Auteur et metteur en scène: Jacques Hadjaje
Avec : Isabelle Brochard, Anne Didon, Guillaume Lebon, Delphine Lequenne, Laurent Morteau
Durée : 1h15
Souvent les paroles nous atteignent par ricochets et celles qui nous surprennent le plus, ce sont celles qui ne nous concernent pas directement. Elles se détachent par bribes dans les transports en commune, des petites confidences qui font pffuit…des regards sous-entendus… Jacques HADJAJE extrêmement réceptif, enregistre les conversations humaines comme un ornithologue, la langue des oiseaux.
En neuf tableaux Jacques HADJAJE ouvre la porte à des gens ordinaires qui ont chacun leur palette, leur partition d’imaginaire, d’autant plus éloquentes qu’elles sont inattendues. Prises sur le vif, les histoires paraissent remonter du sol, en pleine crue et il y a toujours quelque chose qui dépasse au milieu des banalités. Les personnages donnant l’impression, de rêver en même temps qu’ils parlent, de telle sorte que le fait de parler soit une réelle récréation.
Les comédiens évoluent sur un podium, sorte de ring de boxe en forte pente qui ne doit pas être très confortable mais qui doit renforcer le sentiment d’imaginaire et de vertige des personnages en proie à des souvenirs blessants; leurs interlocuteurs proches ou amis, comme le couteau sur la plaie, ravivant la mémoire des deuils, des anciens amours, des remords etc.
Mais ce n’est pas triste car il s’agit de 9 rounds où les personnages affrontent la douleur avec pétulance, véhémence, agressivité et tendresse tout à la fois. Tous ces gens ordinaires « quelque part dans l’est de la France » sont décidément assez drôles et ne paient pas de mine. Une façon de se battre contre l’adversité et notamment la grisaille de la région depuis la fermeture de la dernière mine de charbon.
Quand aux 5 comédiens, il faut applaudir leur performance et leur pugnacité sur le podium; elles forcent le respect et l’intérêt des spectateurs.
En conclusion, un spectacle à sketches en forme de punching ball à la fois récréatif et émouvant.
Paris le 27 Novembre 2013 Evelyne Trân