SONGO LA RENCONTRE ‘(CENTRAFRIQUE) de Richard DEMARCY et Vincent MAMBACHAKA du 6 au 30 Mars 2014 AU THEATRE LE GRAND PARQUET – 35 Rue d’Aubervilliers 75018 PARIS

les afriquesArtistes : Rassidi Zacharia, Aimé-Césaire Ngobougna, Ludovic Patrick Mboumolomako, Gloria Dongoue, Natacha Ngakossi, Ella-Flore Ngouandje, Bonaventure Vonga Lakoutene, Mapumba, Mogbende, Mokule, Alpha Marie Dakounia, Afonsina Ngau Domingas

L’Afrique à Paris, c’est en ce moment, grâce notamment à la programmation du spectacle « SONGO LA RENCONTRE » au GRAND PARQUET.

Ce spectacle a été créé à BANGUI, il y a 20 ans grâce à l’association du Centrafricain Vincent MAMBACHAKA et du Français de Richard DEMARCY.

« SONGO LA RENCONTRE », c’est l’histoire de la rencontre de deux bossus avec les esprits protecteurs de la forêt. Le message écologique va s’exprimer à travers leur initiation au cours de danses, chants, rituels et cérémonies dans la grande clairière.

Il y a toute la beauté des danses des Pygmées vêtus de pagnes et de colliers qui bousculent tous les sens. Mais la surprise de la découverte va plus loin que l’exotisme. Nous n’avons aucun mal à nous identifier aux deux bossus qui ont perdu le contact avec la nature. De sorte que ces danses si éloignées de notre culture occidentale, nous réjouissent comme la trouvaille, en pleine forêt, d’un petit scarabée d’or, véritable trésor pour les deux bossus pourtant corrompus.

Rappelons que ce spectacle est destiné à récolter des fonds pour reconstruire l’espace LINGA TERE en CENTRAFRIQUE, qu’il a été écrit dans deux langues, Sango et Français mêlés et qu’il témoigne de la vitalité des échanges interculturels entre l’Afrique et la France.

Il faut remercier vigoureusement les artistes comédiens-danseurs qui se sont déplacés pour venir à la rencontre du public.

Un spectacle très coloré où la vivacité des deux interprètes des bossus, fort drôles, n’a d’égale que celle de leurs partenaires danseurs. Une enchanteresse provision de bonheur !

Le 9 Mars 2014                       Evelyne Trân


 

 

LES PONTS de de Tarjei Vesaas au Théâtre de l’Atalante – 10 place Charles Dullin, 75018 Paris – Du vendredi 07/03/14 au lundi 24/03/14

PONTS BIS
Adaptation et mise en scène : Stéphanie Loïk Assistant à la mise en scène : Igor ObergAvec : Marie Filippi, Maxime Guyon (distribution en cours) et Bastien Dausse (acrobatie), Mariotte Parot (cerceau) apprentis circassiens de l’Académie Fratellini. Création lumières : Gérard Gillot
Création et diffusion son : Guillaume Callier
Création costumes : Mina Ly

Au ralenti, le terme conjugaison, âpre comme les premières apparitions de bourgeons, au regard des ponts entre les villages, au-dessus des toits, seules de jeunes personnes peuvent pénétrer à l’intérieur de la forêt sans porter atteinte à son esprit.

Du moins c’est ce que l’on ressent à travers la mise en scène et adaptation de Stéphanie LOIK de la dernière œuvre du grand écrivain norvégien TARJEI VESAAS, « LES PONTS ».
Seuls des adolescents peuvent mimer les soulèvements des branches et reprendre sans le savoir leurs mouvements qui les entrainent au cœur de leur intimité.

Il y a tous ces silences tendus comme des pièges qui soupirent, des pensées qui jaillissent des frottements de leurs corps, et une sorte de douleur active immanente à chaque individu, qui soudain se réveille parce que TORVIL et AUDE, découvrent dans la forêt un nouveau-né mort. Cette découverte les amènera à rencontrer la jeune mère célibataire VALBORG.

A l’intérieur de la forêt, les paroles ne peuvent pas s’ébruiter à la légère, parce qu’elles sont réfléchies par tous les hôtes invisibles et silencieux interprétés par deux circassiens, Bastien DAUSSE, acrobate, Mariotte PAROT danseuse au cerceau.

