DUO POUR DOM JUAN d’après Molière par la Compagnie ORNITHORYNQUE au THEATRE DE L’ESSAION – 6 Rue Pierre au Lard 75004 PARIS – A partir du 11 Septembre 2013 – Tous les mercredis à 20 H

P.S. François LIS et Alexandre BIDAUT étaient les invités de l’émission DEUX SOUS DE SCENE sur Radio Libertaire 89.4, le samedi 12 Octobre 2013 (en podcast sur la grille des émissions de Radio Libertaire).

 Adaptation : François LIS

Mise en scène Stéphanie WURTZ

Distribution : Alexandre BIDAUT et François LIS

Dans la jolie cave du Théâtre de l’ESSAION, nous voilà conviés à un véritable spectacle de magie. Sous prétexte d’avoir été abandonné par 11 de ses 13 comédiens, Jean-Baptiste, metteur en scène, décide d’assurer la représentation du « Festin de Pierre « avec Charles son comédien principal.

 Ils semblent l’avoir bu au biberon la langue de Molière, de sorte qu’ils n’ont qu’à tremper les lèvres dans le chapeau de la pièce de Dom Juan, pour que jaillissent aussitôt tous les personnages dans un train d’enfer hallucinant.

 Qui est Dom Juan, qui joue Elvire, qui est Sganarelle, Mathurine, Pierrot ou le commandeur ? Parce que Dom Juan ne saurait exister sans Elvire, François Lis endosse les deux rôles sans hésiter sous les yeux ébahis de Charles, Sganarelle et ainsi de suite.

 Nous ne souvenions peut-être pas que « Dom Juan » fût une pièce très drôle. Est-ce à dire que les personnages ont l’étoffe de marionnettes de guignol comme nos politiciens ? Les comédiens inspirés mettent quasiment le pied sur l’argument dramatique et moraliste de la pièce qui finit par s’étouffer de rire. Elvire, la pathétique  femme trompée, sous l’apparence d’une marionnette qui parle avec une voix d’homme, est effarante de présence.

 Il est vrai que les morceaux de bravoure ne manquent pas dans cette pièce où les duos abondent : Dom Juan/Sganarelle, Don Juan/Elvire, Dom Juan/le commandeur etc., avec en prime un discours sur le tabac, ma foi, très moderne.

Dans le registre de la commedia dell’ arte, les héros ce sont les comédiens eux-mêmes qui endossent avec les moyens du bord, des masques en l’occurrence,  une pléiade de personnages. Alors évidemment François Lis interprète celui qui joue  Dom Juan sans succomber au rôle. Mais Alexandre Bidaud, Charles,  par contre, se fond complétement avec son personnage de Sganarelle.

 C’est un Dom Juan pour rire, du théâtre dans le théâtre où les comédiens qui invitent, suivant leur inspiration, des spectateurs sur scène, s’apostrophent et se disputent les rôles en public.

 Parce que l’entreprise est pour le moins farfelue, nous pourrions croire assister à une répétition de Dom Juan sous les auspices de Molière à l’époque où il galérait avec sa compagnie.

 Le spectacle très joyeux, débridé mais agencé d’une main de maître par Stéphanie WURTZ, n’est pas seulement un clin d’œil à Dom Juan, c’est un joli hommage au comédien Molière lui-même, qui fût, ne l’oublions pas, un inoubliable Sganarelle. Chapeau !

  Paris, le 6 Octobre 2013     Evelyne Trân

ARDENTE PATIENCE d’Antonio SKARMETA – Adaptation et mise en scène de Michael BATZ au Théâtre de l’Epée de bois à la Cartoucherie de Vincennes du 3 au 20 Octobre 2013 – Jeudi,vendredi 20 H 30 , samedi 16 H et 20 H 30, dimanche 16 H.

Texte Antonio Skármeta – Traduction François Maspero (L’Arche éditeur) – Compagnie Yorick

Collaboration artistique : Sarah Labrin – Création lumières : Romuald Lesné Scénographie, costumes Florence Plaçais, Laurence Ayi – Musiques originales : Wladimir Beltran, Léo Mélo – Chansons de Víctor Jara, Violeta Parra, Rolando Alarcón

Comédiens

Pablo Neruda : Jean-Paul Zennacker

Le facteur : Frédéric Kontogom

Beatriz González (la jeune fille) :Laura Cazes-Pailler

Rosa veuve González (la mère) Nadine Servan

Le télégraphiste, un pêcheur : Wladimir Beltran

Le député Labbé, un pêcheur, un soldat :  Leo Melok.

