La distribution : Laure Marsac, Philippe Awat, Alain Pralon,Christiane Cohendy, Stéphane Olivié-Bisson Jean-Pierre Bagot, Patrice Bornand
Pour illuminer les fêtes nocturnes du Château de GRIGNAN, les organisateurs du festival ont choisi cette année, un joyau de la littérature américaine « Chatte sur un toit brûlant » de Tennessee WILLIAMS.
Mais disons le tout de suite, il s’agit d’un joyau à terre humaine qui n’a rien à voir avec les joyaux de la couronne. Dans cette pièce écrite dans les années 50, Tennessee WILLIAMS retourne la terre des voix familiales, souterraines et artificielles avec une aisance remarquable. Comme s’il avait cultivé dans son jardin depuis le fin fond de l’enfance tous les personnages qui occupent sa pièce.
Tous ces personnages ont double face, du moins c’est que doit imaginer l’enfant qui observe les adultes : ils parlent de vie et de mort. La mort est associée à une rumeur, elle plane comme un doute, elle n’arrive pas nécessairement mais son idée sème le trouble.
La famille, lieu où l’intime frôle toujours les murs des conventions. Tous les commentateurs soulignent que Tennessee WILLIAMS n’a cessé de dénoncer le conformisme social.
La famille Pollitt se réunit pour fêter l’anniversaire du patriarche. Mais cette fête n’est qu’un artifice de pacotille pour faire bonne mine alors que tout va mal : le grand père souffre d’un cancer, le jeune couple Brick et Maggie ne fait plus l’amour, la grand- mère est sans cesse humiliée par son mari, et c’est le couple le plus conventionnel de Mae et Gooper (étonnant Stéphane OLIVIE-BISSON), d’apparence le plus insignifiant qui camouffle le plus sa misère affective et spirituelle.
C’est pathétique, et nous avons tous les ingrédients pour former un épisode du feuilleton « Plus belle la vie ». Sauf que ce qui est vraiment passionnant chez Tennessee WILLIAMS, ce sont ses dialogues, l’impression pour le spectateur de voyager dans les pensées intimes d’individus hors du commun auxquels nous pouvons nous identifier.
Maggie et le grand père Pollitt font figure de ces personnages hors du commun, parce qu’ils débordent de vitalité, parce qu’ils aiment la vie. Et pourtant dans la pièce, avec Brick, chacun souffre, Maggie d’être privée d’affection sensuelle, le grand père Pollitt de maladie.
Il y a tous ces va et vient de la vie et de la mort qui traversent la pièce qui se déroule au cours d’une seule journée. Va et vient de l’amour et de la haine également.
L a trame est élastique, très élastique. L’on dit que la vie ne tient qu’à un fil mais c’est parler d’individus. Et la mémoire ne tient pas qu’à un fil mais à plusieurs. Quoiqu’il en soit, sur un plateau d’argent, la scène aux pieds de la façade grandiose du Château de Grignan, la metteure en scène Claudia STAVISKY, avec souplesse, relie l’élastique trame imaginaire de la vie selon WILLIAMS, à ses deux piliers : l’argent et … l’amour, puisque sans amour, tout peut bien déchoir.
Cet élastique dépend aussi du mistral, de la pluie et des cigales, qui font de chaque représentation un moment unique qui s’accorde aussi bien aux humeurs des comédiens qu’à celles du ciel de Provence.
Dans ses notes pour le décorateur Tennessee Williams indique que « le décor ne devrait avoir d’autre toit que le ciel ». C’est chose réalisée au château de GRIGNAN avec une émotion tendre qui se diffuse graduellement de la façade du château illuminée aux gradins des spectateurs. La tête renversée vers le ciel étoilé, il est facile de voir s’y refléter et courir les personnages de Tennessee : Maggie, petite abeille filante, incarnée par Laure MARSAC, survoltée, nerveuse, à fleur de peau, le grand père Pollitt, interprété avec beaucoup de panache par Alain PRALON, et Brick, joué avec mystère par Philippe AWAT, peut être un alter égo de Tennessee, qui se confie à son père, qui parle d’homosexualité (le sujet était tabou et brûlant dans les années cinquante et dans une première version le sujet n’a été qu’effleuré).
Il faut remercier Claudia STAVINSKY d’avoir su dégager l’aspect comique et grotesque des situations (où excellent Christiane COHENDY et Clotilde MOLLET) de sorte que c’est la vie qui continue fiévreusement, charnelle, érotique ou romantique. Sous l’eau qui dort des conventions, souvenons-nous, le feu des passions couve. Et c’est palpable, en ce moment au Château de Grignan, chaque soir , sous la pluie des paroles des personnages de Tennessee, qui courent comme des cigales irrésistiblement attirées par la lumière de la façade enchantée , et qui vocalisent, comme dans un rêve !
Paris, le 5 Août 2013 Evelyne Trân