Et soudain les paroles deviennent aussi fluides, tactiles, fortes, transperçantes que l’air que l’on imagine humide à travers le brouillard. Parfois, il semble qu’elles demandent la permission de passer aussi bien aux arbres qu’à leurs destinataires. Mais elles ne sont jamais tièdes, elles témoignent de l’intégrité de chacun des adolescents face à leurs doutes, leurs émotions, leurs craintes.

Pour cette évocation à fleur de peau de l’éveil à l’âge adulte, Stéphanie LOIK a réuni sur le plateau, trois jeunes comédiens à la sensibilité vibrante, Marie FILIPPI, Maxime GUYON, Nadja BOURGEOIS, et deux apprentis circassiens de l’Académie FRATELLINI, dont les figures très expressives s’associent merveilleusement aux danses des lumières presque musicales qui font le tour de chaque interprète comme une course du soleil.

Stéphanie LOIK dispose d’une belle palette de peintre capable de faire surgir ce qu’il y a d’ensorcelant dans l’écriture penchée de TARJEI VESESAS. Au sein de la forêt, il y a des jeunes gens qui parlent …en chœur avec Rimbaud : « L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois. Au réveil, il était midi ».

Paris, le 9 Mars 2014                 Evelyne Trân

 

LES CHAISES d’EUGENE IONESCO au THEATRE DE l’ESSAION 6, rue Pierre au lard (à l’angle du 24 rue du Renard) 75004 Paris – Jusqu’au 15 MARS 2014 – Les jeudis, vendredis et samedis à 21 H 30.

LES CHAISESMise en scène : Odile Mallet Geneviève Brunet

Distribution : Geneviève Brunet, Odile Mallet, Patrick Chupin, Alain Le Maoût

Les chaises sont phénoménales. Eugène IONESCO, à l’instar de grands peintres dont VAN GOGH, leur rend hommage puisqu’elles deviennent le « personnage central » de sa pièce éponyme. Il faut dire que notre rapport avec ce meuble, en tant que lieu de passage, est ineffable. Et pour peu que nous nous laissions aller à regarder cet habitacle de l’humain dont les cousins sont le fauteuil, la banquette de métro ou le banc public, notre perception est rapidement assaillie par une sensation d’absence, celle de l’homme ou de la femme qui l’occupait précédemment. Il y a de quoi prendre un coup de sang et c’est ce que raconte Eugène IONESCO de façon fabuleuse.

Un couple de petits vieux végète dans l’ennui . Pour meubler leur solitude, l’homme raconte des histoires à sa femme qui l’encourage avec amour. Les voilà qui retombent dans l’enfance, l’enfance magicienne. Et le tour est joué, les rêves, les plus insensés, les plus pharamineux du couple vont se réaliser.

Le vieux et la vieille ont convié une foule d’invités à assister à une conférence extraordinaire qui permettra enfin au petit vieux de communiquer ce qui lui tient le plus à cœur, par l’intermédiaire d’un orateur .

Les invités sont représentés par les chaises qui arrivent au fur à mesure sur la scène de façon incroyable. Oui, car les chaises deviennent vivantes, elles deviennent la portion visible d’invités auxquels s’adressent les hôtes du logis, de plus en plus stressés par la foule qui arrive.

Nous voyons le couple discuter entre deux chaises avec une jeune femme, nous les voyons courir entre des rangées de chaises, à chaque coup de sonnette; nous les entendons même flirter dans les recoins. Car ces vieux ne sont pas fous, ils discutent vraiment avec leurs invités .Et quand la scène est tout à fait envahie, nous assistons à l’apothéose.

Une pièce de IONESCO ne se raconte pas. Il faut la jouer sur scène. Il y a quelque chose de magique dans la vie, même si notre cerveau nous incline à toujours balancer entre le oui et le non. C’est peut-être cela qui est absurde chez l’humain de vouloir toujours tout aligner comme une rangée de chaises. Qu’est-ce donc qui nous échappe ? « Les chaises » ouvrent cette fraction de seconde du merveilleux, tellement inattendue qu’elle est capable d’émouvoir l’esprit le plus cartésien.

