LE RENARD JAUNE de Jean Pierre MOCKY au cinéma le DESPERADO – 23 Rue des Ecoles 75005 PARIS –

Qui a dit que Jean-Pierre MOCKY devait arrêter de filmer ? Vraiment, il y a des sirènes qui tournent à vide. Jean-Pierre MOCKY réussit le tour de force de réaliser en une semaine « LE RENARD JAUNE » qui recèle des morceaux d’anthologie dignes de « L’assassin habite au 21 » d’Henri-Georges CLOUZOT.

 Nous le savions déjà mais il est tellement merveilleux de le voir sur l’écran, Michael LONSDALE et Béatrice DALLE sont de la même pulpe qu’un certain Michel SIMON ou une certaine ARLETTY.

 Parce que derrière la caméra, on l’entend sourire, et même avoir le souffle coupé, MOCKY presque en suspension, dans une sorte d’infinitude. Et c’est grâce à son regard qui sait glisser, traverser l’obstacle de l’admiration que le spectateur peut se laisser emporter, diluer, dans les rêves qui tournoient  autour de la belle défigurée, Béatrice DALLE, trahissant sa douceur, relevant son mystère de Joconde. De  la même façon, il laisse Michael LONSDALE s’émouvoir comme un moineau devant une boîte à explosifs.

 Avant de tourner MOCKY a déjà tout le film dans sa tête, ensuite c’est l’improvisation qui tient lieu d’évidence.  Il est injuste de laisser  croire que parce qu’il a été réalisé en une semaine, que le RENARD JAUNE est un film bâclé. A l’instar de PICASSO qui pouvait dessiner en 5 mn une colombe, MOCKY qui a 50 ans de cinéma derrière lui, peut se permettre de pondre des films sur l’instant à partir du moment où l’instant  est à l’air libre.

 Sur le tapis volant d’une intrigue policière adaptée d’un roman de David ALEXANDER, les piliers du bar restaurant Le Renard Jaune ont l’air de se moquer comme d’une guigne du  résultat de  l’enquête sur le meurtre d’un romancier complètement disjoncté (Richard BOHRINGER). Comme d’habitude chez Mocky, on assiste à une parodie policière, ce qui lui permet de ridiculiser la fanfare journalistique et de rendre sympathique et très débonnaire un ancien champion cycliste reconverti en commissaire (Jean- François STEVENIN).

 Les morceaux de bravoure des esseulés du Renard Jaune transportent le spectateur dans un théâtre à la Pagnol. Richard BOHRINGER vomit toute sa rancœur d’écrivain raté, Dominique LAVANANT, l’œil gourmand, est, ma foi, si pimpante qu’elle sait émoustiller de désir Claude BRASSEUR. Antoine DULERY, le patron de bar à la tête coincée, est odieux à souhait. Philippe CHEVALLIER, Frédéric DIEFENTHAL, Jean ABEILLE apportent chacun leur touche indéfectible. Sans oublier les deux tourtereaux qui viennent poétiquement s’installer comme des fleurs au milieu du bouge.

 Il existe tant et si bien ce bar restaurant LE RENARD JAUNE que nous ne vous dévoilerons pas sa fin. Comme au théâtre, la fin annonce le recommencement.

 Pour ma part, je pense que moult séquences de ce film vont rejoindre la panoplie de nos rêves cinéma à la MOCKY. Tout de même, quel bonheur de pouvoir sourire en plein drame; en tant que trublion du cinéma français, MOCKY sera toujours unique !

 Paris, le 10 Juillet 2013                Evelyne Trân

 

 

 

TEATRO A CORTE 2013 donne le feu aux saltimbanques du cirque et de la danse à TURIN et dans les demeures royales du Piémont du 5 au 21 Juillet 2013

 Les français ne pourront pas invoquer, cette année, l’obstacle de la langue, pour la compréhension des spectacles au programme du festival TEATRO A CORTE 2013. Le cirque et la danse sont à l’honneur, leur langage commun, celui du mouvement est universel.

 Grâce à Beppe NAVELLO, le directeur du festival, les amoureux du  spectacle vivant savent que tous les ans au début du mois de Juillet, des fumerolles spectaculaires traversent le ciel de la ville de Turin et son patrimoine historico-architectural, prodiguant les créations les plus originales qui entendent faire  mentir ceux qui parlent de la vieille Europe.

 Pour l’entendre battre le cœur de cette vieille Europe, et comprendre combien il est riche de tous les sangs qui l’abreuvent, il faut assister aux retrouvailles des artistes de ses pays.

Cette année, 20 compagnies de 9 pays (Danemark, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Italie, Pologne, Pays Bas, Royaume Uni) sont au rendez-vous.

 Question d’alchimie, Beppe NAVELLO, a un savoir-faire de parfumeur. Il sait marier  les  contrastes, et introduire chez ces vieilles dames rangées et imposantes, les magnifiques demeures royales du Piémont, des compagnies jeunes, audacieuses, qui font fi de tout académisme parce qu’il y va du sens même du mot « création ».

 Et le mot qui vient alors à l’esprit, c’est celui de récréation pour les artistes qui s’enrichissent chacun de leur apport, de leurs  expériences, et pour le public invité à assister, souvent en plein air, à des performances aussi bien ludiques, divertissantes, qu’idéales puisqu’avec Beppe NAVELLO, la poésie et l’émotion sont toujours à l’accueil.

