Qui a dit que Jean-Pierre MOCKY devait arrêter de filmer ? Vraiment, il y a des sirènes qui tournent à vide. Jean-Pierre MOCKY réussit le tour de force de réaliser en une semaine « LE RENARD JAUNE » qui recèle des morceaux d’anthologie dignes de « L’assassin habite au 21 » d’Henri-Georges CLOUZOT.
Nous le savions déjà mais il est tellement merveilleux de le voir sur l’écran, Michael LONSDALE et Béatrice DALLE sont de la même pulpe qu’un certain Michel SIMON ou une certaine ARLETTY.
Parce que derrière la caméra, on l’entend sourire, et même avoir le souffle coupé, MOCKY presque en suspension, dans une sorte d’infinitude. Et c’est grâce à son regard qui sait glisser, traverser l’obstacle de l’admiration que le spectateur peut se laisser emporter, diluer, dans les rêves qui tournoient autour de la belle défigurée, Béatrice DALLE, trahissant sa douceur, relevant son mystère de Joconde. De la même façon, il laisse Michael LONSDALE s’émouvoir comme un moineau devant une boîte à explosifs.
Avant de tourner MOCKY a déjà tout le film dans sa tête, ensuite c’est l’improvisation qui tient lieu d’évidence. Il est injuste de laisser croire que parce qu’il a été réalisé en une semaine, que le RENARD JAUNE est un film bâclé. A l’instar de PICASSO qui pouvait dessiner en 5 mn une colombe, MOCKY qui a 50 ans de cinéma derrière lui, peut se permettre de pondre des films sur l’instant à partir du moment où l’instant est à l’air libre.
Sur le tapis volant d’une intrigue policière adaptée d’un roman de David ALEXANDER, les piliers du bar restaurant Le Renard Jaune ont l’air de se moquer comme d’une guigne du résultat de l’enquête sur le meurtre d’un romancier complètement disjoncté (Richard BOHRINGER). Comme d’habitude chez Mocky, on assiste à une parodie policière, ce qui lui permet de ridiculiser la fanfare journalistique et de rendre sympathique et très débonnaire un ancien champion cycliste reconverti en commissaire (Jean- François STEVENIN).
Les morceaux de bravoure des esseulés du Renard Jaune transportent le spectateur dans un théâtre à la Pagnol. Richard BOHRINGER vomit toute sa rancœur d’écrivain raté, Dominique LAVANANT, l’œil gourmand, est, ma foi, si pimpante qu’elle sait émoustiller de désir Claude BRASSEUR. Antoine DULERY, le patron de bar à la tête coincée, est odieux à souhait. Philippe CHEVALLIER, Frédéric DIEFENTHAL, Jean ABEILLE apportent chacun leur touche indéfectible. Sans oublier les deux tourtereaux qui viennent poétiquement s’installer comme des fleurs au milieu du bouge.
Il existe tant et si bien ce bar restaurant LE RENARD JAUNE que nous ne vous dévoilerons pas sa fin. Comme au théâtre, la fin annonce le recommencement.
Pour ma part, je pense que moult séquences de ce film vont rejoindre la panoplie de nos rêves cinéma à la MOCKY. Tout de même, quel bonheur de pouvoir sourire en plein drame; en tant que trublion du cinéma français, MOCKY sera toujours unique !
Paris, le 10 Juillet 2013 Evelyne Trân