A vrai dire, la pièce requiert des comédiens au physique et au moral, une énergie imaginative de grande ampleur.
Comment ne pas applaudir la performance des interprêtes, Geneviève BRUNET, Odile MELLET, Patrick CHUPIN et Alain LE MAOUT.

Odile MALLET a rencontré Eugène IONESCO. Elle en parle avec émotion. Sans nul doute, le souvenir de cet homme l’a guidée pour réaliser avec sa sœur jumelle Geneviève BRUNET, cette mise en scène lumineuse des »Chaises ».
Parce qu’il émane de ses deux soeurs, un charme, une délicatesse troublantes qui nous fait vaciller de la surprise au merveilleux.

« Les chaises » une sorte de lanterne magique en ce moment à l’ESSAION, à voir d’urgence ! Le théâtre avec ces deux salles installées sous les voûtes d’une cave médiévale, offre un cadre intime, unique; c’est vraiment un lieu de prédilection pour tous les amoureux du théâtre.

Paris, le 8 Mars 2014 Evelyne Trân

ANNA ET MARTHA de DEA LOHER – Mise en scène de Robert CANTARELLA au THEATRE 71 – Scène nationale – 3 Place du 11 Novembre 92240 MALAKOFF – Du 4 au 13 Mars 2014-

ANNA ET MARTHATexte : Dea Loher
Mise en scène : Robert Cantarella
Avec : Catherine Hiegel, Catherine Ferran, Nicolas Maury, Valérie
Durée 1h50

La haine tire-t-elle donc sa sève de la résignation ? La résignation, cette glu ordinaire qui suinte des murs, des habitudes, et qui sert de haillons à deux bonnes femmes, Anna et Martha respectivement couturière et cuisinière, au service depuis 40 ans d’une maitresse de maison, grelottante dans le cercueil vivant de leur armoire de souvenirs.

 Il s’agit véritablement d’un office funèbre, assez drôle d’ailleurs, car la mort, celle qu’elles n’ont pas arrêté de souhaiter, de leur patronne, ou de tout ce qu’elles détestent ou peuvent détester, le chien par exemple,  l’animal domestique par excellence, pourrait devenir un alibi, une idée aussi absurde que leur chienne de vie.

 En tout cas, c’est une porte de sortie fantasmatique, parce qu’elle coïncide  avec leur état de vieilles femmes qui n’ayant plus rien à perdre, peuvent se lâcher, exprimer les déjections de leurs âmes  blessées, de façon impitoyable. Car leur ennemie, c’est la mort incarnée par cette patronne gisant dans un congélateur, qui semble-t-il a conditionné leur vie, une vie de mortes vivantes, de chiennes qui aboient après la mort parce qu’elles n’ont pas trouvé d’issue, qu’elles n’ont pas voulu ou pu s’échapper.

 Toutes leurs humeurs explosent comme si leurs corps au-delà  de leur apparence de vieilles peaux avaient conservé l’énergie de la révolte. En pure perte, certes, mais après tout, la méchanceté qui fermente au bout de leurs lèvres, leur rogne, leur tristesse, les transforment en charognardes dans une sorte de délire exquis qui, à défaut de les faire jouir, leur permettent de pouffer de rire ensemble.

 Le spectacle n’est pas triste car il y a ces échappées belles de verbe de ces domestiques, grandes gueules qui continuent à se frotter aux murs, à ses bizarres bruits de congélateur, d’affreux lampadaires qui pendent au plafond, sans oublier la voiture sous sa capuche et le chauffeur interprété par son chien et quelques arbres en décorum abstrait.

 Le savions-nous ? Les machines sont été inventées par les hommes, elles ont un langage qui finit par forcer le respect, elles sont inatteignables, elles ne pensent pas, elles ne souffrent pas, sauf  que leur immobilité est proche de la mort. 

 Avec Anna et Martha, nous avons l’œil qui tourne autour du congélateur, sorte de catafalque à gauche de la salle d’attente où les vieilles conversent en attendant de plus rien attendre sans doute.

