A LA FOLIE FEYDEAU, AMOUR PIANO, FEU LA MERE DE MADAME, LES PAVES DE L’OURS de Georges FEYDEAU – Mise en scène et chansons de Léonard MATTON – au THEATRE POCHE MONTPARNASSE – 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS

AFFICHE FEYDEAUAvec:AFFICHE FEYDEAU Stéphanie BassibeyLaurent LabruyèreLudovic Laroche

Nicolas Saint-Georges, Roch Antoine Albaladéjo,

Vous avez mal à la tête et vous êtes d’humeur morose, voire blafarde, sachez qu’il n’y a qu’un seul remède, celui que conseillait le médecin au mime DEBUREAU alias Sacha GUITRY .

« Allez donc au théâtre mon cher, pour vous dérider ».

 En guise de pastilles effervescentes, trois petites pièces virevoltantes de FEYDEAU  qui fonctionnent un peu comme la nappe tout sourire des jolies conventions qu’affectionne l’espèce humaine, qu’il suffit de tirer, ne serait-ce que du pouce, pour tout faire dégringoler.

 lafolie-feydeauPas d’odeur de sainteté chez Feydeau, ce n’est pas le drap de l’autel qui glisse, ce sont tous les lieux communs sortilèges de nos  réflexes élémentaires qui attisent parmi les sept péchés capitaux,  la gourmandise et la luxure, autrement dit la soif du plaisir.

 Feydeau a beaucoup joué sur le motif du « linge sale » et le lit est un personnage à part entière sur lequel il fait avancer ses pions, ses personnages indispensables, cocotte, amant menteur et lâche, belle-mère, domestique agent trouble, jeune fille naive, qu’il met tous en émoi, en agitant simplement sa salière de quiproquos et de malentendus.

 Dans le spectacle « A la folie Feydeau », les trois pièces, Amour et Piano, Feu la mère de Madame et les Pavés de l’ours, se mordent si bien la queue qu’on oublie leur place dans le tourniquet où s’agitent 4 comédiens aguerris, tous épatants, notamment Nicolas SAINT-GEORGES, adorable en jeune provincial en quête de cocotte. Ils sentent le Feydeau à mille lieues à la ronde, un parfum à la fois attendrissant et drôle, une sorte d’huile essentielle, agrémentée de bouquets de chansons de Léonard MATTON, illustrés par la voix suave, fraiche et colorée de Stéphanie BASSIBEY.

 Une séance de ce sauna du rire qui permet de faire transpirer à grosses gouttes nos humeurs les plus malignes, devrait figurer sur toutes les ordonnances médicales. Quelle belle revanche de FEYDEAU qui se savait médecin de l’âme, et qu’on a enfermé pour folie. Complètement inspirée, la mise en scène allègre et musicale de Laurent MATTON, est un subtil rayon de soleil, qui illumine avec facétie, les ombres zébrées des humains. Il n’y a rien plus de sérieux que le rire, c’est ce que vous ne manquerez pas d’éprouver  en allant voir « A la folie FEYDEAU » !

 Paris, le 8 Février 2014                 Evelyne Trân

 

Délicieuse cacophonie de Victor Haïm – Lecture par Simon Eine – Théâtre du Vieux-Colombier

simon BIS

 Davantage qu’une lecture, il s’agit d’une véritable interprétation par Simon EINE  d’un violoniste nommé Jacob,  un homme affable et bon, épris de beauté et aussi plein d’humour qui nous conte  d’un air étonné,  les péripéties de la vie qui l’ont conduit à commettre un acte répréhensible.

 Cela commence par une belle histoire d’amour entre Jacob le violoniste et une très belle allemande Helke et cela se termine sur un tableau  d’Arcimboldo, un superbe plateau de fruits de mer  qui explose sur une terrasse à Saint Germain des prés.

 Voilà un résumé un peu hâtif pour donner le ton  de la récréation époustouflante à laquelle nous avons assisté ce 27 Janvier 2014.

