DRAMUSCULES DE THOMAS BERNHARD – MISE EN SCENE DE CATHERINE HIEGEL – Au Théâtre Poche de Montparnasse 75 Bd du Montparnasse 75006 PARIS -Du 26 Novembre 2013 au 9 Mars 2014 – du mardi au samedi 19H, dimanche 17H30

  • AFF-DRAMUSCULES-200x300Judith Magre
  • Catherine Salviat
  • Antony Cochin Scénographie et costumes : Goury
  • Création sonore : Céline Bakyaz
  • Lumières : Yves Bernard
  • PS : Catherine SALVIAT était l’invitée en 1ère partie de l’émission  « DEUX SOUS DE SCENE »sur Radio Libertaire, le Samedi 14 Décembre 2013 (en podcast sur le site de Grille des émissions de Radio libertaire).

Elles ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, les bonnes femmes que met en scène Thomas BERNHARD dans son recueil des Dramuscules.  Tout le cinéma de leur vie parait contenu dans une fiole d’eau fermentée qu’il suffit de dévisser pour que ce soit toujours les mêmes odeurs infectes de rancœur et d’amertume qui s’en échappent en hurlant.

 Il faut bien que leur bile éclate, qu’elle éclabousse de temps en temps les fenêtres bien astiquées de leurs domiciles qui ont pignon sur rue, parce qu’à l’église où elles vont tous les soirs recevoir sinon l’extrême onction, l’assurance qu’elles tiendront bien sur leur pot, même fanées, elles s’en gargarisent pour gonfler à bloc leurs « moi je » et effiler le dard qui va pouvoir cogner contre la vermine environnante.

 Leurs propos n’ont ni queue ni tête, ils se nourrissent et continuent à s’enivrer du venin du racisme que dénonce Thomas BERNHARDT, pour en avoir été arrosé de bonne heure sur les bancs de l’école « sur ses terres natales autrichiennes, imprégnées jusqu’à la moelle par l’idéologie du III Reich ».

 Pour dénoncer la bêtise et la méchanceté, il suffit de montrer comme elles se tiennent bien les côtes dans les conversations les plus conventionnelles. Rappelons au passage que le mot monstre est bien dérivé du verbe montrer. Ces coquines font partie de la nature, elles s’appellent chardons, ronces, fleurs galeuses ou carnivores.

 On peut les cueillir dans l’herbier des sorties ou soties des plus éminents philosophes, hommes et femmes politiques confondus nous rappelle Catherine SALVIAT  lors d’un petit entracte destiné à nous mettre la puce à l’oreille.

 Catherine HIEGEL a  eu la bonne idée de rassembler sur scène deux comédiennes que le temps ne réussira jamais à faner. Quel plaisir de retrouver Judith MAGRE toujours aussi piquante et la très fine et délicate Catherine SALVIAT. Même transformées en sorcières, elles ne peuvent susciter l’antipathie.

 Elles ont pour package un sens de l’humour désarmant, elles sont irrésistiblement comiques dans cette démonstration particulièrement impressionnante de la bêtise humaine.

 L’irruption spectaculaire d’Antony COCHIN en monstre patibulaire sur le plateau, catapulte les spectateurs dans une sorte de tour infernale où King Kong tiendrait les rênes.

 Malicieuse, Catherine HIEGEL sait mesurer les effets en pressant le doigt là où ça fait mal, sans ménagement.  

 A l’issue de ce spectacle que nous recommandons chaudement, les gueulantes des belles Erinyes résonnent encore dans les méninges et zut, il n’y a pas que l’albatros de Baudelaire qui soit comique et laid.  Dans l’eau stagnante et polluée de nos vases, puissions-nous nous regarder de temps en temps, cela nous serait peut-être salutaire !

Paris, le 30 Novembre 2013          Evelyne Trân

Entre-temps, j’ai continué à vivre de Jacques HADJAJE au Théâtre du Lucernaire, 53, rue Notre Dame des Champs 75006 PARIS du 20 Novembre 2013 au 2 Février 2014 du mardi au samedi à 21 H 30, les dimanches à 17 H

affiche-entretemps-300Auteur et metteur en scène: Jacques Hadjaje
Avec : Isabelle Brochard, Anne Didon, Guillaume Lebon, Delphine Lequenne, Laurent Morteau
Durée : 1h15

Souvent les paroles nous atteignent par ricochets et celles qui nous surprennent le plus, ce sont celles qui ne nous concernent pas directement. Elles se détachent par bribes dans les transports en commune, des petites confidences qui font pffuit…des regards sous-entendus… Jacques HADJAJE extrêmement réceptif, enregistre les conversations humaines comme un ornithologue, la langue des oiseaux.