 Comme s’il avait intériorisé les ridicules de chaque objet abandonné, manifesté  par les hommes dans une sorte de one woman s’ land, le metteur en scène  donne le ton aux grilles désolées auxquelles sont encore collées Anna et Martha, pas si éloignées du personnage de Winnie enlisée la tête jusqu’au cou dans «  Oh les beaux jours «  de Beckett.

 Parce que ces vieilles dames féroces imaginées par DEA LOHER, ne manquent pas de charme ni de vitalité. Catherine FERRAN et Catherine HIEGEL sont prodigieuses de présence, et leurs partenaires  Valérie VIVIER la femme de ménage et Nicolas MAURY, le chauffeur chien,  leur emboitent  le pas, avec talent.

 Anna et Martha deux femmes dominantes, dominées. Nous n’en sommes plus  à décliner le vocable dominus et son pendant servus, du genre masculin en latin.  Mais DEA LOHER vient déranger notre grammaire à point nommé, faisant éclore du féminin comique et grossier, sous la rose, avec beaucoup d’humour.

 Une pièce très forte, de grandes interprètes, une mise en scène remarquable, que dire de plus ?  La méchanceté qui scintille à travers le verbe de DEA LOHER est jubilatoire.

 Paris, le 8 Mars 2014                    Evelyne Trân

 

 

 

Vaterland, le pays du père de Jean-Paul Wenzel avec la collaboration de Bernard Bloch – Mise en scène Cécile Backès au THEATRE DE L’AQUARIUM à la Cartoucherie de Vincennes du 27 Février au 16 Mars 2014

 

De vaterland terBernard Bloch, Jean-Paul WenzelMise en scèneCécile Backès

AvecNathan Gabily, Cécile Gérard, Martin Kipfer, Maxime Le Gall

La vie comme un roman. Oui, pourquoi pas, mais alors il faudrait que le train s’arrête en marche. Il faudrait se projeter dans le passé, dans le futur et se  prendre pour un héros.

 Nous sommes tout un chacun héros de notre vie en tant que sujet. Mais qui a  le temps dans la vie courante de se retourner sur ses origines. C’est curieux, la question des origines peut bouleverser de façon très romanesque notre perception du temps, parce qu’il s’agit pour l’enquêteur de se déplacer dans le passé, tout en restant sur pied au présent. Et en vérité, c’est comme si un individu à  rollers guettait l’horizon et donc le futur, en se plongeant dans l’inconnu.

 Pour plonger dans l’inconnu, il faut avoir une bonne raison, en ressentir le manque, vouloir l’identifier, lui donner un nom, une réalité, une existence.

 Ce qui est très intéressant dans l’écriture de la pièce Vaterland issue du roman autobiographique éponyme, c’est qu’à travers chacun  des personnages, c’est le même fil narrateur subjectif qui se déplace. Nous les voyons tous penser isolément, en train d’écrire dans leur tête l’histoire de leur vie mais sans en connaitre le bout.

 Plusieurs personnages habités  par plusieurs histoires qui les lient entre eux évoluent dans leurs bulles parallèles comme sur les rayons d’une toile d’araignée.

 Il y a le jeune homme de 35 ans, musicien de  rock dans un groupe qui recherche son père allemand, qui l’a abandonné avec sa mère presque à la naissance.

 Il y a l’homme qui recherche obstinément des traces de son frère et qui finit par traquer l’allemand qui a usurpé son identité.

 Il y a la jeune femme qui apprend que son mari est un imposteur, un allemand qui s’est fait passer pour un alsacien.

 Et surtout, il y a l’allemand en question qui a tué lors d’une rixe un français et dans un coup de folie s’est emparé de ses papiers pour devenir à son tour français et séduire une belle jeune femme.

 La toile a pour paysage, l’Allemagne en décombres et la France d’après-guerre.

 Un véritable sac de nœuds mais fruité, fruité par le désir si naturel de connaitre la vérité. Une vérité insaisissable, planquée sur fond  de guerre, parce que le destin de tous ces individus découle de circonstances inconcevables en temps de paix. Et pourtant tous les personnages sont des gens ordinaires pour qui  la notion de famille a un sens. Tous vont découvrir que leurs valeurs ne sont pas conformes à la réalité. Tous vont être amenés à se remettre en question.