 Une récréation pleine d’esprit mais terrible car sous le couvert de la bonhomie, Victor HAIM nous montre comment le destin d’un homme « normal » va être rattrapé par la Grande Histoire,   dont la grande ombre est la Shoah . Malgré l’amour qui les unit, ni la belle allemande ni le violoniste juif ne peuvent oublier leurs origines, leurs parents. Ils n’en parlent pas, ils croient avoir tourné la page mais Helke devient folle.

Simon EINE avec toute la finesse qui le caractérise est l’interprète idéal du violoniste JACOB, un Candide que nous pourrions rencontrer dans la rue, qui nous regarderait droit dans les yeux comme un frère puisque nous nous reconnaissons en lui . 

Une soirée exceptionnelle grâce aux talents réunis d’un auteur et de son interprète, à marquer sur le livre d’or de la Comédie Française !

Paris le 3 Février 2014                      Evelyne Trân

 

 

 

 

LA PASSE INTERDITE – YANOWSKI EN CONCERT à la Salle Gaveau – 45-47 rue La Boétie 75008 PARIS –

YANOWSKIInterprètes Yanowski, auteur, compositeur, interprète
Gustavo Beytelmann, arrangements pour piano et violon
Samuel Parent, piano
Cyril Garac, violon
 
Imaginez un centaure avalé par un miroir et puis les deux mains de Jean Cocteau interloquées qui lâchent le miroir. Evidemment celui-ci se brise en mille débris de verre. L’un d’eux, c’est l’œil du centaure, l’un d’eux, c’est Yanowski.
Yanowski, on l’imagine tourner les pages d’un roman à chair fumante. Il est diabolique parce que son roman est hanté, qu’il peut le lire à ciel ouvert, que les mots sont pour lui des herbes folles, des yeux qui s’ouvrent à chaque instant.
 L’homme à la stature impressionnante, à la voix de ténor, ne quitte cependant pas du regard un moineau quelque part, derrière un buisson, blessé. Est-ce lui avec sa brindille au bec qui joue du violon sans le savoir, est-ce lui qui se pose par hasard sur le toit du piano et sourit au musicien. Le moineau, c’est l’ange qui passe rêveur sur les lèvres du poète et qui demande aux musiciens d’apprivoiser le centaure.
 Voudrait-il peupler le silence, que la musique lui répondrait. Il semble que les arrangements pour violon et piano de Gustavo BEYTELMANN se soient enchantés tout le long du voyage de YANOWSKI qui vagabonde sur les terres slaves et argentines, une sorte d’ouvroir fabuleux qui inspire ses chansons.
 Derrière l’homme qui joue de sa carapace irréelle, pour séduire fantômes, en chair et en os, il y a aussi celui capable d’être ému par la pâquerette  qui pendrait de la poche d’un grand seigneur.
 
Ah que ce poème est beau dont voici un extrait :
C’est fragile la vie d’un homme

Ca ne tient qu’à un rien
Ca ne tient qu’à l’amour
Et puis ça vous retient
De dire à tous ceux là
Qu’on aime sans mot dire
Qu’on voudrait les étreindre du bout des larmes

 Yanowski fait penser à ce vers d’Apollinaire :

 « Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme »

 Nous y avons penché les lèvres avec les musiciens superbement attentifs, Samuel PARENT au piano et Cyril GARAC au violon. Et nous sommes encore ivres, la tête dans les étoiles.  

 Paris, le 3 Février 2014                  Evelyne Trân

MACBETH de William SHAKESPEARE au THEATRE 71,Mise en scène d’Anne-Laure LIEGEOIS scène nationale de MALAKOFF du Vendredi 31 Janvier au 14 Février 2014

MACBETHTraduction d’Yves BONNEFOY
Mise en scène et scénographie : Anne-Laure Liégeois
Avec : Sébastien Bravard, Olivier Dutilloy, Anne Girouard et des comédiens issus de l’ESAD, de l’École du Théâtre National de Strasbourg, du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, de l’École de l’Académie de Saint-Étienne, de l’ENSATT, de l’École de l’Académie du Théâtre de l’Union de Limoges, des écoles supérieures Belges d’Art dramatique (distribution en cours) | assistante scénographie Alice Duchange

C’est la mort qui parle dans la tragédie de MACBETH, une mort parlée, qui hante les propos et constitue le nœud qui lie un couple, Macbeth et Lady Macbeth.