 En neuf  tableaux Jacques HADJAJE ouvre la porte à des gens ordinaires qui ont chacun leur palette, leur partition d’imaginaire, d’autant plus éloquentes qu’elles sont inattendues. Prises sur le vif, les histoires paraissent remonter du sol, en pleine crue et il y a toujours quelque chose qui dépasse  au milieu des banalités. Les personnages donnant l’impression, de rêver en même temps qu’ils parlent, de telle sorte que le fait de parler soit une réelle récréation.

 Les comédiens évoluent sur un podium, sorte de ring de boxe en forte pente qui ne doit pas  être très confortable mais qui doit renforcer le sentiment d’imaginaire et de vertige des personnages en proie à des souvenirs blessants; leurs interlocuteurs proches ou amis, comme le couteau sur la plaie, ravivant la mémoire des deuils, des anciens amours, des remords etc.

 Mais ce n’est pas triste car il s’agit de 9 rounds où les personnages affrontent   la douleur avec pétulance, véhémence, agressivité et tendresse tout à la fois. Tous ces gens ordinaires « quelque part dans l’est de la France » sont décidément assez drôles et ne paient pas de mine. Une façon de se battre contre l’adversité et notamment la grisaille de la région depuis la fermeture de la dernière mine de charbon.

 Quand aux 5 comédiens, il faut applaudir leur performance et leur pugnacité sur le podium; elles forcent le respect et l’intérêt des spectateurs.

 En conclusion, un spectacle à sketches en forme de punching ball à la fois récréatif et émouvant.

 Paris le 27 Novembre 2013                     Evelyne Trân

 

Occupe-toi d’Amélie de Georges FEYDEAU avec une mise en scène de Henri LAZARINI au THEATRE 14 – 20 avenue Marc Sangnier

OCCUPE TOI D'AMELIEArtistes : Frédérique Lazarini, Cédric Colas, Stéphane Douret, Marc-Henri Lamande, Elisa Menez, Kevin Dragaud, Michel Baladi, Pierre-Thomas Jourdan, Lydia Nicaud, Sandra Edmond, Melody Cremet, Thomas Ganidel, Mathieu Wilhelm, Bernard Menez
Metteur en scène : Henri Lazarini assisté de Marc-Henri LAMANDE

 A la fin de sa vie, enfermé dans une maison de santé,  Georges FEYDEAU, racontait qu’il parlait aux oiseaux. Il est très probable que FEYDEAU ait pu s’identifier à un oiseau qui se débattait piteusement dans une cage trop étroite à son goût.  Toutes les humiliations, déconvenues et la poussière de résignation qui imprègnent nombre de ses personnages, résultent de situations qu’ils ne maitrisent pas, dans lesquelles ils sont englués,  et dont ils ne décollent qu’en  perdant des plumes.

 Sa condition d’homme des lettres, il faut croire qu’il l’a imaginée à la faveur d’un papier volant qui a fait irruption dans sa cage et qu’il a  vu s’aplatir au milieu  de quelques fientes.

 Evidemment, il serait farfelu de vouloir faire dire à  FEYDEAU  «  Amélie c’est moi ».Il n’empêche que la situation de cette belle cocotte,  s’apparente à celle d’une prisonnière, un bel objet sexuel décoratif, gage de plaisir et de confort   physique mais en aucun  cas susceptible de se fondre avec les barreaux tutélaires de la société dont fait partie le mariage.

 Les hommes ont cette belle phrase « Occupe-toi d’Amélie » comme ils parleraient d’une perruche en cage. De cette désobligeance marquée, de ce fiel qui coule entre leurs dents, Feydeau va tirer une comédie où il dresse un portrait pitoyable de la gente masculine qui n’aurait que deux bourses à la place  du cœur, le sexe et l’argent.

 La lucidité de Feydeau lui permet de simuler l’ébranlement des barreaux, des mœurs de son époque, pour faire frémir les spectateurs, mais il ne les arrache pas, faute de quoi il n’y aurait plus d’édifice. Ce qu’il fait saigner ce sont les gencives d’une panoplie de personnages dont le fer de  lance est la défense de leurs intérêts, ni plus, ni moins.

 Au poulailler des pièces de Feydeau, il n’y a pas d’autre issue que le rire et avec le recul , plus d’un  siècle après sa création, il faut reconnaitre que le vaudeville « Occupe-toi d’Amélie » est un poudrier incroyable. Que les jeunes auteurs aient l’idée de se tamponner les joues avec cette poudre hilarante, leur teint prendrait aussitôt des couleurs à faire pâlir notre vieille constitution toujours d’actualité.

 A cet égard, nous avons bien ri en découvrant Marc Henri LAMANDE,  qui fût récemment un fabuleux Céline, fardé comme un coq en pâte, affublé d’une cape rouge,  symbolique carton rouge brandi lors d’un match de football, s’époumoner en brave Van Pulzeboum puis à tire d’ailes devenir le pianiste de Debussy.