 Un conte de fée vous racontera qu’autrefois le cirque et la danse ces deux disciplines de l’art du mouvement, se toisaient l’une, l’autre avec un certain mépris. L’une accusant sa rivale d’académisme et de froideur, l’autre de grossièreté, voire de vulgarité. A cet égard, il faut se rappeler le scandale en 1912 que suscita la chorégraphie d’un « après-midi d’un faune » de Nijinski, jugée trop suggestive, trop expressive.

 Aujourd’hui, il est question de métissage entre l’acrobatie et la danse. Sur les scènes contemporaines, les agrès, les harnais utilisés par des athlètes, peuvent côtoyer  des danseurs virtuoses qui défient la pesanteur.

 Aujourd’hui, un artiste peut s’enorgueillir non pas d’être un touche à tout mais un connaisseur et un familier de l’art circassien, en  étant à la fois clown, jongleur, mime, danseur, acrobate.

 La palette est riche et subtile. Gageons qu’elle restera très colorée tout le long de ce festival grâce à la programmation déclinée « Nouvelle magie » du nouveau cirque par Beppe NAVELLO et que sur ce fil rouge, le public pourra jouir en funambule très éclairé de toutes les facettes culturelles de la jeune EUROPE.

 Paris, Le  8 Juillet 2013               Evelyne Trân

avant programme teatro a corte conférence (1)

http://teatroacorte.it/presentazione/

 

 

 

 

TABAC ROUGE CREATION DE JAMES THIERREE AU THEATRE DE LA VILLE – 2 Place du Chatelet 75004 PARIS – DU 25 JUIN AU 8 JUILLET 2013

Avec : Denis Lavant, Anna Calsina Forrellad, Noémie Ettlin, Nam Kyung Kim, Matina Kokolaki, Katell Le Brenn ou Valérie Doucet, Piergiorgio Milano, Thi Mai Nguyen, Ioulia Plotnikova, Manuel Rodriguez.

Elle roulerait sur le trottoir, elle serait déchue, tous ses rouages, tous ses fils retournés, le ventre ouvert, on dirait une vieille tour d’ordinateur offerte au regard bas et désabusé d’un passant, prêt à lui flanquer un coup de pied parce qu’elle lui barre la route.

 Sous le regard de James Thiérrée cette machine peut bien devenir géante, notamment sur un plateau au théâtre, parce qu’elle possède l’attribut d’une existence fallacieuse, capable de l’énerver jusqu’à l’épuisement.

 Tout le long du spectacle, la machine règne, elle prend la place du mort dans l’imagination du créateur, du conducteur qui vampirise tous ses fils retors, puisqu’avec un temps de retard pour le vivant qui l’utilise, elle se pare d’infatigables relents d’agonie.

 Parce qu’elle ne sert à rien cette machine, qu’elle est priori hors d’usage, qu’elle s’apparente à une  sorte d’objet métallique aussi froid et insensible  que la mort, sauf qu’il ne s’agit que d’un objet, elle exerce une fascination incontrôlée de la part de la  vermine humaine qui vient grouiller autour.

 La machine règne en tant qu’objet, elle a été fabriquée par des hommes dans le passé, un passé  embarrassant devenu étranger, étrange. De la même façon que des animaux tournent autour du cadavre d’un des leurs, sans le reconnaitre, tous les êtres qui investissent la scène, les danseuses, les acrobates, semblent sortir de cette machine comme les vers, oh combien vivants, se trouvent libérés après la mort d’un individu.

 C’est donc l’histoire d’une métamorphose, d’un corps à corps entre l’objet machine et l’humain . Que se passe t-il après la mort de la machine ? Son recyclage à l’infini … et puis le souffle de la folie humaine faite de sang et de chair. Car la grandeur de la folie est telle, qu’il suffit de peu de chose pour qu’elle s’installe là où la machine ne répond plus.

 Seul un fou, appelé homme peut remettre en route une machine capable de lui broyer la chair. S’agit-il de l’homme à ras de terre dépassé par ces créations monstrueuses ?

 La chorégraphie pourtant est majestueuse, lorsqu’elle fait de l’objet machine, une sorte de danseuse, avec ses panneaux  de miroir  et qu’elle continue à se mouvoir, à s’émouvoir malgré elle, par la seule volonté de son créateur et des créatures qui s’ébattent à ses pieds telles des limaces.

 Dans cet univers où la folie à l’air manigancée par l’élément MACHINE, qui se souvient de ses origines – oh les merveilleux automates – un roi de pacotille sort de sa chair, s’amuse et jouit du désordre qui règne chez son peuple. Il s’ennuie, dort, joue avec ses gadgets, polaroid etc., pour finalement se prêter au jeu du roi homme qui va trouver la clé, sauver ses ouailles, sauver l’humanité etc.

 Denis LAVANT fait merveille dans ce rôle à peu près muet, et c’est un plaisir de l’entendre  baragouiner, juste le temps d’une scène, dans une langue imaginaire. Les danseuses donnent l’impression de se soulever des motifs d’un tapis de scène. La scène est faite de chair, elle est sensuelle, et l’on comprend comment à la fin cette machine si lourde qui avait élu domicile sur un sol  vivant, se transmute en magnifique mobile de miroirs dansants qui se lèvent enfin, comme les voiles du futur désir.

 Car ce spectacle à temporalité élégiaque, celle de la musique de Matthieu CHEDID, est une histoire de désir par-dessus tout, de parler chair dans un monde qui la menace . Incrusté de poésie, de souvenirs obsolètes, c’est un rêve vivant, aux apparitions visuelles violentes, impénétrables, orgueilleuses.

 Paris, le 6 Juillet 2013                        Evelyne Trân