Texte et mise en scène : Marine Bachelot
Avec : Yoan Charles, Lamine Diarra, Flora Diguet
Scénographie : Bénédicte Jolys
Lumière : Gweltaz Chauviré
Son : Pierre Marais
Vidéo : Julie Pareau
Costumes : Laure Fonvieille
Production : Gabrielle Jarrier
Administration : Charlotte Vaillant
Production : Lumière d’août
Coproduction : La Maison du Théâtre – Brest, Le Théâtre du Pays de Morlaix, scène de territoire pour le théâtre, Le Centre Culturel de Cesson Sévigné
La jeune auteure de la « Place du chien », Marine BACHELOT dispose d’antennes socio-politiques fort pointues, à l’instar du chien auquel elle rend hommage dans une sitcom qui déménage une cascade de clichés sociaux.
Bien que la sitcom ne soit pas sa tasse de thé, Marine BACHELOT a décidé de jouer le jeu d’un spectateur qui se trouve être un beau labrador confiné dans appartement de 25 M2 avec sa jolie maitresse Karine et le Jules de cette dernière, un beau mâle, musicien congolais.
Malgré leur fraicheur intrépide, les jeunes héros de la sitcom finiront par crouler sous le poids du carcan de situations imposées qui relèvent de faits sociaux régulièrement médiatisés : les sans-papiers, la prostitution occasionnelle de braves femmes via internet, le mariage mixte, et enfin la place du chien dans le couple.
Impitoyable, Marine BACHELOT relève cette farce « sitcomiesque » en y ajoutant des documents épicés, des chansons coloniales incroyables des années trente et le discours effarant d’un homme politique sur l’Afrique.
Par quel miracle, Marine BACHELOT réussit-elle à introduire du merveilleux à l’intérieur de cette machinerie sociale où il convient d’être rangé dans un tiroir : Toi sans papiers, toi pauvre caissière précaire etc…
Il n’y a que le chien dont la place n’est pas vraiment définie. Balivernes !!! Car la jolie maitresse a trouvé la notice scientifique du labrador parfait. Il y a de quoi se révolter, ce que fera d’ailleurs Sherkan, le chien, véritable héros de cette comédie sociale.
Si les clichés, les préjugés pèsent lourds, c’est que la plupart du temps, ils servent d’alibis aux comportements. Il faut toujours justifier ses peurs, ses bons et mauvais sentiments.
Et puis, il y a tous ces schèmes qui s’entrecroisent :
Chien/domestique
Africain/esclave/sans papiers
Femme/asservie par/…/… le travail… qui parle de libération sexuelle.
Et pendant tout ce temps-là que fait Sherkan condamné à coucher dans la baignoire pendant les ébats de ces maîtres, il lit le Kama sutra ou un magazine « La force noire ».
Car Sherkan n’est pas un gentil toutou. Peut-être, l’était-il à la naissance, en tout cas Silvain, l’africain voit en lui un esprit malin. Entre parenthèses, les chiens ne sont pas sots, certains sont capables de se regarder dans le miroir ou d’y saluer leurs maîtres.
Il y a ce désir de passer tout au crible pour se défendre contre l’oppression, l’atteinte à la dignité humaine. De façon irrationnelle, voilà que toutes les espérances se portent sur le chien. Sa condition d’animal domestiqué nous rappelle qu’être traité de chien ou de chienne par quiconque, relève du mépris. Entendons que le champ du mépris est large, si large qu’il donne lieu à un rapprochement inédit. Celui du discours d’un homme politique et celui du chien Sherkan digne d’un héros Shakespearien, le magnifique Spartacus.
Yoan CHARLES est l’interprète idéal de Sherkan, héros canin absolument touchant, extraordinaire et si digne d’une fable-sitcom qu’il rendrait jaloux LA FONTAINE.
Flora DIGUET joue la maitresse amoureuse avec une pèche d’enfer et Lamine DIARRA réussit à donner des couleurs de « Mille et une nuits » à son « toi sans papiers ».
Voilà un spectacle très généreux qui fait grincer les canines, fouette nos méninges et tout cela grâce à la présence d’un chien. Méfiez-vous de l’eau qui qui dort, méfiez-vous du gentil toutou, Sherkan sait aussi mordre.
Paris, le 30 Mars 2014 Evelyne Trân