 Comme dans une sorte de farandole, intelligemment  orchestrée par Henri LAZARINI,   les comédiens se tiennent tous la main pour assurer à ce vaudeville une énergie euphorisante qui  ne ménage pas les papilles, ni le regard grâce au décor de Pierre GILLES, librement inspiré de Georges BRAQUE.

 A l’affiche, Bernard MENEZ en élégant beau-père, toujours mi-figue, mi-raisin, et Frédérique LAZARINI plus ingénue que rouée, ont de beaux jours devant eux. Est-ce donc que l’eau de rose continue à couler à flots dans nos  rêves en dépit de quelques relents d’odeurs de litière ? Fichtre, FEYDEAU avait du flair !

 Paris, le 24 Novembre 2013                    Evelyne Trân

                          

Cine in Corpore – Conception et mise en scène Guillaume Clayssen – A L’étoile du nord- 16, rue Georgette Agutte – 75018 PARIS

CINE IN CORPOREAvec  Vincent Brunol, Laura Clauzel, Julien Crépin, Viktoria Kozlova,

Mathias Robinet-Sapin et l’aimable participation de Emmanuelle Laborit

Sur l’échelle de l’histoire de l’humanité, l’invention du cinéma apparait toute récente et pourtant nous croyons avoir toujours connu le cinéma, l’automobile, l’électricité, etc. Enfin n’en rajoutons pas pour ne pas avoir l’air de demeurés. Pas question pourtant d’arrêter notre cinéma puisqu’il fait partie de notre vie qu’on s’en rende compte ou pas.

 Le cinéma fonctionne un peu comme une immense boite de pandore de rêves collectifs. On entre dans un film comme on entre dans un rêve et les grands rêveurs le savent bien, ceux qui voudraient connaitre l’auteur, le projecteur, le metteur en scène de leurs rêves les plus récurrents, les plus intimes.

 A travers la fantastique chevauchée « Cine in corpore » à laquelle nous convie Guillaume CLAYSSEN, ce dernier  crève l‘oreiller de nos histoires  de cinéma en donnant la parole, le geste, la liberté à de jeunes comédiens invités à jouer comme des enfants les scènes de films qui se sont mélangées à leur vie, qui font partie de leur bestiaire intime et fabuleux, et qui sont en quelque sorte la clé de sol de leur entrée au théâtre.

 Dans mille ans ou peut être davantage, celui qui découvrira la clé du cinéma, ne sera-t-il pas étonné en la portant à l’oreille d’entendre la voix de Jeanne MOREAU ou de Michèle MORGAN ou de bien d’autres devenus anonymes. Parce que cette clé est magique, elle flirte avec notre désir fabuleux d’immortalité  dans la mesure où son essence onirique est aussi primaire que les évènements rapportés par la Chanson de Roland ou de l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

 Le buisson est ardent, les forêts nous font signe. On pourrait presque dire que le cinéma a commencé avec les bandes dessinées des peintures des cavernes. Guillaume CLAYSSEN a si bien un regard de peintre, que les comédiens peuvent donner l’impression de sortir d’un tableau de Watteau à travers des rideaux irréels destinés à renvoyer des images flottantes. «Votre âme est un paysage choisi  que  vont charmant masques et bergamasques «  disait Verlaine.

 Les comédiens également mimes et danseurs font leur cinéma avec une inestimable fraicheur qui renvoie à notre enfance. Quel enfant ne se souvient pas d’avoir joué à Thierry La Fronde ou à Batman en cour de récréation ?

 Le musicien Nicolas LAFERRERIE veille sur l’écrin nocturne, improvisant à pas de loup, à pas de cerfs sur sa guitare électrique.

La chair de cinéma bien sûr est aussi musicale. Qui donc rêve ? Aussi bien, on peut imaginer les comédiens sortir de l’écran de cinéma, heureux d’investir la scène au théâtre que les mêmes batifolant autour des rideaux assaillis d’images qui courent à leurs trousses. C’est drôle, ludique et joyeux.

 Serait-il donc inconscient notre grand arbre d’avoir laissé pousser  la branche du cinéma juste à côté de la théâtreuse. En vérité les enfants qui s’assoient sur ces branches pour guetter l’arrivée de leurs héros ne s’en plaignent pas et nous non plus. Au spectacle de Guillaume CLAYSSEN, nous avons droit à une étonnante  perspective touffue et originale. Autant, en emporte le rêve !

