Mise en scène Valentin Capron Jeux Hortense Belhôte, Valentin Capron,
Christophe Chalufour, Sarah Cohen-Hadria, Fréderique Renda
Un destin sur un plateau comme au self-service avec entrée, plat et dessert. Vous faites la queue comme tout le monde, vous dévorez des yeux les menus et ensuite vous passez à la caisse. Cela vous en bouche un coin, n’est-ce pas. Avec Christophe CHALIFOUR, les plats défilent à toute allure. Très doué, il pourrait vous fabriquer une bio à la mesure de vos délires. Dans les coulisses, à la cuisine, il dispose sur ses étagères de toutes les épices et condiments possibles. Toutes ses fioles sont remplies à ras bord de citations d’auteurs célèbres qui ne demandent qu’à s’échapper pour aller et venir parfumer, attendrir votre sympathique destinée. C’est ainsi que sans le savoir, Emilie, l’héroïne de sa pièce, en proie à une bouffée guerrière, devenue déléguée syndicale, déclame une partition du Cid de Corneille, ou bien victime de l’amour s’enlise dans les vapeurs énamourées d’Anouk Aimée sous les yeux de Jean Louis Trintignant.
En réalité, le destin d’Emilie ne peut se décliner en clichés sommaires. Dopé par la sauce Shakespeare, Tchékhov et bien d’autres, le biographe exulte tant et si bien que les spectateurs se retrouvent dans l’ambiance d’un marché aux puces, prêts à tendre la main aux compagnons d’Emmaüs. Cela devient très vite gigantesque : pas tout à fait la muraille de Chine mais presque, une montagne de vêtements que s’approprient avec une célérité digne des abeilles, les comédiens personnages conteurs de l’histoire d’Emilie.
En ce moment, il y a une exposition au Musée du Quai Branly, intitulée « Les maîtres du désordre». Dans le convoi de nos destinées, j’aperçois sans peine debout sur le train de marchandises, ces joyeux comédiens nous faire des signes en chantant « Nous sommes les maîtres du désordre ». Quel plaisir de se dire en levant les yeux vers les nuages ‘Tiens je crois que j’ai entendu Musset et les Pink Floyd et Gabin».
Il y en aura pour toutes les musettes. Que les spectateurs ne craignent pas de prendre le train en marche, une locomotive électrisée même par des vieux classiques, dès lors qu’elle est conduite par des jeunes artistes imaginatifs est capable de renverser bien des vapeurs.
Paris le 10 Juin 2012 Evelyne Trân