Véronique Vella: La Nourrice- Bruno Raffaelli: Créon
- Françoise Gillard: Antigone
- Clotilde de Bayser: Le Chœur
- Nicolas Lormeau: Le Garde (en alternance)
- Benjamin Jungers: Le Messager
- Stéphane Varupenne: Le Garde (en alternance)
- Nâzim Boudjenah: Hémon (en alternance)
- Marion Malenfant: Ismène
- Pierre Hancisse: Hémon (en alternance)
Élèves-comédiens :
Troisième Garde : Laurent Cogez
Le Page : Carine Goron
Deuxième Garde : Lucas Hérault
Antigone incarne la rébellion face au pouvoir, elle est aussi une figure de la jeunesse encore capable de s’émouvoir et de remuer dans les brancards face à l’ordre régnant et figé incarné par Créon. Elle ne défend pas d’autre idée que celle du droit d’exister, en accord avec elle-même. Elle parle de liberté dans un monde qu’elle sait muré par le pouvoir.
Chez ANOUILH, on assiste à la naissance d’Antigone, dont l’acte de rébellion ne sera récupéré politiquement qu’après sa mort. Antigone ne parle que pour elle-même et en ce sens, elle rejoint la conscience solitaire de tout individu face à la pression sociale et politique de tous bords.
Pour défendre leurs idéaux, des individus n’ont pas craint d’aller au-devant de la mort. Mais dans sa pièce écrite en 1942, en pleine 2ème guerre mondiale, ANOUILH veut aller au-delà d’un idéalisme qui fabrique des héros hors du commun.
Son Antigone est une jeune fille en chair et en os qui est traversée par les émotions de n’importe quelle adolescente. Elle est amoureuse, elle aime la vie, elle rêve de fonder un foyer. Elle sort à peine de l’enfance. D’une certaine façon, son acte de recouvrir le cadavre de son frère constitue pour elle une 2ème naissance. A travers cet acte, elle découvre son rôle, elle peut dire d’elle même « Je suis Antigone ». Mais elle agit d’instinct, elle pense seulement que c’est ce qu’elle a à faire et son acte est pur. Un acte pur associé à un crime, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Tout le long de la pièce, Antigone, va entendre des interprétations de son acte à travers tous les autres personnages et elle va le vivre dans sa chair. En une seule journée, elle va vivre toute sa vie.
Antigone ne parle que de vie et elle vit au présent. Face à elle, Créon n’a pas d’autre fibre de vie que son pouvoir politique. Les rapports de force entre Antigone et lui sont terribles. Anouilh et le metteur en scène nous montrent qu’ils en viennent aux mains.
Avant d’être morts, ils étaient vivants tous ces personnages semble nous dire le metteur en scène qui nous les représente figés comme sur une photo de classe sur la scène, en préambule de la pièce. Qu’ont- il fait de leurs vies, nous demandons nous, de leur capacité de raisonner, de s’émouvoir, d’être, d’aimer ?
Pouvons-nous nous retourner dans nos tombes d’oubli et d’indifférence ? Si notre perception s’éloigne de l’humain, elle fabrique des monstres tels que Créon. Alors ANOUILH s’attache à laisser bruire de la bouche d’Antigone qui n’est pas un ange, les paroles qui labourent la chair, qui remuent, qui sont souffle de vie.
Cette humanité transpire à travers la mise en scène volontairement austère de Marc PAQUIEN, laissant Antigone, incarnée fébrilement par la troublante Françoise GILLARD, Créon, étonnamment humain dans l’interprétation de Bruno RAFFAELLI, et les autres personnages, se désincruster progressivement des murs de l’oubli, de la mort, pour venir seulement témoigner qu’ils ne sont pas morts. La résonance de l‘Antigone d’ANOUILH est actuelle, charnelle, physique et donc morale, elle bouleverse plus que jamais.
Paris, le 24 Décembre 2013 Evelyne Trân