  23 Novembre 2013             Evelyne Trân

LES MORTS QUI TOUCHENT d’Alexandre Koutchevsky / Jean Boillotau au NEST THEATRE – 57 Route de Manom 57103 THIONVILLE

distribution 
texte
Alexandre Koutchevsky
mise en scène
Jean Boillot
musique
Martin Matalon
dramaturgie
Christophe Triau
scénographie
Laurence Villerot
sonographie
Max Bruckert
ingénieur du son mixeur
Stéphane Faerber
lumières
Ivan Mathis
assistantes à la mise en scène
Cécile Arthus et Nadège Coste
composition graphique
Bernard Gissinger
 

Est-ce possible ? Dire oui à la mort, enfin accepter d’en parler sans craindre de voir autour de soi tous les visages se rembrunir. L’enfant ne se pose pas  la question ou du moins, il lui est  permis de ne pas la formuler, alors il étend, pour lui seul, son grand champ de rêverie.

 A priori , le titre de la pièce d’Alexandre KOUTCHEVSKY n’est pas un gage de réjouissance. Le mot « mort » est si lourd, et si bien associé à celui de malheur que le premier réflexe est de s’en détourner comme d’un mauvais présage. En même temps, l’être humain  parait toujours en quête de sensations fortes. Il suffit d’allumer son poste de télévision pour se rendre compte qu’il ne se passe pas un jour où il n’est pas question de morts accidentelles, meurtres, catastrophes diverses.

 D’autres civilisations que la nôtre, grâce au culte des  ancêtres, ont une approche beaucoup plus naturelle de la mort. Quand elles parlent des esprits des morts, c’est parce qu’elles sont capables de les associer à la nature même. On dit de ces civilisations qu’elles sont animistes parce qu’elles prêtent des âmes à toutes choses. Bien évidemment, il faut se remettre en bouche, le célèbre poème de Birago DIOP « Souffles » et cette belle affirmation si chaude et colorée « Les morts ne sont pas morts ».

 Disons-le d’emblée, le spectacle « Les morts qui touchent »  n’est pas triste, il est même doté d’une certaine pointe d’humour puisqu’il a pour sous-titre «  spectacle pour vivants, fantômes et paysages ».

 Alexandre KOUTCHEVSKY a un regard d’aviateur nous dit le metteur en scène Jean BOILLOT. Au propre comme au figuré, aurions nous envie de surenchérir. Sans expérience de l’aviation, nous devinons que son écriture fouille aussi bien le sol que le ciel dans la mesure où le désir de s’envoler – et Dieu sait que la rêverie est un formidable tremplin – est tributaire de l’environnement. Comment imaginer la distance entre celui qui vole et celui qui le regarde voler, entre le passif et l’actif ? 

 Alexandre KOUTCHEVSKY nous convie donc à un voyage passionnant où deux motifs de deuil, celui de la mort d’un passager clandestin sur un train d’atterrissage et celui du décès d’une mère également voyageuse, font l’objet aussi bien d’observations très cliniques, froides, comme dans un documentaire, que d’ouvertures poétiques, convulsives et poignantes.

 La musique mixte (voix, électronique et instruments) composée par MARTIN MATALON un compositeur argentin, vient nous rappeler ces morts qui touchent comme si les musiciens devenaient les interprètes des morts où que ces morts mêmes répondaient par l’entremise du choc des percussions, en polyphonie, en écho heureusement invisible. Et la voix très fraiche de la soprano Géraldine KELLER ouvre la voie à la femme enfant, à la mère voyageuse, à l’adolescent inconscient. Nous ne savons plus qui parle, est-il défunt, est-il vivant ? Peu importe, leurs paroles se répondent, elles forment un ballet incessant où il n’y aurait pas de début, ni de fin comme lorsqu’ on regarde une nuée d’oiseaux dans le ciel. Le passé et le présent se heurtent et c’est bien normal, ça se passe comme ça dans notre tête, parfois.

 La mise en scène de Jean BOILLOT reste suggestive, sans être impressionniste, elle laisse la liberté aux spectateurs de cueillir leurs propres sensations, en bordure d’histoires aussi  bien ancrées dans l’actualité que dans notre mémoire personnelle.

 Ajoutons que la distribution des comédiens, comédiennes et musiciens, est excellente. Stéphanie SCHWARTZBROD et Arlette BONNARD ne mâchent pas  leur texte, elles le vivent.

 Elle presse le cœur de cette fleur, la femme enfant pour parler de sa mère et elle nous touche comme ces morts nous touchent. L’avion d’Alexandre KOUTCHEVSKY se pose en douceur, de façon très pudique, il est oiseau. Terrain vierge de la mort, terrain vierge de  l’avenir, c’est aussi beau que l’inconnu dont parlait BAUDELAIRE, et manifestement, il faut être un grand auteur pour faire des spectateurs des voyageurs et leur offrir ce superbe baptême de l’air !