 Pas évident de mettre en branle un fil narrateur tissé par plusieurs bouches. La metteure en scène, Cécile BACKES,  en adhésion avec les créateurs de la pièce, a choisi de faire vibrer la toile d’araignée en rayons suffisamment espacés pour permettre au musicien de rock de pincer les fils de ladite toile, en rayonnant, cela va de soi.

 Cécile GERARD en jeune femme « abusée » est épatante. Sa présence lumineuse et drôle, éclaire ce polar aux teintes sombres quoique adoucies avec humour par l’interprétation de ses jeunes partenaires.

 La pièce est aussi captivante qu’un roman policier et avec juste un grain de folie supplémentaire que ne manquera pas de pondre cette jolie toile, ce sont toutes les cloches de notre mémoire qui vont se mettre en vrille, suspendues aux lèvres du jeune homme avouant qu’il a le trac à l’idée de rencontrer enfin son père. Comme nous le croyons !

 Et nous pensons à ces chanteurs de rock’n roll qui faisaient  de l’auto stop sur les routes en quête d’ailleurs. Un ailleurs que nous retrouvons avec plaisir, avec émotion dans ce rocambolesque road movie, passionnant.

 Paris, le 2 Mars 2014                  Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SAVANNAH BAY de Marguerite DURAS au THEATRE DE L’ATELIER – 1 Place Charles Dullin 75018 PARIS – Mise en scène de Didier BEZACE avec Emmanuelle RIVA et Anne CONSIGNY du Mardi au samedi à 21 Heures

MARGUERITE DURAS

 

Chez Emmanuelle RIVA, il y a cette persistance de l’étonnement que l’on peut ne capter qu’en pleine lumière. Cette lumière, bien  sûr, c’est un choc, une émotion indescriptible, un effarement. L’ayant revue récemment dans « Hiroshima, mon amour » et « Thérèse Desqueyroux », j’avais envie de la voir sur scène ou tout au moins de l’entendre.

 Marguerite DURAS ne cesse de discourir sur l’amour, la mort, le temps. Mais il y a toujours quelque chose qui la pousse au-delà de l’intellect, quelque chose qui s’arrête quand la question au bord du précipice semble faire vœu d’oubli, d’achèvement, de dénouement. Marguerite DURAS n’est jamais rassasiée, elle désigne la  perche, la branche, appelant quelques oiseaux à s’y poser. Emmanuelle RIVA fait partie de ces oiseaux.

 Dans SAVANNAH BAY, deux femmes se faufilent dans les couloirs du temps, celui de la jeunesse, celui de la vieillesse. Les deux voix ne se recouvrent pas, l’une est inquisitrice avec une dureté qui camoufle une certaine souffrance, l’autre qui est sortie de l‘écorce, semble plus heureuse, détachée, espiègle.

 La petite fille demande à sa grand-mère de lui raconter l’histoire de ses parents. Elle voudrait comprendre comment sa mère a pu se suicider juste après sa naissance. Mais il n’y a rien à expliquer, surtout quand il s’agit d’une histoire d’amour, de passion.

 La vieille dame est une ancienne comédienne; la douleur fait partie de l’âme, elle peut s’interpréter comme le silence dans la grotte, comme la  vision d’un oiseau mort sur le sable. Tout est possible, même le bonheur, même l’oubli.

 Il ne reste plus à la vieille dame que ses sensations, au présent. Elle se prête au jeu de la récitation d’un drame pour sa petite fille, comme elle pianoterait sur les vagues de la mer, en train de se baigner avec la jeune femme.

 Le récital est si beau de ces deux voix qui se cherchent tout en restant distantes, celle d’Anne CONSIGNY, douloureuse et péremptoire, celle d’Emmanuelle RIVA si jeune, si aventurière.

 Le décor est très beau, dépouillé comme un logis japonais, avec pour seul luxe une grande fenêtre et l’intrusion d’une lumière presque étrangère.

 Pourtant les yeux fermés, nous pouvons écouter ces voix  profondément tactiles, rêver sous le poids d’un mot, resurgir derrière un silence, s’élancer, courir. Emmanuelle RIVA et Anne CONSIGNY, émanent d’un concerto de Duras, SAVANNAH BAY, suave et entêtant.

 Paris, le 1er Mars 2014                          Evelyne Trân