RESPIRE ! d’Asja Srnec TODOROVIC – Mise en scène de Dominique DOLMIEU à la MAISON D’EUROPE ET D’ORIENT – du 30 Avril au 10 MAI 2014 du mercredi au samedi à 20 H 30 –

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mise en scène Dominique Dolmieu
assistante Céline Barcq
dramaturgie Daniel Lemahieu
lumières Tanguy Gauchet
son Gwenaëlle Roulleau
avec Nouche Jouglet-Marcus,
Aurélie Morel,
Christophe Sigognault
et Federico Uguccioni
une production du Théâtre national de Syldavie

La Mort en personne a fait courir en herbes folles l’écriture de nombre d’écrivains depuis la nuit des temps. Souvenons-nous du Horla de Maupassant, d’Une charogne de Baudelaire, du Sardanapale de Byron, du Faust de Goethe, des élégies de Rilke, des souvenirs de la maison des morts de Dostoïevski, et de la ballade des pendus de Villon.

Nous connaissons beaucoup moins les écrivains de l’Europe du sud pourtant pas si éloignée de la France, géographiquement. La guerre de Croatie ou guerre d’indépendance croate dans les années 90 a subitement tourné le projecteur vers ce petit pays entouré par la Slovénie, la Hongrie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et le Monténégro.

Grâce au travail soutenu de la MAISON d’EUROPE et d’ORIENT et de la traductrice Mireille ROBIN, nous avons la possibilité aujourd’hui de découvrir par l’entremise de ses porte-voix, une dramaturge croate contemporaine, Asja Srnec TODOROVIC, née en 1967 à ZAGREB.

Sans nul doute la virulence de sa langue fait écho aux horreurs de la guerre qu’a connue la Croatie il y a une vingtaine d’années. L’imminence de la mort au quotidien, Asja Srnec TODOROVIC l’a vécue pendant les bombardements. Cette expérience de la mort, d’aucuns voudraient l’oublier, en faire abstraction. Mais ce n’est pas possible quant comme Asja Srnec TODOROVIC, on a choisi d’écrire. Tous les écrivains le savent, écrire n’est pas une activité abstraite, cela engage tout le corps et sa mémoire. La chair qui se meut en paroles bouleverse son propre paysage.

Des philosophes ont dit que chacun mourait seul. Ce qui est frappant, dans la pièce « Respire ! » c’est que chacun des personnages paraissent solidaires, faire cause commune. Même lorsqu’ils s’impliquent en personne, en parlant de la mort, ils s’adressent à l’autre qu’il soit public, tortionnaire, inquisiteur, ami, proche, voisin ou tout simplement inconnu.

La meilleure façon d’être pudique quand ça vous travaille la peur de la vieillesse, de la décrépitude, de la maladie, c’est d’être vulgaire. « Nous pissons directement dans la gueule de la Mort » dit un des personnages et ça on ne peut le faire qu’au théâtre. L’orgasme pour conjurer la mort, pour asseoir la dignité de l’homme sur l’autel de la béatitude. Si l’homme n’était pas capable de se moquer de lui-même, nous pourrions faire rase motte de toute la littérature.

Ce sont donc bien les hommes et les femmes qui parlent de mort, celle qu’ils donnent, celle qu’ils officient en spectacle, en cérémonies, en discours, celle aussi qui égalise toutes les conditions, à la fois universelle et subjective. Rien que ça !

« Respire ! » nous dit la dramaturge à l’issue des 24 tableaux féroces et parfois cocasses mais pas tristes à cause sans doute de cette lueur d’ironie qui berce tout le spectacle.

Dans la petite salle aménagée dans les locaux de La Maison d’Europe et d’Orient qui est aussi une agréable librairie, les comédiens évoluent au centre de la pièce entre les rangées des spectateurs qui peuvent s’éprouver comme faisant partie eux-mêmes du spectacle, en tant que témoins de ces curieuses oraisons funèbres, survoltées et étranges émanant d’êtres ordinaires, nommés par l’auteur XX, XY et XXY et pourtant totalement incarnés par les comédiens, tous remarquables.

