie qui doit tout transgresser. Celle folie, c’est la passion de la musique : il voit et il jouit même sexuellement avec les yeux de la musique.

Du coup, on comprend mieux sa colère contre les musiciens, parce qu’elle témoigne d’un sentiment d’impuissance désespéré, exaspéré : l’infiniment petit face à l’infiniment grand.

 La metteure en scène Stéphanie WURTZ privilégie l’invention chez le comédien qui compose un personnage hors normes, endiablé, qui n’a que faire de la psychologie, et semble sortir de la baignoire imaginative de Victor HAIM, frémissant de vitalité, sous les bulles d’injures qui craquent sous les dents et du bon savon onirique. Dans le fond c’est la fureur de vivre qu’il incarne, plus que celle de maudire.

 Voila un spectacle en forme de feu d’artifice qui révèle un comédien phénoménal Benjamin BOLLEN et rend grâce aux vertus de la colère même textuelle. Oh, ce féroce humour qui déride les fesses !  C’est super !

 Paris, le 18 Septembre 2013 , mis à jour le 19 Septembre 2014     Evelyne Trân