  Paris, le 18 Novembre 2013            Evelyne Trân

 

ŒDIPE ROI de SOPHOCLE au Théâtre de l’Aquarium à la Cartoucherie de Vincennes du 13 Novembre au 15 Décembre 2013

traduction et mise en scène Antoine Caubet  avec
Pierre Baux : Œdipe
Antoine Caubet : Créon
Cécile Cholet, Delphine Zucker : Le coryphée – Le chœur
Éric Feldman : Le prêtre, Tirésias, le messager de Corinthe, le messager du Palais
Clotilde Ramondou : Jocaste
et Jean Opferman : Le berger

Scénographie et costumes : Isabelle Rousseau
lumière : Jean Opferman, Antoine Caubet
Son : Valérie Bajcsa
Régie Générale : Jean Opfermann

 La seule représentation d’ŒDIPE ROI qui ait eu lieu du temps de SOPHOCLE est impossible  à imaginer. Il ne reste que le texte de la tragédie. Pourtant nous savons qu’avant SOPHOCLE, de nombreux dramaturges avaient abordé le mythe d’ŒDIPE. Dans l’antiquité, les représentations théâtrales ouvertes à un large public avaient lieu lors de grandes fêtes dionysiaques. Nous savons aussi que SOPHOCLE était un homme politique. Comment ne pas être renversés par la liberté avec laquelle il aborde des sujets aussi délicats que celui de l’inceste, Tous les maux de l’humanité se trouvent concentrés à travers la  figure d’un seul homme devenu parricide, incestueux, malgré lui.

 Œdipe roi, c’est le procès d’un homme, érigé en héros, au  sommet de la hiérarchie de la société, qui tombe au plus bas pour des sordides affaires de mœurs. C’est sans doute le  procès d’une humanité qui doit faire face à de multiples calamités, la guerre, la maladie, et la folie qui guette chaque citoyen dès lors qu’il s’affranchit des lois créées par la société pour garantir un ordre souverain, celui de l’état, celui du peuple, la démocratie puisque ne l’oublions pas Sophocle était  démocrate.

 Avec nos lanternes modernes, comment s’empêcher de penser qu’ŒDIPE après tout n’est pas coupable d’avoir tué son père et d’avoir couché avec sa mère.  Il ne savait pas. Là où le bât blesse c’est qu’il ait cherché à savoir et que du coup, il ait découvert la terrifiante vérité. Face à Créon qui représente l’ordre et le chœur, la vox populi qui réclame la tranquillité, Œdipe représente l’excès qu’il faut bannir. Faut-il conclure que Sophocle prêche pour le savoir en dépit des catastrophes que peuvent entrainer les déclarations de vérité. Pour un crime révélé au public, combien d’autres passés sous silence parce qu’il ne faut pas troubler l’ordre public dont la responsabilité incombe aux politiques, aux gouvernants.

 Sophocle confronte deux consciences, la politique et l’individuelle comme si l’homme se trouvait toujours au bord du précipice et qu’il ne contrôlait pas sa condition d’homme mortel, vulnérable, inconscient, qu’il était capable du meilleur et du pire.

 Il y a même une scène de western dans la tragédie d’ŒDIPE ROI, celle où l’on imagine Œdipe aveuglé par la  colère et le sentiment de sa force, en train de tuer le faible vieillard Laïos. Pour Œdipe, Laïos n’était qu’un misérable, un obstacle sur son chemin et ne prend une valeur humaine que lorsqu’il revêt la figure du père.

 Somme toute, Œdipe est un monstre, un criminel de guerre, et tout héros qu’il soit, également un pauvre type. Freud disait qu’il y avait de l’Œdipe chez tout homme.

A la recherche  de son identité, ŒDIPE part à la conquête de lui-même c’est-à-dire d’une conscience qui refuse de refouler l’horreur qu’il éprouve pour lui-même et ne trouve aucune excuse. Œdipe ne se suicide pas, il entend vivre avec la conscience de ses crimes.

 A vrai dire, depuis la nuit des temps, ŒDIPE vient hanter nos cauchemars. La mise en scène d’Antoine CAUBET se distingue pas sa sobriété. Il semblerait qu’il ait laissé toute liberté aux interprètes d’arriver sur scène avec leurs propres habits qui sont aussi ceux des spectateurs. Mais il  y a des spectateurs qui n’ont pas envie de s’identifier à l’ordinaire, au banal, parce qu’ils en soupent assez au métro, tous les jours, et qu’ils ont envie de rêver et de se défouler au théâtre.

 D’autres seront ravis de pouvoir raccorder leur présent à une histoire mythique qui fait déborder des vases qui ne désemplissent pas. En tant que comédien Antoine CAUBET  incarne superbement Créon sur scène, de sorte qu’il fait un peu de l’ombre aux autres interprètes plus modestes. Pierre BAUX est un Œdipe ténébreux, rigide, qui devient véritablement sympathique qu’à  la fin lorsqu’il tombe, broyé par la fatalité.

 Au demeurant, la mise en scène respectueuse du texte, laisse suinter l’humanité de SOPHOCLE comme à travers un suaire vivant et brillant qui brûle sur l’instant mais ne disparait pas.