La mise en scène de Dominique DOLMIEU n’a besoin d’aucun artifice pour faire vibrer la langue d’Asja Srnec TODOROVIC. L’émotion des interprètes, palpable, circule de rôle en rôle, d’une situation à l’autre, sans plomber l’atmosphère, enrichie par cet imaginaire invisible auquel nous convie la Mort, personnage central de la pièce.

C’est très suggestif comme si l’auteure en mettant un pied sur la tombe, avait trouvé la force pour faire parler des vivants en disant « Respire ! ».

Et cette bouffée d’air Croate est vraiment bienvenue !

Paris, le 2 Mai 2014                      Evelyne Trân

 

 

 

Monsieur BELLEVILLE de Thibault AMORFINI au THEATRE DE BELLEVILLE – 94, rue du Faubourg du Temple 75011 PARIS du 30 Avril au 13 Juillet 2014

Monsieur BELLEVILLECompagnie des Treizièmes 

Texte , vidéos et idée originale : Thibault Amorfini

Mise en scène : Brigitte Sy

Assistant mise en scène : Ludovic Lamaud

Musique : Aurore Juin

Avec : Thibault Amorfini, Erwan Daouphars en alternance avec Ludovic Lamaud, Céline Groussard en alternance avec Hélène Viviès

Participation vidéo : Laurent Bréchet et Slim El Hedli

 Vidéo : Caroline Grastilleur, Boris Carré, LeCollagiste

Scénographie et création lumières : Boris Van Overtveldt

Si vous rencontrez un jour dans la rue de BELLEVILLE, Monsieur BELLEVILLE, nul doute que vous aurez envie de lui décocher un sourire.

 Ça fait du bien de penser que dans son quartier illuminé de lumières jaunes et vertes, de toutes sortes, celles des fruits et légumes, des enseignes des commerces et des personnes, même si vous vous sentez un peu noyé au milieu de la foule des couleurs, des odeurs,  il y a quelqu’un prêt à vous accueillir avec son humeur chaude et ensoleillée, quelqu’un qui aime tant son quartier qu’il souhaite partager avec vous cette petite liqueur d’ange poétique et subtile qui lui est propre.

 Monsieur BELLEVILLE est un rêveur de rues. Evidemment, il faut être un peu décalé dans la tête pour croire que tout le monde, il est beau, il est gentil. Qu’importe Monsieur BELLEVILLE n’est pas moraliste, il n’a pas dû faire science po, et si son cœur n’est pas aussi léger qu’une feuille de Prévert, justement  il sait rebondir en pleine impression au quotidien, et même en quatre saisons, au gré des aventures de son regard qui devient une sorte d’entonnoir kaléidoscopique de son terrain de jeu.

 La rue est pleine d’amuse-gueules pour la pensée qui s’y frotte comme le museau d’un chien toujours en quête d’odeurs connues et inconnues, qui dresse les oreilles à la hauteur des chevilles des passants .

 Monsieur BELLEVILLE dit que la rue est un poème en plein mouvement. Toutes sortes de grumeaux de rêves s’y déplacent à travers les personnes qui l’empruntent pour un jour, pour une vie, pour une rencontre. Oui, c’est fantastique en soi.

 Monsieur BELLEVILLE se présente comme témoin « d’une époque décousue et sans raison»  mais à vrai dire son mouchoir de rêves a beau tremper dans une belle flaque d’aujourd’hui, nous ne pouvons-nous empêcher de penser que Richepin, Villon et d’autres multiples poètes anonymes sont passés par là. En témoignent, la musique et la voix qui se réveillent au son des images avec Aurore  JUIN.

 En grande couturière, Brigitte SY, à la mise en scène, installe la magie de ces images revenantes – qu’on appelle cinéma – qui crépitent sous les paroles de l’arpenteur de la rue de Belleville, Thibault AMORFINI.

 Saluons aussi la belle présence d’Hélène VIVIES en double féminin de Monsieur BELLEVILLE ainsi que toute l’équipe de ce spectacle tout ruisselant de poésie et de vie, tendre, facétieux et interactif. Le public s’y croit vraiment à BELLEVILLE !

 Paris, le 1er Mai 2014                 Evelyne Trân