  MACBETH -Lorsque Lady Macbeth exhorte son époux à commettre le meurtre du Roi Duncan pour donner corps à ce qu’ils tiennent pour l’or de la vie, leur désir de pouvoir, elle a recours au sentiment de mère qu’elle a éprouvé « J’ai donné le sein et je sais comme il est doux d’aimer le petit être qui tète mais j’aurais arraché mon téton à ses gencives sans force , et fût-il même en train de me sourire, j’aurais fait jaillir sa cervelle si je m’étais engagée par le même serment que vous ».

 Rien n’arrête un ambitieux dans ses projets, il est capable de tuer père et mère. Or ce dont parle Lady Macbeth, c’est en réalité d’un enfant qui n’a pas survécu. Ce qui signifie que la présence de la mort, elle existe entre les deux époux.  

 Lady Macbeth entend conjurer la mort, sa douleur et ses craintes, se prévalant du fait qu’elle-même a été mère, a donné la vie et que donc elle peut donner la mort. Il est vrai que toute femme sait qu’en donnant la vie, elle engendre un être qui va connaitre la mort. Cela, elle le sait dans sa chair.

 Dans MACBETH, c’est aussi la chair celle qui unit Macbeth et sa femme, qui parle aussi bien de désir, d’orgasme que de mort.

 L’angoisse de la mort est permanente et dans sa mise en scène Anne-Laure LIEGEOIS nous montre les ébats des époux qui ont recours au plaisir pour s’oublier, noyer les cauchemars de leurs esprits tourmentés.

 MACBETH -On peut donc interpréter la tragédie de Macbeth comme la mise en scène d’une névrose de couple dont l’issue ne peut être que fatale parce qu’elle forme un huis clos d’autant plus désespéré que le couple est seul, sans progéniture.

 Macbeth et Lady Macbeth devienne fous, tour à tour, parce qu’ils ne peuvent se dépêtrer de leurs fantasmes. SHAKESPEARE accuse la folie des hommes, celle qu’il observe, mais il ne lui suffit pas d’accuser, il cherche à en comprendre l’origine, l’origine humaine. Même si le mal est incarné par des sorcières, ce n’est pas un objet en soi, une figure qu’il suffit d’écraser pour l’anéantir.

  Les sorcières sont une projection, aussi bien que le diable, des tourments des personnages. C’est dans leur tête que tout se passe et c’est pourquoi, la scène où Lady Macbeth regarde ses mains rouges de sang, est si poignante. Ce serait trop simple n’est ce pas d’effacer un crime en se lavant les mains.

 Shakespeare nous engage dans une métaphysique de l’être où chacune de ses actions l’implique vers la reconnaissance de soi en tant que sujet et non en tant qu’objet.

 Dans la mise en scène, Anne-Laure LIEGEOIS configure l’objet mort. Il est vraiment effrayant de voir inertes les corps de Lady Macbeth puis de Macbeth quand pendant plus de deux heures, on a assisté à leurs déchirements, à leurs espoirs, à leurs ébats. Leur mort n’est pas spectaculaire, elle a un visage, celui de leur désespérance et elle émeut autrement que la vision des crimes perpétrés sauvagement.

 Le défi de rendre humains ces monstres maladifs est relevé par des comédiens extrêmement physiques sur scène, émouvants et  attachants, sans ostentation, Oliver DUTILLOY et Anne GIROUARD.

 Le vent de jeunesse et d’espoir incarné par les enfants du roi assassiné, semble circuler comme l’étrange ruisseau qui borde la scène, et qui devient l’élément de lumière de cette mise en scène lorsque chacun des comédiens sont amenés  à toucher l’eau, la traverser, s’y allonger.