 Paris, le 16 Novembre 2013                          Evelyne Trân     

La tragédie d’Hamlet à la Comédie Française – Mise en scène de DAN JEMMET – du 7 Octobre 2013 au 12 Janvier 2014

La tragédie d’Hamlet est une merveilleuse comédie, infiniment moderne grâce à ce personnage d’ Hamlet, halluciné qui donne du fil à retordre au sens commun.

 « Est-il fou, n’est-il pas fou » ne cessent de se demander ses protagonistes, son beau-père sa mère, sa fiancée, son ami. Et Dan Jemmet n’est-il pas fou d’avoir l’idée de regrouper tous ces personnages dans un club-house, très british. Quelle décadence !

 Faut-il donc nous frotter les yeux au risque de les faire pleurer pour comprendre que Shakespeare griffe de façon très aigüe les simagrées de la vertu,  de l’apparat, de l’étiquette.

 Sous les traits de Denis PODALYDES, Hamlet devient un déboussolé libertaire qui ne croit plus à rien. Adieu famille, adieu fiancée, adieu ami ! Parce qu’un spectre vient de lui annoncer que son beau-père et sa mère complice sont des traitres, toutes ces croyances s’effondrent, il ne lui reste plus qu’à inventer, fomenter sa propre tragédie. Ultime  instinct de survie ?

 C’est l’instinct qui prime chez Dan Jemmet avec ce clin d’œil aux footballeurs, au coup de  tête de Zinedine Zidane. Zinedine Zidane, Hamlet ! Allons donc, ne dites pas n’importe quoi !

 To  or not to be, être fou ou ne pas l’être. C’est tout de même fou de vivre dans ces conditions.  Il n’y a pas de posture qu’envisage Hamlet qui puisse lui donner raison. Car c’est sa clairvoyance même, sa lucidité qui auront raison de la vie d’Ophélie, la pure, double féminin d’Hamlet.

 Ce qui blesse, c’est la chair à l’étalage, la trivialité de Gertrude et du roi Claudius. Chez Dan Jemmet, la tragédie d’Hamlet a des accents d’Ubu roi. Hamlet n’aurait-il donc pas de chair, aurait-il été chassé de sa propre chair par la vision d’un spectre ?

 Est-ce la vie qui se moque de la mort ou l’inverse ? Dans cette fameuse scène des fossoyeurs, tout explose. Hamlet se trouve déjà aux abonnés absents. Il sait qu’il va rejoindre tantôt Ophélie.

 Si on a bien compris, les spectres ne meurent pas. Hamlet sait-il  qu’il s’abuse lui-même. Capitaine de la folie ordinaire, il monte au créneau, désabusé, avec le panache d’un Cid ou d’un Cyrano. Il coupe le souffle aux relents élégiaques et doloristes d’un Hamlet dépressif, pour laisser filer le seul accent qui compte, sa liberté. Nous sommes sur un nuage, il est là le spectre de la liberté.

 Elle est si riche la langue de Shakespeare que tous les accents sont permis. Que la belle scène de la Comédie Française soit cernée par deux cabines de water-closets, c’est plutôt anodin vu les circonstances mais ce n’est pas gratuit. Combien de penseurs de Rodin ont assouvi leurs démangeaisons existentielles dans ces  lieux de méditation.

 Dan Jemmet dans sa note d’intention dit « La question est pour moi de savoir si des personnages peuvent avoir des états d’âme Shakespeariens dans un lieu plutôt banal  ».

 Cela dit, les comédiens ne sont pas banals. Denis PODALYDES enrichit de sa présence quelque peu « électron libre » le personnage d’Hamlet. Hervé PIERRE en Claudius et Gille DAVID en Polonius sont particulièrement réjouissants.

 Dès lors qui nous empêche de revenir à la voix envoûtante de  Laurence Olivier, en susurrant par devers soi « Wether tis nobler in the mind to suffer … ». Hamlet a plusieurs voix et pourrait même être interprété par une femme parce qu’il est humain, tout simplement humain.

 Et ce n’est pas un mince mérite de Dan Jemmet de rendre humains  ces personnages Shakespeariens en montrant du doigt leur aspect grotesque avec un humour de scaphandrier. L’émotion est d’ordre sarcastique, cynique mais elle vrille cependant emportée par la poésie de Shakespeare et ses bons mots, ses aphorismes, magnifiques brèves de comptoirs.

 Il y a de la tragédie dans la bouffonnerie, et Shakespeare qui peut caresser à mains nues le crâne du bouffon Yorick nous contemple à travers ses yeux caves.

 Paris, le 11 Novembre 2013  Evelyne Trân

Rencontre avec Claude VENCE, musicien-poète.