« Ardente patience » la pièce adaptée du beau roman éponyme de d’Antonio SKARMETA, par Michael BATZ, évoque les dernières années du poète chilien Pablo NERUDA jusqu’à sa mort survenue lors du coup d’état du Général PINOCHET, le 11 Septembre 1973.

L’on sait que la poésie et l’engagement politique étaient indissociablement liés dans l’esprit de Pablo NERUDA mais que son interlocuteur privilégié ait pu être un homme du peuple ignorant de la poésie, un simple facteur, cela nous ramène de plain-pied à la source même de l’idéal de Pablo NERUDA, nous faisant entendre en quelque sorte que la poésie ce n’est pas seulement  des mots, c’est aussi une manière d’être à la vie, à l’écoute de la terre, des éléments dont font partie les hommes quels qu’ils soient.

Nous découvrons un homme simple désireux de participer à la vie des villageois de l’Ile noire où il avait sa maison à côté de la mer, la casa de Isla negra, lieu propice où ont pris naissance des poèmes cristallisant des myriades d’épopées invisibles ou extra ordinaires inscrites dans les chemins de terre ceux-là même que le facteur grimpe ou dévale sur son vélo.

Dans cette pièce, Pablo NERUDA est davantage qu’un héros, un poète célèbre, il a sa place dans le village en tant que familier du facteur, de la tenancière du café; en somme il est poète comme d’autres hommes sont facteurs ou pécheurs. C’est une fonction naturelle.

A travers la figure du facteur, ce sont toutes les aspirations d’un homme ordinaire qui expriment cette ardente patience dont le poète se fait l’écho.

Et cet écho qui serre la gorge qu’on entend dans les chansons poèmes qui parcourent le spectacle, est d’autant plus présent qu’il coexiste avec ceux de l’histoire, l’imminence de la tragédie du coup d’état et la dictature de PINOCHET.

La notion du temps ne doit pas être la même dans une île et dans le continent, à la campagne ou à la ville. Dans sa mise Michel BATZ parait configurer l’espace-temps dans un paysage rythmé aussi bien par la nature que par les exigences affectives ou morales de ses habitants. Comme s’il était crucial pour le poète de raconter au facteur que la vie se trouve au bout de ses semelles, à même la terre elle même si exigeante de pluie ou de soleil, elle même si patiente.

Les lettres du facteur ou ces télégrammes qu’il doit apprendre par cœur parce qu’ils ont été capturés par des soldats, peuvent bien prendre leur temps avant d’arriver à leurs destinataires, il s’agit de messages d’espoir et de connaissance à lire aussi bien en levant les yeux vers le ciel qu’en décachetant l’enveloppe.

A vrai dire, nous avons du mal à faire se rejoindre la vision du poète debout, vif, robuste, heureux avec celle du poète agonisant dans son lit. La grammaire de la vie est pleine de fautes d’orthographe ou pleine de trous.

A cet égard, c’est le traumatisme qu’a provoqué chez le peuple chilien, le coup d’état de PINOCHET qui devient perceptible à travers le poète « déchu «  devenu le porte-parole du rêve chilien.

Brutalité de l’Histoire avec un grand H qui écrase impitoyablement les destins de milliers d’hommes avec lesquels Pablo NERUDA a souhaité confondre le sien.

Les comédiens qui donnent l’impression de revivre pour nous la vie de Pablo NERUDA dans son Ile noire, sont très justes. Jean Paul ZENNAKER campe un Pablo NERUDA bon vivant, plein de chaleur, un poète du genre humain.

Avec cette balade savoureusement étayée de chansons et musiques composées par Victor Jara, Violeta Parra et Rolando Alarcon, c’est avec bonheur que nous nous imprégnons profondément du message de tout un peuple par la voix d’un poète universel, facteur d’humanité. C’est bouleversant.

 Paris, le 7 Octobre 2013                  Evelyne Trân