 Quand le mur de scène, formé de trois panneaux coulissants avance, entraine Macbeth vers son précipice, le lyrisme de SHAKESPEARE prend toute son ampleur et l’on voit et l’on entend vraiment les arbres qui marchent et qui parlent, comme si la nature invoquée avait toujours quelque chose à dire pour SHAKESPEARE.

 MACBETH -La mise en scène n’use pas que du spectaculaire, elle ne s’embarrasse pas de costumes d’époque Elisabéthaine, parce que la tragédie de SHAKESPEARE est intemporelle, les vêtements s’arrachent ou deviennent des lambeaux chez Lady Macbeth et Macbeth, ils restent des habits de convention pour les autres personnages, surlignant la froideur hautaine de la réalité, frontière de la folie.

 C’est une belle mise en scène dynamique, ensorcelante de MACBETH que nous offre Anne-Laure LIEGEOIS, qui brasse avec bonheur toutes les effluves poétiques et convulsives d’un SHAKESPEARE, plus que moderne, visionnaire.

 Paris, le 2 Février 2014            Evelyne Trân

 

 

 

 

 

 

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À Demain écriture et mise en scène Pascale Henry au THEATRE DE L’AQUARIUM à la Cartoucherie de Vincennes du mardi 28 janvier au dimanche 16 février 2014

A DEMAIN bisavec Julien Anselmino, Marie-Sohna Condé et Aurélie Vérillon

lumière Léo Van Cutsem, costumes Hélène Kritikos, son Fred Soria et Laurent Buisson, scénographie Michel Rose et Pascale Henry, régie générale Lellia Chimento

« Mais qui est ce qui commande ici ? » voilà le cri de cœur d’un prisonnier, au visage non éclairé, qui à l’issue d’un interrogatoire bizarre, une sorte de garde à vue, se retrouve face à un bureau vide.

 L’homme qui apparaît au début de la  pièce, prostré sur sa chaise, est aux yeux de la psychologue policière, un cas d’espèce.  Sans doute, le sort de cet individu louche à multiples égards, dépend- t-il du rapport de ladite policière. Cette dernière très impliquée dans son rôle tente de repêcher l’homme qui oppose à sa sagacité psychologique, son droit au silence. Il faut dire que les tergiversations mentales de la bureaucrate nous renseignent davantage sur sa conscience professionnelle et personnelle que sur l’individu en question.

Et dire que le sort de n’importe quel administré dépend de bureaucrates de bonne volonté – on les appelle les sbires – qui dépendent  eux-mêmes de chefs qui ne se préoccupent que du résultat, confondant avec des chiffres, des statistiques, les échantillons de la population qu’ils sont sensés  contrôler.

 La démonstration de Pascale HENRY est éloquente en ce qu’elle entend dénoncer,  l’inanité des rapports de force, leur absurdité dans des structures totalitaires, toiles d’araignées géantes dont les fils se repaissent des mouches absorbées.

Néanmoins,  que le spectateur ait ou pas la possibilité de s’insurger contre cette terrible évocation kafkaïenne, a-t-il  vraiment le choix de s’identifier à des personnages qui ne font pas l’objet du même traitement par la portraitiste. Si la psychologue policière nous renvoie à nos propres barricades, sa cheffayonne semble sortir d’une caricature des guignols, et le prisonnier joue le rôle de prisonnier et de bête furieuse à point nommé.

Que l’on puisse regretter qu’il fasse cavalier seul, lui aussi, avec ses propres fantasmes, cela ne nous étonnera pas. Mais nous ne voyons pas comment agir pour sa libération et la nôtre. Tous les clichés que nous avons dans la tête auront raison  de notre bon vouloir.

 Les comédiens campent avec courage les personnages d’un petit film d’horreur digne du festival de Gérardmer. Ames sensibles s’abstenir, quant aux autres, la piqûre de rappel pour nous signaler que nous vivons dans un monde de brutes, peut leur servir, qui sait ?

Paris, le 1er Février 2014                          Evelyne Trân