CLAUDE VENCE A TOI MA FILLE / ENREGISTREMENT dans un café de Montparnasse du 27/12/2012

Nous avons rencontré Claude Vence lors d’une émission « Deux sous de scène » sur Radio Libertaire, orchestrée par Nicolas CHOQUET. Et puis, Claude Vence nous a invités à l’écouter jouer au piano dans un café à Montparnasse. Là, nous avons été saisis par la passion qui l’animait. Ce fut un merveilleux moment, un de ces moments unique, privilégié où l’on sent l’artiste en pleine émulsion libérer tout ce qu’il a dans le cœur et notamment cette chanson superbe « A toi ma fille » de Jean Roger Caussimon. Il n’y avait pas beaucoup de monde et donc guère d’auditeurs mais Claude VENCE ne s’en souciait pas, il était simplement heureux d’avoir à sa disposition un piano et de chanter.

Claude Vence pourrait paraitre un artiste d’une autre époque et pourtant ses chansons sont intemporelles et ses mélodies très précieuses. Ce n’est pas par hasard qu’elles accompagnent des textes; de paroliers aussi talentueux que VIAN et FERRE. Claude VENCE est lui-même poète, il se promène pas avec un portable, mais avec un cahier où il écrit à la main d’une écriture vive et vagabonde tous les airs et chansons qui lui passent par la tête. Voilà son seul trésor, un cahier d’écolier de musicien poète.

Nous l’avons rencontré une 2ème fois dans un café, avenue de Clichy pour une petite interview très rapide. Claude Vence, en effet, est un homme réservé,  son véritable langage c’est la musique. Sans vouloir être trop importune, j’ai pu cependant lui poser quelques questions.

Vous êtes d’origine Italienne ?

Par mes grands-parents du côté de la Toscane, Florence. Ma mère était de Marseille, mon père qui est né en Algérie française a rencontré ma mère à Marseille. J’ai vécu 20 -25 ans à JUAN LES PINS.

La génération d’aujourd’hui ne vous connait pas forcément.

C’est possible

 Comment voulez vous vous  présenter ?

La première émission de variété  que j’ai faite c’était le PALMARES DES  CHANSONS  avec Guy LUX, le 6  Janvier 1966. J’ai fait 5 émissions consécutives, ce qui était exceptionnel. La maison de disques où j’étais qui connaissait Guy LUX, m’avait passé pour  la sortie de mon disque « Reviens-moi vite ».

Vous étiez tout jeune, vous étiez ambitieux

Oui j’avais envie de réussir comme tout un chacun

Qui était au top à cette époque ?

Il y avait  Mireille MATHIEU notamment. On avait écrit que j’étais la  relève de la nouvelle chanson. Mais Mireille MATHIEU a eu Johnny STARK, moi, je n’ai eu personne qui se soit vraiment occupé de moi

Vous n’avez pas eu de producteur ?

Oui voilà

Peut  être ne vouliez vous pas entrer dans le moule ?

Non…

Quelle est votre formation ?

Une formation classique. J’ai commencé à composer à 13 ans et 9 mois et j’ai continué à composer musique et paroles.

 Claude VENCE c’est un pseudonyme ?

Mon vrai nom c’est  TOGNAZONNI ; J’ai choisi VENCE parce que j’habitais par là ; La première émission de télé a eu lieu à VENCE.

Vous êtes à la fois auteur, compositeur et interprète. Avec l’émission de Guy LUX, vous avez du succès, vous êtes connu dans la France entière et ensuite comment ça c’est passé ?

J’ai refait un disque chez BARCLAY en 1974, un album où il y avait 11 chansons. Le titre principal c’était « Prendre le temps »

Et ce disque a eu du succès ?

Il n’y pas eu beaucoup de promotion alors c’est resté un peu confidentiel.

Une question indiscrète ? Vous avez réussi à gagner votre vie en tant que chanteur ?

Pas vraiment. J’ai gagné ma vie en donnant des cours de piano.

Vous n’avez pas été reconnu autant que vous l’auriez souhaité mais vous avez fait des rencontres très importantes

Oui j’ai rencontré notamment Jacques  CANETTI qui m’a donné une chanson « Paroles » de VIAN. Je l’ai mise en musique. On l’a présentée à Catherine SAUVAGE qui a dit qu’elle allait l’enregistrer. Mais j’ai rencontré Joan BAEZ et c’est par mon intermédiaire que Joan BAEZ a enregistré « A tous les enfants » paroles de Boris VIAN et musique de Claude VENCE.

D’ailleurs on peut entendre Joan BAEZ dans le disque édité par Jacques CANETTI. C’est une belle rencontre !

Oui, Joan BAEZ est une femme très aimable et très talentueuse

C’est elle qui était à l’initiative de la rencontre ?

 Non, c’est moi. Je suis allée la voir quand elle chantait devant Notre Dame ; Enfin, je ne suis pas allé la voir tout de suite elle-même. Je suis allé à l’Hôtel MEURICE où elle était descendue, j’ai vu son secrétaire, j’ai donné une cassette. Et deux ans après, elle  m’a appelé pour me dire qu’elle avait enregistré le disque et qu’elle entrait la chanson dans sa tournée des années 80. C’était un grand bonheur

Vous avez rencontré aussi Jean Roger CAUSSIMON

Avec qui j’ai fait 4 chansons qu’il m’a chantées dont « A toi ma fille »

Elle est superbe cette chanson, elle peut aller à tous les pères

Absolument. Il m’avait dit, moi j’ai  ma fille, vous aussi…

C’est lui qui l’écrite ?

Il l’a écrite en collaboration avec un maghrébin

Mais son nom ne figure pas ?

Non … mais la chanson est belle.

Vous avez beaucoup des tours de chant

Enormément. Un peu partout … à la balle au bond. J’ai aussi été chanté par Magali NOEL. Elle avait fait l’Européen dans les années 80 et  elle m’avait pris 10 chansons.

Et votre rencontre avec FERRE ?

Alors Ferré c’est devenu un copain. Je suis allé le voir presque une centaine de fois. Après sa disparition, j’ai mis 8 chansons posthumes en musique que j’ai signées avec Madame FERRE.

 Ces chansons sont tirées de « POETES VOS PAPIERS « et font partie d’un disque inédit. Permettez- moi de citer :

Rappelle-toi,  La faim, L’éternité de l’instant,Le caméléon, Le hibou de Paris, Metamec.

 « Rappelle-toi « était dédié à Madeleine, sa première femme. Léo FERRE était un génie, il disait que Beethoven plus Rimbaud, c’était mieux que ça, que Léo FERRE.

Je ne formule qu’un vœu, Cher Claude Vence, c’est qu’un producteur ait l’intelligence de vous contacter pour produire votre dernier disque que j’ai eu le privilège d’écouter et où l’on retrouve aussi bien des chansons de FERRE, que de VIAN, CAUSSIMON et de Claude TOGNAZONNI.

 Paris, le 2 Novembre 2013   Propos recueillis par Evelyne Trân

 

 

 

SUNNY SIDE D’APRES BILLIE HOLIDAY – Mise en scène et interprétation de Naïsiwon El Aniou – Au Passage vers les Etoiles – 17 Cité Joly 75011 PARIS – Tous les Jeudis à 21 Heures à partir du 3 Octobre 2013

Elle est sur le fil, la voix ballotée dans le rayon d’une toile d’araignée filante suspendue aux parapets de l’infortune et des succès.

Mais pour voir poindre son petit cœur d’hirondelle, il fallait sûrement lever les yeux  tant sa voix très subtile laisse transparaitre l’émotion d’un être qui jugulait l’espace d’une chanson, tous ses doutes et ses aspirations dans un souffle, dans un rêve ;  sa vision intérieure toujours dominée par les charbons ardents de la musque alors même que son corps lui refusait la plénitude.

 L’auteure interprète de Sunny side sait  restituer cette voix intérieure, jeune, pour une confession naturelle, capable de sonder ses jardins voilés par la  violence de son environnement, et des épreuves assourdissantes : la prison à 15 ans pour prostitution, la misère, l’esclavage, la drogue.

 Pas évident d’exister et de faire entendre sa propre clarté lorsqu’on a pour horizon le nuage sombre du racisme, particulièrement oppressant, qui régnait aux Etats Unis au début des années 1900.

 La voix de Billie Holiday était digne de passer à travers ce nuage. Baudelaire ne disait-il pas « Tu m’as donné la boue et j’en ai fait de l’or  ». Billie Holiday avait cet or à fleur de peau qui renvoyait de la lumière chaque fois qu’elle chantait.

 C’est une voix capable de poursuivre, dans les moindres recoins, l’âme des musiciens de jazz et de blues, de celles qui savent passer entre les notes, qui ne trichent pas et qui ont même dans leurs altérations cette sorte de supplément  enchanté, une voix toute en nuances.

 Sur la scène devenue presque un jardin de récréation, l’interprète de Billie Holiday dénoue son corps de façon très imaginative, exprimant à  la fois sa lutte, ses vulnérabilités, ses audaces.

 Naïsiwon El Aniou  signe une sensible évocation de Billie HOLIDAY, intimiste qui fait chatoyer la personnalité de Billie HOLIDAY qui dit-on avait l’âme d’un enfant, capable de s’éblouir et de s’émerveiller. Elle raconte sa vie comme il pleut sur la ville ou qu’il fait soleil. Les extraits de ses chansons qui soudain nous font fermer les yeux, sont bien choisis  tout juste sur la crête des rêves de Billie HOLIDAY.

 Paris, le 1er Novembre 2013             Evelyne Trân